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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 17:53

 

 

 

Extrait du livre blanc publié en 1995 –

 

Ce dossier a été réalisé par Jean Aikhenbaum

avec le concours de Messieurs Gilbert Schwarcz, Piotr Daszkiewicz

 

 

 

 

 

Préparation et mise en place de mesures discriminatoires contre les juifs de France

 

 

 

 

Rappel de quelques grandes  lois, décrets parus au Journal Officiel

sous le régime de Vichy, et de mesures discriminatoires prises à l’encontre des juifs.

 

 

 

 

Conséquences et séquelles des persécutions raciales sur les enfants rescapés.

 

 

 

                                                     

 

 

SOMMAIRE

La montée de l’antisémitisme _________________________________________________ 

Préparation et mises en place des mesures discriminatoires contre les juifs de France____

Rappel de quelques grandes lois de Vichy, et de quelques mesures discriminatoires_____

ANNEE 1940__________________________________________________________________

Loi portant statut des juifs. ___________________________________________________________

Bulletin municipal du 7 octobre 1940___________________________________________________ 

Loi sur les ressortissants étrangers de race juive__________________________________________

ANNEE 1941

N° 1450- loi du 29 mars 1941 créant un commissariat général aux questions juives            

N° 1594 - Loi du 11 avril 1941 modifiant et complétant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs        

            N° 1490 - Loi du 3 avril 1941   

N° 2469 - Loi du 19 mai 1941 modifiant l’article 2 de la loi du 29 mars 1941 créant un commissariat général aux questions juives            

N° 2392 - Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940, portant statut des juifs.

N° 3188 - Décret du 28 juillet 1941 portant règlement d’administration publique pour l’application de l’article 5 de la loi du 2 juin 1941 remplaçant celle du 3 octobre 1940 portant statut des juifs.       

N° 3591 - Loi du 1er septembre 1941 portant modification de la loi du 29 mars 1941, créant un commissariat général aux questions juives            

 N°4428 Décret du 20 octobre 1941 modifiant le décret du 19 juin 1941

N°5062 - Décret du 19 novembre 1941 relatif aux personnels en service outre-mer visés par l’article 7 de la loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs        

N°5047 Loi du 29 novembre 1941 instituant une union générale des Israélites de France.          

ANNEE 1942                       

Algérie - Décret n° 783 du 15 mars 1942 étendant à l’Algérie la loi du 17 novembre 1941, relative à l’accès des juifs à la propriété foncière.        

L’ETOILE JAUNE            

Huitième ordonnance, du 29 mai 1942, concernant les mesures contre les juifs_________________             Circulaire n° 140 -42 du 6 juin 1942, instructions de l’autorité allemande ____________________              Circulaire n° 157 - 42 du 19 juin 1942,  infractions au port de l’étoile jaune____________________

DEPORTATIONS ET ARRESTATIONS_________________________________________              Notes de service du 18 juillet 1942 ____________________________________________________ 

            Note de service du 9 septembre 1942_________________________________________

            Consignes pour les équipes chargées des arrestations ______________________________________ 

Loi N° 879 du 9 novembre 1942 relative au séjour et à la circulation des juifs étrangers

Loi N° 1077 du 11 décembre 1942 relative à l’apposition de la mention « juif » sur les titres d’identité délivrés aux Israélites français et étrangers.     

Conséquences et séquelles des persécutions raciales sur les enfants rescapés       

Les travaux d’après-guerre

Etat des recherches actuelles       

Bibliographie                     

 

 

 

 

 

 

 

 

La montée de l’antisémitisme

 

 

 

 

Le premier mouvement antisémite d’envergure qui a précédé la Shoah, s’est manifesté en Allemagne par le boycott des commerces juifs le 1er avril 1933[1]. Des lois et mesures anti-juives officielles ont été promulguées en 1935,  dont la célèbre loi de Nuremberg du 15 septembre 1935, destinée à protéger « le sang et l’honneur allemand ». Cette mesure pour les nazis était nécessaire  par le fait que le juif est impur, et que, de plus, tout ce qui lui appartient est souillé et devient source de contamination. Il était donc primordial que la race des seigneurs se protège efficacement de  toute souillure.

 

L’enchaînement devenait alors inéluctable. Goëring déclare qu’il fallait en finir avec la question juive (octobre 38), les Juifs doivent disparaître de l’économie allemande (novembre 38)[2]. Les exactions contre la population juive allemande prennent de l’ampleur : les biens juifs sont pillés, les magasins, habitations, synagogues dévastés et incendiés. Les pogromes s’institutionnalisent dans une indifférence générale et, entre  le 10 et 13 novembre de cette même année, les premières déportations commencent avec l’envoi de  10 454 juifs allemands  au camp de Buchenwald.

 

Le grand dessein des nazis, qui consistait à exploiter et à éliminer les sous-hommes que sont les juifs, les tziganes, les polonais, les russes, les tchèques et autres dégénérés pouvait commencer.  L’édification du 3ème Reich millénaire éternel et la souveraineté de la race supérieure germanique étaient à ces conditions.

 


Préparation et mises en place des mesures discriminatoires contre les juifs de France

 

 

 

 

C’est dans cette continuité que se sont inscrites les mesures prises dans les pays occupés. En France, c’est avec l’armistice et l’invasion allemande que les premières dispositions officielles font leur apparition. Une certaine  littérature et la presse antisémite avaient préparé l’opinion publique à la politique discriminatoire et d’extermination qui va être menée contre les juifs[3]. Les citations où  juifs, métèques et étrangers sont accusés de tous les maux, de toutes les tares, abondent. Les quolibets, les injures et les propos menaçants sont regardés avec bienveillance  par les pouvoirs publics de cette époque ou pour le moins avec indifférence.

 

Dès la mise en place du nouveau régime de Vichy, des journaux tels que l’Action Française, le Matin, l’Œuvre , le Cri du Peuple, la Gerbe, Je suis partout... deviennent des inconditionnels du pouvoir en place.

 

Maurras adhère à ces idées : il entretient avec Pétain des échanges et la radio le cite quotidiennement. Adversaire farouche de la devise « Liberté - Egalité - Fraternité », il se félicite de la voir remplacer par le célèbre slogan « Travail - Famille - Patrie ». La loi du 17 juillet 40 répond pleinement à ses attentes : elle écarte les métèques de la fonction publique et des postes de dirigeants. Celle du 21 juillet 40 va également dans le bon sens, puisqu’elle remet en cause les naturalisations. Maurras écrit : « Les Français recommencent à être chez eux en France ».  Parallèlement, une Cour Suprême de Justice est instaurée afin de juger les ministres responsables de la défaite.

 

Pour Maurras, le Statut des juifs, l’instauration d’un Commissariat aux questions juives est « un monument consacré à la défaite de l’Ennemi intérieur ». Il vitupère, dénonce les ennemis de la Révolution nationale, ceux qui sont partis pour Londres ont abandonné la terre de la patrie... Il considère que la résistance est un mal absurde qu’il faut combattre. Les arrestations, les camps de concentration font les trois quarts de la besogne. Il est indispensable d’en finir avec les métèques et les juifs qui tirent les ficelles. En conséquence, on doit désarmer les juifs et leur retirer leur argent. L’Ennemi, finalement, n’est qu’un. Gaullistes, juifs, communistes, francs-maçons, métèques autant d’Etats confédérés qui ont juré la perte de l’unité française.

 

Lorsque le processus de la déportation commence, Maurras applaudit : juifs bêtes traquées, il suffit d’ouvrir les yeux pour se rendre compte qu’ils ont de tout, payent rubis sur l’ongle avec un bel argent somme toute assez rare chez les Français.

 

 

Drieu de la Rochelle, quant à lui, pense que la France doit s’orienter vers un nationalisme européen. L’Allemagne se doit de délivrer la France des juifs, car une victoire des Anglais et des Français amènera le triomphe définitif de la pourriture. Les juifs maîtres de l’Europe.

 

Le gouvernement de Vichy coopère pleinement avec les autorités allemandes. Vallat, jugé trop laxiste est remplacé par Darquier de Pellepoix antisémite notoire, qui se fait un devoir d’imposer les directives de l’occupant. Il prend des initiatives et donne aux mesures prises contre les juifs, une spécificité bien française. Ce triste personnage restera en poste jusqu’au mois de février 44.

 

Ce court préambule nous permet de mieux comprendre le climat qui régnait durant cette période et de voir pourquoi les mesures anti-juives n’ont guère suscité lors de leur promulgation de mouvements réellement réprobateurs.

 


Rappel de quelques unes des grandes lois de Vichy, et de quelques mesures discriminatoires

 

ANNEE 1940[4]

- Le Décret du 16 juillet 1940 (J.O du 17.07.40 page.4554) porte sur la procédure de déchéance de la naturalisation française et abroge  la loi du 10 août 1929.

- Le Décret du 27 août 1940 abroge celui du 21 avril 1939, qui interdisait les injures et les diffamations envers les juifs.

- Le Décret du  20 novembre 1940, vu la loi du 7 octobre 1940 abroge le décret Crémieux du 24 octobre 1870 accordant la nationalité française aux juifs d’Algérie.

- le 1er décembre 1940 le Ministère de l’Intérieur 7ème bureau dans une note confidentielle, donne des instructions relatives aux différents mode de Retrait de la nationalité Française.

Loi portant statut des juifs.  J.O du 18 octobre 1940

Nous, Maréchal de France, chef de l’Etat français,

Le conseil des ministres entendu,

Décrétons :

 

Art. 1er - Est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.

Art. 2 - L’accès et l’exercice des fonctions publiques et mandats énumérés ci-après sont interdits aux juifs : (suit un certain nombre de fonctions qui vont du Chef de l’Etat (sic) à des postes dans les entreprises d’intérêt général, en passant par ceux d’inspecteurs généraux, de police, membres du corps enseignements, officiers, …)

Art. 3 - L’accès et l’exercice de toutes les fonctions  publiques autres que celles énumérées....[5]

Art. 5 : Les juifs ne pourront sans condition ni réserve, exercer l’une quelconque des professions suivantes : profession libérale, commerciale, industrielle ou artisanale, agent immobilier, banquier, éditeur, rédacteur ....à l’exception des publications de caractère  strictement scientifique ou confessionnel[6]....etc.

Fait à Vichy, le 3 octobre 1940

Ph. Pétain, Pierre Laval, Raphaël Alibert etc.[7]

 

Bulletin municipal du 7 octobre 1940

Entreprises Juives - ref P.P.82-2

 

La Préfecture de Police communique :

 

L’ordonnance du chef de l’Administration militaire en France, en date du 27 septembre, prescrit que tout commerce dont le propriétaire ou le détenteur est juif devra être désigné par une affiche.

 

Cette désignation doit être faite au moyen d’une pancarte affichée à l’intérieur des entreprises ou des vitrines extérieures par une affiche spéciale.

 

Elle doit avoir 20 centimètres sur 40 centimètres et porter, en caractères noirs sur fond jaune, l’inscription suivante :

 

« JUDISCHES GESHAFT »

« ENTREPRISE JUIVE »....[8]

                  

Décret du 9 octobre 1940(J.O du 11 octobre 1940 page 5.267)

relatif à la commission d’examen des cas de déchéance de la nationalité française

 

Loi sur les ressortissants étrangers de race juive

J.O du 18 octobre 1940

 

Nous, Maréchal de France, chef de l’Etat français,

Le conseil des ministres entendu,

Décrétons :

 

Art. 1er - Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence...

 

Art. 3 - les ressortissants étrangers de race juive pourront en tout temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet de leur résidence...

 

Fait à Vichy le 4 octobre 1940



[1] Des moyens de pression pour infléchir la politique allemande, avaient été mis en place en France, sans grand succès. La Préfecture de Police dans une note du Directeur des Renseignements généraux fait état qu’un Comité de défense des Juifs persécutés en Allemagne, vient de faire apposer, sur les murs de la Capitale une affiche intitulée « Français, 700.000 hommes, femmes et enfants sont mis au ban de la nation allemande ». Il y est écrit notamment, que dans les mesures prises à l’égard des Juifs en Allemagne, par le gouvernement hitlérien, - arrestations massives, déportations dans des camps de représailles, expéditions punitives etc. (note du 3 avril 1933 ref. 241 - 155 - 1)

Le 20 février 1934, lors d’une Réunion organisée par la Commission d’Enquête Internationale sur les atrocités hitlériennes, M° Campinchi, rapporte  qu’il est stupéfait de constater l’indifférence montrée à l’égard des atrocités hitlériennes par la presse française "qui semble obéir à un mot d’ordre". Au cours de cette réunion un député communiste allemand Bemler Hans, viendra témoigner et dira : que sa femme est emprisonnée en Allemagne, que son fils âgé de 13 ans a été arrêté et enfermé dans une maison de correction, tous deux à titre d’otages parce qu’il a réussi à s’échapper, à la suite de son arrestation.

[2] Les scientifiques nazis, qui avaient souvent eu pour professeurs des juifs, n’en défendaient pas moins des théories par lesquelles les juifs avaient corrompu la science allemande. Ainsi Philipp Lenard, prix Nobel de physique en 1905, était l’un des promoteurs de la physique aryenne. L’une des  difficultés  de son discours consistait à expliquer comment les « Juifs malgré leur infériorité » étaient arrivés à faire des découvertes intéressantes. Stark également Nobel de physique (1919) et nazi convaincu, réussi la prouesse à faire admettre la conception raciste de la science.

[3] - on peut trouver en consultant les écrits antisémites du début du siècle des textes tels que celui publié dans Pilori, sous le titre « Videz le Juif » : Décousez le Juif, a dit Edouard Drumont dans son beau livre, et, après lui, tous ceux qu’inquiète la misère croissante diront : Décousez le Juif. Et quand de ses flancs éventrés s’échapperont les liards, les écus, et les millions qu’il nous a pris, puisons à même la cascade pour les crève-faim Aryens, pour nos classes pauvres, pour ce dessous social qui nous mangera un jour si nous ne le satisfaisons.

Ce n’est là ni pillage, ni spoliation ; c’est une légitime revanche, une juste récupération.

[4] Le 5 août 1939, suite au décret du 20 juillet 1939 une note promulgue le dénombrement des étrangers. Ils sont en outre astreints à des restrictions dans l’exercice de leur profession, à l’obligation de remplir des fiches individuelle et signalétique (note du 7ème bureau du Ministère de l’Intérieur).

[5]L’interdiction d’exercer certaines fonctions étaient appliquées avec zèle par certaines entreprises, ainsi la S.T.C.R.P, faisait signer à chaque employé une feuille sous serment où il était écrit que pour travailler dans l’entreprise, il ne fallait être ni juif, ni communiste, ni francs maçon et être français de vieille souche, s’engager à ne pas faire de propagande subversive, c’est à dire de propagande anti-nazie (témoignage de Louis Gallois, déporté résistant). Thèse de Pascal Fitzner, mémoire de Maîtrise d’Histoire, « la S.T.C.R.P pendant la seconde guerre mondiale » Université Paris 1 Centre de Recherches d’Histoire des Mouvements Sociaux et du Syndicalisme- 92/93

[6] Art.9 les contrevenants (tout juif qui aura soustrait ou aura tenté de se soustraire...) s’exposaient à des peines d’emprisonnement de 6 mois à 5 ans et à des amendes de 500 francs à 20.000 francs. On peut constater toutefois que le gouvernement de Vichy savait ménager ses intérêts, puisque les publications des scientifiques juifs n’étaient pas visées par ces mesures.

[7] Cette loi a été remplacée et modifiée par celle du 2 juin 1941, on y trouve :

Est regardé comme étant de race juive ....celui ou celle qui appartient à la religion juive ou y appartenant le 25 juin 1940, et qui est issu de deux grands-parents de race juive.

[8] A la suite de cette mesure, on a pu assister à des manifestations d’affichage de réclames antisémites ; comme par exemple Lissac n’est pas Isaac, Ici café auvergnat 100 % etc.

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Published by hstes - dans Histoire -
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