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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 11:27

 

 

 

« il existe une foule de nobles qui passent leur vie à ne rien  faire, frelons nourris du labeur d’autrui, et qui, de plus, pour accroître leur revenus , tondent jusqu’au vif, les métayers de leurs terres. Ils ne conçoivent pas d’autres façons de faire des économies, prodigues pour tout le reste jusqu’à se réduire eux-mêmes à la mendicité. Ils traînent avec eux des escortes de fainéants qui n’ont jamais appris aucun métier…. ». Thomas More – Utopie – Le monde de la philosophie – éditions Flammarion

 

    (sources : articles parus dans la presse en 1931)

Allemagne - L’effondrement : La fuite des capitaux

Il n'était pas rare, l'an dernier, d'enten­dre les Américains les plus francophiles déclarer — même avant boire : « En Euro­pe, il n'y a qu'un pays qui se soit adapté à l'après-guerre, c'est l'Allemagne ». Cela voulait, dire simplement que les fiers Yan­kees reconnaissaient dans les Allemands des élèves — les seuls élèves, heureuse­ment.

 

un monde nouveau voulait naître...

 

Tous les principes de « l'économie ra­tionnelle » dont l'Amérique s'enorgueillis­sait — généralisation du crédit, hypothè­que permanente sur l'immanquable succès de demain, substitution de la confiance à l'épargne — tout cela, l'Allemagne l'avait adopté et l'appliquait avec conviction ; les mines, les villes, les métros même se transformaient à vue d'oeil ;

 

Il faut admettre que c'est une si touchante sympathie dans les principes qui a décidé tant de capitaux américains à se risquer dans les construc­tions pseudo-rationnelles de l'Allemagne : une sorte de voix du sang financier... Car il ne suffit pas de dire que ces prêts rap­portaient dix et onze pour cent. Au con­traire. Ce sont là des taux qui, normale­ment, inquiètent. Au pays de Moustafa Ké­mal, on emprunte couramment à 16, 18 pour cent. A-t-on vu les capitaux améri­cains affluer en Turquie ?

 

La nouvelle économie n'a pas réussi à l'Amérique, qui est pourtant le pays du monde où l'expérience était le moins gê­née : pas de crise nationale, pas de mou­vements sociaux appréciables, unanimité dans l'orgueil et dans la confiance, senti­ment net et justifié d'être les vainqueurs des vainqueurs...

 

Comment, dès lors, l'ex­périence eût-elle pu réussir dans une Allemagne vaincue, avide de revanche, ravagée de haines, patrie du socialisme ? C'était folie. Le parti monstrueux, à la fois communiste et raciste, qu'a fondé Hitler, ne tait que présenter, sous une clinique, la montruosité dont l’Allemagne dite « modérée » , vit et meurt depuis la guerre....

 

.... bref, il s’agissait de supprimer les causes politiques et économique de la panique,de désavouer les idées de revanche et d’arrêter le gaspillage. Berlin n’a pas voulu. Une démarche désespérée auprès du président Hoo­ver, qu'on s'était un peu vite représenté comme le dompteur naturel du fauve fran­çais, n'a abouti à rien. Deux démarches de M. von Hoesch auprès de M. Laval ont été, dit-on, pathétiques, mais infructueu­ses. Il ne restait plus, à la veille de l'échéance du 16 juillet, qu'à demander à la B.R.I., à Bâle, et aux banques d'émis­sion de Londres, de Paris et de Washing­ton, de ne pas réclamer les 100 millions de dollars exigibles de la Banque d'Empi­re. Cela du moins a été obtenu, mais ça n'a été qu'une goutte d'eau vite épuisée.

Le Reich en est donc réduit à tâcher de se sauver seul. ………Quand la crise s'est aggravée et qu'il est devenu évident que l'argent étranger n'intervien­drait pas, le gouvernement a eu recours à des mesures peu cohérentes, les unes timi­des, les autres brutales, destinées surtout à gagner du temps : fermeture des bourses pour 48 heures, limitation des rembourse­ments de dépôts par les banques et les caisses d'épargne, proclamation patrioti­que au peuple pour l'inviter à la confiance et à la discipline... Mais, de mesures radi­cales, on n'en avait encore pas pris le 15 au soir ; on hésitait même encore entre deux formes, ou du moins deux avenues de l'inflation : recours à une monnaie sup­plémentaire, pour l'usage interne, la ren­tenmark d'illustre mémoire ; ou bien l'abaissement du taux légal de couverture or de la Banque d'Empire de 40 à 30 pour cent, avec émission de nouveaux millions de marks....

 

…..Tout se passe donc comme si l'unique souci de M. Brüning était de gagner du temps. Pourquoi ? Attend-on une pression de M. Henderson ou de M. Stimson à Pa­ris ? Attend-on la conférence d'enterre­ment du plan Young et les inévitables que­relles des ex-alliés ? Attend-on l'extension de la crise aux places étrangères et la pa­nique à Londres, ou à Bâle, ou (qui sait ?) à Paris ? Prépare-t-on un de ces coups de théâtre politiques auxquels le tempérament allemand ne répugne pas et que la présen­ce de M. Schacht, candidat dictateur, à la tète des entreprises de salut financier, ne rend pas improbable ?

 

Attend-on seule­ment (c'est la politique de tant de gouver­nements !) que les choses s'arrangent tou­tes seules, en bien ou en mal ? Ou plus simplement encore, se rend-on compte que le problème est insoluble ?

 

Attendons, nous aussi, et réjouissons-nous - provisoirement - de ne pas voir l'argent de nos caisses d'épargne ou de nos assurances sociales prendre la route du néant, via Berlin.

 

 

Allemagne - Le Krach de la « Danat »

toutes les banques s'acharnent contre la Danat. Seule la Deutsche Bank demeure intacte, respectée par ces fougueux adver­saires des banques .... Et puis c'est la fin : le 10 juin, la grande firme de La Nordwolle s' écroule. Certes, la Danat ne perd dans l'affaire que 25 mil­lions de marks sur les 240 du passif avoué. Mais cela tombe mal : cela se combine avec les retraits accélérés de capitaux étrangers, avec d’autres krachs de moindre envergure dans firmes du bâtiment, avec un assai­nissement  sévère de la société Karstadt - toutes entreprises que l'orgueilleux Jacob avait conquises » à son contrôle. Le jour même où la presse de gauche réclamait des sanctions contre les frères Lahusen, les pro­priétaires malheureux de la Nordwolle, l'organe d'Hitler ripostait en gros caractères :

« A quand  l'arrestation de Jacob Gold­schmidt ? » Ce fut le signal...

Le 11, on apprend que les disponibilités liquides de cette banque colossale ne dépas­sent. pas 60 millions de marks: Goldschmidt avait, en effet, pour maxime que, moins on garde chez soi de capital, plus on augmente ses chances de gain. C'est vrai... mais.... le 12 juillet, la Danat doit en­voyer au gouvernement l'appel de détresse.

Dans la nuit de dimanche à lundi, il est question de renflouer la banque : l'ampleur du gouffre ne le permet pas. Alors, le gou­vernement convoque les directeurs des principaux établissements de crédit pour leur demander de l’aider à sauver la Danat, d'enpêcher une faillite fatale au pays. Tous acceptent, tous sauf un : von Mauss. Et c'est la panique, l'affolement, les ruines, les pleurs.

 

…….Tout est un éternel recommencement. Ja­cob Goldschmidt a, pendant des mois, des années, rêvé de vaincre Hugo Stinnes. M. von Stauss n'a qu'un but dans la vie : abat­tre Jacob  Goldschmidt. Il a pour lui d'être l'ami intime d'Hitler.

Depuis le krach américain, M. von-Stauss a bien senti que son heure allait sonner. Les fonds américains placés à la Danat étaient, en effet, considérables. Retirés pres­que du jour au lendemain à la suite du krach, ils mettent en péril l'équilibre de la banque, qui ne peut plus fournir son appui financier à des sociétés aussi nombreuses, à des industries atteintes à la fois par la surproduction et par la sous-consommation.…

 

L’Opinion allemande... La France ennemie héréditaire....

Nous avons recueilli ici quelques-unes des opinions les plus caractéristiques exprimées à l'annonce de la visite des ministres fran­çais à Berlin par les journaux allemands de tous les partis politiques. Nous les re­produisons en partant de l'extréme-droite hitlérienne jusqu'à l'extrême-gauche com­muniste. C'est la France qui doit rendre des comptes et donner, proclame la presse du chancelier Brüning.

L'article publié sous le titre de « La vi­site à Berlin » par la Germania, organe du Centre catholique et du chancelier Brüning, a eu un retentissement très grand, étant donné son caractère officiel. En voici les phrases les plus significatives :

C'est à la France de montrer maintenant si elle est prête à collaborer solidairement à la tâche européenne... Il faut bien dire que le discours de M. Curtius (pour l'éga­lité des armements et l'abolition des répa­rations) est une préparation au voyage français à Berlin... La France doit recon­naître que, pas plus qu'hier, les questions politiques (les garanties demandées par M. Laval contre son assistance financière) ne peuvent être mêlées aux transactions finan­cières...

Cependant, les peuples ne peuvent échapper à deux questions politiques, expo­sées, celles-là, à Genève par M. Curtius... qui, sur ce point, peut s'appuyer sur le peu­ple allemand tout entier... Les raisons de la crise résident dans les effets des répara­tions, la charge des dettes et dans la course aux armements entreprise par certains Etats sous la conduite de la France...

 

Pour la presse Hagenberg la France asservit l'Allemagne

Les journaux soumis directement à l’in­fluence de M. Hagenberg, conforment tous leurs jugements aux discours prononcés par celui-ci au congrès du parti national-al­lemand à Stettin. Or, le magnat de la presse a déclaré qu'a l'occasion de la visite fran­çaise il fallait stigmatiser  la politique de servitude menée par M. Brüning, en ac­cord avec ses alliés sociaux-démocrates. Le Berliner Lokal Anzeiger, national alle­mand, et la Deutsche Fugeszeitung agra­rienne, se signalent particulière­ment a leurs lecteurs les jugements sui­vants du grand chef :

Nous devons déclarer ouvertement que la politique extérieure du ministère Brüning : alliée aux socialistes, ne nous engage en aucune manière pour le jour où l'opposition nationale prendra le pouvoir. Je dis cela surtout en pensant aux négociations avec la France.

Nous devons d'ailleurs répéter aussi que la conduite des grandes négociations inter­nationales doit appartenir désormais à la droite, car le développement de l'affaire austro-allemande a montré la façon lamen­table dont était dirigée notre politique ex­térieure avec le cabinet actuel.

L'Allemagne a besoin d'espace et de liber­té. Il ne s'agit pas de revanche, puisque nous n'avons pas été vaincus par les ar­mes. Mais la France devrait comprendre que, dans son propre intérêt, elle devrait renoncer à sa politique actuelle, dont on ne sait trop si le ressort est la soif d’hégémonie, le sadisme ou la suffisance....

 

 

Choix de textes Jean Aikhenbaum

 

 

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Published by hstes
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