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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 10:57

 

Parcours de quelques textes piochés au hasard.

 

DE L'ANTISÉMITISME ET DU RÔLE DES JUIFS DANS LES SOCIÉTÉS MODERNES.
 SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE (5 JUIN 1893).


M.Limousin a la parole.

La question que j'ai entrepris de vous exposer, dit M. Limousin, est particulièrement difficile. Elle est difficile, étant donné le point de vue objectif auquel je désire me placer; elle ne l'est pas moins au point de vue subjectif des deux partis en cause : antisémites et sémites. Il est, en effet, très facile de dire : « Les Juifs pillent, ruinent, par toutes sortes de procédés déloyaux, les malheureux Chrétiens, qu'ils soient français, allemands, italiens, anglais ou russes ».

Il est non moins facile de dire : « Les Juifs sont « de petits saints » qui n'ont conquis une place prépondérante chez les peuples de la chrétienté, que parce qu'ils sont plus actifs, plus intelligents que les autres hommes qui composent ces peuples ; parce qu'ils leur sont supérieurs à tous égards.

Ce qui est difficile, c'est de se placer au point de vue désintéressé, objectif, et de déterminer les caractères d'un phénomène aussi inattendu que la renaissance de l'antisémitisme à laquelle nous assistons. Cela est difficile à faire, cela est encore plus difficile à dire, parce que le sujet dont on parle touche à des hommes, ayant leurs défauts et leurs qualités, et parmi ces défauts, une grande susceptibilité. C'est le cas de faire application de la moralité de la fable de La Fontaine : la « Besace». Tous nous sommes besaciers ; dans une besace portée par devant nous avons nos qualités, celles de notre famille, de notre patrie, de notre race, des diverses collectivités auxquelles nous appartenons. A nos qualités son joints les défauts des autres, individuels ou collectifs. Pour la besace de derrière, nous mettons nos propres défauts et les qualités d'autrui. Critiquer un peu les Juifs, semblera abominable à la plupart d'entre eux ; les défendre dans une certaine mesure, sera jugé un applatissement devant le Veau d'Or par la plupart des anti-sémites. En cette question, comme dans la plupart des autres, la vérité est dans le milieu.

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5411967t

Infiltrer dans la société civile, inventeur de la Shoah….

 

Il s’agit du vieil antisémitisme européen imaginant les Juifs infiltrer la société civile,

accusant les Juifs d’avoir inventé la Shoah et de l’instrumentaliser afin de créer à dessein un sentiment de culpabilité au sein de la population non juive. Les Juifs sont ainsi accusés d’inventer ou d’exagérer une situation afin de servir leurs intérêts. Nombreux sont ceux qui croient ce phénomène désuet. Hélas, ces accusations sont toujours d’actualité.

Certains exemples topiques sont révélateurs de la persistance de cette problématique.

Ainsi, ces commentaires publiés sur différents sites internet: «[…] j'en ai assez de l'industrie de l'holocauste, mise en marche pour tout justifier du sionisme et taxer d'antisémitisme le premier qui éternue»1; «[…] le problème, c'est qu'Israël tire les ficelles du monde parce qu'ils sont juifs en ont instrumentalisé la shoah afin

d'assoir leur puissance et veulent diriger le monde par les financeset cela à commencer par le Congrès américain et en ayant utilisé les discours peu intelligents des Iraniens à leurs égards».

RAPPORT SUR LA SITUATION DE L’ANTISEMITISME

EN SUISSE ROMANDE - Année 2009

 

 

Et en 1931, en Pologne

 

L’agitation antisémite en Pologne

La Pologne est un cadavre, les juifs y pullulent comme des vers », écrivait Balzac, de Cracovie, où il s'était arrêté avant d'aller rejoindre, en Ukraine, Mme Hanska. L'auteur de la Comédie Humaine pourrait-il figurer parmi les maîtres de l'antisémitisme ? La Po­logne, aujourd'hui, n'est plus un cadavre :  c'est une nation bien vivante — trop vivante, au gré de certains — et qui, moins de treize ans après sa résurrection, marque de plus en plus son ambition de compter au nombre des grandes puissances européennes. Mais les Juifs s'y trouvent toujours ; leur rôle dans la vie économique du pays n'a pas diminué d'importance, au contraire. Tandis que la no­blesse et la bourgeoisie polonaises allaient s'appauvrissant, leur cohésion, leur habileté, leur sens des affaires leur ont permis de sor­tir avec avantage de la crise de la guerre et de l'inflation. C'est entre leurs mains que se trouve la majeure partie du commerce et de l'industrie, sauf, toutefois, dans la  partie la plus occidentale du pays, la Posnanie, où l'é­lément sémite est insignifiant. Leur influence intellectuelle n'est pas moindre.

 

Cette minorité de trois millions d'individus qui a, par ailleurs, sa presse à elle, ses écoles, ses hôpitaux, ses institutions confessionnelles et sociales et qui possède, par-dessus tout, cette solidarité légendaire à laquelle la « race élue » a dû, à travers les siècles, son étonnante persistance.

 

la jeune poé­sie polonaise compte plus de poètes juifs que de chrétiens ; le théâtre, le cinéma sont entre leurs mains. Ajoutez à cela qu'en Galicie et dans l'ancien royaume de Varsovie, la majo­rité des avocats et des médecins sont des juifs, et vous aurez quelque idée de ce que représente, dans la vie polonaise d'a­près-guerre,

Ne risque-t-on pas, dans ces conditions, de voir l'élément « aryen », comme dirait Gobi­neau, et comme disent en effet les antisémi­tes polonais, éliminé peu à peu, par la pous­sée juive, des postes de commande de la vie sociale et même de la vie politique du pays ?

 

Mais pas de ministre juif !

Sans doute on n'a point encore, du moins en Pologne, de ministre juif ; de même, les hautes fonctions de l'armée sont pratiquement fer­mées aux israélites, d'ailleurs, comme on sait, de tempérament peu militariste ; pareillement, dans les Universités, les professeurs juifs sont des exceptions isolées. Mais la prépondérance que l'élément sémite s'est déjà assurée dans la littérature, la presse et les professions li­bérales, indique un mouvement d'expansion dont on ne saurait prévoir l'amplitude et les limites.

Sous le couvert de « l'égalité des droits », inscrite dans les Constitutions de l'Etat, ce qui se prépare ne serait-ce pas, pu­rement et simplement, la dépossession de l'é­lément autochtone ? Du moins, c'est ce qu'as­surent les nationalistes antisémites, suivis en cela par une bonne partie de l'opinion polo­naise, comme viennent de le montrer les évé­nements de ces dernières semaines.

 

Les causes de cette disproportion ne tiennent pas seulement aux dispositions intellectuelles innées du peuple juif, « le seul, de tous les peuples, qui ait son livre depuis toujours »,

 

Il n'est pas étonnant que, de ces événements, les Universités aient été le principal théâtre. C'est là, en effet, que la poussée juive se fait sentir dans toute sa force. Bien qu'elle ne for­me guère que 11 ou 12 % de la population to­tale du pays, la minorité israélite fournit, à l'enseignement supérieur, presque la moitié de son contingent d'étudiants.

 

Il n'en reste pas moins que la classe intellectuelle indigène sent le péril, et qu'elle redoute d'être débor­dée.

Partout, c'est à la Faculté de Médecine que s'est déclenchée l'agitation. C'est que les professions médicales sont parmi celles où les Juifs ont pu s'assurer une importance hors de pair. Etat de choses qui se compliquait, en l'espèce, d'un fait, assez peu compréhensible en Occident, et qui résulte, en Pologne, de l'organisation    confessionnelle des institutions d'assistance. De même qu'il y a des hôpitaux catholiques. De même il y a des hôpitaux juifs. D’où de grandes difficultés en ce qui concerne les cadavres livrés aux salles de dissection pour les travaux des étudiants. Si l’Eglise catholique s’est depuis la Renaissance, relâchée de sa première rigueur contre les anatomistes, il n’en est pas de même pour les communautés israélites où la loi talmudique règne encore dans toute sa puissance. Or, la loi talmudique interdit la dissection des morts.

Ce problème juif est loin d’être simple, car il ne s’agit pas seulement de conflit de race ; on le voit, des motifs économiques s’y ajoutent et en accroissent encore l’acuité : le caractère de violence dont les activités antisémites ont été marquées s’expliquent en grande partie par là. Un étudiant catholique a été à Vilno, au cours de manifestation qui on eu lieu. Mais par toute la Pologne, c’est par centaines qu’on a pu compter les blessés.

Le boycott, lui non plus n’est pas une idée neuve.

Quant au boycottage économique des Juifs, également préconisé par les milieux antisémites, il ne semble guère être susceptible de provoquer un mouvement d’ensemble durable,... N’acheter que dans des magasins catholiques  n’implique pas forcément que les produits achetés ne soient point d’origines juives.

Reste, il est vrai, un autre moyen, tout au moins théoriquement. Sinon l’assimilation, du moins la collaboration des deux éléments. Beaucoup songent en Pologne, et des deux côtés de la barricade, à en organiser les conditions. Mais c’est un problème hérissé de difficultés....

Textes choisis par Jean Aikhenbaum

 

 

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Published by hstes
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