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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:47

De la protection de la nature aux théories racistes 

 

Afin de mieux percevoir les "niveaux scientifiques" de ces travaux, nous avons choisi de citer quelques-unes des théories qui émanent du docteur en sciences Arnold Splettstösser[1]. Ce "chercheur" n’était pas n’importe qui, puisqu’il était chargé du département de la protection de la nature dans l'administration allemande de la Pologne occupée. Il s'intéressait surtout à ce qu'il appelait "la construction de paysages". (...) Il exposa même ses brillantes "idées écologiques" dans un article où il présentait l'environnement de cette région comme le terrain de combat où s’affrontait le monde asiatique et européen. Pour que "ces terrains" fassent partie de l'Allemagne, il était indispensable de combattre à tout prix les influences asiatiques (y compris les vents orientaux).La formation du paysage ne sera réussie que si l’on tient compte des relations géographiques, floristiques et écologiques de cette région. Ici, passent les frontières des aires de répartition, non seulement des espèces, mais également des races végétales. Ces races doivent être évaluées dans leurs moindres détails, puisqu’elles peuvent être appelées au combat contre l'Asie (traduction littérale) sic!! (...) La formation du paysage est la clé qui apportera la paix à ce pays et la fraternité entre les hommes. Les Germains ne pourront se sentir heureux sur cette terre uniquement lorsque toutes les influences asiatiques seront éliminées (...). Ici Germain et forêt combattent côte à côte contre l'Asie. Nous pourrons gagner si notre unité "Forêt et Race", sont bien visibles dans le paysage." Ajoutons que la fin de la guerre n'a pas, heureusement, permis de réaliser ce "vaste programme de pureté raciale de la couverture végétale".

Nous pensons que le meilleur commentaire sur ces différents sujets est celui proposé par le grand spécialiste des falsifications scientifiques, James Randi[2] "Le nazisme avait besoin d'une montagne de mensonges et de banalités pour asseoir la plus grande des fumisteries pseudoscientifiques - une légende aryenne raciste; ce mythe ne pouvait être accepté que chez des personnes "préparées" à croire aux plus grands non-sens comme à la théorie du globe terrestre creux etc."

 

Des bisons aryens

Il est intéressant de voir quelle était l'attitude de Heck, vis-à-vis de ces conceptions et comment il les appliquait. Ses "activités" dans le domaine de la protection du bison d'Europe en sont une bonne illustration. Heck, était considéré comme l’un des plus importants biologistes du système nazi. Il n’y a donc rien d’étonnant qu'il fût un fervent partisan de la théorie de la dégénérescence des races. Au dix-neuvième et au début du vingtième siècle des naturalistes (surtout des zoologistes russes), émettaient l’hypothèse que la cause principale de la diminution de la population des bisons d'Europe était la dégénérescence de cette espèce. Cette théorie n’a guère tenu, puisque dans les années trente, elle fut réfutée par les observations faites sur le terrain et les succès spectaculaires obtenus dans la reproduction des bisons.

Les naturalistes constatèrent  l’évidence : la disparition du bison avait pour origine les nuisances humaines, une mauvaise gestion des forêts et n’était nullement liée à une quelconque dégénérescence.

Autre observation des naturalistes. Ils remarquèrent également que lorsque ces animaux vivaient en captivité et en semi-liberté avec des soins convenables, ils se portaient bien et se reproduisaient d'une saison à l'autre sans démontrer un quelconque signe de la "fameuse dégénérescence". Bien qu’il fût au courant de ces observations Heck, pour des raisons plutôt idéologiques que scientifiques, s'accrocha à la conception de la dégénérescence de cette espèce. Ce génial reconstructeur, décida alors d’hybrider le bison d'Europe avec le bison d'Amérique afin de le sauver.

Dès, les débuts de la restitution de la population du bison d'Europe une "attention particulière accompagnait les soins. Les chercheurs veillaient à la pureté génétique des bisons, notamment dans les jardins zoologiques ou vivaient des hybrides de bisons d'Amérique et de bisons d'Europe[3]. (...) Un mérite incontestable revient à  J. Zabinski et à E Mohr, qui dès 1945 se sont attachés à sauvegarder  la pureté génétique[4] de la population mondiale de bisons en introduisant  dans le Pedigree Book uniquement des bisons d'Europe pur sang"[5].

Quels furent les résultats de la protection des bisons d'Europe par Heck ?

 Pour répondre à cette question nous avons décidé de citer les fragments de l'article consacré à l'histoire de Pedigree Book of European Bison [6].

     "En 1938, pendant la réunion de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, qui se déroula sous le haut patronage de Goering, un membre du NSDAP, directeur du Zoo de Berlin Lutz Heck remplaça le Dr Kurt Priemel, connu et respecté pour son objectivité et son honnêteté au poste de président. Son assistant le Dr Steinbacher, fut chargé de la rédaction du Pedigree Book of the European Bison. Ces deux personnages s’étaient fixés pour objectif d’émerveiller le monde par le succès de l'élevage germanique des bisons d'Europe, sous les tutelles du régime hitlérien. Ils placèrent dans une réserve forestière à Schorfeide un peu plus d’une dizaine de bisons d'Europe et libérèrent en même temps un nombre important d’hybrides de bisons d'Europe et de  bisons d'Amérique. Le troupeau dépassa rapidement le nombre de deux cents individus. Fort heureusement, ces manipulations ne sont pas entrées dans le Pedigree Book, elles servaient seulement à la presse allemande à affirmer qu’avec seulement trente bisons d'Europe qui vivaient préalablement dans tout le pays, dix ans plus tard les allemands disposaient de deux cents individus de "cette espèce". Si les deux leaders de cette "opération" étaient arrivés à faire entrer même partiellement  ces fausses données dans le Pedigree Book, quelques années plus tard la rectification de ces informations aurait été quasi impossible[7]".

     Cette étrange pratique, était contraire aux décisions[8] prises par la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe qui a toujours veillé avec le plus grand  soin à séparer les bisons d'Europe des différents hybrides de cette espèce[9].

     "A quelque chose malheur est bon, comme dit le proverbe, le troupeau "progermanique" de Schorfheide fut  entièrement décimé pendant la bataille de Berlin en 1945. Il est vrai que des bisons d'Europe furent également tués lors de ces affrontements, mais il s'agissait principalement d’individus âgés sans grande valeur reproductrice.(...) ".  Après les hostilités, il fallut résoudre les problèmes et éditer un nouveau volume du Pedigree Book of the European Bison. Les allemands membres de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, étaient durant la guerre étaient affectés à d’autres tâches et avaient abandonné leurs recherches sur la protection et l'origine des bisons. Après-guerre, ils ne manifestèrent guère d’enthousiasme pour entreprendre ou participer à des actions publiques. Quant au Dr Lutz Heck, qui s’était suffisamment déshonoré et discrédité aux yeux du monde scientifique, qu’il ne proposa même pas sa candidature pour préparer les matériels nécessaires à l'édition du volume suivant du Pedigree Book.

Le Dr Jan Zabinski[10], vice-président de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, était vivant, son attitude exemplaire durant la guerre le porta d’emblée à la direction de cette institution[11]. Il accomplit une tache très difficile, rassembla toutes les informations sur les bisons d'Europe (pur sang) qui avaient survécu à la guerre. Ce travail énorme a demandé énormément de patience. L’une des difficultés principales qu’a rencontré cette nouvelle équipe, a été de trouver des collaborateurs motivés et valables. Ceci était d’autant plus difficile, qu’en Allemagne la possibilité d'erreur et de fraude préméditée étaient très importantes. L’acharnement à cette tâche du Dr Jan Zabinski, fut récompensée, en 1947 le quatrième volume du Pedigree Book" fut édité.

Pour souligner l'importance de ces problèmes, quelques citations originaires des divers volumes du Pedigree Book of the European Bison, nous permettrons de mieux les évaluer :

"Il faudrait ajouter la somme de bisons survivants encore environ 10 à 11 spécimens de ces animaux qui se trouvent au parc zoologique de Hellabrun (Allemagne). Malheureusement, on ne peut inclure ces individus en raison des doutes qui planent sur l'exactitude des données livrées par la direction de ce parc. Après vérification, ces animaux seront mentionnés dans les volumes suivants du Pedigree Book" (01 janvier 1947).

Pendant ces deux dernières années, nous n’avons pas réussi à élucider l'énigme des bisons de Hellabrun "Cette information fut répétée dans tous les volumes suivants, jusqu’en 1955 date à laquelle cette histoire fut élucidée définitivement".

Heck, l’homme providentiel de la propagande nazie

La façon dont Heck, concevait la "protection" des bisons d'Europe, démontre de manière significative, les conséquences désastreuses du travail "naturaliste" de ce "scientifique". L’intérêt de la propagande nazie a toujours pris le pas sur toute démarche scientifique et sur la protection de la nature. La création de troupeaux d’animaux hybridés, démontrait, par l’augmentation du nombre des individus de "cette espèce", le succès du 3ème Reich. La deuxième démarche, consistait à privilégier et à donner une place prépondérante à l'idéologie quitte à occulter l’aspect scientifique. Pour cette raison, il était impératif que le bison d'Europe "dégénère". Selon les théoriciens nazis, "les races sans surveillance étroite devaient dégénérer". Heck soutint cette "théorie" malgré les résultats issus des années de recherches qui contredisaient la "conception de la dégénérescence" du bison d'Europe. C'est également pour cette raison, qu’il prit la décision d’hybrider les bisons d'Europe Bison bonasus avec les bisons d'Amérique Bison bison. Ces pratiques scientifiquement malhonnêtes s’accompagnèrent d’un choix judicieux de cadres dévoués au Führer. En premier lieu, Heck écarta les spécialistes et le personnel compétents, et les remplaça par des membres fidèles au NSDAP. Comme tout système clos, les nazis s’appuyèrent, non sur les connaissances et les compétences des individus ou des équipes, mais sur leur dévouement idéologique.

Les bouleversements qu’imposèrent ces types de pratiques rendirent possibles et indispensables les falsifications scientifiques. Celles-ci étaient inacceptables pour les naturalistes honnêtes, ce qui fit que Kurt Priemel[12] et Erna Mohr furent  écartés de leurs fonctions. Les pratiques de Heck étaient accompagnées du mépris des décisions prises par les instances internationales de protection de la nature. L'hybridation, entre les bisons d'Europe et les bisons d'Amérique, était en totale contradiction avec les décisions de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe. Avant la prise de pouvoir par les nazis, les institutions scientifiques allemandes dans le domaine de la zoologie étaient parmi les meilleures. Heck, participa considérablement à la chute de ces institutions. Non seulement, les professionnels furent remplacés par des idéologues, de plus, les activités habituelles jugées caduques furent abandonnées. Ce qui fit dire à Erna Mohr[13] après la guerre, "qu’entre 1939 et 1945 les Stoodbook étaient dans d’autres mains, que pendant cette période les listes (des animaux P.D. et J.A.) ne furent jamais préparées ni imprimées et les cartes de pedigree ne furent également jamais rédigées". 

Les effets pernicieux du travail de Heck, ont contribué à mettre gravement en péril, l'existence de l'espèce du bison d'Europe. Si la victoire des alliés n'avait pas mis fin à "cette protection particulière", aujourd'hui, nous n’aurions que des hybrides de bison d'Europe et d'Amérique et nous n’aurions pas une population importante et en pleine vitalité, comme c’est le cas actuellement de Bison d'Europe[14]. L’excellent travail fait après-guerre par M. Jan Zabinski et  de Mme Erna Mohr ont permis de retrouver et d’éliminer tous les documents falsifiés par Heck et de séparer les populations hybrides, de celles du Bison d'Europe.

                                                     Chapitre 3

Comment l’aide internationale risque d’être bernée par une supercherie ?

L'affaire du « faux aurochs », doit être examinée en tenant compte de l'aide occidentale apportée aux ex-pays communistes, dans le domaine de l'écologie. D'après les données du SIERDAH, cet animal a été introduit en Hongrie et un projet équivalent existe pour la Pologne. Les pays de l'ex-bloc soviétique se trouvent dans une situation de crise écologique et économique précaires. Les pays occidentaux, leur apportent une aide matérielle substantielle qui entre dans le cadre de la coopération internationale. Parmi ceux qui y contribuent, nous trouvons l’Union Européenne, les Etats-Unis etc. Plusieurs spécialistes[15] émettent des réserves quant à certaines de ces dépenses, qui servent trop souvent les intérêts de consultants occidentaux privés, dont ils mettent la compétence en cause. Quelques-unes d’entre elles, sont également attribuées à des activités qui n’ont rien à voir avec la protection de l’environnement. Ce qui fait que divers projets "d’un intérêt discutable", concurrencent des projets efficaces et bien préparés par des professionnels hautement qualifiés. Le cas précis de l'introduction de ce "faux-aurochs" en Europe Centrale et Orientale est un cas d’école. La supercherie pseudoscientifique, étayée à l’aide d’un discours médiatiquement habile, se substitue à une véritable aide réellement efficace indispensable à ces pays.

 



[1]cité d'après Kulczynska  Wanda Ochrona Przyrody w czasie wojny  Chronmy przyrode ojczysta N°1 1945

[2] Randi James 1994, Flim-Flam Psychics, ESP, Unicorns and other Delusions Editions Pandora

[3]en prenant soin également de séparer la race de plaine de celle de montagne (originaire du Caucase).

[4]afin d’éviter des hybridations

[5]Pucek Zdzislaw  1994 Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1)

[6]Wernerowa Jadwiga Dlaczego ksiegi rodowodowe zubrow Problemy 25, 1969. L'auteur de cet article était zoologiste, il a travaillé également sur les bisons, il était  l’un des proches collaborateurs de J. Zabinski. Il fut couronné par un prix prestigieux pour son travail de  vulgarisation scientifique.

[7]Nous savons que c'est uniquement par  manque de temps que la création du Nazi Pedigree Book du Bison d'Europe ne put aboutir.

[8]la gestion de l'autre troupeau de bison d'Europe de Pszczyna (nom allemand Plessen) était également contraire aux décisions et pratiques de la SIPBE. Cette population l’une des plus anciennes en captivité et en semi-liberté a été isolée afin de d’évaluer l’éventuelle dégénérescence des suites de consanguinité. Les autorités de la SIPBE se sont opposés à l’importation de nouveaux  spécimens et à leur intégration dans le troupeau afin d'obtenir des résultats viables. C’est pendant la guerre que des mâles qui n’appartenaient pas à cette population furent importés à Pszczyna. (voir  Zabinski J.  1950 Prace nad restytucja zubra. Ochrona Przyrody 19.), fait d'autant surprenant que Heck, grand partisan de la théorie de dégénérescence devait logiquement  disposer d'une telle population pour confirmer ces conceptions sur les bisons. Il est probable que, les  résultats obtenus à Pszczyna,  soient à l’inverse de ceux qu’il attendait et qu’ils mettaient en causes ses "pratiques scientifiques" d’élevage de bisons.

[9]Zabinski J. The European Bison (Bison bonasus) Cracovie 1960

[10]voir note de bas de page n°160

[11]contrairement à Heck (P.D. et J.A.)

[12] Priemel Kurt dr (1880-1959), directeur du Parc Zoologique du Francfort fut l'un de fondateur et le premier président de la Société Internationale pour la Protection de Bison d'Europe, considéré par Heck et ses acolytes comme "personna non grata" il fut obligé non seulement de démissionner du poste de président de cette société et dû céder en 1938, son poste de président de Société Internationale des Directeurs des Parcs Zoologiques.

[13]Mohr E. 1967 The studbook of the European bison Bison bonasus. International  Zoo Yearbook 7 Zoological Society of London

[14]Krasinski A. Z. 1994, Restytucja zubrow w Bialowiezy w latach 1929-1952 Parki Narodowe i Rezerwaty Przyrody N.4; Krasinski A. Z., 1978 Dynamics and Structure of the European Bison Population in the Bialowieza Primeval Forest. Acta Theriologica Vol. 23/1. Pucek Z. 1994Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1) Pucek Z. 1991. History of the European bison and problems of its protection and management. in B. Bobek, K. Perzanowski, and W. Regelin (eds). Trans. 18 th IUCN Congress Krakow 1987, Swiat Press Krakow-Warszawa

[15]voir Newsnet-21 International Environmental Collaboration Russia: A case study ou Environmental Aid to Eastern Europe Ragnar E. Löfstedt et Gunnar Sj¨stedt Ambio Vol. 24 n°6 Sept 1995, Wendel J.   1998 Collusion and Collision: The strange  Case of Western Aid to Eastern Europe 1989-1998 Ed. St. Martin's Press New York

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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