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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:35

 

Le  mouvement c’est la vie

 

 

Article publié dans Réussir votre santé n° 5 – 1996

 

La méthode Feldenkrais

 

Lorsqu'au début d'une séance. Moshe Feldenkrais demandait à un groupe d'exécutants de réaliser un même mouvement,chacun des participants leréalisait à sa manière, parfois très éloignée de cequ'il avait demandé. "Nous agissons d ‘après l'image que nous nous faisons de nous‑même" expliquait-il alors. "Chaque être bouge, ressent, pense parle de la manière qui correspond à l’image qu’il s’est faite de lui-même au cours de son existence. Ainsi notre manière de tenir la tête, les épaules, le ventre, notre voix, nos comportements, enfin toutes nos manières d’être, tout cela repose  sur l’image que nous nous faisons de nous-même. Rapetissée ou grossie, plus ou moins déformée ; tout ce que nous faisons correspond aux limites de notre schéma corporel.

 

Pour l'avoir fréquentée longtemps nous croyons que cette représentation est la seule possible. Cette image change pourtant au cours de la vie même si elle tend à se fixer avec l'âge. Souvent c'est vers 13-14 ans que l'individu cesse de développer sa faculté d'adaptation, il renonce à ce qu'il a raté et en fait une règle :

"Je ne sais pas danser. Je suis nul en math. La vieillesse est également un exemple de ce processus de cristallisation de l'image de soi  on sélectionne attitude et postures on en rejette d’autres,  que l’on s’interdit. La réussite interrompt elle aussi l’apprentissage. En effet, une fois acquis une manière de faire, nous n’en changeons plus, même s’il y a mieux à faire.

C'est ainsi que l'homme se fabrique une image de lui-même, beaucoup plus réduite, qu'elle ne pourrait l'être et qu'il demeure "au-dessous de lui-même". D'après les possibilités découvertes par la neurobiologie, elle n'atteindrait que 5 % de notre potentiel.

A ceux, qui douterait de notre méconnaissance intime, Feldenkrais proposait la petite expérience suivante fermez les yeux, mesurez la longueur de votre bouche entre pouce et index puis entre les deux index. Vous obtiendrez probablement une image différente chaque fois, plus ou moins éloignée de la mesure réelle. De fait, peu de gens parviennent à la déterminer avec précision une image complète de soi, de toutes les parties de son corps est exceptionnel. C'est pourtant à cette recherche que nous invite Feldenkrais. Dans quel but ? "Quand nous devenons conscients de ce que nous faisons réellement, non pas ce que nous disons ou croyons faire, la voie vers l'amélioration est largement ouverte devant nous" aurait-il répondu.

 

LE MOUVEMENT D'ABORD

 

Le mouvement, la sensation, le sentiment et la pensée composent notre image. Ces quatre données participent à chacune de nos activités. Si Feldenkrais a choisi de travailler sur l'élément moteur, il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, parce que la gestion du mouvement est la principale occupation de notre système nerveux. De plus, nous avons l'expérience du mouvement. Nous pouvons l'observer et sa qualité est facile à reconnaître.

Une autre raison majeure de s'attaquer directement au mouvement, tient à notre organisation cérébrale. En effet, la partie de l'écorce cérébrale dans laquelle se forment les circuits moteurs des muscles, se trouve à proximité des couches du cerveau dans lesquelles se développent les processus d'association.

Toutes les impressions de sentiment et de sensation que nous éprouvons, ont été reliées à une attitude musculaire. Même l'abstraction de la pensée, est liée à l'organisation neurologique de notre activité musculaire. C'est pourquoi nous prenons conscience de nos sentiments à travers leur expression motrice. Aussi, tant que nous conservons le même schéma d'organisation moteur, nous conservons les mêmes pensées et les mêmes modes d'action pour provoquer un changement véritable, il est nécessaire de changer la dynamique de l'image que nous portons en nous, sinon les muscles, support de nos habitudes, nous ramènent dans nos vieux schémas. Toute tentative de changement se heurte à cette difficulté.

 

APPRENDRE A  APPRENDRE

 

"L'essentiel, c'est le système nerveux" clamait Feldenkrais. En effet, la malléabilité de notre système nerveux, sa capacité infinie de "s'adapter à mille mondes différents" pour reprendre son expression sont au coeur de sa méthode. Feldenkrais, lui accordait cette importance à cause de sa position centrale, entre Soi et le Monde. En effet, le système nerveux est en relation avec le corps (par les nerfs et la chimie hormonale) et avec l'extérieur (par les terminaisons nerveuses et par les sens). C'est lui qui fait le lien entre eux. C'est également au système nerveux que nous devons notre capacité à imaginer un acte, sans pour autant le réaliser.

 

Ce délai, cette distance, entre la pensée et l'action, sont à la base de la prise de conscience intérieure.

Conscience c'est le mot clé de la méthode, la clé de voûte de son travail, de notre croissance, le sésame, qui nous permet de développer nos potentialités. En plus, de la veille et du sommeil, on peut compter la prise de conscience de soi-même, comme un troisième état d'être. Dans les limites de l'évolution, la prise de conscience intérieure est encore très jeune. Elle est répartie très différemment entre les gens. Cette faculté de prendre conscience et d'apprendre remplace chez l'homme l'instinct des animaux.

 

Apprendre, cela veut dire pour Feldenkrais développer par expérience de nouvelles réactions à des situations déjà familières. On observe et on profite de l'erreur, plutôt que de lutter contre elle. On reconnaît là une technique propre au judoka.

 

Que peut-on attendre de cet apprentissage ?

Pour beaucoup une seule séance apporte une réelle illumination dont le souvenir restera longtemps présent à l'esprit. A plus long terme cette écologie du mouvement permet d'augmenter le potentiel individuel et de reculer les limites de ce que nous croyons pouvoir faire. Cela permet en outre une amélioration de nos fonctions vitales, dans une proportion insoupçonnée. Il ne s'agit pourtant de muscler, ni d'assouplir ou de soigner. Ce n'est pas de la gymnastique.

….la tension au contraire, provoque des raccourcissements, des raideurs, des blocages. Elle est non seulement inutile, mais de plus elle est nuisible au corps. Lorsqu'on se libère des tensions inutiles, agir devient facile. Si un individu développe la conscience de ses gestes, il lui deviendra facile d'exécuter un acte qui produise une collaboration harmonieuse entre l'impression sensorielle et la manière d'agir. L'excellence, ce que l'on sait bien faire, ne coûte pas d'effort. Ce qu'on appelle le "talent" serait la capacité à observer attentivement son propre comportement pour l'améliorer. Ceux qui veillent aux sensations et observent les impressions de leurs corps, pendant toute leur existence, comme au temps de leur croissance, continueront à apprendre et à se développer toute leur vie. A l'inverse, si vous utilisez votre corps comme une machine, ne vous étonnez pas d'être des êtres stéréotypés.

Lors des leçons données par Feldenkrais, le mouvement est ainsi étudié de divers points de vue : de la respiration, de la tête, des appuis sur le sol... par l'attention portée à nos sensations kinesthésiques, il s'agit d'imaginer le mouvement.

On visualise dans les moindres détails le jeu des muscles, des vertèbres, des articulations on passe ainsi son corps au peigne fin. Le but est d'explorer les chemins par lesquels le mouvement circule, de clarifier l'orientation dans l'espace au cours du mouvement exécuté.

On apprend ainsi le rôle primordial, joué par les yeux dans la coordination des

mouvements du corps, à détecter les efforts inutiles et parasites ou bien encore à

coordonner les mouvements, en prenant conscience des rapports qui existent entre eux.

Dans de nombreuses leçons, les mouvements ne sont d'abord exécutés que sur un seul côté du corps. Et chacun peut faire l'expérience étrange de se retrouver avec un côté "conscient" tandis que l'autre "dort" encore. L'étonnement s'accroît encore lorsque, dans la seconde partie de la leçon, on provoque le même effet symétrique "d'éveil" avec sa seule imagination. On découvre alors avec surprise que la représentation mentale est aussi efficace que le mouvement réel. Nous nous sommes mentalement organisé.

 

Pour en savoir plus

BIBLIOGRAPHIE

La conscience du corps, Moshe Feldenkrais, Editions Marabout.

La puissance du Moi, Moshe Feidenrkais, Editions Robert Laffont.

 

http://www.feldenkrais-france.org/annuaire.php

 

 

 

 

 

 

 

Un homme hors du commun

"Pour faire ce que l'on veut, il faut savoir ce que l'on fait". Telle était la profession de foi de Moshe Feldenkrais. Cet homme, hors du commun, qui plaçait la connaissance de soi au-dessus de tout, est né au début du siècle, en Russie. A 14 ans, il gagne la Palestine par ses propres moyens. en 1928, on le trouve à Paris où il étudie la physique, la mécanique, l'électronique et ta physique nucléaire. à la Sorbonne où il devient docteur ès sciences. Curieux de tout, il s'intéresse également à l'enseignement de Georges Gurdjieff, au zen et au yoga, à la cybernétique, au fonctionnement biologique du cerveau... Dix ans après son installation en France, il participe aux recherches atomiques du couple Joliot‑Curie. mais c'est une blessure au genou, lors d'un match de football, qui donnera une orientation nouvelle à sa vie. Les médecins parlent d'opération. Celle-ci, entraînerait une claudication irrémédiable. Feldenkrais refuse. Il se penche alors sur la mécanique interne de son propre corps, étudie le mouvement et el système nerveux. II découvre un univers vierge, qu'il n'aura cesse d'explorer toute sa vie.

Sa formation aux arts martiaux et ses connaissances en physique lui servent de base de départ. Il s'appuie également sur son savoir en neurophysiologie et en neuropsychologie. De cette multitude d'influences hétéroclites, il tirera une méthode étonnamment cohérente.  Il passera le reste de sa vie à la faire connaître.

C'est ainsi qu'il enseigne en Europe, aux U.S.A. en Australie ainsi qu'en Israël, à Tel Aviv ou il meurt en 1984 Danseurs, sportifs, musiciens, comédiens. Tous les artistes dont le corps est l'instrument et plus généralement tous ceux qui désirent tirer le meilleur parti d'eux-mêmes sont susceptibles d'être intéressés par son enseignement.

Energique, volontiers provocateur, sévère comme tous les éveilleurs deconscience, mais par-dessus tout bienveillant. Moshe Feldenkrais. aimait tenir de longs discours sur l'éducation, ou raconter des anecdotes en un mélange d'explications scientifiques et de métaphores. A ceux qui lui reprochaient cette attitude, il répondait "Vous pensez que mes histoires ne servent à rien. Vous avez tort. Vous vous souviendrez d'elles, quand vous aurez oublié l'exercice, elles vous le mettront en mémoire". Souvent d'ailleurs il interdisait notes et enregistrements "Si vous intégrez vraiment un exercice, vous ne l'oublierez pas disait-il. Malgré cette interdiction, II laisse derrière lui un vaste héritage d'écrits et d'enregistrements, ainsi que de nombreuses personnes formées à sa méthode. Il nous lègue surtout une formidable porte ouverte sur un domaine encore largement Terra Incognita : notre propre conscience.

 

Leçon

-                       Allongez-vous sur le dos et soulevez les jambes et le bassin. Le poids du corps se porte ainsi lentement sur les épaules.

-                       Pour exécuter le mouvement un bon nombre d’attitudes sont possibles, cherchez attentivement la vôtre.

-                       Relâchez le ventre et respirez librement.

-                       A mesure que votre respiration retrouve un rythme normal (au bour d’une minute environ) et que vous éliminez les contractions inutiles, vos jambes oscillent au rythme de votre souffle.

Des pensées parasites telles que la peur de vous blesser peuvent venir vous troubler et vous empêcher d'atteindre cette décontraction. Cherchez à les éliminer, elles

ne sont pas fondées.

Lorsque vous y parviendrez, votre colonne vertébrale trouvera une souplesse nouvelle et les jambes se rapprocheront de la tête à chaque expiration. Les muscles extenseurs du dos jouent alors pleinement. Ils s'étirent ou se rétrécissent au rythme de la respiration.

Placez à présent les mains sur les genoux et poussez durant quelques secondes pour allonger encore un peu le mouvement. Ce geste ne doit pas briser la décontraction. Il ne faut pas forcer.

La contraction des muscles du dos est ainsi réduite un peu plus. Le corps peut alors

prendre de très nombreuses positions. Les jambes peuvent être à la verticale ou

arrondies. Vous pouvez alors soulever la tête du sol, en vous aidant éventuellement des mains.

 

La moindre crispation du cou ou des épaules peut vous empêcher d'amener les

pieds largement au dessus de la tête. Si vous éliminez cette crispation inutile, vous ferez d’un seul coup un étonnant progrès,

Vous pouvez même plier le dos encore plus en poussant les pieds de chaque côté de la tête.

Dépliez ensuite le dos pour le ramener à sa position de départ. Vous allez cette fois

IMAGINER le mouvement du dos. Celui-ci est souple et capable de se plier librement. Ne croyez pas que cela est impossible, que vous êtes trop vieille ou pas assez souple.

Vous pouvez, grâce à votre imagination, réaliser ce mouvement.

·Recommencez le mouvement réel et observez le changement avec la première

fois.

Ensuite, levez-vous et observez la position de votre dos. celle-ci vous semblera plus

correcte, vous aurez l'impression d'être plus grand. Faites la comparaison avec votre

posture habituelle et appréciez les progrès réalisés par cette prise de conscience.

 

 

Jean Aikhenbaum

 

 

 

 

 

 

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