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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:51

Chapitre 4

                      

Le "faux-aurochs" un non sens biologique

 

La recherche de la vérité est le premier devoir de la science. Nous sommes  particulièrement attachés au respect des principes de logique dont les bases furent édictées par Aristote. Nous sommes également particulièrement attachés aux travaux de l'Ecole de Vienne et de la célèbre école de logique de Varsovie et de Lvov. Nous nous référons souvent aux travaux de Karl Popper et nous sommes partisans de la nécessité absolue de la rigueur linguistique dans la démarche scientifique. Ce sont les raisons qui font que les manipulations du langage et les "acrobaties verbales faites pour tenter d’accommoder la logique" qui accompagnent  la promotion de ce faux-aurochs sont intolérables.

Les expressions employées par les auteurs sont à tel point caricaturales que nous avons quelques difficultés à comprendre certaines formulations. Comment expliquer ce que peut être la "sauvegarde des espèces (...) dans le cas d'un animal disparu"[1] ou encore comment comprendre cette phrase "Lors de la dernière assemblée du SIERDAH nos adhérents ont voté une motion indiquant que nous étions une association apolitique, que le but n'était pas de faire de la publicité pour les frères Heck. (...) Notre mission n'est définitivement pas de prôner le nazisme"[2] ?

Nous avons pris pour habitude d’examiner des faits et non de prendre pour argent comptant les diverses déclarations qui peuvent être émises, lors de congrès, symposium, colloques.... Comment devons nous comprendre cette phrase ? Signifie-t-elle qu'avant d’avoir voté cette motion le SIERDAH avait un autre dessein et un autre but ? Comment comprendre que dans le site de présentation du SIERDAH sur le WEB parmi les objectifs que s’est fixé ce Syndicat figure celle "(d’)établir les bases d'une réelle sélection de l'Aurochs de Heck". Faut-il comprendre que, jusqu'à présent cette sélection n’est pas réelle, c'est-à-dire qu'elle n'existe pas effectivement[3], mais seulement dans l'imagination de certains ?

Ce qui surprend encore davantage, c'est la pensée quasi magique qui accompagne une telle formulation. Un vote est-il susceptible de modifier la tangibilité des choses ? Suffit-il de voter ou de décider avec une motion accompagnée d’un vote à la majorité, qu'une vache est un aurochs et pourquoi pas un dinosaure ? Suffit-il d’affubler un chien du complémentaire loup pour que le chien se transforme immanquablement en loup ?

Nous avons trouvé particulièrement amusante cette affirmation, "Un dossier présenté par le SIERDAH à la CNAG bovine a permis d'attribuer le code race n°30 à l'aurochs-reconstitué, ce qui le range au sein de races bovines. Deux arguments majeurs ont présidé à ce choix. L'un est scientifique: l'aurochs-reconstitué émanant de diverses races bovines domestiques, ne peut, dans un premier temps[4], avoir d'autre statut que celui d'animal domestique (Bos taurus, Linné 1758). Il n'existe pas de populations sauvages d'aurochs-reconstitués à l'heure actuelle, même si des essais contrôlés de remise en semi-liberté existent (...) Le second vise à promouvoir le développement de l'animal: dans un contexte d'élevage bovin, troublé par des problèmes sanitaires[5] (cf. BSE...), l'existence d'un bovin de "type sauvage" non soumis à une prophylaxie annuelle obligatoire aurait, probablement à terme, été néfaste à son élevage"[6].

Malgré de longues années d’études et d’expérience professionnelle en biologie des espèces, nous n'avons jamais osé penser, que c'est le contenu d'un dossier, fut-il même déposé par le SIERDAH qui décide du statut taxonomique d'un animal. Nous sommes particulièrement heureux de savoir qu'au moins l'un des "arguments majeurs" est "scientifique". L'idée que ce "faux-aurochs" n'a pas le statut d'une espèce différente que celle du Bos taurus, uniquement pour des raisons pratiques d'élevage et pour quelques contraintes administratives (voir deuxième argument) par contre, nous a attristés. Nous sommes ravis toutefois d’apprendre que ce statut n'est que temporaire (valable "dans un premier temps"). Nous avons également appris que c'est l'existence de "populations sauvages à l'heure actuelle" qui détermine le statut spécifique de l'animal". Nous pensions jusqu’alors naïvement, qu’un chien domestique qui devient errant restait toujours un chien Canis familiaris. Nous n'avons jamais entendu parler du changement de statut taxonomique du bison d'Europe Bison bonasus ni du pigeon migrateur Ectopistes migratorius, lorsqu'il n'existait plus de populations sauvages de ces espèces. Nous avons décidé de traduire ces illustres propos de M. le Président de SIERDAH, maître de conférence à l'Ecole Vétérinaire de Nantes, en anglais et les adresser à Ernst Mayr, l’un des plus grands spécialistes de la théorie synthétique de l'évolution. Cet éminent spécialiste de la biologie des espèces pourra apprendre beaucoup de choses ou pour le moins rire un peu.

Il est intéressant de rappeler que ce "faux-aurochs" est habituellement présenté pour sa grande résistance aux maladies. Cette "résistance imaginaire" fait partie de sa légende. Heck a bien compris l’enjeu de présenter cet animal plus résistant aux maladies que les autres races bovines domestiques: Baur, maître en science héréditaire, a constaté que le sanglier montrait, plus que le cochon domestique, une grande capacité de résistance à certaines maladies ; de même, les Aurochs réélevés, qui pourtant descendent d'animaux domestiques, sont quasi insensibles à la fièvre aphteuse et à la fièvre catarrhale. Au cours de la guerre, ces fièvres ont cruellement sévi en Bavière. Les Aurochs (sic) ne furent pas exempts de ces épidémies ; pendant trois jours, ils en subirent de légères atteintes, sans conséquence[7]. Mais apparemment, d’après M. le Président du SIERDAH, le défaut de contrôle sanitaire obligatoire aurait pu être néfaste au faux aurochs.

Nous ne nous préoccupons aucunement de la vie interne du SIERDAH et de ses problèmes psychologiques (ni de ses motivations) qui découlent de son interprétation particulière de l’histoire. Pour nous, les adhérents de ce syndicat peuvent voter s'ils le désirent que la terre est plate ou même abolir la loi de la gravitation. Le seul souhait que nous formulons, c’est que tels propos ne soient pas véhiculés sous le couvert d’une institution publique.

Après la publication de notre article, nous avons été confrontés à des réactions surprenantes. Personne n'a contredit ni contesté le bien fondé de notre thèse, l'animal n'est pas un aurochs et ne saurait l’être sous aucune forme que ce soit. Nous n’avons pas de contradicteur, lorsque nous mettons en avant l'origine nazie de cette supercherie. Il n’y a, ni ne peut y avoir sur ce sujet de polémique puisqu’il n’y a pas de controverse. Pour remettre à sa place cette véritable campagne de désinformation et de liberté prise avec la vérité historique, nous rappelions seulement que le débat était clos depuis fort longtemps, cette histoire avait fait l’objet de discussion à laquelle avait participé quelques-uns des plus éminents naturalistes de notre siècle. Leur conclusion était sans appel, ne laissait planer aucun doute. Comment peut-on donc alors considérer que notre texte est polémique ? Il ne saurait l’être puisque nous nous sommes contentés, de rassembler des publications bien connues dont les conclusions sont admises par tous, en y apportant uniquement quelques commentaires.

Paradoxalement, les choses les plus évidentes sont parfois les plus difficiles à expliquer. Si un étudiant, en première année de zoologie rendait une copie en affirmant qu'un croisement récent de quelques races bovines est un aurochs, ou un aurochs reconstitué, il se verrait très certainement prié de choisir d’autres orientations. Il en irait de même lors d'un examen sur la génétique si un étudiant osait prétendre que quelques hybridations peuvent être ou contribuer à "la reconstitution ou à la reconstruction" d'une espèce.

Malheureusement, malgré ces évidences, nous sommes obligés de revenir à des propos élémentaires bien connus de tous les professionnels.

 

 

Il n'y a pas et il n’y a jamais eu de reconstruction d'aurochs

 

Si les déclarations faites par Heck sur la "reconstruction de l'aurochs" avaient rapporté des faits réels, nous aurions été devant une véritable révolution en matière de biologie. Non seulement par le fait de la "reconstruction d'une espèce disparue", mais aussi parce que nous aurions assisté à la remise en cause des principes de base de la génétique, de la sélection naturelle et de ceux de la théorie de l'évolution. Nous savons, et ceci avait déjà été admis à l'époque par la grande majorité de la communauté scientifique, que la sélection naturelle fait perdre au cours de l'évolution une partie du patrimoine génétique et que l'évolution est un processus irréversible. Les scientifiques savaient que les mécanismes héréditaires sont très complexes et qu’il était impossible de "bricoler les gènes" et de "remonter génétiquement le temps" c'est à dire de reconstruire génétiquement un ancêtre par la sélection artificielle. Le progrès des connaissances génétiques ainsi que l'établissement de la théorie synthétique de l’évolution ridiculise encore davantage la démarche de Heck. Ses prétentions étaient vides de toute base scientifique et contraire au savoir, propre à ce domaine.

La période pendant laquelle Heck effectua son métissage à l’aide de quelques races bovines est particulièrement intéressante du point de vue de l'histoire de la biologie. C’est une époque de grandes discussions sur les relations entre la théorie de l'évolution et la génétique[8]. Les chercheurs allemands étaient parmi les meilleurs spécialistes. Leurs travaux étaient bien connus, suivis, discutés par l’ensemble de la communauté scientifique internationale. De plus les généticiens de ce pays s'intéressaient tout particulièrement à la théorie de l'évolution.[9]. Les généticiens et les évolutionnistes portaient un intérêt tout particulier à la domestication, celle-ci était utilisée comme "modèle" de sélection. Les biologistes considéraient que la sélection artificielle était beaucoup plus rapide que la sélection naturelle et indirectement, que la perte d'une partie des caractères génétiques (non sélectionnés) était en général plus rapide que celle qui se produisait dans la nature.

Il est étonnant que dans les publications qui touchent aux domaines telles que la génétique, la théorie de l'évolution, les bases théoriques de la biologie, on ne trouve nulle part, une seule mention qui ait trait aux expériences de Heck, et ce, ni en Allemagne, ni à l'étranger[10]. Aujourd’hui, il est toujours impossible d’en trouver trace dans les travaux qui se rapportent à l'histoire de la biologie[11] de cette période, même dans des monographies très détaillées sur l'histoire de la génétique allemande[12], pas plus que dans l'histoire qui relate les efforts des biologistes pour établir une conception qui permettrait de faire la synthèse entre le savoir évolutionniste et la connaissance génétique[13].

Heck, est-il un génie injustement oublié et méconnu et fallait-il la venue du SIERDAH pour le réhabiliter et remettre à leur juste place ses travaux ? Hélas non, déjà tout le monde savait qu'il ne s'agissait pas d'une "reconstruction". Ceci était d’une telle évidence, que personne n'a jamais considéré devoir traiter cette pseudo-reconstruction même digne de figurer résumée en quelques lignes dans un travail scientifique sérieux. L’accord était unanime, nous étions simplement devant un métissage de quelques races bovines. Pour quelles raisons des biologistes, auraient-ils dû s’intéresser plus à ce métissage qu’à n'importe quel autre ? Cette mystification est tellement ridicule du point de vue de la biologie, qu’aucun scientifique ne prendrait la peine d’en discuter. Cette même situation existe pour cet animal qui est absent de tous les ouvrages de références taxonomiques sur les mammifères.

Si l’on consulte le Zoological Records de cette période et même les volumes d'après-guerre, on constate que cette race bovine ne suscite guère d’intérêt particulier.

Le monde des spécialistes restait très lucide et les informations sur "l’aurochs reconstitué" ou sur la "réversion de l'évolution" sont publiées plutôt par une presse spécialisée en informations sensationnelles. Dans ce type de presse, il est habituel de trouver des articles sur les "abominables hommes de neige" ou "le monstre du Loch Ness". Ces informations sont généralement absentes des revues scientifiquement crédibles[14]. Les rares articles mentionnés par le Zoological Records qui traite de cette race bovine et de l'expérience de Heck, le font en tant que curiosité sans valeur scientifique. Encore aujourd'hui, les travaux qui traitent de l'histoire de la zoologie et des parcs zoologiques et qui mentionnent Heck, ne jugent pas nécessaire de citer "l'histoire des faux-aurochs".[15]

 Cet animal n’est qu’un métissage banal de quelques races bovines Bos taurus, il n'existe pas la moindre raison pour qu’il soit traité différemment qu'une autre race bovine. De plus, contrairement aux races traditionnelles, cette race n’est que très récente. Il n'y a donc jamais eu aucune reconstruction d'espèce ! Lorsque Heck déclare, qu'il s'agit d'une reconstruction d'aurochs, il fait seulement une falsification ordinaire. Cette manipulation était si grossière que personne n'a cru devoir la prendre au sérieux. Ce n’est que la position de Heck, au sein de l'appareil politico-administratif du Reich qui "authentifiera" cette supercherie. Pourtant, même parmi les biologistes dont les travaux et les idées intéressaient les idéologues nazis, les attitudes falsificatrices étaient loin d’être la règle. Paul Weindling[16], spécialiste de l'histoire de la biologie de l’Allemagne nazie, écrit "Hans Spemann, seul embryologiste à avoir reçu un prix Nobel, dont la conception de l'organisation était sous bien des aspects compatible avec les valeurs nationalistes, mit en garde la nouvelle génération de zoologistes, afin qu’ils restent fidèles aux valeurs solides de la vérité scientifique". Il est intéressant de souligner que dans ses moments de lucidité Heck lui-même déclarait, que son expérience ne débouchait que sur un élevage de bovins, qui, dans certaines mesures "correspond à l’image que nous nous faisons de l'aurochs" (et non à un aurochs)[17].

 

 

Le faux-aurochs n'est pas et n’a jamais été à l'image de l'aurochs

 

Le "faux-aurochs" n'est qu'une race récente de bovin Bos taurus et il n'y a pas reconstruction d'une espèce. Ces deux affirmations, pourtant si banales et évidentes mettent dans une situation très délicate les institutions et les personnes qui commercialisent cet animal et même simplement son image, en tant qu'aurochs ou aurochs reconstitué ou aurochs de Heck. Heck était déjà confronté à cette situation embarrassante, lorsqu’il dit que cet animal "correspond à l’image que nous nous faisons de l’aurochs" (et non à un aurochs),  il reconnaît que l’animal qu’il présente n’est pas un aurochs. Ceci est encore une autre évidence.

Comme référence principale pour son travail, Heck s’est servi d’anciennes illustrations et de quelques données paléontologiques très incomplètes et contradictoires. C’est là, l’ensemble de ses sources d’informations. Les derniers spécimens d'aurochs ont disparu plus d'un siècle avant l'établissement des principes de la nomenclature linéenne. Ces principes exigent que la description d'une espèce soit accompagnée d’un diagnostic, c'est-à-dire d’une description détaillée qui permet la détermination. Les descriptions et les illustrations des aurochs viennent d’une époque ou les relations naturalistes étaient la plupart du temps floues et imprécises. Elles se caractérisaient par des croyances en des légendes, ou il était difficile de faire la part des choses entre le réel et l’imaginaire. Il n’était pas rare de croire en l’existence de sirènes, ainsi qu’en celle d’humains (ou semi-humains) vivants dans les océans. Des ouvrages naturalistes, affirmaient non seulement l'existence de l’Homo marinus, mais aussi celui d'un archevêque sous-marin Episcopus marinus. Les illustrations qui accompagnent ces descriptions sont souvent de sources inconnues. Même le célèbre tableau d'Augsburg retrouvé en 1820 par Hamilton Smith chez un antiquaire à Augsburg doit être traité avec la plus grande réserve. Non seulement, nul ne sait ce qu’est devenu l’original, de plus on est dans l’incapacité d’identifier son auteur. On ne connaît pas plus les circonstances de sa création, la date et le lieu de son exécution. Il est impossible de dire avec certitude si ce tableau représente des aurochs, une partie des spécialistes pense plutôt qu'il s'agit d’une race bovine.

L'ouvrage de Gessner est sans aucun doute l’un des meilleurs et des plus crédibles pour cette période. C'est l’une des principales sources anciennes sur l'aurochs. Dans cet ouvrage, on trouve une gravure sur laquelle figure un hippopotame (ou plutôt cheval fluvial Equus fluviatilis) qui dévore...un crocodile.  Les informations qu’on y trouve sur l'aurochs sont de cet acabit : "Ils dépassent de beaucoup les taureaux et les autres bovidés sauvages, se rapprochant plus de la stature de l'éléphant (...). Quand ils sentent leurs blessures et que leur sang coule, ils deviennent fous furieux, et ne pouvant se venger sur le chasseur qui s'abrite  derrière quelque gros arbre, ils se tuent eux-mêmes en se jetant de toute leur force contre cet arbre. Ils ont le front si large, dit-on, que deux hommes tiennent facilement entre leurs cornes."[18] Nous avons cité l'un des ouvrages naturaliste qui est considéré comme l’un des plus sérieux. Les autres descriptions qui figurent dans différents ouvrages, sont tellement fantaisistes que les historiens des sciences identifient parfois les aurochs aux... légendaires licornes.[19]  Nous ne savons pas si actuellement un quelconque organisme fait des tentatives pour reconstruire (ou commercialiser) les...licornes.

Les anciennes illustrations qui auraient pu être plus crédibles ne sont pas non plus d’une grande utilité, puisqu’à ce jour elles n’ont pas été retrouvées. C'est le cas de peintures commandées en Pologne par le grand naturaliste italien de la Renaissance Ulysse Aldrovandi. Ce qui accrédite encore la thèse de la confusion, c’est que la détermination exacte entre bovin, aurochs et bison était pour le moins sujette à caution. A tel point que l'illustration originaire du seizième siècle publiée par A. Brückner dans sa célèbre Encyclopédie de l'Ancienne Pologne (Encyklopedia Staropolska) représente un bison et non un aurochs[20]. Il en va de même pour les illustrations qui proviennent de l'ouvrage de Herberstein. Pendant très longtemps elles furent interprétées très différemment par divers auteurs (aurochs, bison, bovin domestique, croisement entre aurochs et bovin domestique)[21]. La confusion était telle, que pendant tout le XIX° siècle une partie des naturalistes rejetèrent même l'existence de l'aurochs. Ainsi que nous l’avons écrit dans notre article : "Encore aujourd'hui, les spécialistes avouent qu'ils ne savent que peu de choses sur la biologie de cette espèce. Entre les deux guerres, au moment ou Heck effectuait ses travaux, les vues des scientifiques étaient très variées et souvent contradictoires sur des points essentiels comme la variation, l'apparence, la génétique et l'écologie de l'aurochs. Même sa couleur, la position taxinomique des petits spécimens (femelles ? espèces différentes ? premières formes domestiquées?) restaient une énigme".

 

Quelle est la position de Heck dans cette situation. La première chose qu’il fait a été d’écarter les données qui lui ne convenaient pas. Il s'appuie en partie sur des références, qu’il considère comme preuves et qui sont sans aucune valeur, entre autres les dessins d'aurochs de Kändler faits sur la porcelaine de Meissen en 1730, soit un siècle après la disparition des derniers spécimens. Ainsi de manière totalement arbitraire, il créera une image "idéale" qui, en fonction des circonstances, des besoins et des exigences du 3° Reich, correspondait de manière on ne peut plus opportune, à la pure race aryenne. Pour faire admettre cette manipulation, Heck attribuera de manière arbitraire à sa vache les "qualités primitives", indispensables à la justification de sa supercherie. Prisonnier de sa logique, il n’a pu faire autrement que de sélectionner un nombre très restreint de qualités "sauvages", ceci est d’autant plus ridicule qu’en comparaison, il est possible de trouver un nombre plus important de qualités communes entre un loup et un chien berger allemand.

La création totalement arbitraire d'un type "idéal", afin de reconstruire par divers croisements un animal sauvage primitif n'est pas une idée originale de Heck. On retrouve ce même type de recherche quelques dizaines d'années auparavant dans l'ouvrage de J. E. Cornay, "De la reconstruction du cheval sauvage primitif par la réunion, chez un type idéal, de ses caractères spéciaux et spécifiques, qui se trouvent épars, chez ses propres races domestiques, à effet d'obtenir une race française de cavalerie et ses embranchements qui pût, par ses marques originelles et légales, constituer la race sacrée, c'est-à-dire la race naturelle domestiquée et de la restauration par l'omaimogamie de nos races chevalines régionales altérées par la sélection et le croisement"[22] . Cette proposition  qui consistait à "reconstruire le cheval primitif dans un cheval domestique, pour en former ensuite la tête de colonne des autres races qui auraient dû en dériver",  restera en France uniquement une curiosité marginale qui n'intéressera personne. Cet auteur était particulièrement prolixe et éclectique. Nous lui devons des ouvrages tels que la "Cosmogonie légale, la mémoire sur la genèse animale, la loi de l'hermaphrodisme, la loi des sexes et la loi de la fécondité, l’exposition des principes de la physiologie cosmogonique" et "Eléments de morphologie humaine : pour servir à l'étude des races".

Heck établit l’image fantaisiste d’un animal qui, d'après lui (et non d'après les données paléontologiques ou historiques), correspondait à l'aurochs. Il déclarera avoir obtenu en quelques années un animal semblable au modèle qu’il avait établi préalablement et avoir effacé les répercussions de quelques milliers d’années de domestication et de sélection accélérée chez cet animal. Hélas pour Heck, la  réalité fut tout autre, il ne réussit même pas à reproduire le modèle qu’il avait lui-même établi (il ne réussira pas à reproduire, la taille de l'animal, ni les dimensions de ses cornes, ni son dimorphisme sexuel).

Heck n'obtiendra donc pas un animal qui, par son apparence correspond à l’aurochs, pas plus qu’il n'arrivera à obtenir un animal similaire à l'image du modèle d’aurochs qu’il avait fixé arbitrairement. Cette évidence a été, dernièrement encore, soulignée par les recherches : Les données ostéométriques d'un individu mâle mort en 1987 ont été comparées avec les données de l'aurochs danois rassemblées par Degerbol et Fredskild (1970). A l'exception des largeurs proximale et distale de l'humérus, aucune des mesures prises sur les bovins de Heck n'atteint la taille des plus petits aurochs danois. Des écarts nets ont été trouvés dans l'estimation des hauteurs au garrot en fonction de l'élément squelettique utilisé.[23]



[1]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[2]Voir Guintard Claude dans "Le vrai-faux aurochs" Cultivar les Enjeux n°4 décembre 98(article de Area Yamina).

[3] définition prise dans le Robert

[4]souligner par P.D et J.A

[5]voir chapitre sur la prétendue efficacité du "faux-aurochs"

[6]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[7] cité d'après Cordier-Goni P. 1953 Essai de reconstitution des espèces animales éteintes. La méthode régressive du retour à l'ancêtre Riviera Scientifique. Bulletin de l'association des naturalistes de Nice et des Alpes-Maritimes.

[8]Ce sujet intéresse toujours très vivement les biologistes à voir par exemple Almaça C Evolutionisme and Mendelism Ed. Museu Nacional De Historia Natural (Museu Bocage) Lisboa 1994

[9]voir Harwood J. Geneticists and the Evolutionary Synthesis in Interwar Germany dans Annals of Science 42 (1985)

[10] voir par exemple Dobzhansky T. Genetics and The origin of species Columbia University Press 1937

[11] Mayr E. The growth of biological thought diversity, evolution, and inheritance, The Bellknap Press of Harvard University Press 1982 ou M.J. Sirks Conway Zirkle The evoution of biology The Ronald Press Company New York 1964. Bäumer A., 1997.  Bibliographie zur Geschichte der Biologie   Ed. P. Lang Frankfurt am Main, Berlin, Bern, New York, Paris, Wien  et Tembrock G. 1959 Zur Geschichte der Zoologie in Berlin  Wissen schaftliche Zeitschrift der Humoldt-Universität N°2

[12]Harwood J. 1997 Styles of Scientific thought. The german genetics community 1900-1933. The University of Chicago Press. Chicago and London

[13] Bowler P., 1989 The Mendelian Revolution  The emergence of Hereditarian Concepts in Modern Science and Society The John Hopkins University Press Baltimore

[14]voir 21/4/1949  London News Evolution in reverse; extinct animals brought back to life at the Munich Zoo. ou Whitehead G.K et Whitlock R 1953,  A beast from the past. The Field  201 .

[15] Strehlow H., Zoos and Aquariums of Berlin dans Hoage R. et Deiss W. 1996 New worlds New Animals From Menagerie to Zoological Park in the Nineteenth Century The Smithsonian Institution

[16]Weindling P. 1990. Les biologistes de l'Allemagne nazie: Idéologues ou Technocrates ? dans Histoire de la Génétique  Pratique, Techniques et Théories sous la Direction de Fischer J-L et Schneider W.- A.R. P. E. M  Editions Sciences en Situation

[17] cité d'après Lukaszewicz K.1953, Tur The Ure-ox Ochrona Przyrody R. XX

[18]traduit en français par Topsell d'après Ley W., 1972 Ces bêtes qui firent nos légende. Editions France-Empire Paris

[19]Ley W. 1938 La légende de l'unicorne Terre et Vie 1938 p.177-185

[20]cité d'après Lukaszewicz K.1953, Tur The Ure-ox Ochrona Przyrody R. XX

[21]pour une analyse plus approfondie de ces images voir Nehring A.Die Herberstain'schen Abbildungen des Ur und des Bison. Berlin (édition du début de notre siècle sans mention de date exacte)

[22]Ed. P. Asselin Librairie de la Faculté de Médecine Paris, 1861

[23]Van Wijngaarden-Bakker, 1997. Aurochs and Heck cattle Anthropozoologica, , souligné par  P.D. et J.A

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:49

Le projet de l'introduction du "faux-aurochs" en Pologne

"Ade Pollen"[1]

 

Le SIERDAH se propose d’introduire cet animal en Pologne dans la région de Mazury. Nous comprenons bien les enjeux médiatiques et commerciaux que représentent la concrétisation de ce programme pour les vendeurs de ce "faux-aurochs".

L’aurochs (le véritable), est fortement imbriqué dans l’histoire polonaise[2]. C’est dans ce pays que cette espèce a survécu, quelques siècles de plus que dans toutes les autres parties de l'Europe. Ceci n’a été possible que parce que cet animal bénéficiait  d’une protection royale spécifique. C'est dans ce pays que sont morts les derniers spécimens de cette espèce. La grande majorité des documents connus des naturalistes au sujet des aurochs et qui font références sont d'origine polonaise. Nous pouvons citer entre autres :

- ceux du diplomate autrichien, le baron Herberstein en mission en Pologne,

- les chapitres sur l’aurochs d'Historia animalium de Conrad Gesner,

- les illustrations qui représentent l'animal dans les ouvrages des naturalistes de la Renaissance (comme celles d'Ulysse Aldrovandi qui commandait des tableaux qui représentaient les aurochs à Cracovie),

- les documents découverts dernièrement, dans les archives du Vatican par Norma Pyle de l'Université de New York[3],

- le chapitre sur l'aurochs, dans le travail de Buffon,

- les travaux parfois très récents comme la monographie de Karol Lukaszewicz [4], tous ces documents trouvent leur origine en Pologne. Ceci est le cas pour le célèbre tableau d'Augsburg[5]. La Pologne est le pays de la reconstitution réussie de la population des bisons sauvages d'Europe, opération unique dans l'histoire mondiale de l'écologie. C'est également le pays qui possède une partie importante de la Forêt de Bialowieza, dernière forêt primaire d'Europe, cet endroit est un lieu culte pour les naturalistes du monde entier. L'introduction des "faux-aurochs" dans ce pays et le fait de présenter cette opération comme "un retour historique", est un argument symbolique susceptible d’avoir un impact considérable auprès d’un public sensibilisé et peu au fait, des véritables circonstances des pseudo-reconstructions. C’est aussi, un atout commercial valorisant pour "crédibiliser" cette supercherie. L'enjeu d’un  tel dessein était par ailleurs bien compris et pris en compte par Heck et par l'administration nazie, d'où tout l’intérêt médiatique que peut présenter la présence de ces vaches dans la forêt de Bialowieza.

     Ce projet mérite autre chose qu’une analyse superficielle. Malheureusement, nous ne disposons que de peu  de données sur l’introduction irresponsable de cette race bovine en Pologne.[6]

Qu’en est-il réellement, de l'aspect écologique de cette introduction ? Nous n’avons pas de détails sur le relâchement éventuel de ces vaches dans la région de Mazury. Ce projet prévoit au départ la création d'un parc "show" destiné à un public de touristes et à terme, de l’introduction dans la nature de ce "faux-aurochs".

D’un point de vue des valeurs naturalistes, cette région possède de grands complexes lacustres et forestiers, une flore et une faune d’une richesse exceptionnelle, de nombreuses reliques postglaciaires et endémites. Par toutes ces richesses, la Mazury constitue l’un des plus importants sites de Pologne et même d'Europe. Les naturalistes de ces régions, nous ont dit qu'il n'existe aucune étude scientifique qui démontre la nécessité d'y introduire de grands herbivores. Ils évoquent parfois la pression trop importante d’herbivores sauvages présents sur le terrain. Les naturalistes polonais interrogés, considèrent que la présence de troupeaux de vaches dans cette région serait écologiquement très nuisible et dangereuse pour la stabilité de l’écosystème. Ils redoutent notamment la destruction partielle de la flore et de la faune régionale, (il s'agit souvent de population à faible effectif et très localisée) et la disparition d’habitats souvent uniques. Ils insistent sur le fait que cette démarche (relâcher des vaches dans une région d'une valeur naturaliste exceptionnelle) est non seulement irresponsable et dangereuse d’un point de vue écologique, mais également contraire à la loi polonaise sur la protection de la nature et contradictoire aux principes communautaires de politique environnementale.

Même s’il s’agit uniquement de la création d’un "show parc", où des touristes auraient la possibilité de contempler, comme dans de nombreux parcs français et européens, ces vaches transformées miraculeusement en "aurochs", ce projet est incompatible avec une protection de la nature raisonnée. La forte pression touristique est l’une des plus importantes menaces pour le futur Parc National de Mazury et de ses environs. L'administration polonaise chargée de la protection de cette région ainsi que les associations naturalistes, qui ont conscience du risque que fait courir à l’environnement un afflux de visiteurs incontrôlé mettent en œuvre toute une série de mesures pour diminuer cette pression et orienter le flux de touristes vers d’autres lieux. La création d'un "show touristique" est contraire à la politique de protection de cette région unique et menace les efforts et le travail faits au cours de ces dernières années par ces organisations.

Le projet de l’introduction du "faux-aurochs" en Pologne a été présenté au cours d’une journée d'étude intitulée "Colloques d'histoire des connaissances zoologiques" qui s’est tenue à l'Université de Liège en 1998, nous avons été pour plusieurs raisons particulièrement surpris. Tout d'abord, aucun organisme polonais scientifique n’a été cité, pas plus que l’on ne trouvait de représentant chargé de la protection de la nature. De plus, ce projet comportait des erreurs fondamentales sur la présence de faune (on y trouve notamment mentionnées des espèces absentes de Pologne ou de la région indiquée et même des espèces dont l’identification est impossible). Plus surprenant encore, les auteurs n'ont même pas pris la peine de réfléchir, sur les conséquences écologiques éventuelles de telles introductions.

Nous pensions qu’avec les différentes remarques que nous avions fait,  la présentation de ce projet "aurait été améliorée" du moins partiellement. Après sa publication, nous sommes surpris, de voir apparaître dans la version finale deux institutions polonaises[7] censées apporter leur concours. Ce qui nous a particulièrement étonnés, c’est de ne trouver aucun spécialiste de la faune et de la flore de cette région, ni la moindre trace de consultation d’une quelconque institution scientifique et (surtout) administrative chargée des problèmes de protection de l'environnement. Ceci est d’autant plus invraisemblable, que la Mazury sera prochainement protégée par un statut de Parc National.

Cette affaire a pour la Pologne, un aspect historique et politique. Les souvenirs de la dernière guerre sont toujours très présents dans les mémoires. Rien d'étonnant à cela, car uniquement dans la région où Heck et ses complices "opéraient", les allemands brûlèrent  de nombreux villages et les victimes se comptèrent par plusieurs centaines de milliers[8].

Aujourd'hui, revient à l’ordre du jour la question de la propriété des biens culturels et matériels, volés pendant la dernière guerre[9]. Les estimations faites sur les pillages de biens culturels orchestrés par les allemands en Pologne comprennent les collections de 74 châteaux, 96 manoirs, 102 bibliothèques, 28 musées et 3 galeries nationales ainsi qu’un nombre incalculable de biens privés et religieux. En Pologne, contrairement aux autres pays occupés, les allemands pillèrent les églises et les monastères. Plus de huit mille objets ont été ainsi volés, uniquement dans la collection du Palais Royal de Varsovie. Le vol des collections scientifiques (dont les prestigieuses collections naturalistes) n'ont malheureusement jamais jusqu'à ce jour, fait l'objet d'une enquête sérieuse, judiciaire ou scientifique ni en Pologne, ni ailleurs[10]. Ces actes de pillage étaient tous prémédités et faisaient partie d’un plan mûrement réfléchi, conçu par la politique des nazis. L’objectif nazi était de s’accaparer les biens des pays occupés. Heck participa de manière active à ces pillages, il était l'un des principaux organisateurs et supervisa personnellement les vols de collections polonaises tant privées que publiques. Par ironie de l'histoire, il échappa à la justice et plus scandaleux encore, il jouira du produit de ses crimes jusqu'à fin de sa vie[11]. Quelques objets, parmi ceux volés par Heck en Pologne et en Biélorussie, ont été restitués après la guerre à leurs propriétaires (parmi lesquels se trouvent une partie des bisons d'Europe et des chevaux "konik Polski"). Il nous est impossible de faire un état qui consisterait à savoir dans quelle mesure ces vols ont participé à l’enrichissement personnel de Heck. 

L’histoire de ce criminel ne s’arrête pas là : non satisfait de voler des collections privées et publiques, Heck s’est approprié les résultats de travaux scientifiques (dont les notes et les observations de l'équipe de chercheurs faites sur le "konik polski" ainsi que les travaux polonais sur le bison d'Europe). Le vol et l'usage de ces résultats et la présentation comme "sien" de ces travaux, ont permis, en grande partie à ce triste personnage d’usurper  une renommée internationale dont il jouira (et jouit parfois encore) en zoologie.

 Il n'est pas étonnant que réhabiliter  ce haut fonctionnaire de l'Allemagne nazie, responsable de crimes commis en Pologne soit choquant, incompréhensible et inexcusable pour les habitants de ce pays[12] (et pour les rescapés du nazisme). La France jouit traditionnellement d’une très bonne image en Pologne. Actuellement, le marché polonais est particulièrement attractif, il compte 38 millions d'habitants et sa croissance économique est  l’une des plus fortes au monde. Les entreprises françaises y sont actuellement bien représentées. Sur ce marché, s’exerce une concurrence que se disputent des entreprises américaines et asiatiques, il est  donc indispensable de ne pas ternir la   bonne image de la France dans cette région. L’honorabilité et la probité doivent être indiscutables, ils constituent un facteur important, dans  l’argumentation commerciale. Une affaire telle que celle des "vaches de Heck" et la réhabilitation (accompagnée de l’éloge) de ce criminel de guerre responsable de crimes commis en Pologne, risquent d’être considérées dans ce pays, comme un geste hostile et  antipolonais et d’être perçu comme une insulte à la  mémoire des victimes de Heck et du nazisme. "La propagande, faite autour de cette supercherie nazie" par un organisme français peut gravement nuire à l'image de la France et indirectement aux intérêts politiques et économiques français dans cette région.

Les projets, qui visent à l’implantation de cette supercherie nazie en Pologne peuvent prendre une  dimension européenne. La Pologne (ainsi que la Hongrie et la République Tchèque) négocie actuellement son entrée dans la communauté européenne. La grande majorité des Polonais est favorable à une intégration rapide dans les structures de la Communauté Européenne. Cette intégration est l'un des objectifs  politique de l’Union Européenne. Toutefois,  il existe en Pologne des groupes politiques qui s’opposent à cette intégration. La "menace de l'impérialisme allemand" est l’un des arguments principaux des opposants. Ces groupes minoritaires très  actifs, présentent la politique de l'élargissement de l'Union Européenne comme une version moderne de la "Drang nach osten"[13]. Il leur sera aisé de démontrer que l'introduction du "faux-aurochs", la réhabilitation de Heck trouve "origine dans l'union européenne" et qu’elle fait partie de la politique européenne pour cette région.  Il est indiscutable que de tels actes crédibiliseront les propos des extrémistes aux  yeux de la population polonaise. L’aspect de ce problème ne doit pas être sous-estimé,  parce qu’il  constitue ipso facto un argument de poids dont se serviront les opposants polonais à la politique d’intégration de la Pologne au sein de la communauté européenne.

 

Les juristes polonais, spécialisés en relations internationales que nous avons consulté,  ont attiré notre attention sur un autre aspect de ce programme. L'introduction d’animaux de ce type est au regard de la législation polonaise illégale, et ne peut se faire, sans accord du Ministère de la Protection de l'Environnement. C'est probablement la première fois dans l'histoire des relations internationales, que des fonctionnaires d'un Etat (la France) préparent une action qui doit être menée sur le territoire d'un autre Etat (La Pologne)  qui est illégale au regard de la législation de ce pays. Ce type de démarche est un événement, pour le moins curieux  dans l'histoire des échanges entre pays amis. Si ce projet arrivait à terme, il déboucherait immanquablement sur des problèmes qui risqueraient de mettre à mal les bons rapports entre ces deux pays.

Bien que nous soyons totalement certains du bien fondé de notre réflexion et de notre travail, nous avons décidé de demander l’avis de Monsieur le Professeur Zdzislaw Pucek du  Mammal Research Institute  of Polish Academy of Sciences. A cet effet  nous avons formulé quelques questions que nous lui avons adressées.  Cet éminent scientifique est une autorité incontestable dans le domaine de la faune des mammifères de  Pologne ; il est Président de la section de la protection du Bison d'Europe de l’IUCN et expert dans le domaine de la protection de l'environnement :

 

1. S'il avait été consulté sur ce projet ou si du moins il est au courant de son existence ;

 

2. s’il était en possession  d’informations sur les "vaches de Heck" qui, d'après les publications du SIERDAH " auraient survécues pendant plusieurs années après la guerre" dans la forêt de Bialowieza (cette question a été posée afin d’apporter un démenti formel aux affirmations fantaisistes de cet organisme).

 

Voici les réponses de Monsieur le Professeur Zdzislaw Pucek :

 

     "Je n'ai jamais  entendu parler  d’un projet d'introduction des "vaches de Heck" dans la forêt Puszcza Borecka. Une population libre de bisons d'Europe y vit. Je désire recevoir cet article, publié en Belgique.  C'est un projet très bizarre. Il a peut-être pour origine les Pays-Bas ? Je sais qu’il existe là-bas un écosystème artificiel avec ces bovins et des petits chevaux, il semble qu’à l’heure actuelle ces animaux sont sur ce territoire en surnombre.  Ce projet vise peut-être à  vendre ces animaux. Pour la Pologne ce type d’introduction  dans la nature doit être fait en accord avec le Ministère de la Protection de la Nature, des Ressources Naturelles et de la Forêt, et  avec le concours du Conseil d'Etat chargé de la Protection de la Nature, ainsi que de la  Commission de Protection des Animaux Sauvages dont je suis membre. J'ai demandé au Département  de la Protection de la Nature, ce qu’il en était, à propos de cette affaire, mais de toute manière j’aurais du être au courant. Je confirme donc, qu’il n’y a jamais eu de consultation avec notre Institut de Bialowieza.

Je n'ai jamais entendu dire, que des "bovins de Heck" auraient survécu  à Bialowieza. (...)

Je vous signale que j’ai protesté à maintes reprises, sur le fait que l’on ne peut utiliser le nom aurochs pour ces bovins. C’est peut-être  une bonne race,  mais on ne peut pas en procédant de la sorte recréer l’aurochs disparu. Aujourd'hui,  nous savons grâce au progrès de  la génétique que la sélection « dite de remplacement[14] » est incapable de mener  au retour vers l’ancêtre. Ceci est l'opinion des généticiens. Entre les deux guerres, cette technique a été utilisée par Heck et par Vetulani dans son expérience sur le "konik Polski de type  tarpan".  Jamais ce type de solution ne peut permettre d’obtenir des tarpans. Plus tard, les Russes ont libéré dans le Caucase des bisons d'Europe hybridés avec des bisons d'Amérique. Ils désiraient ainsi reconstruire une sous-espèce de bisons caucasien. Vous pourrez trouver les détails de ces expériences dans mes publications."

Cette réponse concorde en tous points avec notre analyse.



[1]"Pologne méfie toi", ces paroles font partie d'une chanson que chantaient les soldats de la Wermacht, lors de l'agression de la Pologne en 1939.

[2]L’autre pays cible pour le SIERDAH,  est la  Hongrie, réputée pour sa race traditionnelle de boeuf des steppes.  Ce pays possède ce que l’on appelle une "puszta",  dernière steppe primaire de ce type en Europe. Cette région est également célèbre  pour les nombreuses découvertes archéologiques d’aurochs. On comprend ainsi mieux l’intérêt du SIERDAH pour cette région.

[3]Pyle,  M. Cynthia "Some late sixteenth-century depictions of the aurochs (Bos primigenius Bojanus, extinct 1627): new evidence from Vatican MS Urb. lat 276" Archives of Natural History 3/21 1994.

 [4] Cet auteur a découvert, mis en évidence et soigneusement analysé les documents de l'administration royale qui relate l'histoire de la disparition des derniers spécimens d’aurochs vivants.

[5]Le tableau retrouvé en 1820 chez un antiquaire par Hamilton Smith à Augsburg en Allemagne qui portait une inscription polonaise "Thur" (Tur, désigne  un aurochs en polonais).

[6]Curieusement ce projet reste totalement inconnu (fort heureusement) des fonctionnaires du Ministère de la Protection de l'Environnement de Pologne, de l'administration forestière de la région concernée, ainsi que des diverses associations de  protection de la nature et des chercheurs  naturalistes (de l'Académie des Sciences Polonaise et des diverses universités et écoles supérieures) qui travaillent sur la faune et flore régionale. Parmi ceux interrogés se trouvent les responsables des inventaires naturalistes  (d'après les informations que nous avons obtenues au cours de notre récent voyage en Pologne). La section polonaise de IUCN semble également de ne pas être au courant de ce projet. Dans cette situation pour le moins bizarre, ou l’on trouve des  intéressés qui ne sont pas informés, il est bien compréhensible que nous avons eu des difficultés à obtenir plus de détails sur l’introduction de  ce "faux-auroch" en Pologne.

[7] nous espérons que ces institutions ne sont pas au courant du caractère frauduleux ni du contexte historique de cette affaire.

[8]L'histoire de l'occupation allemande dans cette région a fait objet de nombreuses études historiques (voir Monkiewicz "Bialowieza w cieniu swastyki" KAW 1984). On ne retrouve pratiquement pas de survivant de la population juive qui vivait dans cette région, cette population a été déportée dans sa  quasi totalité. Dès le  début de l'occupation,  Bialowieza opposa une très forte résistance à l’occupant (dans cette région opéraient conjointement les forces de AK et BCh une des formations de la résistance polonaise, se sont jointes également  diverses organisations de  résistance biélorusses et plus tard les parachutistes et les sentinelles de l'armée soviétique. Pour se venger des opérations effectuées par les partisans et "pour protéger les intérêts du Reich", uniquement entre 1941 et 1943 les allemands brûlèrent 200 villages et  déportèrent dans les camps de concentrations environ 40000 de personnes, firent des exécutions sommaires collectives qui coûtèrent  la vie à environ  5000 personnes, assassinées sur 135 sites de la région.  Même si elles demeurent incomplètes, ces données montrent bien  quelles conditions et quelles répressions féroces accompagnèrent "l'introduction des faux-aurochs" à Bialowieza. Cette introduction était placée sous la "protection" de la Wermacht et des unités spéciales  SS. Il est impossible de  chiffrer le nombre  d’exécutions destinées à assurer  de l'introduction du "faux-aurochs", "primordiale pour les intérêts du Reich éternel".

[9]Il est possible de consulter plusieurs excellents articles sur les vols des objets d’arts par l'administration, l'armée mais également "par des citoyens ordinaires" du 3ème  Reich, ceux-ci ont été dernièrement publiés notamment par le professeur Jan Pruszynski, chercheur de l'Institut de Droit de l'Académie Polonaise des Sciences, à lire "Oddac kazdemu co mu sie nalezy. Niemcy i wojenne straty kultury polskiej : Marna pamiec historyczna i kipska znajomosc prawa" Rzeczpospolita n°244 17-18 octobre 1988 (Rendre à tout un chacun ce qui lui appartient, Les Allemands et les pertes de la culture polonaise au cours de la guerre:  mauvaise mémoire historique et méconnaissance de la loi). voir également Lynn H. N.  1994. The Rape of Europe: The Fate of Euroupe's Tresaures in the Third Reich and the Second World War. Ed. London Macmillan.

[10]Et ceci bien qu’il existe une documentation relativement riche sur cette activité criminelle. Parmi les autres sources nous trouvons les informations relatives aux vols des collections naturalistes de l'Institut de Botanique  de Cracovie dans les publications de Wladyslaw Szafer (Szafer W. Wspomnienia przyrodnika, Wydawnictwo Ossolineum 1973) . Diverses autres publications parlent également des vols organisés par Heck (voir les diverses publications du  professeur Tadeusz Vetulani).

[11]Il est intéressant de souligner que le vol d’animaux, notamment celui des konik polski ainsi que les résultats du travail des chercheurs polonais fait avant la guerre, font l’objet de nombreuses documentations et descriptions (voir Vetulani T., 1948 O regeneracji tarpana lesnego w Puszczy Bialowskiej (Sur la régénération du tarpan forestier dans la forêt de Bialowieza). Roczniki Nauk Rolniczych i Lesnych (Annales des sciences agronomiques et forestières) Poznan. Pologne. Pourtant ces résultats spoliés apparaissent sans que soient cités les véritables auteurs. On ne trouve nulle part dans les travaux de Heck l'information qu'une partie de "ses résultats" trouvent leur origine dans les pillages qu’il a fait   à Bialowieza (voir The Breeding-Back of the Tarpan Oryx vol 1 p. 338-342).

[12]ce sentiment est  partagé à l’unanimité par tous nos correspondants polonais naturalistes, journalistes et les représentants de divers partis politiques

[13]il suffit signaler le grand intérêt médiatique qui accompagna la publication du livre de John Laughland sociologue et spécialiste de la culture allemande The tainted source : the undemocratic origins of the European idea et. Little Brown 1997, sur les "racines totalitaires de la conception de l'unification européenne".

[14] En original selekcja wypierajaca

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:47

De la protection de la nature aux théories racistes 

 

Afin de mieux percevoir les "niveaux scientifiques" de ces travaux, nous avons choisi de citer quelques-unes des théories qui émanent du docteur en sciences Arnold Splettstösser[1]. Ce "chercheur" n’était pas n’importe qui, puisqu’il était chargé du département de la protection de la nature dans l'administration allemande de la Pologne occupée. Il s'intéressait surtout à ce qu'il appelait "la construction de paysages". (...) Il exposa même ses brillantes "idées écologiques" dans un article où il présentait l'environnement de cette région comme le terrain de combat où s’affrontait le monde asiatique et européen. Pour que "ces terrains" fassent partie de l'Allemagne, il était indispensable de combattre à tout prix les influences asiatiques (y compris les vents orientaux).La formation du paysage ne sera réussie que si l’on tient compte des relations géographiques, floristiques et écologiques de cette région. Ici, passent les frontières des aires de répartition, non seulement des espèces, mais également des races végétales. Ces races doivent être évaluées dans leurs moindres détails, puisqu’elles peuvent être appelées au combat contre l'Asie (traduction littérale) sic!! (...) La formation du paysage est la clé qui apportera la paix à ce pays et la fraternité entre les hommes. Les Germains ne pourront se sentir heureux sur cette terre uniquement lorsque toutes les influences asiatiques seront éliminées (...). Ici Germain et forêt combattent côte à côte contre l'Asie. Nous pourrons gagner si notre unité "Forêt et Race", sont bien visibles dans le paysage." Ajoutons que la fin de la guerre n'a pas, heureusement, permis de réaliser ce "vaste programme de pureté raciale de la couverture végétale".

Nous pensons que le meilleur commentaire sur ces différents sujets est celui proposé par le grand spécialiste des falsifications scientifiques, James Randi[2] "Le nazisme avait besoin d'une montagne de mensonges et de banalités pour asseoir la plus grande des fumisteries pseudoscientifiques - une légende aryenne raciste; ce mythe ne pouvait être accepté que chez des personnes "préparées" à croire aux plus grands non-sens comme à la théorie du globe terrestre creux etc."

 

Des bisons aryens

Il est intéressant de voir quelle était l'attitude de Heck, vis-à-vis de ces conceptions et comment il les appliquait. Ses "activités" dans le domaine de la protection du bison d'Europe en sont une bonne illustration. Heck, était considéré comme l’un des plus importants biologistes du système nazi. Il n’y a donc rien d’étonnant qu'il fût un fervent partisan de la théorie de la dégénérescence des races. Au dix-neuvième et au début du vingtième siècle des naturalistes (surtout des zoologistes russes), émettaient l’hypothèse que la cause principale de la diminution de la population des bisons d'Europe était la dégénérescence de cette espèce. Cette théorie n’a guère tenu, puisque dans les années trente, elle fut réfutée par les observations faites sur le terrain et les succès spectaculaires obtenus dans la reproduction des bisons.

Les naturalistes constatèrent  l’évidence : la disparition du bison avait pour origine les nuisances humaines, une mauvaise gestion des forêts et n’était nullement liée à une quelconque dégénérescence.

Autre observation des naturalistes. Ils remarquèrent également que lorsque ces animaux vivaient en captivité et en semi-liberté avec des soins convenables, ils se portaient bien et se reproduisaient d'une saison à l'autre sans démontrer un quelconque signe de la "fameuse dégénérescence". Bien qu’il fût au courant de ces observations Heck, pour des raisons plutôt idéologiques que scientifiques, s'accrocha à la conception de la dégénérescence de cette espèce. Ce génial reconstructeur, décida alors d’hybrider le bison d'Europe avec le bison d'Amérique afin de le sauver.

Dès, les débuts de la restitution de la population du bison d'Europe une "attention particulière accompagnait les soins. Les chercheurs veillaient à la pureté génétique des bisons, notamment dans les jardins zoologiques ou vivaient des hybrides de bisons d'Amérique et de bisons d'Europe[3]. (...) Un mérite incontestable revient à  J. Zabinski et à E Mohr, qui dès 1945 se sont attachés à sauvegarder  la pureté génétique[4] de la population mondiale de bisons en introduisant  dans le Pedigree Book uniquement des bisons d'Europe pur sang"[5].

Quels furent les résultats de la protection des bisons d'Europe par Heck ?

 Pour répondre à cette question nous avons décidé de citer les fragments de l'article consacré à l'histoire de Pedigree Book of European Bison [6].

     "En 1938, pendant la réunion de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, qui se déroula sous le haut patronage de Goering, un membre du NSDAP, directeur du Zoo de Berlin Lutz Heck remplaça le Dr Kurt Priemel, connu et respecté pour son objectivité et son honnêteté au poste de président. Son assistant le Dr Steinbacher, fut chargé de la rédaction du Pedigree Book of the European Bison. Ces deux personnages s’étaient fixés pour objectif d’émerveiller le monde par le succès de l'élevage germanique des bisons d'Europe, sous les tutelles du régime hitlérien. Ils placèrent dans une réserve forestière à Schorfeide un peu plus d’une dizaine de bisons d'Europe et libérèrent en même temps un nombre important d’hybrides de bisons d'Europe et de  bisons d'Amérique. Le troupeau dépassa rapidement le nombre de deux cents individus. Fort heureusement, ces manipulations ne sont pas entrées dans le Pedigree Book, elles servaient seulement à la presse allemande à affirmer qu’avec seulement trente bisons d'Europe qui vivaient préalablement dans tout le pays, dix ans plus tard les allemands disposaient de deux cents individus de "cette espèce". Si les deux leaders de cette "opération" étaient arrivés à faire entrer même partiellement  ces fausses données dans le Pedigree Book, quelques années plus tard la rectification de ces informations aurait été quasi impossible[7]".

     Cette étrange pratique, était contraire aux décisions[8] prises par la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe qui a toujours veillé avec le plus grand  soin à séparer les bisons d'Europe des différents hybrides de cette espèce[9].

     "A quelque chose malheur est bon, comme dit le proverbe, le troupeau "progermanique" de Schorfheide fut  entièrement décimé pendant la bataille de Berlin en 1945. Il est vrai que des bisons d'Europe furent également tués lors de ces affrontements, mais il s'agissait principalement d’individus âgés sans grande valeur reproductrice.(...) ".  Après les hostilités, il fallut résoudre les problèmes et éditer un nouveau volume du Pedigree Book of the European Bison. Les allemands membres de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, étaient durant la guerre étaient affectés à d’autres tâches et avaient abandonné leurs recherches sur la protection et l'origine des bisons. Après-guerre, ils ne manifestèrent guère d’enthousiasme pour entreprendre ou participer à des actions publiques. Quant au Dr Lutz Heck, qui s’était suffisamment déshonoré et discrédité aux yeux du monde scientifique, qu’il ne proposa même pas sa candidature pour préparer les matériels nécessaires à l'édition du volume suivant du Pedigree Book.

Le Dr Jan Zabinski[10], vice-président de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, était vivant, son attitude exemplaire durant la guerre le porta d’emblée à la direction de cette institution[11]. Il accomplit une tache très difficile, rassembla toutes les informations sur les bisons d'Europe (pur sang) qui avaient survécu à la guerre. Ce travail énorme a demandé énormément de patience. L’une des difficultés principales qu’a rencontré cette nouvelle équipe, a été de trouver des collaborateurs motivés et valables. Ceci était d’autant plus difficile, qu’en Allemagne la possibilité d'erreur et de fraude préméditée étaient très importantes. L’acharnement à cette tâche du Dr Jan Zabinski, fut récompensée, en 1947 le quatrième volume du Pedigree Book" fut édité.

Pour souligner l'importance de ces problèmes, quelques citations originaires des divers volumes du Pedigree Book of the European Bison, nous permettrons de mieux les évaluer :

"Il faudrait ajouter la somme de bisons survivants encore environ 10 à 11 spécimens de ces animaux qui se trouvent au parc zoologique de Hellabrun (Allemagne). Malheureusement, on ne peut inclure ces individus en raison des doutes qui planent sur l'exactitude des données livrées par la direction de ce parc. Après vérification, ces animaux seront mentionnés dans les volumes suivants du Pedigree Book" (01 janvier 1947).

Pendant ces deux dernières années, nous n’avons pas réussi à élucider l'énigme des bisons de Hellabrun "Cette information fut répétée dans tous les volumes suivants, jusqu’en 1955 date à laquelle cette histoire fut élucidée définitivement".

Heck, l’homme providentiel de la propagande nazie

La façon dont Heck, concevait la "protection" des bisons d'Europe, démontre de manière significative, les conséquences désastreuses du travail "naturaliste" de ce "scientifique". L’intérêt de la propagande nazie a toujours pris le pas sur toute démarche scientifique et sur la protection de la nature. La création de troupeaux d’animaux hybridés, démontrait, par l’augmentation du nombre des individus de "cette espèce", le succès du 3ème Reich. La deuxième démarche, consistait à privilégier et à donner une place prépondérante à l'idéologie quitte à occulter l’aspect scientifique. Pour cette raison, il était impératif que le bison d'Europe "dégénère". Selon les théoriciens nazis, "les races sans surveillance étroite devaient dégénérer". Heck soutint cette "théorie" malgré les résultats issus des années de recherches qui contredisaient la "conception de la dégénérescence" du bison d'Europe. C'est également pour cette raison, qu’il prit la décision d’hybrider les bisons d'Europe Bison bonasus avec les bisons d'Amérique Bison bison. Ces pratiques scientifiquement malhonnêtes s’accompagnèrent d’un choix judicieux de cadres dévoués au Führer. En premier lieu, Heck écarta les spécialistes et le personnel compétents, et les remplaça par des membres fidèles au NSDAP. Comme tout système clos, les nazis s’appuyèrent, non sur les connaissances et les compétences des individus ou des équipes, mais sur leur dévouement idéologique.

Les bouleversements qu’imposèrent ces types de pratiques rendirent possibles et indispensables les falsifications scientifiques. Celles-ci étaient inacceptables pour les naturalistes honnêtes, ce qui fit que Kurt Priemel[12] et Erna Mohr furent  écartés de leurs fonctions. Les pratiques de Heck étaient accompagnées du mépris des décisions prises par les instances internationales de protection de la nature. L'hybridation, entre les bisons d'Europe et les bisons d'Amérique, était en totale contradiction avec les décisions de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe. Avant la prise de pouvoir par les nazis, les institutions scientifiques allemandes dans le domaine de la zoologie étaient parmi les meilleures. Heck, participa considérablement à la chute de ces institutions. Non seulement, les professionnels furent remplacés par des idéologues, de plus, les activités habituelles jugées caduques furent abandonnées. Ce qui fit dire à Erna Mohr[13] après la guerre, "qu’entre 1939 et 1945 les Stoodbook étaient dans d’autres mains, que pendant cette période les listes (des animaux P.D. et J.A.) ne furent jamais préparées ni imprimées et les cartes de pedigree ne furent également jamais rédigées". 

Les effets pernicieux du travail de Heck, ont contribué à mettre gravement en péril, l'existence de l'espèce du bison d'Europe. Si la victoire des alliés n'avait pas mis fin à "cette protection particulière", aujourd'hui, nous n’aurions que des hybrides de bison d'Europe et d'Amérique et nous n’aurions pas une population importante et en pleine vitalité, comme c’est le cas actuellement de Bison d'Europe[14]. L’excellent travail fait après-guerre par M. Jan Zabinski et  de Mme Erna Mohr ont permis de retrouver et d’éliminer tous les documents falsifiés par Heck et de séparer les populations hybrides, de celles du Bison d'Europe.

                                                     Chapitre 3

Comment l’aide internationale risque d’être bernée par une supercherie ?

L'affaire du « faux aurochs », doit être examinée en tenant compte de l'aide occidentale apportée aux ex-pays communistes, dans le domaine de l'écologie. D'après les données du SIERDAH, cet animal a été introduit en Hongrie et un projet équivalent existe pour la Pologne. Les pays de l'ex-bloc soviétique se trouvent dans une situation de crise écologique et économique précaires. Les pays occidentaux, leur apportent une aide matérielle substantielle qui entre dans le cadre de la coopération internationale. Parmi ceux qui y contribuent, nous trouvons l’Union Européenne, les Etats-Unis etc. Plusieurs spécialistes[15] émettent des réserves quant à certaines de ces dépenses, qui servent trop souvent les intérêts de consultants occidentaux privés, dont ils mettent la compétence en cause. Quelques-unes d’entre elles, sont également attribuées à des activités qui n’ont rien à voir avec la protection de l’environnement. Ce qui fait que divers projets "d’un intérêt discutable", concurrencent des projets efficaces et bien préparés par des professionnels hautement qualifiés. Le cas précis de l'introduction de ce "faux-aurochs" en Europe Centrale et Orientale est un cas d’école. La supercherie pseudoscientifique, étayée à l’aide d’un discours médiatiquement habile, se substitue à une véritable aide réellement efficace indispensable à ces pays.

 



[1]cité d'après Kulczynska  Wanda Ochrona Przyrody w czasie wojny  Chronmy przyrode ojczysta N°1 1945

[2] Randi James 1994, Flim-Flam Psychics, ESP, Unicorns and other Delusions Editions Pandora

[3]en prenant soin également de séparer la race de plaine de celle de montagne (originaire du Caucase).

[4]afin d’éviter des hybridations

[5]Pucek Zdzislaw  1994 Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1)

[6]Wernerowa Jadwiga Dlaczego ksiegi rodowodowe zubrow Problemy 25, 1969. L'auteur de cet article était zoologiste, il a travaillé également sur les bisons, il était  l’un des proches collaborateurs de J. Zabinski. Il fut couronné par un prix prestigieux pour son travail de  vulgarisation scientifique.

[7]Nous savons que c'est uniquement par  manque de temps que la création du Nazi Pedigree Book du Bison d'Europe ne put aboutir.

[8]la gestion de l'autre troupeau de bison d'Europe de Pszczyna (nom allemand Plessen) était également contraire aux décisions et pratiques de la SIPBE. Cette population l’une des plus anciennes en captivité et en semi-liberté a été isolée afin de d’évaluer l’éventuelle dégénérescence des suites de consanguinité. Les autorités de la SIPBE se sont opposés à l’importation de nouveaux  spécimens et à leur intégration dans le troupeau afin d'obtenir des résultats viables. C’est pendant la guerre que des mâles qui n’appartenaient pas à cette population furent importés à Pszczyna. (voir  Zabinski J.  1950 Prace nad restytucja zubra. Ochrona Przyrody 19.), fait d'autant surprenant que Heck, grand partisan de la théorie de dégénérescence devait logiquement  disposer d'une telle population pour confirmer ces conceptions sur les bisons. Il est probable que, les  résultats obtenus à Pszczyna,  soient à l’inverse de ceux qu’il attendait et qu’ils mettaient en causes ses "pratiques scientifiques" d’élevage de bisons.

[9]Zabinski J. The European Bison (Bison bonasus) Cracovie 1960

[10]voir note de bas de page n°160

[11]contrairement à Heck (P.D. et J.A.)

[12] Priemel Kurt dr (1880-1959), directeur du Parc Zoologique du Francfort fut l'un de fondateur et le premier président de la Société Internationale pour la Protection de Bison d'Europe, considéré par Heck et ses acolytes comme "personna non grata" il fut obligé non seulement de démissionner du poste de président de cette société et dû céder en 1938, son poste de président de Société Internationale des Directeurs des Parcs Zoologiques.

[13]Mohr E. 1967 The studbook of the European bison Bison bonasus. International  Zoo Yearbook 7 Zoological Society of London

[14]Krasinski A. Z. 1994, Restytucja zubrow w Bialowiezy w latach 1929-1952 Parki Narodowe i Rezerwaty Przyrody N.4; Krasinski A. Z., 1978 Dynamics and Structure of the European Bison Population in the Bialowieza Primeval Forest. Acta Theriologica Vol. 23/1. Pucek Z. 1994Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1) Pucek Z. 1991. History of the European bison and problems of its protection and management. in B. Bobek, K. Perzanowski, and W. Regelin (eds). Trans. 18 th IUCN Congress Krakow 1987, Swiat Press Krakow-Warszawa

[15]voir Newsnet-21 International Environmental Collaboration Russia: A case study ou Environmental Aid to Eastern Europe Ragnar E. Löfstedt et Gunnar Sj¨stedt Ambio Vol. 24 n°6 Sept 1995, Wendel J.   1998 Collusion and Collision: The strange  Case of Western Aid to Eastern Europe 1989-1998 Ed. St. Martin's Press New York

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:56

   Chapitre 2

 

Le "Faux-aurochs" et la protection de la nature

 

Dans les campagnes d’information et de propagande pour valoriser cet animal, l’accent est mis sur un aspect bien particulier auquel le grand public est à juste raison extrêmement sensible, celui de la préservation et de l’amélioration de nos espaces naturels. L'élevage, la commercialisation et les opérations qui visent à relâcher ces vaches dans la nature, sont des actions qui ont un impact "écologique" particulièrement bénéfique puisqu’elles s'inscrivent de manière logique dans une politique de protection de la nature (dixit SIERDAH).

Qu’en est-il réellement, de l’introduction de cet animal dans l’environnement ?

Le "faux-aurochs" est un métissage très récent de diverses races réputées anciennes. Cet animal, n'a jamais vécu dans la nature. Il est impossible de prétendre sérieusement qu'il faisait (ou fait) partie de la faune sauvage. Nous venons de dire, qu’il s’agit d’une race très récente, elle n’a jamais été élevée par des paysans, dans quelque région que ce soit. Ce faux aurochs, ne peut prétendre faire partie du patrimoine qui accompagne à juste titre les races traditionnelles. Plusieurs motivations animent habituellement les promoteurs d’actions, de gestion et de conservation, qui se rapportent aux races bovines, aux différentes espèces animales et végétales. Celles-ci sont souvent accompagnées de la recherche et de la valorisation d’une identité culturelle régionale spécifique. 

Or, la seule identité culturelle qui se rapporte à cet animal, correspond à l’une des images les plus sombres de toute l’histoire humaine, celle de l'Allemagne nazie.

Cette race, est médiatiquement associée de façon totalement abusive à l'aurochs, ou "à un animal disparu que le savoir humain serait parvenu à ressusciter". Par cette association, contraire à toute vérité, les "faux-aurochs" jouissent d'un grand engouement médiatique. De toute évidence, les projets liés à cette race bovine récente, se trouvent dans une position privilégiée dans la recherche de financement par rapport aux projets écologiques sérieux, honnête, qui tente avec beaucoup de courage et souvent de difficultés de protéger un réel patrimoine faunistique. Cette exploitation est savamment entretenue, ne serait-ce qu’au travers des informations distribuées dans les parcs où cet animal est présent (voir annexe 4).

Une seule phrase, sur le "faux-aurochs" est significative : Enfin, face aux résultats obtenus par les frères Heck, il convient de rester humble et de bien entrevoir les limites d'une telle reconstruction : en effet, que l'Homme soit capable de "ressusciter" une espèce disparue ne doit pas cacher le fait que les différentes civilisations ont sonné et continuent de sonner le glas de nombreuses autres espèces.[1]

Le message du SIERDAH est clair, l'homme a reconstruit une espèce disparue. Demandez à n'importe quelle personne de votre entourage quelle doit être la priorité en matière de  dépenses dans le domaine qui touche à la protection du patrimoine naturel :

- financer les travaux pour favoriser le "retour d'un animal disparu, qui de plus est l’ancêtre de toutes nos races bovines, miraculeusement ressuscité grâce aux efforts et au génie des scientifiques" ;

- financer la sauvegarde d'une race bovine locale[2], l’une parmi plusieurs dizaines menacées de disparition[3] ;

- ou encore financer un inventaire naturaliste d'un groupe faunistique, "peu médiatique" (par exemple les annélides).

La réponse ne fait aucun doute. Un travail nécessaire, peu spectaculaire est incapable de concurrencer un projet digne d’un scénario des films de Steven Spielberg[4]. C'est l’autre aspect immoral de l'affaire du "faux-aurochs". Non seulement, nous avons affaire à une supercherie scientifique nazie, mais dans le contexte actuel, c'est en plus un cas flagrant de concurrence déloyale dont font les frais les éleveurs et gestionnaires de races locales menacées de disparition et d’une manière générale tous les autres projets qui ont pour but, la protection de la nature. Ceci est d'autant plus dramatique que, aujourd'hui, des projets naturalistes de très grande valeur ne peuvent être concrétisés en raison d’un total désintérêt médiatique. De ce fait, ils ne peuvent trouver de financement et par la force des choses sont abandonnés.                                                                         

Il existe, un autre aspect de cette supercherie qui doit être évoqué. Les mouvements (politiques, associatifs, professionnels) de protection de la nature gênent de plus en plus les intérêts économiques et politiques de lobbies très puissants (chasseurs, promoteurs immobiliers, opposants à certains aménagements du territoire, lobby nucléaire etc.). Il est bien connu qu'à plusieurs reprises ces groupes ont de diverses manières tenté de discréditer les mouvements écologistes aux yeux du grand public. Anna Bramwell, dans un excellent ouvrage[5], relate les moyens employés  par ces groupes  contre les partis verts allemands, manoeuvre qui consiste  à démontrer  que les mouvements écologistes trouvent leur origine dans... le nazisme. Dernièrement ce type  d’argumentation a été repris par le lobby des chasseurs français[6] et par des mouvements anti-écologistes  aux Etats-Unis[7].

 Bien évidemment, cette argumentation est entièrement fausse et absurde, même si le mouvement nazi allemand, faisait siennes, certaines idées et organisations de protection de la nature. Ces idées n’étaient pas nouvelles, elles existaient en Allemagne déjà à l'époque de Weimar et même dans l’Allemagne Impériale, bien avant la première guerre mondiale.

Il est aisé de démontrer que les mouvements modernes de protection de la nature, trouvent ailleurs leur origine. Ils sont issus de la réflexion scientifique naturaliste du dix-neuvième et du début du vingtième siècle (comme dans les premiers travaux biocénotiques de K.Mobius ou dans les débuts de la phytosociologie de J.Paczoski). Ils sont ancrés dans les mouvements sociaux, profondément démocratiques, comme le mouvement français contre l'usage de la plume à parure, ou dans la philosophie de la "désobéissance civique", prônée par le philosophe américain Henry Thoreau, ou encore dans la vaste campagne de reconstitution de la population du bison animée par William Hornaday[8].

Les individus (ou les groupes d’intérêts), qui essaient à l’aide d’une "fausse historiographie", de discréditer les écologistes ne prennent guère en compte la vérité historique. L'association éventuelle (par ailleurs entièrement fausse) d’un mouvement de protection de la nature à une telle supercherie nazie qu’est ce "faux-aurochs",  est un argument qui peut être facilement utilisé dans une propagande anti-écologiste de mauvaise foi. Bien entendu, par avance, nous nous opposons fortement à la reprise de nos propos pour véhiculer de telles idées, qui sont à l’opposé des nôtres et nous espérons que les associations qui oeuvrent pour la protection de la nature ne seront pas les futures victimes (heureusement, uniquement médiatiques) de cette supercherie.

 

La protection de la nature selon les conceptions de Heck

 

Bien avant la guerre, Heck s’était intéressé à la forêt de Bialowieza, aux chevaux primitifs "konik Polski" et aux troupeaux de bisons d'Europe reconstitués par les naturalistes polonais. Dans l’Allemagne nazie, Heck était considéré comme le "führer de la protection de la nature". Hitler, personnellement s’est impliqué non seulement dans l’histoire des "faux-aurochs", mais également dans celle des bisons d'Europe[9]. Cette période a été à tel point pour lui marquante, que dans les rares publications qu’il a publié après la seconde guerre mondiale, c’est avec nostalgie qu’il en parle. A partir de ses propos, nous pouvons déduire que Bialowieza a connu "grâce au génie du führer" et à l'occupation allemande, "une période privilégiée". Le "professeur Heck" avait prévu pour la Forêt de Bialowieza un destin bien particulier. Il expliquait dans un article intitulé "Les Nouveaux devoirs pour la Protection de la Nature - Parcs Nationaux pour la Grande Allemagne" publié en mars 1940 dans le Voelkischer Beobachter[10] : que cette forêt appartenait désormais à jamais au Reich Millénaire et doit tout d'abord être au service de la grandeur et de la victoire de l'Allemagne nazie.[11]De quelle façon, Heck concevait-il la "protection de la nature", quels moyens employait-il pour parvenir à ses fins, et quel a été son rôle lorsque Bialowieza était placé sous ses auspices ? Ses agissements étaient à tel point préoccupants, que pendant la guerre et l'occupation allemande de Bialowieza, les naturalistes des pays libres, faisaient part de leur inquiétude, quant à la survie des troupeaux de bisons sous "la bienveillante protection allemande"[12].

Afin de rétablir la vérité historique, sur la participation de Heck dans les crimes nazis, nous avons décidé de traduire quelques fragments d’articles de la presse naturaliste polonaise parus tout juste après-guerre. Ces textes peu connus en occident, ont une valeur exceptionnelle du point de vue de l'histoire des sciences naturelles. Ils proviennent des rapports d’experts reconnus pour leur indépendance et leurs hautes compétences professionnelles. Ces derniers avaient pour mission, d’examiner scrupuleusement sur le terrain, les répercussions des "travaux scientifiques" de Heck et de ses acolytes. Ces naturalistes ont réussi depuis, grâce à des efforts considérables, à réparer - du moins en partie - les déprédations commises par Heck.

 

La protection de la forêt de Bialowieza et les nazis

articles parus dans la presse naturaliste après la guerre.

 

La publication de ces textes devrait suffire à mettre fin aux contre vérités que l’on trouve dans les campagnes de désinformation destinées  à la promotion des   "faux-aurochs" sur :

 

. les compétences professionnelles de Heck en tant que naturaliste et sur ses activités "écologiques" ;

 

. l’efficacité des nazis dans le domaine de la protection de la nature ;

 

. les conséquences réelles des interventions de Heck dans la protection du bison d'Europe et dans celles des troupeaux de "konik Polski" ;

 

. les événements qui se sont déroulés dans la Forêt de Bialowieza sous l'occupation allemande ;

 

Les occupants faisaient régner à Bialowieza de façon constante, un climat de terreur particulier. Une potence avait été dressée à proximité du palais du parc, pour les exécutions capitales qui se déroulaient en public. Un peu plus loin, dans le quartier de la poste les prisonniers étaient déchiquetés, jusqu'à ce que mort s’ensuive, par des chiens spécialement dressés à l’attaque. On peut trouver les témoignages qui relatent les activités de la résistance, les tombes des partisans et des victimes civiles assassinées par les allemands, qui seront par la suite conservées dans le mémorial du Parc National.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p. 16

 

Les installations destinées à l'élevage des ours n'existent plus. Leur reconstruction n'est pas pour le moment possible. (...) D'après des sources non confirmées, il existerait encore dans la Forêt de Bialowieza quatre spécimens, un mâle, une femelle et deux petits. Ces ours seraient les seuls animaux encore vivants de l'élevage qui avait débuté dans les années qui ont précédé la guerre.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.17

 

Les environs du palais ont été (lors de l’occupation P.D et J.A) considérablement endommagés. Plusieurs dizaines d’arbres ont été abattus. Le palais du Président de la République a été brûlé et l’incendie a détruit en grande partie les collections réquisitionnées par les allemands. Parmi celles-ci se trouvait, une collection unique d’objets rares qui retraçaient le savoir faire traditionnel des apiculteurs de la Forêt de Bialowieza. Tous ces outils et objets avaient été retrouvés, restaurés et réunis avant la guerre grâce à l’énorme travail du Dr ingénieur J.J. Karpinski. Parmi les collections brûlées, se trouvaient une collection botanique et phytosociologique[13] et une collection entomologique de très grande valeur. La bibliothèque et les archives photographiques ont été également partiellement détruites.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.17

 

 En 1942, le troupeau de bisons a subi des pertes importantes qui soulignent bien " les soins, on ne peut plus spécifiques" que les allemands se glorifiaient de donner à ces animaux.  Trois spécimens sont morts, des suites d’infection ou par épuisement. La même année, un mâle dénommé "Milis", originaire du Parc Zoologique de Kowno a été abattu au mois de décembre.  (...) L'année suivante, en 1943, quatre autres bisons ont succombé. Parmi les pertes de cette même année, il faut souligner la mort de "Biserta", l’une des femelles du troupeau réintroduite avant la guerre, abattue "probablement" par Goering au cours d’une chasse.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.18

 

Avant-guerre, il existait dans la Forêt de Bialowieza une réserve d’élans, qui comptait en 1939, dix animaux. Avec les bisons d'Europe, les "konik Polski", les ours, l'élevage d’élans était l’un des constituants de la politique environnementale de la Pologne de cette période. Elle avait pour objectif principal, le retour dans leur habitat naturel de ces espèces. Les allemands mirent un point final aux efforts de l'administration polonaise et le résultat est qu’actuellement, il n'y plus aucun élan dans la forêt de Bialowieza.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.19

 

Lorsqu'au mois de juillet 1939, j'ai effectué le dernier contrôle, juste avant la guerre de la réserve, afin de dénombrer les "konik Polski", j’ai pu recenser 39 chevaux. Après mon départ, une jument accoucha d’un poulain. Ce qui fait qu’au début de la guerre, le nombre d’individus qui composait le troupeau se chiffrait à quarante. Parmi les chevaux tués par les nazis, se trouvait l’étalon Liliput abattu en 1940 pour son squelette, cet animal représente une perte immense. En 1944, la jument Liliputka II, soi-disant malade, a été abattue par un certain Schultze, garde forestier allemand, qui récupéra la viande de l’animal pour sa consommation personnelle. (...) Les Allemands volèrent tout d'abord 20 spécimens, puis en février 1942 sept autres[14]. (...).  Le premier, le plus important "envoi" de 27 de nos plus précieux chevaux "konik Polski" en Allemagne, a été effectué avec la participation (ce fait est prouvé) et probablement sur l'initiative du Dr Lutz Heck, directeur du Jardin Zoologique de Berlin, qui était l’autorité dans le domaine de la protection de la nature en Allemagne nazie, ce vol a été perpétré avec la complicité de son frère Heinz Heck qui était directeur du Jardin Zoologique de Munich.

Cet envoi a été fait, dans des wagons aménagés, vers les parcs zoologiques de Berlin Krolewiec (Koenigsberg) et de Munich.

Indépendamment de cet "envoi", en 1943, les allemands expédièrent vers l’Allemagne, sur un site indéterminé, deux autres chevaux et au mois de mai 1944, trois autres chevaux furent acheminés vers une propriété privée appartenant à un certain Frevert, major de la Luftwaffe et commandant de la garnison allemande de Bialowieza. Ce qui fait que les allemands volèrent au total  32 spécimens du konik Polski.

Voici de quelle manière, s’est effectuée réellement la protection de la réserve des chevaux "konik Polski" dans la forêt de Bialowieza[15]. L'image de cette "protection allemande", bien spécifique, doit être complétée par l'abattage de chevaux malades (vraisemblablement malades pour les besoins de la cause) dont la viande était consommée. Les peaux rayées des animaux étaient particulièrement recherchées du fait de leur rareté par les musées et les collectionneurs. Malgré leur grande valeur, elles servaient à la confection des vêtements des gardes forestiers allemands.

Il ne fait aucun doute que les allemands volèrent ainsi, tout notre plus précieux matériel d'élevage de "konik Polski" (...). Avant tout, il faut de façon impérative, qu’entre dans la demande de revendication sur les biens volés par l’Allemagne nazie, soit pris en compte la restitution des animaux volés dans les années 1942-1944.

Le pillage, par les nazis du troupeau "konik Polski", dans la forêt de Bialowieza est un exemple classique, non seulement de la rapacité allemande[16] qui a accompagné ces pillages qui avaient pour finalité de s’approprier le bien d’autrui, il soulignait la malhonnêteté de la science allemande dépravée par les théories nazies. Cette science chercha à tout prix, en parasitant le travail des autres, à usurper un succès non mérité. Certes, il est indispensable de condamner ce type de pratique, ce qui est encore plus important c’est de s’y opposer à tout prix, et de revendiquer le retour des biens volés.

 

Tadeusz Vetulani Korespondencje "Jakie koniki polskie typu tarpana lesnego przetrwaly wojne w Puszczy Bialowieskiej" Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

En janvier, le Parc National de Bialowieza a subi une perte importante. Le bison mâle "Purkul", âgé de deux ans et demi (il était né 15 mai 1943) a succombé. L'autopsie a démontré que le foie, le conduit cholédoque, les reins contenaient un grand nombre de parasites (notamment des douves). Il est à craindre que les autres bisons soient parasités. (...). Il faut souligner que, déjà en 1932, le Dr. Feliksiak mettait en évidence l’éventualité de ce danger, après la découverte de la présence dans la réserve d'un mollusque Glabra trunculata, un hôte intermédiaire de la douve du foie Fasciola hepatica. A partir des suggestions faites par ce spécialiste, des barrières isolant la réserve de bison furent déplacées et le terrain amélioré. De plus, il avait été programmé le déplacement de la réserve de bisons dans un lieu plus sec. Malheureusement la guerre a anéanti tout ces efforts et aujourd'hui nous sommes confrontés à une tache difficile pour sauver le troupeau.

 

Ochrona zwierzat, anonimowy komunikat "Nowy ubytek w stanie zubrow bialowieskich" Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

Une commission d’experts déléguée par le Ministère des Forêts a été chargée à Bialowieza d'examiner l'état de la réserve de bisons et de faire un rapport sur les causes de la mort du bison "Purkul".  En se basant sur les résultats des examens des organes internes, la commission a fait savoir, qu’indépendamment de la présence de parasites (parmi lesquels la douve Fasciola hepatica),  la cause directe de la mort peut être attribuée à des changements pathologiques dans les organes digestifs. Ce décès est directement lié à une alimentation insuffisante et défectueuse pendant la période cruciale du développement de l'animal né en 1943.

Les autres spécimens, nés en 1943-1944 montrent des symptômes de cachexie. Ceci concorde avec les témoignages des gardiens, qui confirment que pendant cette période l'état des soins et de l'alimentation des bisons laissaient particulièrement à désirer. Les moyens nécessaires seront pris pour tenter de remédier à cette situation avec pour tâche, celle de sauver les bisons (...).

 

Komisja rzeczoznawcow w rezerwacie zubrow bialowieskich Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

Les allemands ont prélevé et "envoyé" en Allemagne trois bisons de Niepolomnice, un bison mâle de Smardzewice et un bison mâle du Parc Zoologique de Varsovie [17]. (...)

La déplorable orientation de la politique allemande, sur la protection des bisons a eu des répercussions sur la totalité du troupeau. Les allemands étaient dans l’incapacité d’exercer une surveillance adéquate et la nourriture des animaux était considérablement réduite. Ceci a eu comme conséquence d’occasionner des faiblesses et des retards de croissance sur les jeunes sujets, ceci porte à penser qu’adultes, ils seront peu féconds. Les nazis prirent des libertés avec les règles de fécondation établies à partir des livres généalogiques, ce qui ne manqua pas d’entraîner des problèmes et des retards de reproduction.

 

 

Jan Zabinski "Z historii zubra w Polsce "Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°5/6 1946

 

Sur le territoire du Parc National de Bialowieza a été retrouvé dernièrement 15 lieux qui servaient aux exécutions massives de citoyens polonais, pour le moment le chiffre avancé est de 200 personnes environ assassinées par les allemands[18]. La direction du Parc National a dressé un mémorial sur ces sites et érigé des pierres tombales.

 

Z Bialowieskiego Parku Narodowego "Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°5/6 1946

 

Voici le témoignage d’un spécialiste américain de la Division of Forest Influences, U.S. Forest Service, Washington, qui visita la forêt de Bialowieza juste après la guerre.

 

La chancellerie du Reich à Berlin se tenait constamment informée à tout ce qui touchait aux bisons. Hitler, demanda qu'une partie des animaux soit capturée et envoyée à Berlin. Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre d’animaux qui furent expédiés en Allemagne. Les chiffres les plus souvent cités sont variables ce sont peut être cinq et probablement plus, une dizaine qui partirent en un seul envoi. Les polonais pensent quant à eux, qu’il faut retenir le chiffre de vingt-cinq animaux[19], qui au total furent expédiés en Allemagne durant l'occupation.

 

E.N. Muns 1948 Further note on the European Wisent Journal of Mammalogy Vol. 29, No 3

 

                  Quelles ont été les conséquences des mesures nazies sur l’environnement ?

 

Quel était donc l'impact réel des mesures prises par les nazis ?  Quelles ont été les répercussions de cette protection totalitaire de la nature sur la forêt de Bialowieza ?  Les premières conséquences, quasi immédiates mesurables, ont été de mettre en péril une opération unique dans l'histoire, celle de la reconstitution d’une population de bisons. Une partie des animaux a été volée, ceux qui demeurèrent sur le terrain étaient sous-alimentés, malades, atteints de parasitose. La première responsabilité en incombe notamment, au rejet de la politique mise en place avant-guerre par les Instances Polonaises de protection et de revalorisation des milieux naturels.

 

L'importance des pertes de données scientifiques[20], est une autre des conséquences des pratiques de Heck. Les désastres occasionnés par cette "protection" ne se sont pas limités aux bisons. Le troupeau de "konik Polski" a été presque entièrement volé par Heck. L’une des pratiques de l’administration nazie consistait, à offrir ces animaux souvent uniques, en tant que cadeau personnel destiné à récompenser les hauts fonctionnaires du NSDAP, les "konik Polski" ont été également décimés par le braconnage des gardes forestiers allemands. Ce qui est d’un point de vue naturaliste regrettable dans cette affaire, c'est qu’elle s’est déroulée à une époque, où l’on commençait à mesurer de façon significative les premiers résultats de la politique polonaise, mise en place avant-guerre, qui portait sur la réintroduction des ours et des élans dans la forêt de Bialowieza. Ces efforts, furent totalement anéantis par la machine administrative nazie. Heck et ses acolytes, réussirent à détruire cet immense travail de plusieurs décennies, en trois années de "savoir faire écologique nazi".

 

Une étrange conception de "la protection de la nature"

 

"La biologie et la médecine nazies sont souvent citées comme l’exemple typique des pires exactions de la science moderne ; il est cependant étonnant de constater que jusqu'à présent très peu de recherches ont été effectuées sur les dérives de la biologie dans l’Allemagne sous le national-socialiste"[21]. Nous trouvons intéressante et juste cette remarque d’un spécialiste de l’histoire des sciences. Pour diverses raisons, les historiens des sciences et les biologistes ont quelques réticences à traiter cette période noire de la science allemande[22]. Ceci est d’autant plus curieux, que les expérimentations criminelles des médecins nazis, ainsi que l'eugénisme sont relativement bien étudiés. En revanche, les autres aspects de la "théorie des races" et de la conception de la "dégénérescence des races", n'ont pas fait malheureusement l'objet de recherches. Il n'existe que peu de travaux, consacrés aux conceptions raciales nazies qui ont un rapport avec la protection de la nature[23], l'histoire de la domestication des animaux,  celles    des théories explicatives de l’extinction des espèces ou même celles qui touchent aux conceptions nazies de la biogéographie n’ont jusqu'à présent, fait l’objet d’aucune recherche. Pourtant, parmi ces théories "scientifiques" prônées par le 3ème Reich, certaines mériteraient d’être étudiées, comme celle de "la disparition des ours de caverne, des suites de la dégénérescence raciale provoquée par l'autodomestication" (sic).

Les conceptions absurdes et dépourvues de toute logique, n’étaient pas hélas uniquement des théories d’école. Elles généraient des conséquences tragiques, lors  de leurs applications pratiques. Trois mois après le début de l'occupation de la Pologne, "les experts" nazis de la "protection de la nature" dévoilèrent lors d’une conférence à Poznan, leur plan d'aménagement du territoire. Celui-ci prévoyait que "le paysage", devait être dans un proche avenir "nettoyé" des éléments "étrangers à la race supérieure".  Il ne fut réalisé que  dans un seul district de la Pologne occupée, celui de la  région de Zamosc. 

Cent mille personnes furent déportées et les enfants enlevés à leurs parents. Les enfants sélectionnés devaient répondre à des critères raciaux précis et être très jeunes afin de ne plus se souvenir de leurs origines et de leurs parents. Les autres, étaient assassinés à l’aide d’injections de phénol dans le cœur faites par des "médecins" allemands. Pour les historiens,[24] ce plan était l’une des composantes de la politique de "protection de la nature". Il est faux de penser que le rôle de Heck, dans le mouvement nazi n’a été que subalterne, et que celui-ci s’est limité à élaborer une supercherie scientifique et à piller les collections des pays occupés. Il est plus qu’évident qu’il a été l'un des auteurs du plan d'Ostpolitk nazi.[25]

 

 



[1] Guintard Claude,  Aurochs reconstitué, un descendant du Bos primegenius ? dans Aurochs, Le retour, aurochs, vaches et autres bovins de la préhistoire à nos jours Ouvrage collectif Lons-le-Saunier, 1994 p.194

[2]En Hongrie, l'introduction du "faux-aurochs" est en concurrence avec trois brouteurs traditionnels, notamment le boeuf des steppes hongroises, l'une des races utilisées par Heck pour faire ses "faux-aurochs",  ce projet d’introduction pour ce pseudo-aurochs existe par exemple pour le Parc National de Hortobagy. Ce qu’il est intéressant de souligner, c’est que pour la sauvegarde des races autotochtones rustiques, ce pays est dans  l’obligation de faire appel à l'aide internationale, et de demander que ces animaux fassent partie du  quota prévu par l’Union Européenne "nature conservation boeuf", (voir l’article Mihaly  Végh Wetland conservation in Hortobagy National Park, Hungary in The Ramsar Library "Towards the Wise Use of Wetlands. Edited by T.J. Davis (Ramsar, 1993) file 14: case study, Hungary).

[3]World Watch List for Domestic Animal Diversity FAO United Nations (édition de 1993 par Ronan Loftus et Beate Scherf) cite 80 races bovines menacées de  disparition.

Inventaire des animaux domestiques en France (Alain Raveneau, Editions Nathan 1993) cite 24 races françaises disparues ou très rares. Aucune de ces races ne jouit pas d’un intérêt médiatique  comparable à celle du "faux-aurochs".

[4] Nous espérons que monsieur Spielberg, ne nous en voudra pas de comparer son travail  sérieux et honnête, sans prétention scientifique à cette supercherie.

[5] Bramwell Anna, Ecology in the 20 century A history Yale University Press New Haven and London, 1989

[6]voir l’article Brune ou verte, elle court, elle court, l'idée de nature dans le numéro de  St. Hubert de mai et juin 1998

[7]Pour discréditer l'activité du National Biological Survey à plusieurs reprises, les opposants à ce courant écologiste ont usés de comparaisons sans aucun fondement pour tenter des les assimiler aux  mouvements nazis comme à celui de "l’eco-Gestapo" ( voir The political education of a biologist  H. Ronald Pulliam in Wildlife Society Bulletin 1998 26 (3)

[8] Hornaday W. 1914 Wild life conservation in theory and practice New Haven, Yale University Press London Humprey Milford, Oxford University Press,  et  Our Vanishing Wild Life et The American Natural History

[9] Muns E.N.  1948 Further note on the European Wisent Journal of Mammalogy Vol. 29, No 3

[10] journal du parti nazi, spécialisé dans l’antisémitisme et dans la dénonciation des mouvements anti nazis

[11]Pour plus de détails sur ces "étranges conceptions de la protection de la nature" voir chapitre Nazi nature protection? ? dans l'article de Weiner D. 1992 Demythologizing Environmentalism.  Journal of the History of Biology vol. 25/3

[12]Ley W. Will the wisent survive the war? Philadelphia 2 1940 ou Kenig R. Has the wisent survived the second world war?  Natural History mars 1946

[13]collection particulièrement précieuse, son initiateur était le   professeur Joseph Paczoski, l’un des plus importants fondateurs de la phytosociologie.

[14]dans sa version originale ce résultat est présenté à l’aide d’un tableau

[15] placée sous "tutelle allemande" et sous la haute direction de Heck (P.D-J.A)

[16]Nous avons traduit littéralement "niemiecka zachlannoscc" mais cette formulation est pour nous trop généraliste et injuste envers une partie de la population allemande. Ces propos  soulignent bien les ressentiments des victimes;  Roger Heim, grand naturaliste français, professeur et directeur de MNHN, déporté à Mathausen écrivait que les allemands "restent bien primitifs sous le rapport de l'esprit". Il considérait même que les allemands "restent marqués, dans leur essence par un instinct qui les porte vers la souffrance, vers la destruction, vers la mort". (R. Heim La sombre route, Librairie José Corti, Paris 1947

[17]Plusieurs centres scientifiques ont participé en Pologne avant la guerre à  la restitution de la population sauvage de bison. A cet effet,  une nouvelle  réserve de bisons a été créée  à Niepolomnice en 1936. Les allemands ont pillé non seulement les biens du Parc National de Bialowieza notamment les konik polski, mais  pratiquement la totalité de tous les centres d'élevage de bison d'Europe. Ces pillages  sans précédents dans l'histoire ont été confirmés par les autorités alliées,  mais également dans les publications d'après  guerre de naturalistes allemands comme Mohr E. 1949 Development of the European Bison During Recent Years and Present State in Journal of the Society for Preservation of the Fauna of the Empire. New Series LIX

[18] Ce chiffre ne fait état que des premières découvertes dans les premiers mois d’après guerre et uniquement sur une surface d’environ 15% de la forêt de Bialowecza. Bien évidemment ce chiffre a considérablement augmenté au fur et à mesure des découvertes faites sur l’étendue du site.

[19] En réalité c’est surtout les konik polski, qui faisaient l’objet de vols à Bialowieza, les bisons étaient surtout volés dans les autres centres d’élevage (P.D -J.A).

[20]Zabinski J. Conclusions obtained from twenty years of bison breeding in Poland in Journal of the Society for Preservation of the Fauna of the Empire. New Series LIX

[21]Weindling P., 1990. Les biologistes de l'Allemagne Nazi: Idéologues ou Technocrates? dans Histoire de la Génétique  Pratique, Techniques et Théoriessous la Direction de J-L Fischer et W Schneider A.R. P. E. M  Editions Sciences en Situation

[22]voir aussi Thuiller P. Darwin and C°. Editions Complexe 1981

[23] Voir Dominick Raymond ,1987 The Nazis and the Nature Conservationist. Historian 49 et Groening G. et Wolschke-Bulmahn 1987 Politics, Planning and the Protection of Nature: Political Abuse of Early Ecological Ideas in Germany 1933-45. Plann. Perspect, 2 et Biehl J. 1994 Ecology and the modernization of fascism in the Germany ultra-right. Society and Nature n.5

[24]Weiner D. 1992 Demythologizing Environmentalism.  Journal of the History of Biology vol. 25/3

[25]voir Heck L., 1942 Behördiche Landschaftsgesaltung im Osten, dans Neues Bauerntum mit Landbaumeister 34 Belin (cité d'après Artingen K., Lutz Heck: Der "Vater der Rominter Ure": Einige Bemerkungen zum wissenschaftlichen Leiter des Berliner Zoos im Nationalsozialismus. Bär von Berlin 43/1994)

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:41

L’aurochs de Heck, un sujet tabou !

 

Les  réactions des institutions qui commercialisent les "faux aurochs" ne sont guère étonnantes. Pourtant la lettre de Monsieur le Président de SIERDAH nous a surpris, d’autant qu’il en avait eu connaissance de notre article quelques mois avant sa parution. Il nous avait même remercié de lui en avoir transmis une copie. Dans la lettre qu’il nous adressait alors, il ne trouvait celui-ci ni très « polémique », ni « fort peu scientifique », il ne nous parlait pas de « la vérité (...) facilement travestie par les auteurs », avec, pour appuyer ses dires, signalé que nous avions omis de reproduire un point d’interrogation en le citant dans une note en bas de page.

Nous avons eu quelques difficultés à comprendre plusieurs de ses propos dans la lettre qu’il adresse au rédacteur en chef du Courrier de l’Environnement de l’INRA. Pour quelles raisons dans un pays où la liberté de la presse et celles des recherches scientifiques sont reconnues comme une valeur fondamentale, la rédaction d'une revue devrait-elle se sentir obligée  d'informer un organisme mis en cause,  avant la publication d’un article ? Cette "obligation" concerne-t-elle uniquement les articles sur les "faux-aurochs", ou existe-t-il  une liste de sujets à ne publier qu’avec  l’accord des parties prenantes ou mises en cause ?

De quelle autorité le Président du Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck,  dispose-t-il pour se permettre de juger si un article est "scientifique", "peu scientifique" ou "non scientifique" ? Comment mesure-t-il le degré de scientificité d'un travail ? Peut être que bientôt cet organisme après avoir brillamment réussi la "reconstruction d'une espèce disparue" et la réintroduction des "aurochs" nous proposera une nouvelle conception de l'épistémologie des sciences exactes ? Espérons qu'au moins cette "théorie révolutionnaire" de la science ne trouvera pas  origine comme la précédente chez les mentors  du 3ème Reich.

Pour quelles raisons un organe d’informations devrait-il  s’abstenir de publier un article qui est "fort polémique"? Alors que la polémique  est à l’origine de toutes démarches scientifiques. Est-ce que cette remarque concerne  tous les articles qui sont "très polémiques", ou ceux qui le sont uniquement  au regard de ce Syndicat ou de Heck ?

Une autre phrase est curieuse  "La question était d'ailleurs, dès 1994, de discuter du statut de cet animal". Pourtant,  nous sommes de l’avis de  M. Moutou qui s’exprime ainsi "Personne ne prétend sérieusement que les animaux "reconstitués" sont des aurochs". De plus nous ne voyons aucun intérêt à ce que de nos jours  un scientifique puisse encore discuter du statut de cet animal,  après l’excellente et très complète discussion des naturalistes qui a eu lieu à l'époque de Heck. Il suffit de se référer à leur conclusion qui est sans appel.

     M. le Président du SIERDAH, justifie ainsi son droit de réponse dans le Courrier de l’Environnement de l’INRA (qu’) "Etant donné le préjudice moral que l’article que vous avez publié porte à l’Aurochs de Heck, vous comprendrez (..)"Nous savions qu'au Moyen Age et même plus tard les animaux pouvaient être accusés et parfois accusateurs[1]. Nous  espérons que l'auteur de cette réponse n'est pas partisan d’une telle logique.

Le papier en-tête de  lettre qu’utilise Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, est associé à une  grande école publique et à un ministère. A quel titre, ces organismes officiels interviennent-ils ? à cette question nous ne pouvons apporter de réponse. En revanche, ce qui est certain, c’est qu’ils participent à "l’authentification de cette supercherie".  Sous ce couvert, des animaux sont vendus, nous ignorons s’ils bénéficient de subventions,  nous ne connaissons pas le prix pratiqué pour ce genre de transaction, mais il est probable qu’il soit supérieur à celui d’une race traditionnelle menacée de disparition. Nous  avons souligné le caractère fallacieux de cette pseudo-reconstruction (puisque nous avons employé le terme de supercherie) et  politique (puisqu’il s’agit d’une fraude qui trouve son origine dans les propagandes nazies). Comment est-il possible que, dans un cas semblable, la correspondance soit faite en utilisant des références (des moyens ?) publiques  et non privées. La direction de l'Ecole Vétérinaire  de Nantes et son Conseil Scientifique sont-ils au courant de ces pratiques et des origines de cette supercherie ? Comment est-il possible que sur le même papier à en-tête se trouve regroupé le logo du SIERDAH, celui du Ministère de l'Agriculture de la Pèche et de l'Alimentation associé au nom d’un criminel de guerre nazi  ? A ces  questions nous n’avons à notre niveau aucune réponse, notre étude se borne à exposer le contexte réel dans lequel s’est déroulée cette pseudo-reconstruction.

 

 

   

Voici notre réponse publiée dans le Courrier de l’Environnement de l’INRA n° 34[2]

 

Il faut vraiment avoir de l'imagination pour voir dans une simple coquille (absence d’un point d'interrogation dans une note en bas de page) une volonté de "travestir la vérité". Dans notre texte nous avons écrit que M. Guintard  doute du statut de cet animal. Nous avons signalé ces "doutes":

 

. bien qu’il parle de réintroduction et non d'introduction, il reconnaît qu'il s'agit d'un aurochs et que, de ce fait il est possible de   le réintroduire ;

 

. bien qu’il  accompagne ces photos avec l'inscription aurochs (sans guillemets) ;

 

. bien qu’il utilise le nom aurochs reconstitué ;

 

. bien qu’il parle de reconstitution d'aurochs et non de création d’une race nouvelle

 

Nous rappelons que cet animal n'est pas présenté en tant que "bovin rustique".  L’appellation abusive d’aurochs fait  qu’il jouit d’un grand intérêt médiatique, ce qui évidemment le place en position privilégiée par rapport aux autres brouteurs et aux divers projets écologiques dans la course aux  subventions. Dans ce contexte nous sommes très heureux  que M. F. Moutou, confirme que "personne ne prétend sérieusement que les animaux "reconstitués" sont des aurochs". Cette  remarque ainsi que celles sur la convention sur la nomenclature devraient être adressées au SIERDAH et non au Courrier de l’INRA. Nous sommes également d'accord "qu'animal préhistorique" ne signifie pas  grand chose, Heck utilisait  cette formule actuellement reprise par une partie des médias.

Nous  n'avons jamais  eu la prétention de présenter des données nouvelles. En revanche, nous sommes scandalisés qu’une telle  supercherie perdure   depuis plusieurs années, alors que tous ces faits et circonstances historiques sont connus de tous les professionnels. La transformation abusive de cette vache en "aurochs" a trouvé origine dans une  démarche pseudo-scientifique nazie. Les "recherches de Heck" n’ont été  possibles que  parce qu’elles se sont déroulées dans ce type de  système totalitaire. Pour nous, la politique est indissociable de l’éthique, le premier devoir de la science est la recherche de la vérité,  c'est le  seul "grief politique" que l’on puisse  nous attribuer.

 

Comment on élude le problème

 

     Nous n’avons obtenu, à la suite de la publication de notre article, aucun élément qui puisse susciter un débat. Les activités criminelles de Heck sont bien connues et bien décrites. Cependant certains points de la réponse publiée dans le n°34 nous ont surpris. Les deux "nouveaux éléments" apportés par M. C. Guintard, sont les suivants[3] : "Le trait d'union entre Aurochs et reconstitué en fait donc un nom composé, de sorte que l'Aurochs-reconstitué n'est ni un Aurochs (Bos primigenius), ni un reconstitué, pas plus qu'un Rouge-gorge n'est un rouge ou une gorge". Le second c'est "Il me semble qu'à l'heure où la France et l'Allemagne vont se doter d'une monnaie commune, ce débat est d'un autre âge".

     Notre article a intéressé des journalistes et des scientifiques. Nous avons donc  commenté les propos de Monsieur le Président du SIERDAH, publié dans le Courrier de l'Environnement n°34.  Cette réponse a été adressée à toutes les personnes qui en ont fait la demande.

 

 

 

                            L'affaire du faux-aurochs une insulte à la mémoire ?

 

Dans "Actualités Juives", en juillet 1997,  nous avions publié un court article, afin d’alerter les lecteurs de journaux grand public, sur le scandale lié à la présentation officielle de cet animal.

Nous disions que toute l'histoire de la prétendue "reconstruction" de l’aurochs n'était qu'une fumisterie ordinaire montée de toutes pièces, par la propagande nazie. Nous rappelions  que ce type de falsification était habituel chez les nazis,  et servait de  base idéologique à l’Holocauste. Parallèlement, nous avions préparé un dossier plus documenté destiné aux spécialistes et qui a été publié par le courrier de l’Environnement de l’INRA. D’une certaine manière notre préoccupation  a porté ses fruits. Les "successeurs reconstructeurs", de cette supercherie nazie n'ont pu nous contredire,  ni d’un point de vue scientifique, ni historique (puisqu’ils admettent implicitement  la responsabilité de Heck dans les crimes nazis), ce qui ne les a nullement empêché  de critiquer et de dénigrer notre travail.

Les chercheurs britanniques, qui "osèrent" replacer dans leur contexte exact, les travaux allemands en rapport avec les  V1 et V2, eurent face à eux ce type de détracteurs. Ce fut également le cas des chercheurs qui s’étaient mobilisés  contre la réhabilitation scientifique des expériences nazies faites dans les camps de concentration. Quelles sont  les accusations formulées contre notre travail ? Voici ce que les admirateurs de Heck nous reprochent :  que notre dossier est "peu scientifique",  et que nous n’apportons dans cette affaire aucun  élément nouveau. Ensuite, ils nous expliquent que le nom aurochs-reconstitué signifie que l'animal n’est ni aurochs ni reconstitué, du fait  qu’un trait d’union[4] sépare les deux mots.

Si nous suivons cette logique, il serait possible de commercialiser un Vin-Bordeaux (avec trait d’union)  qui ne serait ni un  vin,  ni d'appellation bordelaise. Mais laissons de côté cet aspect linguistico-humoristique car cette affaire est très grave du fait que :

 

1.                   Dédier  le nom d'un animal à une personne est, pour les naturalistes, le plus grand honneur, qu’on puisse  décerner. Ainsi ces gens qui présentent cet animal sous l’appellation "Aurochs de Heck",

  Rendent, de façon incontestable, hommage à un criminel de guerre nazi. Ceci est d'autant plus critiquable,  que dans sa réponse le SIERDAH[5] déclare ouvertement connaître ces faits, puisque notre article - selon eux - n'apporte rien de nouveau. Il s'agit donc, de révisionnisme scientifique, accompagné  d'un éloge sans précédent, rendu aux agissements criminels d’un scientifique nazi.

 

2. Cette réhabilitation du nazisme se fait au grand jour, (en utilisant des fonds publics ?) et avec la participation d’organismes publics, puisque cet  animal est présenté  dans des parcs gérés ou appartenant à  l’Etat, dont celui de Rambouillet.  Dans le fascicule de présentation  proposé aux visiteurs, aucune  explication n’est donnée, sur la  véritable histoire de cette pseudo-reconstruction.

Le  Président de cet organisme  dans sa réponse souligne dans son alinéa 1 : ... "Il me semble qu’à l’heure actuelle où la France et l’Allemagne vont se doter d’une monnaie commune, que ce débat est d’un autre âge ...." ces termes associent abusivement l’Allemagne et les allemands d’aujourd’hui  à ceux des années 30 et donc au nazisme. Nous ne comprenons pas à quoi correspond ce type d’insinuation. Quant à “ débat d’un autre âge ”, nous pensons que le Président du Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, n’a aucune compétence, ni droit moral pour en décider.

3. Les lieux de présentation de cet animal, sont visités par de  nombreux groupes scolaires. Ces visites entrent, dans le cadre des cours  de l'enseignement des sciences naturelles. Elles  font, de ce fait,  partie de l'éducation naturaliste des enfants. Peut-on accepter de présenter à des jeunes écoliers une supercherie  scientifique comme "l’une des réussites de la science" ? Peut-on, lors de ces présentations réhabiliter  un criminel nazi, et occulter ce qui s’est réellement passé  en Pologne occupée et de quelles manières  "a travaillé" Heck ? Nous pouvons dire qu’il s’agit de mensonges par omission.

 

4. L'affaire peut être vue sous  l’aspect d'une vulgaire  tromperie sur la dénomination de la marchandise vendue. Il ne s'agit pas uniquement d’obtenir des subventions ( ?) pour reconstituer ces pseudo-aurochs,  mais également de la vente de l’image de cet animal. Dans  plusieurs parcs naturels, les visiteurs paient pour voir un aurochs,  présenté dans  les publicités. Or, ce qui est présenté dans les parcs,  n’est autre qu’un vulgaire bovin. Ce type d’appellation est malhonnête, d’un point de vue commercial, c’est un délit qui  est du ressort et de la compétence des tribunaux (art.44 de la loi n° 73-1193 du 27 décembre 1973).

 

Cette supercherie malgré tous  nos efforts perdure toujours. Le 06/11/98[6] nous avons fait des recherches sur Internet. Nous avons constaté que le SIERDAH[7] utilise toujours le nom d'aurochs et d'aurochs de Heck. Pour cet  organisme l’aurochs a été  reconstruit, puisque cette information figure toujours sur son site.  On peut trouver ce type d’affirmation dans une  publicité de La ferme de l'Aurochs et celle de la Réserve d'Animaux de la Grotte de Hahn. Nous ne disposons ni de crédits ni de laboratoire pour contrecarrer l’énorme médiatique qui tourne autour de cette odieuse fumisterie. Les promoteurs de la pseudo-reconstruction de l’aurochs,  disposent quant à eux de moyens incomparables dont l’origine pour certains de nos correspondants pourrait être douteuse.

 

L’aurochs...une vache honorable

 

Différents médias, ont utilisé fréquemment des qualificatifs qui n’ont dans cette affaire, nullement lieu d’être a été fréquent. Ainsi, dans un  article publié par Science et Vie, n° 975 décembre 1998, le journaliste fait son titre avec  L'honneur de l'aurochs. A cette date,  les journalistes de cette publication avaient lu notre article publié par le Courrier de l’Environnement de l’INRA et savaient que cet animal n'était qu'une vache et non un aurochs.  Pour quelles raisons utiliser ce nom abusif,  accompagné d’un tel qualificatif ? Que veut dire "l’honneur" qui apparaît  dans le titre ? Nous aurions espéré que l'usage de cette expression suscitât le  même type de réaction,  que celle par exemple qui s’était manifestée, sur la formule de Heck que nous avions reprise  "animal préhistorique". D'autant plus, que, présenté de cette façon "l'honneur de l'aurochs" fait inévitablement penser à la "loi pour la préservation du sang et de l'honneur allemand", (loi de Nuremberg de 1935).

 

La prétendue efficacité du "faux-aurochs" dans la gestion écologique.

 

Faire un  parallèle, entre l’utilisation  des différents résultats et applications des sciences et techniques de l'Allemagne nazie, avec ceux qui ont  trait   au  "faux-aurochs de Heck", n’est guère sérieux. Toute comparaison ne peut être qu’arbitraire. La polémique sur les résultats et l’utilisation des découvertes faites par la "science nazie" et leur récupération par les différents pays après la guerre ont fait l’objet de très nombreuses études. Depuis la chute du mur de Berlin, de nouveaux documents en provenance d'une partie des archives soviétiques ont pu être étudiés par les  historiens.  Il est impossible de nier l'évidente efficacité, des matériels dont a fait usage la machine de guerre nazie. Les missiles V1 et V2 ont bombardé avec la précision meurtrière que l’on connaît Londres et menacé l'Angleterre ; le zyklon B est une toxine effroyable, qui a pris une part active dans le génocide de millions d’êtres humains. Que l’utilisation de telles techniques soit condamnable et indignes d’hommes ne fait aucun doute. Les avions, les chars, l’armement et les automobiles du 3ème Reich fonctionnaient bel et bien et étaient d'une qualité équivalente et parfois même supérieure à ceux dont se servaient les alliés. L’efficacité technique de la science allemande était comparable en tous points à celles qu’avaient à leur disposition les forces alliées.

Extrapoler, à partir de ces résultats et vouloir se référer de ces techniques pour tenter de  justifier le "faux-aurochs" de Heck ne peut être un argument convaincant. Cet amalgame relève non de la réalité, mais est utilisé uniquement pour tenter de crédibiliser une supercherie. Ce qu’il y a lieu de dénoncer, c’est une fraude scientifique montée de toutes pièces à des fins idéologiques et propagandistes. Au regard de la science, la valeur de cette "pseudo-reconstruction" est du même acabit que "les recherches" faites par les nazis pour tenter de justifier leurs théories raciales, ou encore les expéditions qu’ils organisèrent pour retrouver le Saint-Graal, censé assurer la victoire du 3ème Reich. Rien de commun avec la Wolkswagen "coccinelle" citée par le Président du SIERDAH[8] dans sa réponse. Il est indéniable que la "coccinelle", est une automobile qui a pendant des années donné satisfaction à ses utilisateurs et transporté des millions de passagers[9].

 

Fort heureusement, "le sens de l'histoire",  n’a pas permis que les espérances du 3ème Reich se concrétisent. La victoire écrasante des alliés sur l'Allemagne nazie, a fait tomber en désuétude, les buts que s’étaient fixés Heck.  Aujourd’hui,  plus personne ne souhaite  démontrer par la présence de cette nouvelle race, "la gloire, la supériorité et la puissance du Reich", l’un des objectifs principaux que poursuivait Heck, à travers ces pseudo-reconstructions. Pierre Thuiller[10], caractérisera ainsi la science nazie : "la première urgence était d'éliminer le "matérialisme" qui avait tout envahi et faire revivre cette conviction: c'est l'Esprit qui anime la nature." Les affirmations de Heck se placent parfaitement dans cette définition ; en dépit des connaissances génétique et naturaliste, Heck prétendait  ressusciter "l'aurochs" et faire ainsi revivre "un animal mythique" après avoir croisé quelques bovins. Il "affirmera avoir atteint son objectif" en comparant les "faux-aurochs" à ceux  représentés dans des documents anciens dont les descriptions sont imprécises, floues, contradictoires  et très souvent totalement légendaires. 

Dans l’importante documentation, destinée à des  campagnes médiatiques, les libertés que les auteurs prennent avec les vérités historiques, sont pour le moins surprenantes. Ainsi, on y trouve des informations, qui font état de la rusticité de ce  "faux-aurochs", cet animal est, pour le SIERDAH, d’une  grande utilité dans la gestion des milieux écologiques difficiles. Il est utile de rappeler qu’au moins depuis le  début du vingtième siècle[11], il est reconnu  que la présence de grands herbivores est nécessaire, qu’elle participe judicieusement de manière active,  à l’équilibre et au maintien de certains types de milieux naturels. Bien évidemment, depuis le début de l'utilisation de ces grands herbivores dans la gestion de milieux difficiles, les spécialistes optent pratiquement toujours, soit pour des réintroductions d’espèces d’herbivores de la faune sauvage présentes autrefois sur les terrains,  soit encore au maintien de techniques pastorales qui reposent sur des races bovines rustiques (parfois sur des ovins ou des équidés) traditionnellement utilisés.

 

Pour résumer cette situation, nous constatons que si l'animal n'est pas "un aurochs" miraculeusement ressuscité et, si personne ne songe " à honorer aujourd’hui  le  3ème Reich",  pour quelle  raison vouloir introduire cette race nouvelle à la place de races rustiques traditionnelles ou d’espèces sauvages présentes autrefois sur les terrains à gérer ? Faire "la démonstration" de la rusticité et de l'utilité de ce "faux-aurochs" dans la gestion des espaces naturels est une nécessité vitale pour les institutions qui  commercialisent cet animal.  Pour justifier l'usage de ce "faux-aurochs", il faut donc à tout prix mettre en avant sa rusticité et démontrer que son utilité écologique est bien supérieure à celle des autres races bovines. Nous ne disposons d’aucuns moyens techniques,  ni de moyens financiers pour pouvoir vérifier les affirmations du SIERDAH sur le terrain. Plusieurs données nous permettent de mettre en doute la valeur  des informations que donne cet organisme,  quant à la rusticité et à l'usage écologique possibles de ce "faux-aurochs". 

Ceci pour les raisons suivantes :

1. Par les informations  qui proviennent directement des expériences de Heck. Dans son livre,  celui-ci nous pouvons lire que c’est sur ordre personnel du Reichmarechal Goering[12] que les vaches issues de ses expériences, ont été  relâchées dans la forêt de la Région de Mazury et  dans la forêt de Bialowieza. Malgré, les affirmations de Heck, aucune de ces vaches n’a pu  survivre dans la nature (contrairement aux bisons d'Europe) et ceci en dépit de plusieurs précautions bien particulières qui avaient été prises. "La loi" nazie, appliquée dans la Pologne occupée par les Allemands, prévoyait qu’un paysan qui oserait abattre ou seulement  tenterait d’abattre l'un de ces "aurochs" serait  immédiatement exécuté, sans autre forme de procès. Les affirmations de Heck, qui prétendait que quelques ("faux-aurochs") survécurent pendant de longues années dans la forêt de Bialowieza, mais en nombre insuffisant pour reconstituer la souche est une affabulation grotesque[13]. En effet, il n'existe aucune observation ni même de données indirectes qui démontreraient que l’un de ces animaux aurait été aperçu après la guerre, ceci, ainsi que nous l’avons  dit précédemment, malgré les très nombreux inventaires faunistiques et plusieurs centaines de publications très sérieuses, qui traitent de la faune de Bialowieza (y compris, celles qui ont trait à la période qui se situe juste après la guerre).

 

2. Après la publication de notre article, nous avons reçu un courrier de M. Thierry Lecomte, qui est l’un des spécialistes européens de la faune des herbivores et de l'usage de ces animaux dans la gestion écologique. Sa lettre était accompagnée d’une étude, faite sur le terrain sur cet animal. Cette dernière n’a à ce jour pas encore été publiée, nous nous abstiendrons donc d’en reproduire  des extraits. Avec l’aimable permission de M. Lecomte,  nous signalons que cette étude émet des doutes quant à la rusticité de cet animal et à son aptitude à gérer des espaces biogéographiquement variés.

 

3. Le SIERDAH, met en avant,  dans ses matériaux publicitaires, la grande rusticité de ces animaux et leur grande "plasticité écologique". Sur ce sujet, une fiche technique est à la disposition du public, sur le site WEB du SIERDAH. Il y est fait état, que   "l'animal (est) très rustique pouvant vivre toute l'année dehors sans bâtiment d'élevage" et est d’une "adaptation facile à des milieux différents (montagne, plaine, zone côtière[14]...)". Mais malgré les recherches bibliographiques que nous avons effectuées sur les diverses bases de données (dont Zoological Records) nous n'avons pu trouver une seule publication, faite par un auteur indépendant, qui confirmerait ces données. Etrange, pour un animal qui possède de "telles qualités et une telle histoire". Notre suspicion est d’autant renforcée, que dans ses "fiches techniques" le SIERDAH reste toujours très général sur les caractéristiques  de ces animaux[15].

Si nous voulons résumer la situation, quant à l’utilité du faux aurochs, nous pouvons nous exprimer ainsi :

Les données historiques (l'histoire des vaches relâchées sur ordre de Goering) montrent, que l'animal était dans l’incapacité de se maintenir dans la nature, même pendant une période relativement courte. Il existe une étude faite, par l’un des plus grands spécialistes dans ce domaine, qui met en doute la "prétendue rusticité" du faux aurochs. Les seules études que l’on nous propose, sont celles  du SIERDAH, qui est partie prenante. Il n’existe aucune étude faite par des équipes indépendantes, il n’y a de ce fait, aucune étude scientifiquement crédible, qui confirmerait  la rusticité et l'utilité particulière de ce "faux-aurochs" dans la gestion écologique. Nous laissons à nos lecteurs le soin de conclure  !!!

 



[1]Vartier J. 1970 Les procès d'animaux du Moyen Age à nos jours. Hachette et Rousseau M. 1964 Les procès d'animaux. Ed Wesmarel-Charlier.

[2]Si nous avons été bref, sur la réponse que nous avons apporté aux lettres de Messieurs Moutou et Guintard, c’est que pour des raisons éditoriales, nous étions limité par la place.

[3] Nous n’avons pas eu connaissance de la version finale de ce texte avant sa publication

[4] Le trait d’union comme son nom l’indique, est destiné à réunir les parties d’un mot composé (Larousse). Il y a dans cet argument une contradiction flagrante entre l’interprétation qu’en fait le Sierdah, et la linguistique.

[5] Le sigle ne laisse également planer aucune ambiguïté sur les intentions véritables des auteurs : Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck.

[6] En mai 99, le site n’a pas été modifié et contient les mêmes informations..

[7] Syndicat International pour l’Elevage et la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, l’intitulé de ce syndicat est,  on ne peut plus clair.

[8] Voir n°34 du Courrier de l’Environnement de l’INRA

[9]L’aspect "miraculeux" des travaux de Heck l'accompagna même après la guerre. Dans les publications des années cinquante, le Reichemarechal Goering n’est plus cité, pas plus qu’il n’est  fait d’allusion à l’éternel 3ème  Reich, ni aux animaux "originaires de chant germanique".  Pourtant l'idée "Gott mit uns" reste sous-jacente dans ces travaux "scientifiques"; Ainsi nous pouvons lire "It was like a miracle. The first Aurochs for 300 years could be seen alive" (Heck H. The Breeding-back of the Aurochs Oryx vol 1 page 120).

[10] Les Passions du Savoir,  Essai sur les dimensions culturelles de la science. Editions Fayard

[11]Les réflexions sur le rôle des grands herbivores dans le maintien de certains milieux écologiques ont été publiées  probablement pour la première fois, avec   les travaux de naturalistes polonais. Joseph Paczoski, fondateur de la phytosociologie, constata que "les associations végétales, qui faisaient partie de la steppe protégée où le pâturage était  interdit, se transformaient en formes anormales". Cette observation a marqué le début de plusieurs études sur le rôle des herbivores dans le maintien de la stabilité floristique de la steppe. Toujours d'après Paczoski les animaux domestiques (pâturage) ont remplacé en Ukraine les grands herbivores éliminés par l'homme,  dans ce cas bien précis les tarpans et les antilopes saiga. Dans une série d’observations et d’expériences Paczoski étudia l'influence de l'intensité du pâturage sur les successions végétales. Nous rappelons que ces travaux qui présentent le rôle  des herbivores et du pâturage dans le maintien de la biodiversité datent du début du siècle,  et non des années 70, comme  date souvent retenue par certains auteurs.

[12]Ceci montre bien d'un côté l'importance de Heck dans l'appareil administratif et politique du 3ème Reich et l'intérêt que portaient  les idéologues nazis à ses recherches. Malgré les préparations des agressions contre la Pologne, la France, l’Angleterre et plusieurs pays d'Europe,  et  les préoccupations que lui causaient l'Union Soviétique, le Maréchal Goëring (le plus haut dignitaire militaire de l’Allemagne nazie) trouvait toujours du temps à consacrer (et ceci par décret spécial) pour libérer  les vaches de Heck dans les pays occupés.

[13]Heck dans son texte précède cette affirmation par la phrase "j'ai entendu dire que". Il est évident qu'il ne disposait d’aucune information au sujet de la présence de "faux-aurochs" qui auraient survécus "de nombreuses années" après la seconde guerre.  Curieusement cette phrase dans la traduction française (voir C. Guintard « La remise en liberté de l’aurochs de Heck », Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest de la France, nouvelle série tome 18 (1) 1996) se transforme en "Heck (1954) rapporte que".  Ainsi elle perd son sens réel et "miraculeusement se crédibilise" . Dans l'original Heck prétend seulement "avoir entendu parler" (on ne sait ni où, ni de qui, ni comment, Heck  a  put obtenir cette information). Dans   la traduction qui nous est proposée, il est dit que : Heck rapporte que les animaux ont survécu, ce qui laisse supposer qu'il aurait disposer d’informations crédibles ou de données naturalistes, (ce qui dans la version originale n’est nullement le cas).

[14] Heck était beaucoup plus prudent que le SIERDAH sur  "la plasticité écologique" de cet animal et ne  prévoyait son introduction uniquement dans un milieu bien déterminé, celui  des forets de Mazury et de Bialowieza. Il  n’a jamais été dans les intentions du 3ème Reich ni de celles de Heck,  comme c’est le cas du SIERDAH, de commercialiser les "faux-aurochs" (sa position dans l'appareil nazi garantissait d'avance l'intérêt pour cet animal "mythique").

[15]Cet organisme conseille cet animal dans la gestion de différents environnements, sans préciser ni même connaître, ni les préférences alimentaires de cet animal, ni la composition floristique des milieux qu’ils prétendent être aptes à gérer, ni même l’existence du besoin de l’introduction de grands herbivores dans le milieu donné.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:31

Chapitre 1

(Article publié dans le n°33 du Courrier de l’Environnement de l’INRA (Mai 98)

 

Aurochs, retour d'un animal préhistorique... ou manipulation scientifique ?[1]

 

Depuis quelques années, on assiste en France à un engouement pour la race bovine à partir des expériences faites par les frères Heck. Plusieurs articles lui ont été consacrés, l'animal a fait l'objet de nombreuses études, on le traite comme un facteur important de bonne gestion écologique, il est le centre d’intérêt de plusieurs organisations associatives. Il occupe une place prépondérante dans le projet “Aurochs” subventionné par l'Etat. Une “Ferme de l'Aurochs” a d’ailleurs été créée. Le mardi 6 mai 1997 la présentation d'une nouvelle race bovine "l'Aurochs de Heck" a eu lieu à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes. Ce boeuf est sans doute l’un des animaux le plus médiatisé en France.

 

Les informations diffusées pour le "retour" de cet animal prétendument "préhistorique" sont à plusieurs titres préoccupantes ; à tel point que l’on peut se poser la question de savoir si son introduction et son utilisation dans la gestion des milieux naturels défavorisés ne couvrent pas la tentative de justification d’une manipulation, pour ne pas dire d’une supercherie scientifique faite il y a quelque soixante ans.

 

Par l'intermédiaire de nombreuses publications de vulgarisation scientifique nous apprenons :

 - qu'il s'agit là d'un "nouvel élevage d'aurochs" ;

- qu’à " la fin des années 20, Heinz et Lutz Heck, (sont) ces vrais créateurs d'aurochs.."[2] ;

- que "Cette espèce en voie de disparition a été "recréée" par manipulation génétique (sic!) et réintroduite en France vers 1930.."[3] ;

- que "L'aurochs a été reconstitué par les frères Heck entre les deux guerres mondiales par croisement de races bovines domestiques. C'est ainsi qu’on peut aujourd’hui le retrouver dans de nombreux parcs zoologiques"[4].

 

Même les publications à vocation scientifique affirment qu’il s’agit d’un animal dont on peut dire, qu'au moins d'aspect, il correspond à un aurochs"[5] ou "en conclusion, il est important de rappeler que, quel que soit le résultat auquel on ait abouti, qu'il s'agisse ou non d'un aurochs, on a sans nul doute sous les yeux l’un des bovins les plus primitifs et donc les plus proches de l'aurochs qu'il soit désormais possible de voir sur notre terre". Mais ce qui est plus grave, ces auteurs qui doutent du statut de cet animal utilisent néanmoins le nom "aurochs" pour commenter des photos[6] et le mot "réintroduction" à la place d’introduction pour ces hybrides nouveaux.[7]

 

Nul n’ignore et certainement pas les spécialistes, que la femelle morte en 1627 dans la forêt de Jakotorow en Pologne a été et ce, à partir de 1620 le dernier spécimen vivant d'aurochs. Il est toujours facile aujourd’hui de consulter les documents établis avec une grande précision par l’administration royale qui décrivaient périodiquement les environs de Sochaczew et qui relatent l'histoire de cette disparition dans ses moindres détails.

 

Qu’en est-il réellement de l’existence actuelle de l’aurochs ? Entre les deux guerres Lutz Heck et son frère Heinz, deux zoologistes allemands voulaient "reconstruire l’aurochs". A cette époque, la reconstruction des espèces disparues était un sujet sur lequel travaillaient de nombreux naturalistes. Le monde scientifique mais aussi le grand public étaient fascinés par la reconstitution des populations de bisons d'Amérique ainsi que celles d'Europe. Les premières propositions de reconstruction d’aurochs ont été d'ailleurs publiées en Pologne, il y a plus de cent cinquante ans. Dans un petit journal local de la ville de Leszno "l’Ami du peuple, hebdomadaire des informations utiles et nécessaires"[8] un naturaliste inconnu (probablement Feliks Jarocki) a écrit: Il pourrait être intéressant de faire cette expérience (...). Le propriétaire d’une grande forêt libérerait quelques vaches et taureaux sélectionnés. Il faudrait seulement faire attention pour qu'il n'y ait pas de loups dans les environs au moins pendant les premières années. L'espèce de boeuf doit être résistante et les animaux libérés devraient être jeunes pour s'habituer à un mode de vie différent. Ainsi, on pourrait peut-être revenir à une ancienne tribu d'aurochs. Peut-être que ces animaux pourraient retrouver cette couleur noire qui était typique à nos boeufs sauvages. Enfin on pourrait également confirmer cette loi formulée par les naturalistes que chaque animal, qui demeure à l’état sauvage, représente moins de diversité en forme et en couleur et que cette couleur est toujours plus foncée.

 

Au vingtième siècle les projets de diverses expériences ont fait l’objet de discussion à Vienne, en Allemagne et en Pologne. Outre le fait qu’il existait une volonté  de rétablir cette espèce dans la nature,  les autres motivations de la reconstruction étaient  très variées. Heck pensait démontrer que deux espèces de boeufs sauvages d'Europe existaient (plusieurs naturalistes mettaient en doute l’existence de l’aurochs en tant que bonne espèce) et qu’elles pouvaient vivre l'une à coté de l'autre. Le professeur Adametz de l'Ecole Naturaliste Autrichienne voulait “reconstruire” l'aurochs pour découvrir les relations entre les deux espèces, le grand Bos primigenius Boj. et le petit aurochs aux pieds courts Bos europaeus brachyceros Ad. Tadeusz Vetualani (l'auteur de la "reconstruction du tarpan") désirait également "reconstruire" l'aurochs pour expliquer l'origine des diverses races bovines. Mais ces naturalistes (y compris les frères Heck) savaient qu'une reconstruction réelle était totalement impossible. Parce que contrairement aux bisons d’Europe et même aux tarpans[9], il n’existe plus aucun spécimen de cette espèce et ce depuis trois siècles.

 

Heck était convaincu que les "fragments du patrimoine génétique" d'aurochs avaient survécu et étaient présents dans diverses races bovines considérées comme primitives ou peu transformées. Comme dans un jeu de puzzle, il suffisait tout simplement de retrouver ces "gènes primitifs" ou "atavismes", afin de les réunir dans un seul animal par une série d'hybridation entre toutes ces races primitives. Il espérait ainsi obtenir à chaque génération successive, des individus qui ressembleraient d'avantage à l'aurochs qu'à ses propres parents (sic). Cet animal devait entre autres réunir la couleur de la race Corse (couleur représentée par le célèbre "tableau d'Augsburg", peinture à l'huile datant du premier quart du seizième siècle)  la corpulence du taureau de combat espagnol et les cornes de la race de la vache de Camargue. Heck fixa un modèle “ d'aurochs ” en déterminant les qualités à sélectionner comme les cornes, le poids, la couleur, l'aspect de robe, le pis de la femelle et l'agressivité. Son objectif fantasmagorique était de remonter génétiquement le temps et effacer ainsi au fur et à mesure des nouvelles hybridations les effets de la domestication et de la sélection artificielle pour s'approcher de plus en plus de l'aurochs. Les deux expériences différentes à quelques détails près, furent effectuées dans les parcs zoologiques de Berlin et d’Hellabrunn (Munich). Heck utilisait comme principal matériel pour sa sélection les races de Camargue, de Corse, les taureaux de combat d'Espagne, le boeuf des parcs anglais et quelques autres races dans une proportion beaucoup moins importante. Après seulement 15 ans d’expérimentations, Heck déclara avoir réussi  à sélectionner un "aurochs reconstitué" c'est à dire un animal qui avait toutes  les qualités du modèle établi au départ. La sélection naturelle "devait continuer et parfaire" ses travaux. La phase finale de cette expérimentation s’est concrétisée par l'introduction de ces hybrides dans la nature, tout d'abord dans les forêts de Prusse Orientale et puis dans la Pologne occupée par l’armée nazie dans la forêt de Bialowieza.

 

Les travaux faits par les frères Heck ont été fortement critiqués déjà entre les deux guerres. Certains naturalistes n’hésitaient pas à déclarer que "la relation entre l'aurochs et l'animal issu de ces expériences est comme la relation (qui existe) entre le loup et le berger allemand"[10]. Le "modèle d'aurochs" fixé par Heck et son choix arbitraire de "qualités primitives" ont été fortement contestés. Sa déclaration que "nous disposons d'une image claire d'aurochs sauvage" n’est qu’une pure spéculation sans aucun fondement. Il est impossible de confirmer que la vision de l'aurochs faite à partir des peintures préhistoriques, des données paléontologiques et des documents laissés par les naturalistes de la Renaissance soient complète et fidèle à la réalité.

 

A la fin du dix-huitièmes siècles, Peter Pallas formula que les noms d'aurochs et de bison d'Europe désignaient le même animal et que le taureau décrit en 1552 par le diplomate Sigismond von Herberstein n'était autre chose qu’un taureau domestique devenu sauvage. Tout au long du dix-neuvième siècle, une partie des naturalistes rejetèrent l'existence de l'aurochs. Les données paléontologiques et l'analyse des sources historiques ont prouvé que cette version était totalement fausse. Mais cette histoire démontre bien la contradiction des opinions et des informations qui divisait les naturalistes à  une époque proche  de l'expérience de Heck.

Encore aujourd'hui, les spécialistes avouent qu’ils ne savent que peu de choses  sur la biologie de cette espèce. Entre les deux guerres, au moment des travaux de Heck, les vues  des scientifiques étaient très variées et souvent contradictoires sur des points essentiels comme la variation, l'apparence, la génétique et l'écologie de l'aurochs. Même sa couleur, la position taxinomique des petits spécimens (femelles? espèces différentes? premières formes domestiquées?) restaient une énigme.  Son dimorphisme sexuel frappant est l’une des rares qualités de l'aurochs,  sur laquelle tous les spécialistes s’accordent. Mais c'est précisément,  l’une des qualités essentielles  que Heck n'a pas réussi à sélectionner. On peut également ajouter qu’il préféra "choisir" pour son expérience les anciennes relations et les données qui lui convenaient et qu’il n’a pas pris en compte et élimina systématiquement celles qui auraient pu le contredire. En écartant  une partie des données qui le dérangeaient et en s'appuyant sur celles qui lui convenaient,  Heck a fait parfois appel à des "preuves"  peu crédibles comme aux dessins d'aurochs de Kändler faits sur la porcelaine de Meissen en 1730, un siècle après la disparition des derniers spécimens. Il ne jugea  également  pas nécessaire d’analyser les  informations anciennes disponibles sur l'impossibilité de l'hybridation entre la vache et l'aurochs résultant de la mort ou de la stérilité de la génération F 1[11].  Pourtant ce  point est primordial, car si le processus de la spéciation était si développé et  que l'aurochs et le  boeuf domestique étaient  isolés génétiquement, il ne s'agissait plus de revenir d'une forme domestique sélectionnée à une forme sauvage de la  même espèce, mais de la création d'une espèce nouvelle !

 

Dans la discussion sur l'animal obtenu par Heck, il a été démontré que l'identité morphologique ne signifiait pas l'identité génétique. Cette différence est d'autant plus importante que Heck n'a tenu compte que de quelques "qualités de l'aurochs". Mais même l'aspect morphologique n'a pas été obtenu dans cette expérience, car W Herre, spécialiste des animaux domestiques, a démontré  que les "aurochs de synthèse"ne correspondaient nullement au portrait de l'ancêtre éteint dont ils n'avaient ni la taille, ni le dimorphisme sexuel si frappant. Otto Koehler démontra l'incohérence de ces expérimentations du point de vue de la génétique et l'instabilité des standards établis chez les animaux sélectionnés par Heck. Enfin contrairement aux déclarations de ce dernier, aucun des animaux relâchés dans la forêt de Bialowieza n'a survécu[12]. Ceci ne peut pas être expliqué uniquement par les effets de la guerre car de  nombreux bisons ont réussi à survivre durant cette période malgré les chasses organisées par  Heck à Bialowieza. Tous ces éléments ont amené plusieurs naturalistes à la conclusion que l'animal obtenu à la suite des expériences des frères Heck n’avait rien à voir avec l'aurochs.

 

Quel est donc le statut taxonomique de cet animal et comment pouvons-nous appeler cet hybride ?

 

La nomenclature scientifique des animaux est régie par le Code International de la Nomenclature Zoologique. Les noms vernaculaires ne sont pas, bien évidemment, si strictement réglementés. Mais tout le monde s’accorde pour  suivre certaines règles définies par les bonnes moeurs scientifiques. La principale d’entre elles,  consiste à  donner un nom à une espèce qui existe réellement et de ne pas utiliser les noms existants propres à un taxon pour en décrire un autre.

 

Ainsi appeler un animal "un aurochs" signifie que nous pensons à un véritable aurochs Bos primigenius. Le nom "aurochs reconstitué" signifie que quelqu'un a réussi à reconstruire Bos primigenius, "aurochs nouveau" qu'il s'agit d'une espèce nouvelle d'aurochs pour la science, "aurochs synthétique" que quelqu'un à réussi à obtenir (ou plutôt créer) un aurochs par voie de synthèse, "aurochs de Heck" qu'il existe une espèce d'aurochs qui est dédiée à Heck. L'usage de ces noms n'est donc qu'un simple abus des règles de nomenclature taxinomique et une manipulation linguistique qui a pour but de valoriser les résultats des expériences de Heck. Il n'existe pas de  raison valable qui nécessite de  poser la question de savoir, comme le font certains auteurs, si cet animal est un descendant de Bos primigenius. Bien évidement nul ne le contestera, il l’est,  au même titre que toutes les races bovines.

 

Les livres de références de taxonomie des mammifères[13]ne consacrent pas  un seul mot à cet hybride. Pour les auteurs de ces ouvrages il est évident que Bos primigenius a disparu au dix-septième siècle en Pologne et que depuis aucun animal vivant sur terre ne peut être appelé aurochs. Ainsi les spécialistes dont les travaux servent de référence,  remettent cet animal à sa place réelle, car ils sont d'avis que toute cette histoire ne vaut pas la peine d’être discutée. Par ailleurs, on peut ajouter que la Conférence des Directeurs des Jardins Zoologiques en Allemagne, fortement influencée par Heck, n'a pas osé prétendre que cet animal était un  aurochs. Cette conférence adopta une résolution spéciale dans laquelle elle prétendit qu'il s'agissait "d'une forme de boeuf domestique dans laquelle était  induite la copie phénotypique d'aurochs". Cette formule prétentieuse est peu logique et n'a aucune valeur du point de vue des règles de taxonomie. Elle tomba  fort heureusement rapidement dans l’oubli.

 

Le seul statut, que l’on puisse éventuellement avec toutes réserves (le standard de race n'est pas encore bien défini) attribuer aux animaux provenant des expériences de Heck, est celui d'une race nouvelle, obtenue par hybridation de diverses races considérées comme primitives. On peut ajouter que cette race, morphologiquement, peut dans l’imaginaire de certains ressembler  plus à un aurochs que les races sélectionnées pour la production laitière.

 

Il existe encore un aspect de l'expérience de Heck qui ne doit pas être occulté et un peu trop vite oublié. Une partie importante de "la reconstruction d'aurochs" a eu lieu dans l'Allemagne nazie. La propagande hitlérienne donna une grande importance aux expériences de Heck. Il était logique que ces "recherches" suscitassent un engouement particulier chez les dirigeants nazis. Dans ses travaux, Heck, s'occupa beaucoup de la conception de la dégénérescence[14] de la pureté des races et des espèces animales. Ces  sujets  étaient particulièrement  chers aux idéologues du 3° Reich. Dans l’Allemagne des années 30, protéger la nature allait de pair avec la protection de la pureté de la race aryenne. L’aurochs était considéré comme  l’animal emblématique de l'idéologie du retour aux sources germaniques, point fondamental de la mythologie hitlérienne. L’expression usitée alors, de  "descendants au sang pur des antiques habitants des forêts germaniques", était un élément de la langue de bois au service des idéologues de  cette propagande. La race bovine issue de l'expérience de Heck tînt une place primordiale dans le lavage de cerveaux que les allemands subissaient de manière intensive au cours des années trente. Les médias nazis, transformèrent "miraculeusement", cette vache en "aurochs" ressuscitée directement  des sagas germaniques et plus spécifiquement du  Nibelungenlied  (chant de la mythologie germanique).

 

Heck, ne se limita pas simplement à utiliser "cette conjoncture" pour mener ses expériences. Dans cette époque tourmentée, il deviendra haut fonctionnaire d'Etat et l'un des plus influents conseillers d'Adolphe Hitler dans le domaine qui touchait à la nature. Il gagna le surnom du "Führer de la protection de la nature". En 1938, les autorités nazies obligèrent  le  Dr Kurt Priemel à démissionner de la présidence de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, afin d’imposer la candidature de  Heck à ce poste. L'appui personnel de Hermann Göring facilita grandement cette "promotion". Afin que sa carrière soit encore plus rapide, les autres naturalistes allemands furent également écartés de leur fonction. Tel a été  le cas de Mme Erna Mohr responsable du Bison Pedigree Books. Ce poste  prestigieux fût confié à l'un des jeunes assistants de M. Heck.

 

Pendant la guerre, Heck organisa et surveilla personnellement, assisté des SS., des pillages sans précédent dans l'histoire :

- des résultats de recherches scientifiques,

- des collections naturalistes dans les pays occupés et particulièrement  celles du parc national de Bialowieza. Parmi les animaux volés se trouvaient des bisons et des chevaux "konik polski" issus de l’expérience du professeur T. Vetulani. On peut toujours s'étonner qu'un soi-disant  "protecteur de la nature",  ordonne et enlève personnellement, plusieurs bisons de la forêt de Bialowieza pour les envoyer en "cadeau" à des  parcs zoologiques et vers des collections privées en Allemagne. L’une des conceptions, chères à M. Heck, dans le domaine de la protection de la nature consistait en l’organisation de chasse d’animaux menacés de disparition pour Göring et Ribentropp. Mais ses "activités"  dépassent le cadre du simple vol, car le pillage systématique des collections naturalistes faisait  partie du programme nazi de destruction de la science polonaise et est considéré comme crime de guerre.

 

Après la victoire des alliés, Heck comme de nombreux criminels de guerre échappa à la justice en profitant du  Rideau de Fer. Les témoins originaires d’Europe Centrale sous domination soviétique, avaient interdiction de se rendre pour  témoigner devant les tribunaux situés en zone américaine. Il est intéressant de souligner, que dans ce cas bien précis, cette interdiction a visé le professeur Tadeusz Vetulani, qui s’était porté témoin à charge. Wladyslaw Szafer[15] proposa la création d’un tribunal international, composé d’hommes de sciences, afin de juger les scientifiques responsables de crimes de guerre. Malgré l'aval de plusieurs naturalistes de tous horizons, dont les français Roger Heim et J. Braun-Blanquet, cette instance ne vit malheureusement jamais le jour. Ce qui n’a pas empêché la communauté scientifique internationale de le condamner pour ces agissements criminels durant cette période. De ce fait, il fut écarté de toutes ses fonctions dans les organismes internationaux de protection de la nature et  il n'occupa plus de postes importants dans la fonction publique en Allemagne dénazifiée.

 

Les instances internationales[16] contraignirent les allemands à rendre les animaux et les objets volés par  Heck, ce qui n’a put être fait que partiellement. Dans  l’Allemagne de l’après guerre, “la vache de  Heck”  a perdu ses origines de “pure race aryenne” et son statut “d'aurochs reconstitué” .

 

Dans ce contexte historique, la réhabilitation des expériences de Heck ainsi que l’attribution  totalement abusive de nom ou de statut taxinomique d’aurochs à la “vache de M. Heck” dépasse largement la simple mystification scientifique. Il ne s’agit plus d’un discours de spécialistes de la systématique mais de la  justification d’une supercherie scientifique du Troisième Reich et d’un hommage rendu à l’un des plus sombres personnages de l’histoire des sciences[17] n

 

Courriers reçus à la suite de cet article :

 

Chers Messieurs,

 

      J'ai reçu, en réaction à votre article sur l'aurochs paru dans le n°33 du Courrier, deux lettres  dont je vous joins les copies.

      Cet article a, selon les “ retours "  que nous avons eus, intéressé beaucoup de nos lecteurs. C'est pourquoi nous envisageons de rendre compte au mieux dans notre prochaine livraison au sein de la rubrique ad hoc “ ON EN PARLE ENCORE" des réactions écrites reçues.

      Si vous le souhaitez, vous pouvez répondre à vos détracteurs par un texte très bref (votre article, était très clair et explicite) que je joindrais à leurs écrits. J'offre à M. Guintard de développer très brièvement sa thèse - que vous connaissez - et vous ferai parvenir son texte dès réception.

      Dans l'attente de votre réponse, que je souhaite rapide pour le bon achèvement de la construction du numéro 34 du Courrier, je vous prie de recevoir. Chers Messieurs, mes salutations les plus sincères.

 

                                                                                                     Alain Fraval

 

(ci-dessous les deux lettres adressées à Monsieur le Rédacteur en chef, du Courrier de l'Environnement de l’INRA dans leur version intégrale,  qui nous ont été transmises afin de leur donner réponse).

 

      La première est  datée du 24 juin 1998. Elle a été faite  sur un papier en tête où se trouve les  logos do Ministère  de l'Agriculture  de la  Pêche et de l'Alimentation et ceux de  l’Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes et du SIERDAH.

 

                                                                                                                                                 

Monsieur,

 

 

      J'ai pris connaissance dans Le Courrier de l'environnement de l'INRA (n°33, Avril 1998,p.73-79), d'un article sur l'Aurochs qui me semble très polémique et fort peu scientifique.

      Je suis tout d'abord surpris, en tant que Président de la seule organisation travaillant sur l'Aurochs reconstitué à ce jour, en Europe, de ne pas avoir été informé. La vérité semble facilement   travestie par les auteurs, je n'en prendrai pour exemple que la note 4 qui fait référence à mes travaux : le titre de l'article est indiqué sans porter le point d'interrogation qui apparaît dans la publication, ce qui laisse à penser que c'est une affirmation. Le titre exact de l'article en question est :  "l'Aurochs reconstitué, un descendant de Bos primigenius?". La question était d'ailleurs, dès 1994, de discuter du statut de cet animal.

      Par ailleurs, les buts du SIERDAH sont clairs et exposés dans une plaquette que je vous fais parvenir, il n'est en aucun cas question de réhabiliter les frères Heck, mais de valoriser un bovin rustique aux qualités indéniables.

      Etant donné le préjudice moral que l'article que vous avez publié porte à l'Aurochs de Heck, vous comprendrez que je souhaite vivement avoir un droit de réponse dans votre revue, sous la forme d'un article dont le thème pourrait être: "L'Aurochs reconstitué aujourd'hui : quel statut, quelles perspectives ?".   

 

   Dans l'attente d'une réponse de votre part, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.  

 

 Docteur  Claude GUINTARD - Maître de Conférences -Président du SIERDAH - Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes - ministère[18] de l'agriculture, de la pêche et de l'alimentation - ENV Nantes, Laboratoire d'Anatomie des Animaux Domestiques.

 

                                       

La deuxième est adressée par M. François Moutou du Laboratoire central de recherches vétérinaires Unité d'Epidémiologie du Centre National d'Etudes Vétérinaires et Alimentaires de CNEVA Alfort.

 

Cher Monsieur,

 

L'article sur l'Aurochs du numéro 33 du Courrier de l'Environnement de le INRA me surprend un peu. Connaissant une des équipes (Ecole vétérinaire de Nantes) travaillant sur cet animal, j'avais entendu parler des griefs politiques que l'on associait a leur travail et que j'avais du mal a comprendre. Je viens donc de les lire et tout cela me semble vraiment lointain de ce qu'ils font.

 

Personne ne prétend sérieusement que les animaux "reconstitués" sont des aurochs. Le dernier "vrai" aurochs ayant disparu au XVII siècle, il parait aussi difficile de parler "d'un animal préhistorique"  comme l'écrit le titre de l'article. ce qui ne veut pas dire grand chose d'ailleurs. Parler d'hybride mériterait aussi des précisions. Chaque race bovine actuelle résulte d'un certain mélanges de rameaux plus anciens et ces animaux n'échappent pas à la règle. On parle souvent de race quand un certain nombre de caractères se retrouvent de génération en génération après s'être fixés, contrairement aux hybrides qui mélangent de façon plus aléatoire des caractères issus de souches différentes. Au niveau systématique, tout le monde est d'accord pour dire que Bos primigenius est éteint. Par convention, on appelle les bovins domestiques B. taurus ou B indicus.

 

Le procès des frères Heck me parait étranger à l'idée actuelle d'exploiter certains paysages par ces bovins.  Les charollais ou les normandes (regardez les publicités) me semblent aussi toujours plus populaires que ces animaux  et je comprends vraiment mal ce curieux article. Tout ce qui y est écrit est connu, mais la conclusion sort du domaine de la zoologie ou de la zootechnie, univers auquel se limitent les équipes que je connais travaillant sur ce sujet.

 

 

 

 



[1]Une première version plus courte de cet article a été adressée au mensuel  La Recherche. Le rédacteur responsable de la rubrique biologie a retenu notre travail et l’a trouvé  très intéressant. Il  nous a demandé de préparer un dossier plus étoffé, ce que nous avons fait. Malgré  cette commande et l'intérêt que portait à cet article le rédacteur de la rubrique biologie, celui-ci  n’a pas été retenu pour publication. Dans sa réponse le journal, nous dit « après votre prise de contact avec Mr Guintard ....j’ai le regret de vous informer.. ». La question que nous nous sommes posés, est dans quelle mesure le SIERDAH, est-il intervenu, pour que notre article ne paraisse pas dans cette publication ? Il est vrai que le Journal La Recherche, dispose à tout moment ainsi qu’il le spécifie dans une note qu’il adresse aux auteurs, de la possibilité de revenir sur sa décision et de refuser de publier un article, sans fournir d’explications. Dans ce cas précis, notre article a été refusé après que le Sierdah en ait pris connaissance (...).Cette note ajoutée après la parution de l’article, pour la réalisation de cet ouvrage, n’a pas été bien évidemment publiée par le Courrier de l’Environnement de l’INRA.

[2]Sambraus Hans Hinrich , Guide des Animaux d’élevage, Editions Eugen Ulmer Ed. Française 1994 p. 100

[3]"Bébé aurochs" Science et Vie n° 945 juin 1996 p.27

[4] Gstalter Alain , Lazier Pierre 1996. Le bison d'Europe mythe et renaissance d'une espèce sauvage, Traces E.C. Editions,

[5] Guintard Claude, "L'aurochs reconstitué un descendant du Bos primigenius" dans Aurochs, le retour, ouvrage collectif, page 183, Lons-Le-Saunier

[6]Idem page 184

[7]Idem page 193

[8]Przyjaciel ludu czyli tygodnik potrzebnych i pozytecznych wiadomosci" t1 n°19 1835 Leszno

[9]la base de la "reconstruction" était le fait (par ailleurs très discutable) de la sauvegarde par les paysans des tarpans distribués par le comte Zamoyski voir Lizet Bernadette et Daszkiewicz Piotr 1995. "Tarpan ou Konik Polski ? Mythe contemporain et outil de gestion écologique", Anthropozzologica, , n°21 p.63-72

[10]Tur, The Ure-Ox, Karol Lukaszewicz, Ochrona Przyrody r. XX, 1953

[11]Herberstein S. Baron von, Rerum moscovitarum Commentarii. Basilea ex officina , Opporiniana 1571 et  Gesner C. , Historiae animalium liber I.-De quadrupedibus viviparis, Zurich 1551

[12]On ne trouve aucune information sur les "aurochs" dans les travaux naturalistes polonais et russes faits dans la forêt de Bialowieza juste après la guerre. Pourtant les auteurs polonais ont réussi retrouver des informations sur le destin des autres introductions, celles d’ours et de cervidés, faites avant la guerre et à retracer l'histoire des bisons sous l'occupation.

[13]Comme le Mammal Species of the world, a taxonomic and geographic reference de E. Wilson et M. Reeder édité par Smithsonian Institution Press ou The mammals of the palaearctic region, a taxonomic review de G.B. Corbet édité par le British Museum ainsi que les listes des mammifères de France

[14]Heck a  cru si fortement à la conception dégénérative de la disparition des espèces que,  malgré les décisions de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, il décida pour "éviter leur dégénérescence" de croiser les bisons d'Europe et d’Amérique. Il  risqua ainsi de mettre en péril le travail de  plusieurs années des naturalistes polonais. Ces derniers prenaient un soin tout particulier afin de  préserver l'espèce de bison d'Europe et de ne pas mélanger les hybrides avec la population de Bialowieza. Un des aspects de la reprise du Pedigree books par l’équipe de Heck est le désordre qui a été considéré par les spécialistes comme catastrophique. Après la guerre il a fallut plusieurs années d’efforts pour remettre ce travail au niveau laissé par E. Mohr.

[15]L’un de plus grands naturalistes polonais, l’un des principaux fondateurs du Parc National de Bialowieza, auteur de la Flore de Pologne. W. Szafer échappa à "Operatzionen A", une action spécifique visant à la destruction des élites scientifiques polonaises. Les professeurs de l'Université de Cracovie ont été en novembre 1939 arrêtés et déportés au  camp de concentration de Sachsenchausen. Parmi les victimes se trouvaient plusieurs naturalistes dont Michal Siedlecki, l'un des pionniers de la protection de la flore et de la faune du milieu marin.

[16] Une commission spéciale a été constituée après guerre pour récupérer les biens volés par les nazis et les restituer à leurs propriétaires.

[17] Dans cet article figure  l’excellent  dessin de M.Rousso qui représente le faux aurochs faisant le salut nazi que l’on retrouve sur le site internet de l’INRA.

[18]en minuscule dans l’original.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:18

Piotr Daszkiewicz

Jean Aikhenbaum

 

Aurochs

le retour...d’une supercherie nazie

 

 

Ce modeste travail est dédié aux naturalistes victimes de Heck et aux victimes du nazisme.

Les auteurs.

 

© Histoire, Sciences, Totalitarisme, Ethique et Société (H.S.T.E.S) association loi 1901

113, rue de Montreuil 75011Paris

 

 

Cet ouvrage doit être référencé comme suit :

Daszkiewicz P., Aikhenbaum J., 1999. Aurochs le retour d’une supercherie nazie. (H.S.T.E.S.), 160 pages.

This book must be refered  to as follows :

Daszkiewicz P., Aikhenbaum J., 1999. Aurochs, le retour d’une supercherie nazie. (H.S.T.E.S.), 160 pages.

 

 

 

 Leurs cris déchiraient nos jours, et la honte de mes silences me poursuit encore...

(témoignage d’une rescapée de Rawensbrück).

 

Toutes les preuves rapportées des camps allemands, n'auraient-elles servi à rien?

Roger Hem

 

Remerciements

(nous avons choisi de présenter cette liste par ordre chronologique)

Nous tenons à remercier les médias et les personnes suivantes:

ùActualités Juives et Mme Claude Meyer, cet hebdomadaire a été le premier à nous publier ;

ùLe groupe de juristes et professeurs de l’Université Poznan (Pologne), ainsi que le groupe de juristes de l’Institut de Droit de l’Académie Polonaise des Sciences, pour leur expertise juridique sur les crimes de Heck ;

ùMonsieur le Rédacteur en Chef de la revue Kultura Jerzy Giedroyc, Directeur et Fondateur de l’Institut Littéraire, pour ses encouragements et son soutien ;

ùLa revue Esprit, pour sa lettre d’encouragement et ses félicitations ;

ùLe Courrier de l’Environnement de l’INRA et Mr Alain Fraval ;

ùMonsieur Thierry Lecomte, pour son courrier et nous avoir permis de consulter ses observations sur cet animal ;

ùFrance Info, qui a  diffusé sur sa fréquence l’histoire du faux aurochs de Heck ;

ùCultivar les Enjeux et mademoiselle Yamina Area,  pour son article ;

ùMonsieur Henri Batner, de l’Association Culture et Judaïsme, qui nous a invité dans le cadre des activités de l’association à faire un exposé  sur le faux aurochs de Heck ;

ùMonsieur le Président de Bison Specialist Group SCC/IUCN,  Professeur Dr Zdzislaw Pucek de Mammal Research Institute  of Polish Academy of Sciences, pour l’intérêt qu’il  porte à cette affaire ;

ùDeutsches Historisches Institut de Paris, pour leur précieux concours dans nos recherches bibliographiques ;

ù Monsieur Georges Jacknovitz, Monsieur David Gurfein pour leurs judicieux conseils ;

ùMonsieur Liam Gavin, mademoiselle Stéphanie Aikhenbaum, pour leur précieux concours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est  important de souligner à nos lecteurs que le travail que nous avons fait, n’a bénéficié d’aucun concours privé ou public. Il a été réalisé à la manière d’une enquête. Nous y avons consacré énormément de temps, nous avons lu, analysé et comparé de nombreux documents. Nous avons interrogé de nombreux spécialistes dans des disciplines diverses.

 

Notre préoccupation a été de retracer  l’histoire authentique de la création de ce "faux-aurochs", qui est sans conteste l'une des plus grandes supercheries scientifiques du vingtième siècle. Cette aberration, consiste à présenter et à commercialiser en tant "qu’aurochs",  ou comme "une espèce reconstruite" ou encore comme "aurochs de Heck", un bovin ordinaire. Ce tour de passe-passe, qui tente de nous faire croire que nous sommes devant  une avancée scientifique extraordinaire, "la reconstruction d'une espèce disparue il y a quelques siècles"...n’est que le croisement banal de quelques races bovines.

Il n’est pas rare de rencontrer   dans la zoologie et dans les sciences en général, des fraudes et des supercheries. Le naturaliste britannique Peter Dance[1] a publié un excellent ouvrage sur  ce sujet. Pourtant la supercherie qui nous intéresse aujourd’hui et à laquelle nous avons consacré ce travail est bien particulière et unique en son genre...tellement elle est grossière et scandaleuse sur le plan éthique. On pourrait croire que toutes les falsifications historiques, les théories des nazis mises en place pour justifier leur politique raciale et le génocide prirent fin, avec  la victoire des alliés. C’est une erreur, certaines perdurent, ainsi que nous allons le voir. On peut se demander, comment une telle affaire a pu réapparaître dans un pays tel que la France.  Ce  qui aurait dû éveiller quelques soupçons,  c'est son origine, puisque cette histoire vient en droite ligne de la propagande nazie. C’est aussi l’un des points qui la différencie des "falsifications ordinaires". Plus de cinquante ans après le 8 mai 1945, ce "triste héritage du 3ème Reich" a pris un nouvel élan, dans une indifférence quasi générale.

Aujourd'hui en France, la commercialisation de cette mystification concoure à la réhabilitation de l’un de ses promoteurs, criminel de guerre, haut dignitaire nazi, membre des S.S,  proche collaborateur d’Hitler et responsable de crimes commis dans les pays occupés!

 Autre aspect surprenant de cette scandaleuse affaire ; cette fraude scientifique est accompagnée et commercialisée à l’aide de documents qui montrent que des fonctionnaires de l’Etat et divers organismes publics accréditent ce type de pratique. C’est la première fois dans l'histoire des sciences à notre connaissance, que les institutions publiques d'un état démocratique ainsi que des fonctionnaires apportent leurs concours à une telle supercherie !

Comment une fraude aussi énorme a-t-elle pu ainsi perdurer ?  Nous nous sommes efforcés d’apporter des éléments de réponse objectifs à cette question.

Il ne peut y avoir de débat sur une réalité : l’animal en question n’est pas un "aurochs" et cette expérience a bien pour origine une manipulation nazie.

Le discours sur le statut de cet animal, est sans fondement, cet animal n’est qu’un quelconque bovin.

Nous n'avons jamais eu la prétention d’avoir découvert quelque chose de particulier, toutes nos sources sont connues ou devraient l’être de tous les spécialistes, puisqu’elles ont été publiées.

Lors de sa parution notre article fut bien accueilli par une partie des spécialistes alors que d’autres, ont tenté de le minimiser, et d’occulter l’évidence ou plus exactement de placer le débat à un autre niveau. Ainsi que nous allons le voir, le fond de notre travail n’a jamais été contesté. L’organisme qui commercialise le "pseudo-aurochs", s’est limité dans un courrier non publié, à manifester son étonnement qu’un travail sur ce sujet puisse paraître...sans qu’il en soit avisé et que celui-ci est "très polémique et fort peu scientifique". Dans un chapitre consacré à ces courriers nous répondrons, à ce type d’appréciations.

Comme les actuels " reconstructeurs du pseudo-aurochs", n’ont guère d’arguments à nous opposer, leur réponse tient en quelques mots, ainsi que vous pourrez le constater. Leur ambition est de promouvoir un animal dont les qualités de rusticité sont indéniables, et non de raviver les plaies de la dernière guerre. Nous verrons pour quelles raisons cette réponse est loin de nous satisfaire.

Mais revenons au début de cette affaire. Voici les circonstances qui nous ont amenées au printemps de 1997, à nous occuper de ce soi-disant "aurochs-reconstitué". Nous avons été contactés par un de nos amis, qui vit en région nantaise. Il n'est ni naturaliste, ni spécialiste en zootechnie, mais il connaît l'histoire de la disparition des derniers spécimens d'aurochs au dix-septième siècle en Pologne. L’une de ses enfants au retour d'une excursion pédagogique scolaire, lui raconte avoir vu "un aurochs" dans la nature. Cette petite fille de huit ans fournit à son père de nombreuses explications, et lui déclare même avoir contemplé et admiré "l'ancêtre de nos vaches". Notre ami a tout d’abord pensé à une fantaisie et une naïveté enfantine. Tous les jeunes enfants, qui avaient participé à cette journée éducative insistaient et affirmaient tous, avoir bien vu "des aurochs vivants". L’institutrice "confirma bien" l'histoire racontée par les enfants. Grand amateur de films de Steven Spielberg, notre ami alla sur place contempler à son tour "les aurochs". Passionné de sciences, "la reconstruction d’une espèce disparue" était désormais une évidence qui lui avait échappé ; ce parc[2] exposait "une révolution scientifique comparable à celle que peut offrir la physique quantique, ou la découverte de la structure de l'ADN ou au moins à quelque chose d’équivalent au vol d'Apollo11 sur la lune". Sa déception fut vive, et pour cause quelques vaches ordinaires broutaient tranquillement dans le parc. Fort mécontent, notre ami qui avait payé pour voir des "aurochs" que la publicité lui avait vanté et non "des vaches", réclama le remboursement de ses billets d'entrée. En guise de réponse, il n’eût droit qu’à des sarcasmes et a quelques remarques désobligeantes à propos de son...incompétence et de son ignorance....

Notre ami connaissait l’intérêt que nous portions à l’histoire des sciences naturelles et de la zoologie en Pologne[3] et à ce qui se rapporte à la protection de la nature. Il nous a demandé de lui apporter une explication cohérente.

 Nous connaissions l'affaire de la pseudo-reconstruction de l'aurochs qui s’était déroulée  en Allemagne nazie, "les activités" de Heck en Pologne et en Biélorussie sous l'occupation. Toutefois, nous étions persuadés qu'il n’y avait aucun lien et qu’il s'agissait d'un autre animal. Qui pourrait prétendre encore, malgré les excellents travaux des naturalistes des années trente et quarante discuter le statut de l'animal issu de cette supercherie ?  Qui pourrait encore avoir l’outrecuidance de dire qu’il s'agissait d'un aurochs ou d’un aurochs-reconstitué ? Qui pourrait de nos jours parler encore sérieusement de la "reconstruction d'une espèce disparue" ? Qui, enfin, pourrait avoir le désir de rendre hommage à Heck, haut fonctionnaire nazi, qui organisa et a été personnellement responsable de répressions féroces contre des naturalistes en Allemagne, de crimes et de vols des collections naturalistes dans les pays occupés  ?

Au fur et à mesure que nous avancions sur ce dossier, nous nous sommes aperçus que nous avions été aussi naïfs que les enfants de notre collègue. Quelques jours de recherches bibliographiques nous ont fait découvrir l'existence d'une vaste campagne de désinformation qui accompagne la commercialisation de nos jours du "faux-aurochs". Nous avons donc décidé de réagir, d’écrire un court article destiné aux journaux grand public et d’envoyer un dossier plus détaillé pour informer les professionnels.

 

Vous trouverez dans cet ouvrage une sélection d’articles qui ont été publiés, les réponses que nous avons reçues, nos commentaires, ainsi que le résultat de nos dernières recherches sur ce sujet.

 

 

 



[1] Dance P. 1976, Animal Fakes and Fraudes, London Ed. Sampson Low.

[2]Il n’est pas nécessaire que nous vous donnions le nom de ce parc, une mésaventure comparable peut vous arriver dans plusieurs dizaines de parcs en France et dans quelques autres pays européens (voir le chapitre qui est consacré à la géographie de la supercherie).

[3]L'un des auteurs de ce document est à l'origine de la mise  en valeur d'un document inédit de Georges Cuvier sur les "vrais aurochs" (Daszkiewicz Piotr Nieznany list Baltazara Hacqueta do Georges Cuvier, Kwartalnik Historii Nauki i Techniki R. 42 n° 3-4 p. 139-141 Un unknown Balthasar Hacquet's letter to Georges Cuvier Quarterly Jornal of the History of Science and Technology, Institute of History of Science and Technology, Polish Academy of Science)

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:15

les mythes de la science moderne 

 

 

La vache folle, Tchernobyl, Fukushima et autre catastrophes passées et à venir

 

          L'affaire de la vache folle est particulièrement intéressante pour un historien des sciences, car elle  souligne   l'existence et l'importance de plusieurs mythes et rêves que véhiculent notre société sur la science contemporaine. Quels sont ces mythes ? Quelles peuvent être les conséquences de ce regard irrationnel  sur les problèmes de santé que nous pouvons rencontrer ?

Mythe n° 1

          La science contemporaine  est si performante qu'elle pourra résoudre tous nos problèmes. Il faut seulement lui laisser un peu plus de temps et lui donner un peu plus de moyens. Cette pensée naïve qui donne  à la science le rôle de  religion et aux chercheurs leur attribue celui de prêtres peut être très dangereuse, car elle déresponsabilise la société, ses dirigeants et les individus qui la compose. La science providence peut nous permettre de faire tout et  n'importe quoi. En fonction de ce mythe elle  est, et sera toujours en mesure de nous fournir les moyens nécessaires pour faire face et réparer les dommages  causés par nos comportements irresponsables.

          Pourtant l'histoire de "l'affaire de la vache folle" démontre bien les lacunes  de notre savoir même dans des domaines  étudiés depuis des décennies, la maladie de Creutzfeld-Jakob a été  décrite en 1920  pour la première fois et la tremblante du mouton  est  connue depuis au moins le dix-huitième siècle. Déjà, en 1936 les chercheurs français Cuillet et Chelle parlaient "d'un pathogène non conventionnel" de la tremblante. Ces deux chercheurs ont réussi à démontrer la possibilité de  transmission de cette maladie entre des espèces différentes (des moutons vers des chèvres). Jusqu'à ce jour, malgré des années passées et les énormes moyens financiers mis en oeuvre les scientifiques sont  totalement incapables d’apporter une réponse aux questions de base. Il existe par exemple 9 théories sur le caractère de ce mystérieux agent pathogène (virus, rétrovirus, prions etc.). On connaît très peu de choses ou presque rien sur les conditions du déclenchement de la virulence du prion-protéine, de la transmission sans ADN décelable, ainsi que l’influence que joue  les facteurs environnementaux et génétiques.

Mythe n° 2

          Un fait établit scientifiquement permet l’application rapide d'une technique efficace sur le terrain. Pourtant d'après  une  enquête menée par la BBC, malgré le dépistage obligatoire par  l’une des plus performantes équipe technique  biochimique du monde, pour l'abattage de 140.000 bêtes chaque semaine, on constate néanmoins  qu’au moins 600 bovins malades se retrouvent  dans  les assiettes des consommateurs. La raison est simple : avant que la maladie ne se manifeste il est très difficile, voire impossible de  détecter la présence d’agents  pathogènes. Enfin, jusqu'à ce jour toutes  nos techniques s’avèrent   impuissantes  face à ce micro-organisme qui peut survivre 24 h à une  température de 160°, qui résiste  aux radiations ionisantes,  aux  UV et qui peut sans dommage rester au moins trois mois enfoui dans  le sol.

Mythe n° 3

          La position sociale et le crédit accordés aux  experts  scientifiques ont une telle importance qu'il est impossible de nier et de remettre en cause les faits qu’ils décrivent  et publient.    Pourtant en mars 1989 le plus prestigieux journal de science Nature dans  un article  soulignait  les risques  de transmission de la tremblante du mouton à l'homme. Pendant sept ans les pouvoirs publics ont passé sous silence cette information et sont restés  totalement sans réaction, d’autres articles publiés par la presse scientifique faisaient  état  et confirmaient  ces découvertes. Les autorités britanniques et européennes ont même démenti des données existantes et disponibles, qui soulignaient  la possibilité de transmission verticale de la maladie de la  vache à son  veau. Le mythe de la puissance politique qui accompagne  la science permet de faire croire aux individus  que les résultats scientifiques ont des répercussions immédiates dans la vie courante et sur le plan  administratif. En  1988 l'équipe de chercheurs de Weybridge mettait en évidence que les farines animales étaient responsables  de l'épidémie. Rappelons que les premières mesures qui visaient  à interdire le  commerce de ces produits n’ont été  prises qu’en 1990.

Mythe n° 4

          Les chercheurs sont toujours honnêtes et le seul but de la recherche  est de trouver  la vérité, la science de par son caractère est éthique. Malheureusement les divers "experts", comme dans le cas du nuage de Tchernobyl, ont fourni aux décideurs politiques un alibi pour justifier leur inertie et leur absence de mesure  pour faire face  à la gravité du  problème.

Mythe n° 5

          C'est un mythe réductionniste.  On pense qu'un phénomène naturel et très complexe peut être réduit à une seule cause et expliqué par un seul facteur et remédié par la modification  de ce seul facteur. Ainsi, suivant la tradition  pasteurienne on pense qu'il suffit de déterminer et d’isoler le micro-organisme incriminé pour pouvoir trouver la solution (antibiotique vaccin etc.). C'est un mythe extrêmement  pernicieux, car il est responsable d'une croyance erronée, qui laisse supposer que grâce aux techniques scientifiques il est possible et même facile de trouver une solution rapide pour  résoudre des problèmes très complexes. De plus en choisissant cette option et en restant toujours  optimiste on peut rejeter même les évidences. Dans le  fait de la contamination à caractère alimentaire il suffit donc  au regard de ce mythe, d’abattre les animaux présumés malades et d’interdire l'usage de la farine animale pour que la maladie disparaisse  toute  seule. On a même donné comme  date la  fin de ce siècle. Comme par hasard (phénomène facilement explicable par la psychologie) on préfère aussi  longtemps que possible  ne pas prendre en compte les informations de  possibilité de contamination verticale, la possibilité de survie de ce pathogène pendant plusieurs années dans le sol, la possibilité de contamination par simple contact, l'existence de divers "réservoirs" naturels pour ce virus (prion?),  comme chez certains animaux (et chez l'homme) domestiques et sauvages (les premiers cas d'encéphalopathie ont été  découverts chez un bovidé africain le Nyala et des populations sauvages de bovidés et de cervidés en Afrique et en Amérique sont parfois très  atteintes par l'épidémie). Ainsi on a proposé comme moyen miracle tout simple de ne pas manger de viande bovine en oubliant que la maladie  à comme origine le  mouton, qu'elle touche les chèvres, les animaux à fourrure (visons), les chats (recherches de Wyatt sur le chat domestique) et que cette  maladie est présente chez les oiseaux (les recherches de Schoone en Allemagne ont démontré que la  maladie touchait également  les autruches).

          Enfin le réductionnisme permet de croire  qu'on peut négliger les facteurs environnementaux dans  le déclenchement de la maladie. On oublie que la sauvegarde de la bio-diversité (des formes sauvages mais aussi domestiques) est la seule garantie pour  limiter  l'avalanche des maladies virales qui frappent les pays industrialisés depuis  ces dernières années. En condamnant et en laissant  disparaître des races domestiques on se prive des génomes qui naturellement résistent  aux maladies et on liquide les barrières naturelles qui limitent  la propagation des pathogènes ( les expériences démontrent  que parmi  les animaux artificiellement contaminés 78% de moutons de la race Herdwick développent  la maladie, mais 0% de race Dorset Downs). Enfin on oublie  de faire le rapprochement  gênant entre  les épidémies de grippe d'origine asiatique qui frappent de plus en plus l'Europe  et l'élevage industriel de canards  en Chine.

Mythe n° 6

          Les techniques développées par la science sont toujours bienfaisantes, dans la médecine elles nous sauvent la vie. Les effets secondaires ainsi que les maladies iatrogènes (causées directement ou indirectement par un acte médical), même si elles existent n'ont pas d'importance en comparaison des bénéfices que nous en tirons. Il est donc préférable  de ne pas penser à ces   conséquences. Notre science est si efficace qu'elle permet de prévoir et de prévenir tous les dégâts éventuels. Pourtant la maladie de Creutzfeld-Jakob semble montrer l'importance de ces "insignifiants effets secondaires". Les experts sont quant à eux beaucoup plus prudents que les médias et le grand public. Par exemple, la première piste étudiée par la commission d'enquête dans l'affaire de la vache folle a été la contamination par des vaccins (par analogie avec une des épidémies de la tremblante causée par le vaccin contre le looping-ill).

          Depuis  1985, il est  prouvé que la maladie de Creutzfeld-Jakob est l’une des plus importantes maladies iatrogènes. Que plusieurs personnes ont été contaminées suite à une opération chirurgicale (greffes) ou par traitement  avec une hormone de croissance d'origine humaine  (en France 20 cas en 1993 et 34 cas en 1995).

          Plusieurs  autres  données semblent être également très inquiétantes. Citons, les risques transfusionnels. Les cas de contamination par le sang (provenant de femmes donatrices  qui par le passé ont reçu des  gonadotropines) ont été  démontrés dernièrement en Australie. On parle également des cas de  transmission de la  maladie par des appareillages  qui servent à établir des  diagnostics (notamment des électrodes utilisés pour diagnostiquer  l'épilepsie). Enfin, la contamination du personnel médical et paramédical est de plus en plus préoccupant (en 1994,  33 cas dont par exemple celui d’un chercheur travaillant sur les greffes de dures mères de moutons  et de l'homme). La contamination par simple contact est-elle possible ? Malheureusement, il est impossible encore d’exclure cette hypothèse.

          Nous savons qu'il  est difficile de parler  d’être entendu et de convaincre des lecteurs  ou un auditoire sur le caractère mythologique de certaines démarches "scientifiques". Mettre en cause "l'objectivité" de la science (déjà démontrée par les recherches de Ludwick Fleck et Karl Popper) c'est détruire un rêve sur le progrès et le bonheur. Mais nous pensons qu'il est préférable  de se réveiller avant que le rêve ne se transforme en cauchemar.

 

Perception du mythe  scientifique

 La perception  du monde vivant aujourd'hui telle que la reçoit nos contemporains, pour reprendre un terme à la mode peut être qualifié de virtuelle. Or, l'une des particularités du vivant se caractérise par les diverses mutations et transformations qui s'opèrent et qui sont en corrélation et en interaction avec les autres organismes  vivants.  De nombreuses techniques ont ceci de commun entre autres, tenter de s'opposer à cette évolution, refuser l'impact du temps en voulant masquer ou retarder les transformations.

De la perception du mythe scientifique et des progrès applicables qu’elle génère, découle généralement 4 formes de pensées :

 

1°) La science et la technique sont bienfaisantes.  Elles concourent à améliorer la situation matérielle des individus et participent à accroître  leur bien  être. Les progrès nous sont indispensables et nous ne pouvons imaginer de vie sans eux. Ils seront à même de résoudre ainsi que nous l’avons dit tous les problèmes qui se poseront aux hommes et le bonheur de l'humanité en dépend et en est l'aboutissement. La justification des actions humaines trouvent leur explication dans l'hostilité environnementale qui représente le chaos originel, ou encore le désordre suprême. Vouloir ne serait ce qu’en discuter, c’est vouloir revenir au pire à l’homme des cavernes et au mieux au moyen âge. La science dans ce cas de figure est synonyme de vie. Le discours de nos hommes politiques de quelque bord qu’ils soient, entre dans cette logique, seuls les termes de croissance et de productivité sont censés pouvoir répondre  aux attentes des citoyens et régler les problèmes de chômage, mal être etc. La seule différence que l’on peut noter entre les différents courants, c’est la manière dont ils les appréhendent. On peut être surpris ainsi que nous l'avons dit, de telles prises de positions, qui ne tiennent aucun compte des expériences même issues d'un passé récent. Les seules solutions préconisées sont le développement et l'accroissement des techniques qui ont conduit et participé aux situations dans lesquelles nous nous trouvons.

Dans cette optique sont évidemment occultées ou repoussées toutes objections dissonantes.

 

2°) La science et la technique qui en découlent sont nuisibles. C’est donc l’antithèse de la précédente, si la première a eu ses chantres avec Saint Simon, Auguste Comte, Marx, et les tenants du capitalisme libéral triomphant etc. Peu de philosophes se sont attaqués de front à la science et à ses applications. Même aujourd’hui,  ses détracteurs les plus virulents ne la remettent pas en cause en tant que telle, mais s’attaquent uniquement  au  choix de certaines de ses applications. La science est donc  bonne, mais seul le choix technologique est à revoir dans certains cas.

 

3°) La science et les techniques sont bonnes et mauvaises à la fois. Cette optique diffère des deux autres, bien qu’elle se rapproche de la première. Schématiquement ont peut la résumer ainsi, de chaque application issue des techniques découlent des effets positifs, qui eux mêmes engendrent des effets pervers. Toutefois,  les premiers sont supérieurs aux seconds, les compensent largement et sont capables de faire face et de pallier les éventuelles nuisances.

 

4°) La science et les techniques sont bonnes ou mauvaises en fonction de l’emploi qu’on en fait. C’est l’opinion   la  plus fréquemment répandue.  L’énergie nucléaire est bonne pour ses applications civiles dans ce cas elle est au service du bien ou comme outil dissuasif. Elle est mauvaise ou au service du mal, lorsqu’on s’en sert a des fins de destruction.  Cette option entre  dans la logique que l’homme a la possibilité de choisir la voie du bien ou du mal. Elle est aussi le point de jonction contemporain entre les religions monothéistes avec sous-jacent la notion de péché originel ici, la remise en question des progrès technologiques possibles (pour éviter les mauvais choix) et le scientisme (bon choix) nouvelle religion de l’homo technicus, qui regroupe tous les individus des sociétés industrialisées. Il est à noter que  c’est le seul courant de pensée qui fasse l’unanimité.

Dans l’esprit du public, seuls les progrès issus des technologies sont censés être salutaires.  L’un des paradoxes de ce système, et ils sont nombreux, c’est que les applications techniques arrivent à tant d’efficacité, qu’elles en deviennent parfois inutilisables. Quant aux expériences que nous pourrions tirer des erreurs du passé, celles-ci sont systématiquement occultées. La crise de la vache folle en est l’exemple frappant, nous savons que les farines contaminées sont pour partie tout au moins responsables*, ce qui ne nous empêche nullement de nous préparer à donner aux animaux destinés à l’alimentation humaine, du soja et du maïs manipulés génétiquement. Dans cette démarche, et personne n’est dupe c’est que primo rien n’indique de manière absolue que ces manipulations ne présentent aucun risque, et ce que les seuls à en tirer profit certain seront les laboratoires   qui vont commercialisés ces produits manipulés.

 L’autre exemple que l’on peut prendre, est celui des possibilités qu’offrent  l’informatique, lorsqu’un  utilisateur se sert d’un programme, il n’en utilise qu’une partie, les autres possibilités   lui font perdre du temps lorsqu’il tente occasionnellement de s’en servir,  tant et si bien qu’il finit par les  ignorer.  La  machine destinée à faciliter le travail, finit très souvent par le compliquer et ce phénomène s’amplifie au fur et à mesure des avancées faites par les  nouvelles technologies.

La profusion d’informations que nous percevons  de manière irréelle par le biais des médias, nous font vivre des événements dans lesquels nous ne sommes par directement impliqués, ce qui  nous prive de la relation à la réalité. Ce truchement  a également la particularité  outre qu’il nous désolidarise du vécu, d’émousser notre sensibilité. Nous nous trouvons donc placé dans des situations telles que les événements dramatiques qui secouent la planète parfois à quelques heures d’avion arrivent à nous laisser totalement indifférents. Si, pour des personnes  d’un certain âge l’appréciation à leur juste mesure des drames, conflits catastrophes est encore possible (pour les plus critiques d’entre elles), parce qu’elles ne sont que depuis peu confrontées aux techniques modernes de communication ; il n’en va pas de même pour les jeunes générations qui sont soumises de manière intensive à des images virtuelles, qui fait qu’il leur est difficile  de discerner la réalité de la fiction. Le seul moment ou il leur est possible de le faire, c’est lorsqu’un événement  porte directement atteinte  à leur intégrité physique ou psychique.

 

Il devient impératif d’avoir un autre regard sur les sciences et leurs applications technologiques. Nous ne pouvons plus dans nos argumentations nous en tenir aux  définitions  habituelles par lesquelles nous formulons des appréciations qui ne prennent en compte que le profit immédiat. Nous sommes obligés de constater,  que la science et ce que nous appelons « progrès » visent à créer un ordre limité dans le temps à valeur humaine, dans un espace que nous aménageons de manière artificielle, en fonction de besoins artificiels passagers.  Ceux-ci ne prennent jamais en compte, ni les leçons du passé, ni les besoins des générations futures. Nos techniques projettent sur l’ensemble des systèmes un désordre global, qui modifie les paramètres du vivant, dont les conséquences pour les générations à venir risque d’être catastrophique. Ce que nous percevons comme désordre et que nous modifions en un ordre justifié et limité, nécessaire à la satisfaction de nos besoins, n'est que la création d’un  déséquilibre qui vise à perturber et à rompre les fragiles équilibres des différents écosystèmes. D’un point de vue social, il accroît les disparités entre pays riches et pauvres, aliène les individus,  conforte les inégalités et détruits les liens sociaux. Les nuisances ainsi créées ne sont mesurables, la plupart du temps que par le constat.  Ils ne sont fonction que de nos méthodes d’évaluation, qui sont elles même tributaires de nos savoirs technologiques. Ces méthodes sont obligatoirement arbitraires, puisqu'elles font appel à des techniques d’investigations évolutives. Ce qui fait qu'une substance ou un produit en fonction de nos analyses, peut être considéré anodin aujourd'hui... et dans 5 - 10 ou 20 ans reconnu  toxique ou dangereux.

 

Nous  sommes obligés de constater qu'en dépit de nos moyens actuels, nous sommes dans l'incapacité comme le démontre la crise de la vache folle et les différents problèmes  auxquels l'humanité est confrontée,  de mesurer les processus irréversibles et inattendus que provoquent nos activités industrielles et les modifications qu’elles entraînent  au sein du système vivant. Ceci est d'autant plus préoccupant que les catastrophes (comme Tchernobyl par exemple) sont toujours d'un genre nouveau et par ce fait même imprévisibles. 

Jean Aikhenbaum

Piotr Daszkiewicz



* il existe bon nombre d’autres hypothèses actuellement, vaccinations, répercussions de diverses pollutions, moyens utilisés pour l’éradication du varron  parasite des bovins (organochlorés associés aux organophosphorés) etc. 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 16:17

 

Quelques réflexions à l’intention des donneurs de leçon !

 

La réaction de Richard Prasquier m’interpelle. M. Prasquier est le Président du CRIF, la première question à posée est de savoir si le CRIF est représentatif de la population juive, ou si il s'est auto proclamé représentant de cette population. Pour ce qui me concerne, je me sens totalement étranger à toutes prises de positions du CRIF  et je ne saurais me conformer à de quelconques directives sur quelque sujet que ce soit, de cet organisme ou de tout autre d’ailleurs pour fonder mes opinions. J’ose espérer qu’il en est ainsi pour tous les autres membres de la communauté juive. Il est vrai également que tous les organismes juifs par le passé, censés chargés protéger leur population on eu des conceptions souvent bien particulières de leur mission (voir notamment le travail de Raul Hilberg « la destruction des juifs d’Europe » Folio histoire, qui soit dit en passant devrait être dans toutes les bibliothèque de ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’antisémitisme. 

Radio J. fait son travail. Ses journalistes sont des professionnels, je ne comprends pas pour quelle raison Marine Le Pen n’aurait pas droit de s’exprimer sur une radio juive, alors que les sondages lui donnent 25 % d’opinions favorables. Monsieur Prasquier, veut s’ériger en censeur et ne pas écouter le quart de la population française (dont laquelle on trouve probablement de nombreux juifs) qui reconnaît en Marine Le Pen l’ambassadrice de leur mécontentement. Le pays à la fièvre et il veut casser le thermomètre !

 Il est fort regrettable que M. Prasquier ne se pose pas la question de savoir pourquoi le quart de nos concitoyens (et peut être davantage) se tournent vers elle. M. Prasquier, ne  voit pas également qu’elle prend un risque, en s’exprimant sur une radio juive, elle risque de se mettre à dos à un électorat autrement plus significatif que celui de la communauté juive, qui d’autant plus ne lui est aucunement acquis d’avance.

Le dernier rapport sur l’antisémitisme en France  fait état de 466 actes antisémites en France en baisse par rapport à l’année précédente, année 2009 durant laquelle Israël a mené l’opération plomb durci. Une question également me vient à l’esprit, de combien d’actes antisémites sur les 466 répertoriés l’extrême droite est-elle responsable ?

 

Une extrême droite antisémite ?  

Certes, il y a eu une extrême droite antisémite notamment dans les années 30, elle militait pour l’exclusion des juifs, et certains de leurs idéologues réclamaient la création d’un foyer national juif !  et oui, n’en déplaise à certains, bon nombre d’antisémite à cette époque était sioniste,  durant la guerre 30 – 45, l’histoire est bien plus complexe, cet antisémitisme n’était pas monolithique et mettre toute l’extrême droite dans le même sac, et par la même occasion vouloir donner un total blanc seing à la gauche ne peut aujourd’hui être guère pris au sérieux. C’est également prendre des raccourcis hâtifs avec la vérité historique. Je voudrais rappeler également que de Gaulle à Londres lors de l’arrivée des premiers résistants, s’étonnait de ne compter parmi eux que des juifs…. et des antisémites. Et pour ceux qui veulent parfaire leur connaissance sur ce sujet, je leur conseille vivement la lecture de l’ouvrage de Simon Epstein «  Un paradoxe français  - Antiracistes dans la collaboration et antisémites dans la résistance – Editions Albin Michel – Bibliothèque de l’Histoire. Voilà de quoi faire grincer quelques dents.

 

Au fait, je n’ai pas parlé de moi, je vais avoir 77 ans… et j’ai porté l’étoile jaune.

 

M. Prasquier a réussi, Radio  J renonce à interviewer Marine Le Pen, Cette station va y perdre en audimat, Marine Le Pen au passage va y gagner en popularité, quant au CRIF, il va se décridibiliser un peu plus.

 

Jean Aikhenbaum

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 14:31

Histoire, Sciences, Totalitarisme, Ethique et Société (H.S.T.E.S)

                                                                                                association loi 1901

H.S.T.E.S

 

....la génétique médicale est une science de l’aléatoire, moins performante

que la météorologie. Elle est condamnée à n’exprimer que le résultat de calculs

de probabilités, et les progrès de la génétique moléculaire ne feront que multiplier

de tels pronostics sans produire les certitudes que beaucoup en attendent.

Jacques Testart

 

ISOLEMENT  DU GENE DE LA CONNERIE

Nous avons réussi non seulement à découvrir le gène de la connerie (GC), mais également à l’identifier et à l’isoler. Notre mérite est d’autant plus grand que tous les travaux que nous avons effectués ont été faits avec nos propres moyens. Nous n’avons demandé aucune subvention, ni aide de l’Etat, il est évident que l’argent du contribuable doit nécessairement  aller vers des priorités encore  plus vitales.

 

Le méga programme Hugo (Human Genone Organisation) dispose d’un budget d’environ 3 milliards de dollars. Nous n’avons pas demandé à ce que cet organisme prenne une partie des frais occasionnés par nos recherches à leur charge; bien que d’après les promesses des scientifiques et des politiques, celui-ci permettra d’identifier et de localiser plus de 100 000 gènes du corps humain. Nous pourrons ainsi détecter (prévenir ou soigner) les gènes de la criminalité, de l’alcoolisme, de l’homosexualité, des chasseurs d’oiseaux (découverte récente des laboratoires américains), sans parler des cancers, sidas et autres pathologies.

Quant au célèbre gène «soviétique», découvert en 1990 par les scientifiques de l’Institut génétique de Moscou, il a porté à la connaissance du public l’existence du «gène caractéristique des habitants de l’ex-URSS», bien que les observations fussent  contradictoires. Il n’est pourtant  pas nécessaire d’être agrégé en biologie moléculaire pour savoir qu’un Chinois citoyen soviétique est plus proche d’un Chinois citoyen de la République de Chine que d’un Estonien... ! Cette découverte à néanmoins été utilisée par des politiciens pour démontrer l’absurdité des Pays Baltes à demander leur indépendance.

Semblable démonstration s’est renouvelée en Chine. Ainsi, la République populaire de Chine a réussi à prouver qu’elle était en  droit de réclamer le rattachement du territoire tibétain et de sa population !

En revanche, nous avons été particulièrement étonnés par le fait que le programme Hugo ne prévoyait pas de  recherche spécifique pour le gène de la connerie. Certaines mauvaises langues laissent entendre que la découverte et la thérapie de ce gène seraient susceptibles de couper court les sources de financement des promoteurs de Hugo, puisque d’après eux, il est difficilement imaginable qu’un non-porteur du GC puisse dilapider ainsi 3 milliards de dollars pour un tel projet.

 

Comment avons-nous réussi à détecter le gène de la connerie ?

 

Nos observations ont confirmé les assertions de la sagesse populaire, laissant supposer que la connerie pouvait se transmettre de génération en génération. Avant donc de découvrir le GC, nous avons émis l’hypothèse que la connerie pouvait avoir un caractère héréditaire. Il nous a donc fallu trouver une population représentative porteuse du GC. Nous avons rejeté les suppositions de certains chercheurs sexistes, qui ont d’abord proposé d’examiner les gènes localisés sur le chromosome X.  Nous avons pensé qu’il y avait autant de porteurs de GC parmi les hommes que parmi les femmes. Il faut dire que nous avons eu un grand choix de matériel pour nos recherches et nos expérimentations, car (comme nous le savons tous) la fréquence du GC est particulièrement élevée dans nos sociétés.

Après la détermination des porteurs présumés du GC, nous avons procédé à l’isolement de manière habituelle : découpage de l’ADN par les enzymes de restrictions, analyses électrophorétiques, synthèse des copies complémentaires de brins d’ADN. Ainsi, nous avons pu localiser et déterminer que le GC est situé sur le quatrième chromosome.

Comme toutes les découvertes, son isolement pose de très nombreux problèmes de nature éthique, politique et économique. Il offre des perspectives énormes à notre société. Tout d’abord, nous pouvons imaginer (dans un avenir proche) une thérapie génique du GC. Il sera facile alors  de remplacer le gène par l’allele (les allèles, sont les divers gènes responsables pour le codage de même qualité) non GC.

Cependant, si cette technique est trop risquée ou sujette à caution, nous pourrons toujours tenter de bloquer son expression par des produits de type antiviral, comme il en existe tant sur le marché.

Toutefois, nos moyens limités ne nous ont pas permis de savoir si le «gène non GC» donnait de l’intelligence. Nous laissons le soin à nos sociétés, qui ne sont pas connes de terminer ce travail et de le déterminer.

Enfin, nous savons également que les gènes codent la séquence des acides aminés des protéines. Il nous suffira donc de connaître les protéines codées par le GC pour proposer une thérapie viable. Le comprimé anti-connerie n’est-il pas l’ultime découverte qu’attend l’humanité ? On pourrait, par exemple, le recommander à titre préventif avant la signature d’un important contrat et aux participants de rencontres internationales dans lesquelles se jouent le sort de l’humanité.

Dans le domaine de l’agriculture, la découverte de ce gène nous offre aussi de nombreux avantages, entre autres, celle de produire des animaux porteurs du GC. Nous pourrons l’inoculer aux rongeurs (et aux insectes) : ils pourront ainsi s’auto-détruire.

 

La découverte du GC constitue-t-elle une menace pour nos libertés ?

 

Malheureusement, nous sommes obligés de répondre de manière affirmative à cette question. Il est hélas facile d’imaginer que le contrôle génétique de la population - et la discrimination honteuse qui s’en suivra pour les porteurs du GC - marginalisera les individus porteurs du gène. Nous pensons que priver quelqu’un en raison de son patrimoine génétique d’exercer un métier, une haute responsabilité est une pratique inadmissible. Toutes tentatives qui tenteraient d’écarter les porteurs du GC de la fonction publique, administrative, de l’armée (y compris dans le domaine du nucléaire) sont en contradiction avec nos valeurs républicaines.

Une interrogation demeure toutefois : les essais nucléaires accéléreront-ils et favoriseront-ils la mutation  du GC ?

L’étude génétique de la population nous a fourni les premiers résultats très intéressants. Nous avons  découvert que certains milieux professionnels favorisaient sa prolifération. Ainsi, à cause de la sélection darwinienne, nous savons qu’il existe des groupes professionnels à risque,  avec des taux de fréquence du GC beaucoup plus élevés que dans le groupe témoin. Il est évident que nous considérons que cette information relève du secret d’état, et qu’il nous est impossible de la divulguer dans ces colonnes •

 

Jean Aikhenbaum et Piotr Daszkiewicz

 

Dans le but de poursuivre nos recherches avec toute l’efficacité et le sérieux que demande un tel projet, nous faisons appel à toutes les bonnes volontés et acceptons toutes les suggestions. et vos dons évidemment, soyez généreux,  la science avance, et elle à grand besoin de votre argent.

A cet effet, nous sommes prêts a être patronnés par tous ceux et toutes celles qui veulent s’associer à nos recherches : scientifiques, chercheurs (trouveurs ou non),  célébrités du monde des arts, du spectacle, de la politique. N’hésitez pas, votre place est avec nous !

 

 

UN PROGRES ESSENTIEL POUR L’HUMANITE

 

Les gènes poussent comme des champignons. Tous les jours, les scientifiques (par le biais de la presse) nous en font découvrir de nouveaux. C’est la dernière mode. Grâce à ces géniales trouvailles, soyez en certains, nous allons  enfin résoudre les problèmes de l’humanité, et demain nous serons tous beaux, grands et intelligents.

L’un des tous derniers découvert est celui de l’obésité. Nous avons la chance de connaître désormais le gène responsable des rondeurs excessives des jolies dames, de leur cellulite si disgracieuse, des excès de poids des messieurs qui vous assurent qu’ils ne mangent presque rien ! Tout ça ne serait pas arrivé si ce foutu gène responsable de l’obésité n’existait pas !

On sait bien que dans certains pays les autochtones n’ont pas nos malheurs, et qu’ils sont épargnés. Quelle chance ont tous ces petits biafrais... et autres éthiopiens qui vivent dans des pays privilégiés ! Gageons que c’est le soleil qui empêche le développement du gène. Dans les camps de concentration ou les goulags il n’y avait pas d’obèses. Pas de gènes non plus ! Là, c’était probablement les conditions idéales de vie qui faisaient que leurs occupants ignoraient les surcharges pondérales.

 

Nos scientifiques font ce qu’ils peuvent avec les deniers publics. Ils ont des comptes à rendre. Sans ça, quelle serait leur utilité ? Pourquoi tout cet argent englouti ? Pour trouver des réponses et mettre en œuvre une «thérapie génique».

Le seul problème c’est que celle-ci est comme l’arlésienne : on en parle beaucoup - nous pouvons  même dire tout le temps -, mais on ne la voit jamais. Et il est probable qu’on ne la verra jamais, ou du moins pas tout de suite.

Il y a quelques années, des chercheurs américains ont tenté sur des patients volontaires la première opération de génie génétique. Six cents personnes ont été soumises à cette thérapie révolutionnaire qui permet de créer des méthodes de traitement que beaucoup considèrent comme étant le «fin du fin» en matière de recherche scientifique. Hélas, la thérapie génique, malgré les millions de dollars investis, continue à ne donner aucun résultat positif, et rien n’indique que cette médecine de demain s’avérera un jour opérationnelle. «Les thérapies géniques ont suscité d’immenses espoirs, même si, jusqu’à présent, aucun patient n’en a tiré un bénéfice quelconque. Théoriquement, cette technique évitera (quand ? on n’en sait rien... peut-être jamais) l’apparition de maladies héréditaires grâce à l’introduction de gènes correcteurs dans les cellules des patients. Une autre application thérapeutique consiste à modifier l’information génétique des cellules cancéreuses ou infectées par le virus HIV, de manière à ce qu’elles s’autodétruisent». Ce qui, en théorie, suscite un espoir sans borne, trébuche dans la pratique sur des obstacles insurmontables. Ainsi, les scientifiques s’aperçoivent que le corps humain rejette les cellules modifiées génétiquement.

En dépit des problèmes, de nombreux scientifiques ont créé des sociétés dont la raison sociale est de couvrir le développement des thérapies géniques. Mais d’autres scientifiques (non moins renommés), parmi lesquels on compte le Directeur national de la Santé des Etats-Unis, ont observé (avec une certaine inquiétude) la facilité avec laquelle étaient prescrites des substances expérimentales.

L’ambition des scientifiques et les intérêts commerciaux qui tournent autour des thérapies génétiques menacent la toute récente industrie de la biotechnologie. On dénombre de plus en plus d’études qui ne dégagent aucun résultat concluant, ou pis encore, des patients affectés par la thérapie qui était censée les soigner.

Toutefois, les critiques les plus acerbes admettent que la thérapie génique transformera la médecine, en résolvant la cause des problèmes, pour l’instant, c’est encore loin d’être le cas. Il est probable qu’il faille attendre de très nombreuses années avant de trouver des applications à ces techniques révolutionnaires. Et le gène de la connerie dans tout ça ? merci pour lui, il se porte à merveille et il a un avenir radieux devant lui.

 

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