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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 16:39

 

 

Les animaux de basse cour

 

Lorsqu'il parlait du coq, Buffon le célèbre naturaliste,  s'exprimait ainsi :

"Cet oiseau quoique domestique, quoique le plus commun de tous, n'est peut être pas assez connu". Par  ce discours, il soulignait les lacunes qu'il pouvait y avoir dans les connaissances de son époque.

Or, malgré que plus de deux siècles se soient écoulés cette réflexion nous interpelle plus que jamais. En effet, les transformations que nous avons fait subir à l'aviculture dans le but de rentabilité et de profit immédiat ont fait disparaître bon nombre de races de volailles en France, dont certaines par sélection avaient mis plusieurs siècles pour s'implanter et s'acclimater. Il en va de même pour de très nombreuses races d'animaux domestiques, de variétés et races, de plantes cultivées etc.

 

L’aviculture industrielle un système préjudiciable

 

Ces modifications génèrent des préjudices aux conséquences difficilement évaluables notamment :

            - Des préjudices culturels

- des préjudices qui entraînent un déséquilibre dans l’environnement.

- des préjudices pour le consommateur

 

Il devient donc impératif de s'interroger et d'examiner les solutions que l'on peut envisager d'apporter pour tenter d'inverser ce phénomène qui n'a fait que s'accentuer au cours de ces 50 dernières années.

Pour ce faire, nous pensons qu'il est intéressant de se référer aux naturalistes du siècle passé et à leur réflexion. L'un d'entre eux notamment définissait le coq, "comme un oiseau terrestre, avec des pattes robustes et des ailes de petites dimensions, ne lui permettant qu'un vol lourd, court, maladroit et qui cherche sa nourriture en grattant le sol". De par cette constatation on peut aisément déduire, qu'aucun animal d'élevage à l'heure actuelle ne bénéficie d'un environnement qui lui permet d'être proche de cette réalité, qui semblait à ce naturaliste aussi essentielle.

Pour le Professeur Letard, le coq est l'oiseau le plus anciennement domestiqué, il ne le fut qu'à l'âge du bronze (-3200 ans avant J.C). Il aurait été importé d'Asie en Europe par le Phéniciens. Pour Darwin son introduction daterait du 6° siècle avant Jésus-Christ. 

En 1880 dans sa monographie des "Races de Poules" V.La Perre de Roo, définissait la poule commune comme le type de plus rustique de l'espèce galline. Il disait également qu'améliorée par la sélection, c'est celle qui convient le mieux aux fermiers se contentant de mauvais grains invendables sur les marchés, et qu'elle a une aptitude particulière pour découvrir sa nourriture dans la remise, à l'écurie à l'étable et dans tous les coins de la ferme et de ses alentours. Vive, alerte, robuste et vagabonde elle ne coûte rien au fermier, et par conséquent tout ce qu'elle produit est bénéfice net.

 

Toutes les races de volailles seraient issues (?) cette thèse d’ailleurs est controversée, de différentes  espèces principales La coq Bankiva (Gallus gallus bankiva) Le coq de Lafayette (Gallus lafayettii) le coq fourchu (Gallus varius) le coq Sonnerat (Gallus sonneratii)

Races de volailles disparues ou rares

Nord

- Coucou des Flandres - Coucou de France - Coucou picarde- Hergnies - Poule de marquise - Sans queue

Ouest

Barbezieux - Poule de Blanzac - Poule de Caux

Divers

Aquitaine - Ardéale - Bresse Blanche - Caussade - Chrysanthème - Cocherelle - Ivanaise - Landaise - Malgache - Poule de Contres - Poule de Courrières - Poule de Lorraine - Poules de Serres - Provençale.

La Géline de Touraine, appelée aussi «La Dame Noire», fait partie des principales spécialités de la gastronomie tourangelle. Elle connaît ses heures de gloire dans les années 1920, se faisant remarquer dans les concours nationaux et internationaux. La deuxième guerre mondiale anéantit cette renommée. Elle disparaît des élevages de Touraine au profit de volailles plus productives et rentables. (source INRA)

 

Par le truchement de croisements les races de volailles au cours des siècles ont fini par s’imposer et devenir l'un des emblèmes  français. Le coq gaulois symbolise notre pays, alors que paradoxalement cet animal est originaire d'extrême orient.

Son acclimatation s’est faite progressivement, lentement. De nouvelles races introduites en provenance d’Asie ont permis en se croisant avec celles déjà présentes  de donner  de nouvelles souches.

Après la seconde guerre mondiale le déclin de l’aviculture a commencé et s’est accentué à tel point que de nombreuses  races communes ont totalement disparues. La sélection actuelle n’est faite qu’en fonction du rendement chair (ou oeuf pour les pondeuses) par rapport au poids d’aliment ingurgité. On privilégie donc des croisements susceptibles de donner de fort rendement au détriment de souches rustiques qui avaient au cours des décennies et parfois des siècles passés démontrées leur parfaite adaptation à leur  l’environnement. (cette remarque peut également être appliquée aux autres animaux domestiques élevés pour leur chair)

Les qualités de chair des volailles dépendent de plusieurs facteurs de l’origine, de la race, de la souche et bien entendu de l’aliment qui a été donné à l’animal pour qu’il arrive à maturité.

Dans les décennies passées et jusqu’aux années 50, l’élevage était pratiqué à petite échelle et faisait partie d'un ensemble de produits de la ferme, il était bien souvent considéré comme un appoint. Rares étaient les grands élevages spécialisés et même si certains éleveurs arrivaient parfois à obtenir de meilleurs rendements de leurs animaux c'était   souvent à l’aide  de recettes traditionnelles le plus souvent héritées de leurs proches et qu’ils gardaient jalousement. L'ensemble de la démarche était artisanale.

Bon nombre de races locales qui existent encore ne doivent leur survie qu'à quelques passionnés, à des associations, des clubs et sont considérées parfois... comme des pièces de collection

Aujourd’hui tout le monde s’accorde pour dire que la production de  poulets (et de poules pondeuses) est du point de vue biologique totalement inacceptable et ne tient aucun compte des nécessités propres à cette espèce. On peut dire sans aucune exagération, que l’animal est produit dans des conditions inadmissibles, les durées du temps d’élevage ont été écourtées divisées par 2 et même par 3. Les conditions de vie de l’animal peuvent être qualifiées de concentrationnaire, les mutilations que nous leur infligeons  sont indignes d’hommes et de femmes qui se prétendent civilisés et qui prônent le droit au respect du vivant et de l'animal. Les conséquences sur l’environnement et sur la santé des animaux  et la répercussion sur l’être humain sont indéniables. Ce type d’élevage industriel et ce quelle que soit l’espèce est à proscrire, car nous sommes dans l’incapacité de faire face ne serait ce qu’aux nuisances directes ou indirectes qu'elles entraînent sur notre santé et sur l’environnement.

Lorsqu’on y regarde d’un peu plus près, nous nous apercevons que les intérêts économiques priment sur tous les autres, y compris sur la répercussion que peut avoir les autres facteurs :

- influence sur la santé du consommateur, nuisances etc.

En ce qui concerne l’élevage de volailles biologiques, il s’agit d’un mieux indiscutable par rapport à l’élevage industriel. Toutefois, il comporte de sérieuses lacunes auxquelles il est difficile d'apporter une réponse simple et rapide.

En effet, ce qui différencie essentiellement la production biologique de poulets et de poules pondeuses (et qui amène un plus indéniable, tant dans la qualité des produits que dans les conditions de vie des animaux) c'est :

- la surface accordée aux animaux

- la possibilité d'avoir accès à une aire herbeuse

- des aliments biologiques

- Le choix de substances non toxiques pour traiter les animaux.

- l'absence de mutilation de l'animal, mesure  qui devrait être adoptée pour tous les élevages.

On peut donc déduire, que les volailles dites « biologiques » sont élevées dans des conditions industrielles, même si celles-ci sont améliorées par rapport à l’élevage intensif, comme nous l’avons vu ci-dessus.

Les élevages dits biologiques autorisent jusqu'à 10 animaux au mètre carré, ainsi que l'approvisionnement en animaux en provenance d’accouvoirs industriels.

Les volailles contrairement à ce que l’on pense généralement, ont un comportement social très développé  que le confinement rend impossible (Thorpe W.H The assessment of pain and distress in animals. In report in the technical Committee to enquire intothe welfaore of animals kept under intesive livestock systems. Charman : F.W.R Brambel cmnd 2836H.M.S.O London).

Parmi les comportements qui sont inaccessibles (ou difficiles) aux volailles y compris de celles élevées selon les critères « biologiques » on note :

  • le perchage,
  • le lissage des plumes, les bains de poussière
  • la nidification
  • la recherche de nourriture

Nous pensons qu’il est difficile de trouver des solutions même pour l'élevage biologique des animaux de basse cour en fonction des réalités biologiques propres à cette espèce, pour ce qui concerne les poulets de chair et la production d'oeuf.

On observe  que la volaille se prête apparemment à un élevage de type industriel et supporte  de fortes de concentrations de population, mais que celles-ci  ne sont  obtenues que grâce à des artifices. En l'état actuel des choses, en conservant  les productivités actuelles, il est impossible de faire des propositions susceptibles d'être retenues. Nous nous en tiendrons donc aux animaux destinés à la reproduction.

 

Nous pensons qu’il est possible avec des moyens relativement simples d'agir en étant   plus exigent pour  la production des souches reproductrices ainsi que pour la fourniture en poussins  des   élevages biologiques.

Lorsque l'on examine ce que proposait Mr Jacque, naturaliste du siècle passé et spécialiste des animaux de basse-cour on est aux antipodes de ses recommandations. Celles-ci  destinées aux  éventuels éleveurs comportaient des  méthodes et des moyens pour accroître leur production, tout en respectant les exigences de cette espèce à savoir :

- un parcage suffisant, Mr Jacque préconisait que les animaux disposent d'un minimum de 25 m2 minimum  à 100 m2 et plus si possible par famille (1 coq et 6 à 10 poules) comprenant  un terrain  sablonneux et sec ne gardant pas l'eau, planté de groseilliers, d’acacias.... La partie dite habitation ou poulailler comprenant des perchoirs, des pondoirs, une augette et un vase pour boire. Il s'agit là de formules qui peuvent être considérées comme être à l’origine de nos élevages contemporains, mais qui donnaient néanmoins la possibilité à l'éleveur de lâcher les animaux dans la nature (avec des rotations lorsque l’élevage avait plusieurs parcs).

Il y a lieu de différencier la partie de l’élevage destinée à l’alimentation à savoir la production d’oeufs et de poulets de chair, de celles des souches chargées de la reproduction.

- Les souches : doivent être prioritairement produites à partir de variétés et races locales de manière à sauvegarder la biodiversité. L'objectif souhaitable et prioritaire, est que devrait être exclus tout approvisionnement de poussins dont  l’origine sont les circuits industriels classiques.

Il est également à souhaiter, que les   reproducteurs soient produits de manière naturelle en respectant tout le cycle à savoir, la pondaison, la nidification et la couvaison naturelle  ainsi que l’élevage des poussins jusqu’à leur sevrage par la poule.

Il est aussi indispensable, que des sujets témoins issus des reproducteurs soient conservés plusieurs années et que certains même puissent vivre jusqu’à leur disparition  naturelle, de façon  à ce que des observations portant sur la vie normale de ces animaux puissent être effectuées. Ce type de système pourrait être fait relativement simplement, en fin de rotation en conservant par exemple une famille ou bien encore, en sélectionnant  des animaux afin de créer une nouvelle famille.

Il est indispensable que  les souches reproductrices puissent disposer d’espace  suffisant leur permettant de subvenir en partie à leur alimentation,  l’apport en nourriture par l’éleveur est nécessaire mais devrait être considéré comme  complémentaire.

Il est  bien évident que de telles mesures risquent dans un premier temps d’augmenter  les coûts de production (ne serait-ce que par l’organisation et la multiplication de petits parcs) ceci vu dans une optique de concentration de production. En revanche, pratiqués à petite échelle dans des élevages de type familial ces coûts  seraient insignifiants et probablement moindres que ceux des productions industrielles, l'inconvénient de cette méthode consistant en la difficulté d'assurer des produits "réguliers et standardisés" auxquels sont  habitués les consommateurs.

Les éleveurs auraient  la possibilité de vendre :

-  des oeufs fécondés  destinés à la production de poules et de poulets de chair, qui pourraient être traités dans des couveuses artificielles (ces oeufs cochés pourraient être également vendus  pour la consommation, ce qui serait un plus  par rapport à l'oeuf biologique actuel destiné à la consommation et qui est non fécondé). On pourrait pour différencier les produits prévoir un étiquetage détaillant de façon précise l'origine  comprenant  un petit historique, de la souche, du mode de couvaison utilisé, de la composition de l'alimentation, des modes de soins, de l’espace dont dispose l’animal  etc.

Dans ce type d'élevage la surface dite de parcours, devra être suffisante et calculée en fonction des variétés. Si nous considérons qu'une partie de l'alimentation des volailles leur est fourni par le milieu ambiant, il y a lieu de reconsidérer la surface minimale à leur accorder. Toutefois, en nous référant aux travaux de Ch. Jacque et à nos propres observations nous pensons que des surfaces de 2 à 400 mètres par famille serait déjà une amélioration notable par rapport aux normes actuelles (identiques pour tous les animaux), ces dimensions pourraient être réduites, dans le cas par exemple ou l'éleveur aurait la possibilité d'avoir de petits terrains qu'il utiliserait en rotation. Il nous semble important que les animaux puissent disposer dans un tel terrain en fonction des régions de divers arbustes et bosquets, ainsi que du fumier ou du compost de vache ou de cheval grâce auxquels les animaux auraient la possibilité de  trouver des éléments (vers de terre, insectes etc.) que l'alimentation fournie par l'homme est incapable de leur apporter. 

Ainsi, pour un élevage de ce type intégrer de façon harmonieuse avec un impact favorable sur l'environnement, on peut considérer que  qu’un terrain de 5000 m2 avec un bâtiment "poulailler de 300 m2 placé au centre, divisé en surface de 12 m2 nécessaire à une  famille, serait amplement suffisant pour l'élevage d'environ 300 animaux reproducteurs.

Les  avantages non négligeables de cette façon de procéder permettraient la valorisation de races locales en voie de disparition, mais également une intégration plus proche de la réalité  des animaux dans l’environnement. 

 

J.Aikhenbaum

Piotr Daszkiewicz

 

 

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Published by hstes1
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