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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:51

Heck,bouffon pitoyable et sanguinaire

 

 

Lorsqu’en 1996 nous avons commencé à nous intéresser à la vache de Heck, il nous a été rapporté que nous n’arriverions pas à prouver que ce sinistre personnage était un criminel de guerre nazi directement impliqué dans les persécutions de populations civiles. Et pour cause, lors de l’avancée des armées alliées, Heck avait pris soin de détruire les archives qui auraient pu le compromettre. Or, ce qu’apparemment les admirateurs actuels de Heck ignoraient, c’est qu’une partie des archives a échappé à la destruction. Depuis la parution de notre travail, Heck intéresse de plus en plus de chercheurs aux USA, en Allemagne, en Pologne, Russie... et même en France. 

Nous avons ainsi appris :

1. Que le brillant professeur Heck, s’est vu refusé par trois fois son doctorat. Il ne l’a obtenu que grâce aux relations que son père entretenait avec le pouvoir. En 1934, dans un article paru dans Terre et Vie (édité par la société d’acclimatation de France) sont relatées les fameuses expériences de Heck dont Goering était si fier et qui consistait à recréer le bison d’Europe en le croisant avec le bison du Canada[1], de Pologne et du Caucase. Bien entendu et déjà à cette époque les expériences de Heck était non seulement considérées par les spécialistes comme ridicules mais également comme dangereuses puisqu’elles pouvaient mettre en péril la sauvegarde du bison européen.

2. Qu’en 1943, sous la tutelle de Heck grand défenseur des droits des animaux et écologiste notoire, les nazis ont « relâchés » trois ours à  Bialowieza. Nous avons mis relâché entre parenthèses parce que ces animaux n’étaient pas originaires de cette région. Les ours avaient été « confisqués » à des gitans roumains montreurs d’ours, avant leur départ vers les camps de la mort. Ni les hommes, ni les ours n’ont résisté au traitement du professeur Heck.

 

3. Au cours de cette même période Heck afin d’asseoir son autorité et de pouvoir mener à bien ses opérations de pillage a été l’instigateur de plusieurs centaines d’exécutions faites parmi les populations civiles. Celles-ci ce sont déroulées dans le Parc Askania Nova en Ukraine. Ces exécutions lui ont permis d’éliminer bon nombre d’opposants afin de pouvoir voler tranquillement les chevaux de Przewalski. C'est en raison de ces exécutions qu’il a été recherché par les pays de l’Est en tant que criminel de guerre. Comme on le voit, Heck n’était pas uniquement un théoricien, chargé de démontrer avec son pseudo aurochs la supériorité de la science allemande et de justifier les théories raciales nazies. C’était également un criminel directement impliqué dans la déportation de populations et l’exécution systématique d’opposants.

 

4. Lors de l’avancée des troupes alliées et afin de laisser le moins de trace possible, Heck a été l’un des responsables chargés de détruire les documents du ZOO de Berlin. Ceux-ci répertoriaient les animaux volés par les nazis dans les pays occupés.

 

 

 

(les 2 dernières informations proviennent d’un article consacrés aux derniers jours du ZOO de Varsovie -Gazeta Stoleczna nr 155, (Warszawa)993/07/06, page nr. 6

 

Les premières réactions que nous avons constaté, c’est que chez admirateurs de ce bovin, le H. qui désigne Heck dans le sigle de l’association SIERDA(H) a disparu. Le nom de Heck est apparemment moins employé.

Il nous a été également rapporté que notre travail a porté préjudice à ce bovin (à sa commercialisation probablement).

Il nous semble important de préciser :

que nous n’avons rien contre cette vache, ni même contre les promoteurs de ce que nous appelons une fumisterie nazie, dont le but était de participer à la justification de la solution finale (déportation des juifs, tsiganes, slaves, homosexuels ainsi que l’éliminations des handicapés). En revanche, il nous est insupportable de voir un bovin domestique présenter au grand public sous l’appellation mensongère d’aurochs, en omettant de dire que celui-ci est porteur d’IBR (voir notre dossier) et sans rappeler les raisons de sa création par les nazis.

Nous insistons spécialement sur le fait que dissimuler volontairement des informations essentielles sur cet animal constitue un mensonge par omission (puisque tous les spécialistes ou éleveurs de ces animaux ont eu connaissance de notre travail et que personne à ce jour n’a contesté son bien fondé). Il est également insupportable de voir les admirateurs des frères Heck glorifier leur passé en occultant leur implication directe dans l’appareil nazi, ainsi que les raisons et le contexte dans lesquels se sont déroulés ces pseudo-reconstructions, ces omissions volontaires constituent ipso facto une forme particulièrement pernicieuse de révisionnisme historique puisqu’elle est indécelable par la majorité de nos concitoyens.

 

 

 

 

 

 

                                            Faux aurochs de Heck

 

                                    Questions sans réponse  à ce jour 

 

 

 

 

 

1°) Le SIERDAH, tente de se justifier en disant qu’il n’est pas dans ses objectifs de faire l’éloge du nazisme et des frères Heck nazis notoires, dans ce cas :

 

-  pour quelles raisons, utilise-t-il dans ses nombreuses communications, pour présenter cet animal, le nom de Heck ? (voir internet, le site de l’école vétérinaire de Nantes et celui du SIERDAH).

 

Le sigle de cet organisme, est sans ambiguïté, il ne laisse planer aucun doute ni sur les objectifs recherchés, ni sur les motivations, (syndicat international pour l’élevage et la réintroduction de l’aurochs de Heck). Cet organisme se propose de « réintroduire »(sic) un animal qui n’a jamais existé et qui n’est qu’un bovin obtenu à partir de métissages récents. Aujourd’hui, le SIERDAH a modifié son intitulé en français, il s’annonce comme syndicat international pour l’élevage la reconnaissance et le développement de l’aurochs-reconstitué. En anglais et en allemand la définition reste toujours la même.

 

 

 

2°) Cet organisme dispose, d’après nos correspondants étrangers de moyens financiers importants puisqu’il a été fait état lors des négociations pour l’introduction de ce  bovin en Pologne de sommes de l’ordre de plusieurs millions de dollars. L’élevage de ces bovins* ne peut générer de profits de cet ordre :

 

- quelles sont les origines de ces fonds ?

 

 

 

3°)  Pour quelles raisons, lorsque les promoteurs associent cet animal à Heck, occultent-ils toujours :

 

a - le passé nazi de Heck et les fonctions importantes qu’il occupait dans l’appareillage            politique du 3ème Reich ? (rappelons que celui-ci était considéré comme le führer de la nature !).

 

b - les raisons et les circonstances qui ont amené les frères Heck à faire ce métissage ? 

 

 

 

4°) Quelles sont les réponses qu’apportent cet organisme aux graves accusations formulées par les instances politiques et professionnelles polonaises ? à savoir :

 

a)  le Ministère de la Protection de la Nature et des Ressources Naturelles de la République Polonaise a jugé ridicule le projet d’introduction du faux aurochs  (souligné par P.D et J.A) en Pologne.

 

 b) Le Conseil National de la Protection de la Nature de la République Polonaise dans un communiqué signé de son Président M. le professeur Zbigniew Glowacinski, qui s’est appuyé sur les opinions de ses experts dont parmi eux celle de M. le professeur Z. Pucek de l'Institut des Etudes de Mammifères, membre de l'Académie Polonaise des Sciences, Président du Bison Specialist Group SCC/IUCN et du Dr. J. Raczynski de l'Université de Bialystok, dans son communiqué celui-ci a donné un avis défavorable sur le :

 

"projet d'élevage et croisement de bovins au nord-est de la Pologne sous la dénomination malhonnêtede  réintroduction d'aurochs" (souligné par P.D. et J.A.).  Pour justifier les raisons de sa décision la commission a souligné :

 

Le caractère malhonnête de cette opération, puisqu’au regard de nos connaissances actuelles de la génétique, il est  impossible de reconstituer une espèce disparue, dans ce cas de figure, il s’agit bien évidemment d'une nouvelle race bovine et non d'aurochs.

 

c) La Commission  a également évoqué les dangers  que comportaient ce projet dans une zone de restitution de bisons (parmi ceux-ci, la possibilité de transmission d’épizooties bovines vers la faune sauvage ne peut être écartée P.D. et J.A), l'incompétence professionnelle des institutions qui ont été désignées pour exécuter ce projet, l’absence d'un programme scientifique et le risque écologique que peuvent présenter des introductions irresponsables d’animaux dans la nature. Les experts ont souligné également que  les buts et les moyens de ces élevages demeurent obscurs (souligné par P.D. et J.A.).

 

d) Quelles explications donnent le SIERDAH, sur la mort prématurée et mystérieuse d’animaux qui a été constatée ? Pour quelles raisons cette information n’apparaît-elle pas ni dans la présentation de cet animal,  ni dans "l'offre" faite à la Pologne (ceci est particulièrement grave puisqu’il est impossible d’exclure des risques épidémiologiques. Ceci nous fait dire dans un courrier adressé à Monsieur le Ministre de l’Agriculture :

 

Nous savons que la population de ce bovin est porteuse de rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR). Pour cette raison le Conseil de l’Europe a fait la recommandation suivante : Exclude the Heck cattle from the regulations aiming to declare the Dutch livestock free from IBR (cow fever). Les recherches actuelles démontrent que cette maladie virale est facilement transmissible (par les tiques, voir l’article de Taylor et all in Science) par l’intermédiaire de diverses autres espèces : les putois, les furets (Smith P.C. 1978), les buffles  (Hedger et all, les yaks (Zhang-Huixue 1987), les cervidés, les lapins (Lupton et all. 1979). Cette information de première importance était absente dans la documentation du projet destinée à l’exportation et au relâchement de ces vaches dans la nature en Pologne. Pourtant, ce projet irresponsable (terme utilisé par les experts polonais du Conseil National  de la Protection de la Nature), fort heureusement a été rejeté par les autorités polonaises. Celui-ci entre autres  présentait de graves risques sanitaires à savoir la transmission de l'IBR vers la faune sauvage et la création de « nouveaux réservoirs » de virus. La population de cette race bovine est actuellement porteuse d’une maladie virale grave sans qu’il en soit fait état sur les sites de présentation de ce faux-aurochs (comme à Rambouillet). Nous trouvons cette dissimulation d’informations essentielles pour le moins surprenante émanant de personnes titulaires d’un diplôme en sciences vétérinaires.

 

 

 

Que répond le Sierdah, à l’analyse que fait Monsieur le Professeur Zbigniew Glowacinski de l’Académie des Sciences de Pologne, qui s’exprime ainsi sur cet animal dans une lettre qu’il nous adresse :

 

Avec M. le Professeur Pucek, nous nous sommes opposés très fortement aux idées malades, (traduction littérale) qui consistaient à vouloir développer en Pologne de telles expériences commerciales, qui viennent en droite ligne des expériences de Heck. Nous vous rappelons que celles-ci auraient pu mettre en péril la restitution du Bison d’Europe (souligné par P.D et J.A).

 

Je sais que le Ministère en s’appuyant sur notre opinion à rejeté ce projet.

 

Je vous remercie vivement pour votre livre, qui relate cette histoire du « retour de l’Aurochs de Heck » et de la démagogie qui en ressort aujourd’hui. Votre livre messieurs, est sans aucun doute un commentaire de grande valeur, et nous vous devons pour votre travail toute notre estime.

 

- Que devons-nous penser des contradictions évidentes dans les propos du Ministre de l’Agriculture (courrier du 3 août 2000)

 

Le 16 décembre 1996, le Syndicat international pour l’élevage, la réintroduction et le développement de l’Aurochs de Heck (SIERDAH) dépose un dossier pour la reconnaissance officielle, en tant que race bovine, de l’Aurochs de Heck.

 

Le 1er juin 1997, vous informez le ministère de l’agriculture et de la pêche du passé nazi des frères Heck.

 

Le 29 décembre 1997, après avis de la Commission nationale d’amélioration génétique (CNAG), le bureau de la génétique animale informe Monsieur Guintard, Président du SIERDAH, que l’appellation d’Aurochs de Heck pose deux problèmes :

 

« - un problème de rigueur scientifique, dans la mesure où ces animaux ne sont pas des Aurochs, qui ont disparu au 17ème siècle.

 

- un problème possible d’éthique, puisque selon Messieurs Daszkiewicz et Aikhenbaum les frères Heck auraient joué un rôle important dans les milieux scientifiques nazis ».

 

En réponse, le 12 janvier 1998, Monsieur Guintard propose l’appellation « d’Aurochs-reconstitué » ; cette proposition est acceptée par la CNAG en tant race bovine....

 

Cette réponse appelle quelques commentaires :

 

Le Ministre reconnaît que ces animaux ne sont pas des aurochs, la CNAG a néanmoins donné son accord pour l’appellation « aurochs-reconstitué », comment cet organisme qui dépend du Ministère de l’Agriculture concilie-t-il les problèmes de rigueur scientifique avec l’utilisation de ce nom ?

 

Quant aux problèmes d’éthique, comment les services du ministère de l’agriculture expliquent-ils avoir accepter comme interlocuteur un organisme dont l’objectif est de réhabiliter un criminel de guerre nazi, qui fait de surcroît la promotion d’une supercherie scientifique nazie ?

 

- dans ce même courrier monsieur Glavany nous dit :

 

 qu’en 1999, après avoir recueilli l’avis de la CNAG autorité compétente, le ministère de l’agriculture et de la pêche a refusé de reconnaître le SIERDAH comme organisme tenant un livre généalogique, au motif que, dans cet acronyme le « H »  signifiait Heck.

 

Or, nous pouvons voir en consultant en consultant le site internet  www.brg.prd.fr/brg/pages/rga/bovins/6_som :

 

que le SIERDAH tient effectivement l’arbre généalogique de cet animal et de plus cette race bovine (issue de bovins domestiques) est considérée comme sauvage.

 



* 2000 en Europe en se rapportant à un reportage fait par la presse, chiffre certainement exagéré, les américains parlent quant à eux de 300 animaux. Il est fort probable que le chiffre réel oscille aux alentours de 500. En France d’après les données qui nous ont été transmises l’effectif total se situerait entre 173 et 202 animaux.

 



[1] Toutes ces expérimentations entraient directement dans le cadre de l’institution du national socialisme prônant l’amélioration et la diffusion de la race aryenne, celles-ci consistaient entre autres à l’extermination des porteurs de mauvais gènes et à la reproduction de tous les porteurs du sang pur aryen. De ce discours découle la nécessité par les nazis « race supérieure » de sauver l’humanité de la dégénérescence et de la guider vers la voie du progrès. E.Fisher- Le problème de la race et la législation raciale allemande ; Etat et Santé. Cahier de l’Institut allemand 1942 n°4. Fernand Sorlot.

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:46

Histoire, Sciences, Totalitarisme, Ethique et Société (H.S.T.E.S)

association loi 1901

Aurochs, le retour...d’une supercherie nazie                                  

Les réactions que nous avons reçues :

 (enregistrées par ordre d’arrivée)

 

Je vous remercie pour votre ouvrage et vous félicite pour votre travail.

Professeur-Dr. Jacek Oleysyn  spécialiste en écologie forestière - University of Minosota

 

Merci de nous avoir adressé une copie de votre publication, nous la référençons dans le Zoological record : 

Title [Aurochs. The return... of a Nazi hoax.]- Original Title - Aurochs. Le retour... d'une supercherie nazie
 Descriptors : Bos primigenius; HISTORY OF ZOOLOGY; PHILOSOPHY AND ETHICS; PALAEARCTIC REGION; Europe; GERMANY; Nazi exploitation of biological
reconstitution - Systematics.
MAMMALIA.. ARTIODACTYLA... BOVIDAE; Bos primigenius
 Supertaxa : Chordates; Vertebrates; Mammals
 Accession Number : 13602003480

Je vous remercie de m’avoir adressé votre ouvrage. J’ai déjà informé notre Ministère de la protection de l’Environnement et l’Institut de Protection de la Nature, dont le siège se trouve à Cracovie. J’ai suggéré également d’en faire une version en langue polonaise.

Prof. Zdzislaw Pucek  - Mamal Research Institute

Polish Academy of Sciences  - PI 17-230 BIALOWEZA (Pologne)

 

Merci beaucoup de m’avoir adresser un exemplaire de votre ouvrage : Aurochs, le retour d’une supercherie nazie. Il est bien présenté et intéressant. J’y retrouve des noms qui me sont familiers...

Dr Ute Deichmann - Historienne des Sciences, spécialiste de l’histoire de la biologie sous le nazisme Professeur de Génétique à l’Université de Cologne - Professeur à Haward

Couronnée par l’Université de Jérusalem.

 

Ce travail fort documenté, a conforté l’impression ou l’intuition que j’avais sur ce sujet depuis une dizaine d’années en particulier sur le caractère « glauque » de ce retour à la race pure à cette époque et dans ce pays.

Votre travail, s’il dérange un peu, nous permet de remettre un peu d’ordre et de rigueur dans nos idées en resituant les contextes idéologiques, politiques et scientifiques du moment....

Thierry Lecomte  - Parc Naturel Régional de Brotonne.

 

L’exemplaire de votre récent ouvrage Aurochs, le retour...d’une supercherie nazie, que vous avez eu l’amabilité de m’adresser il y a quelques semaines, m’est bien parvenu....je tiens à vous remercier vivement de cet envoi très instructif.

Liliane Bodson

Université de Liège - Séminaire d’Histoire des connaissances zoologiques

 

Je vous remercie vivement pour votre livre, qui relate cette histoire du « retour de l’Aurochs de Heck » et de la démagogie qui en ressort aujourd’hui. Avec M. le Professeur Pucek, nous nous sommes opposés très fortement aux idées malades, qui consistent à vouloir développer en Pologne de telles expériences commerciales, qui viennent en droite ligne des expériences de Heck (traduction littérale). Nous vous rappelons que celles-ci auraient pu mettre en péril la restitution du Bison d’Europe.

Je sais que le Ministère en s’appuyant sur notre opinion à rejeté ce projet. Votre livre messieurs, est sans aucun doute un commentaire de grande valeur, et nous vous devons pour votre travail toute notre estime.

Professeur Zbigniew Glowacinski

Académie des Sciences de Pologne

 

L’histoire d’une supercherie scientifique, des institutions d’Etat, l’Office National des Forêts, la Bergerie Nationale, l’Ecole vétérinaire de Nantes sont mêlés à une véritable tromperie scientifique. Elles font l’objet d’une promotion d’un animal, faussement appelé aurochs et créé de toutes pièces par des savants nazis, les frères Heck.... un Jurassic Park nazi...une bouffonnerie... une esbrouffe totale...une supercherie sur fonds public...

Fabrice Nicolineau - Politis n° 578 du 9 décembre 1999 (article disponible - 8 pages)

 

Voici un magnifique travail de recherche qui voit le jour grâce aux encouragements d’Actualité Juive, premier journal à avoir mentionné, sous la plume de Claude Meyer, l’effort de démystification des supercheries pseudo scientifiques nazies...

Actualités Juives n° 637 du  23 décembre 1999

 

Aurochs : se méfier des imitations, Cet animal à longues cornes qu’on présente dans certains zoos comme l’ancêtre de nos bovins domestiques n’est que la « reconstitution » approximative d’une bête sauvage dont la race est éteinte. Une « reconstitution » opérée par des scientifiques nazis...

Fabien Gruhier le Nouvel Observateur  13 - 19 janvier 2000

 

Je tiens à vous remercier vivement de m’avoir adressé votre dernier ouvrage.

Je suis persuadé qu’il contribuera à la lutte contre la résurgence des idées néo-nazies et alertera ceux qui de bonne foi, accorderaient crédit aux pseudo-théories scientifiques que vous dénoncez à juste titre...

Georges SARRE - Ancien Ministre,

Député de Paris 

 

Je vous félicite pour votre travail de recherche historique et scientifique qui prouve de manière irréfutable, une fois de plus que les thèses nazies n’étaient que des assertions controuvées et manipulatrices au service d’une idéologie d’intolérance et de domination.

Le dossier circonstancié que vous avez joint à votre lettre donne une information détaillée sur vos investigations…votre étude est un exemple significatif des pièges dans lesquels un esprit non averti peut tomber. Le travail de recherche que vous avez mené montre combien il est important de rester vigilant et d’exercer son esprit critique sur les informations que nous recevons….

Nicole Fontaine,

Présidente du Parlement Européen

 

Votre publication figure désormais  dans la bibliographie Nationale Israélienne. Celle-ci pourra être consultée désormais par toutes librairies à travers le monde qui dispose d’un rayon judaïca.

Nous vous remercions pour cet ouvrage qui présente un grand intérêt.

Yael Hacohen - Directrice des référencements

Université Hébraïque de Jérusalem

 

C’est une escroquerie scientifique, comme l’homme de PILTDOWN en anthropologie...cette bouffonnerie avec implantation possible dans les forêts européennes - De quoi laisser pantois. Encore bravo, pour ce livre que j’attendais depuis longtemps, alors que je m’apprêtais à faire un article en ce sens dans la revue « TOROS », je ne manquerai pas de commenter votre livre. Oui, c’est scandaleux même seulement sur le plan scientifique. Toutes mes félicitations ....

Docteur J.P FABARON

auteur de l’ouvrage « La Grande Famille du Taureau ».

 

Je tenais à vous exprimer mes plus vifs remerciements pour l’envoi de votre travail consacré à « aurochs - le retour...d’une supercherie nazie...c’est une œuvre, remarquablement documentée et multiple, dont l’originalité et la totale indépendance ont frappé immédiatement l’œil du juriste (et de l’universitaire..) que je suis...votre ouvrage constituera à cet égard un outil rare et précieux, particulièrement pour les jeunes étudiants et pour les chercheurs qui fréquentent notre Centre. Il est d’ores et déjà à leur disposition dans notre bibliothèque.

..... votre travail rappelle au moins les vertus de la vérité (au milieu des faussaires, manipulateurs et « révisionnistes » en tous genres), de la mémoire, et de la résistance...la minutieuse et rigoureuse entreprise d’investigation scientifique que vous avez menée à bien force le respect. Elle est au service de l’intérêt général et des valeurs que nous partageons....

Jérôme BENZIMRA-HAZAN- Ingénieur d’études en droit public

Secrétaire Général du Centre de Recherche sur les Droits de l’Homme et le Droit Humanitaire

Université Panthéon-Assas Paris II

 

Aurochs. Le sous titre « Le retour d’une supercherie nazie » rend bien le sens du travail de nos auteurs. « Nos », car le Courrier a publié en mai 98 en son n° 33, Aurochs, animal préhistorique ou retour d’une supercherie nazie ?...dans cet ouvrage, on trouvera détaillé le pourquoi et le comment de la création d’un « aurochs » par Lutz Heck, dans l’esprit du national-socialisme...

Le Courrier de l’Environnement de l’INRA, nov.99 - n° 38

 

Cet ouvrage est une source d’informations exceptionnelles. J’ai découvert que de nombreuses universités en Allemagne étudient la possibilité de gérer des espaces naturels avec de grands herbivores. L’intérêt semble se concentrer autour du bœuf de Heck. J’ai trouvé un rapport de WWF, qui propose de lancer un programme de « réintroduction de l’aurochs » dans la nature. J’ai écrit, afin de dire que je ne trouvais pas correct d’utiliser l’argent du contribuable ou de réunir des fonds privés pour encourager « un jouet zoologique », que je compare à une escroquerie. Cet argent devrait plutôt être utilisé à sauver les espèces en danger. Le bison européen qui est de fait un animal forestier effectuerait bien mieux le travail de conservation des espaces naturels qu’un vulgaire bovin. ... votre livre est un bon support au développement de mes théories.

Kristian Wendt  - Bison-info (Suède)

 

J’ai lu avec un grand intérêt votre ouvrage ‘Aurochs, le retour d’une supercherie nazie’. Permettez-moi de saluer ce travail exemplaire, riche d’informations. .....merci de votre courrier qui va nous donner l’occasion de préciser notre information sur cette supercherie....

Alain Raveneau - Rédacteur en chef adjoint

Rustica Hebdo

 

Merci de m’avoir adresser votre ouvrage, outre qu’il me permettra de perfectionner mon français, je trouve qu’il est particulièrement intéressant.

Dr Anna Lee Pauls, Université de Princeton

 

Je vous remercie, votre ouvrage est réellement très intéressant. J’avais déjà entendu parler de ce faux aurochs. Cela me fait penser à la tentative de Max von Stephanowitz qui voulait recréer l’original du  chien germain. Je termine en ce moment un ouvrage intitulé :  « Les animaux dans le 3ème reich, animaux familiers, boucs émissaires et  holocauste ».  Je parlerai de votre ouvrage dont l’intérêt mérite qu’il connaisse auprès du public un grand  retentissement.

Dr Boria Sax Université de New York

 

Le retour de la vache d’Hitler, article publié par Gazeta Magazyn - les auteurs actuels de cette fumisterie, sont dénoncés dans aucune complaisance : des charlatans ressuscitent une supercherie nazie... un impact écologique dangereux... le risque épidémiologique d’une telle introduction de vaches est réellement présent.. Adam Wajrak 30 mars 2000 (article de 10 pages en langue polonaise - disponible sur demande)

 

Je veux vous dire mon intérêt pour votre travail sur « les aurochs, le retour d’une supercherie nazie ». Vous démontrez magistralement que ces théories n’ont de scientifiques que le nom, et qu’elles participent d’une propagande intolérable.

Jack Lang - Ministre de l’éducation nationale.

 

La "vache d’Hitler" est de retour, ... une écologie fondée sur la pureté des races... un véritable danger pour la biodiversité... derrière la réapparition du faux aurochs se cache un organisme bizarre mais très puissant qui porte le nom de SIERDAH, ...un vulgaire croisement de vaches.... (condensé en français de l’article paru dans Gazeta Magazyn) – photocopie disponible sur demande.

Courrier International n° 499 du 25 au 31 mai 2000

 

Il a toujours été clair que cet animal est un bovin et doit être considéré comme tel....je comprends vos inquiétudes et votre vigilance et je tiens à vous assurer que je partage votre préoccupations de bannir toute démarche qui pourrait s’apparenter à une tentative de réhabilitation des frères Heck.....Des consignes très strictes ont dores et déjà été données aux établissements qui détiennent ces animaux concernant la communication à destination du public.

Jean Glavany, Ministre de l’Agriculture

 

Aurochs idéologique, illusion génétique,

peut-on reconstituer le patrimoine génétique d’un animal sauvage par hybridation de races domestiques ? certains y ont cru, pour servir l’idéologie nazie de pureté des races. Ce fut le cas de Lutz Heck. Une race bovine que l’on persiste à désigner comme l’aurochs de Heck rappelle cet épisode peu glorieux de la zoologie...

Sciences et Avenir, juillet août 2000, hors série 123

 

La fédération nationale de la Libre Pensée m’a transmis votre livre « Aurochs - le retour d’une supercherie », ce dont je vous remercie. Je ne connaissais pas cette falsification au service de la promotion d’un dignitaire nazi. Je ne manquerai pas d’écrire une note de lecture pour notre mensuel La Raison.

Jean Dubessy animateur de la Commission Sciences de la Libre Pensée. 

 

Toutes mes félicitations, pour la publication de votre 'Aurochs' et vos révélations sur la connerie nazie. Je prépare l'édition d'un livre destiné principalement à mes étudiants du cycle  'Histoire des Idées en Biologie'. Puis-je me servir de vos illustrations ?  Bien à vous.

Professeur Carlos Almaça - Zoologiste, Historien des Sciences, Université de Lisbonne.

 

Mille mercis, votre livre m’a vivement intéressée et me concerne....je tâcherai de faire connaître votre aurochs...

Professeur Elisabeth Ardouin-Fugier

 

 ....Je dois vous dire aussi que votre travail de dépistage dans l'affaire "faux aurochs" est très bien accueilli en Pologne et que votre  livre suscite un intérêt considérable.

Professeur Zygmunt Vétulani

 

....votre dossier est convaincant et inquiétant. Il ne faudrait pas en effet que la louable écologie d’aujourd’hui serve à la reviviscence de tristes manipulations. Je ne sais si l’affaire de la « vache de Hitler » va se trouver en évidence du fait de toutes les inquiétudes actuelles.

Professeur Alain Corbin - Centre de Recherches en Histoire du XIX° siècle

 

Il est regrettable que les organisateurs de la manifestation n’aient pas eu vent des éléments que vous relevez dans votre lettre et dans votre ouvrage. J’ai informé ce jour M.Deiss, qui vous remercie de nous avoir contactés.

Je tiens toutefois à vous rendre attentifs au fait que la demande de patronage qui nous fut soumise) l’époque ne nous permettait en aucune façon de déceler une éventuelle irrégularité "technique". Contrairement aux organisateurs et aux autres membres du comité d’honneur, le ministre des affaires étrangères, invité en tant que Fribourgeois, n’est d’ailleurs pas un connaisseur averti des questions animales.

Alexandre Mossu, Collaborateur personnel du Chef du Département des Affaires Etrangères (Suisse)

 

J’ai l’avantage d’accuser réception au nom de M. Pascal Couchepin, Conseiller Fédéral, de votre envoi du 10 janvier dernier. Le Chef du Département fédéral de l’économie a pris connaissance avec beaucoup d’attention de vos remarques et commentaires relatifs à l’idéologie qui accompagne la reconstitution de l’Aurochs de Heck. Il vous remercie de l’avoir informé sur cette problématique importante et sur les abus qui peuvent en découler.

Raphaël Saborit, Collaborateur Personnel du Chef du Département Fédéral de l’Economie (Suisse)

En ma qualité de directeur d’un établissement public national, je me dois d’être attentif à d’éventuelles tentatives insidieuses de développement d’idéologies intolérables au sein de notre démocratie. Compte tenu de la dimension de ce dossier, je compte le soumettre pour suite à donner, à mon autorité de tutelle, en l’occurrence le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Je vous tiendrai informé des éventuelles suites que mon administration souhaitera donner à cette affaire.

Professeur Gilbert Bonnes, Directeur par intérim de l’Ecole Vétérinaire de Toulouse.

 

Je viens tout juste de terminer la lecture de votre ouvrage et qui révèle qu’il ne s’agit pas uniquement d’une fraude scientifique, mais montre l’échec et la trahison de ceux qui prétendent être des intellectuels. C’est l’époque de la trahison des clercs, quel siècle! Nous devons préserver la mémoire, tout comme Sakharov. Bravo encore pour votre ouvrage. En fonction de vos informations, je vais pouvoir mettre de l’ordre dans mes idées, je prépare un article sur ce sujet. Vous ne pouviez pas mieux tomber.

Professeur Franck Fox - Historien, chercheur, auteur de nombreuses publications, couronné pour ses travaux par de nombreuses universités ; publié par Washington State University, Harper/Collins, etc.

 

Merci beaucoup pour votre livre sur les "aurochs". Je n'avais jamais rien lu auparavant sur ce sujet. Ce sujet est tellement passionnant que je l’ai lu d’une traite. Dommage que le ZOO a Barcelone n'expose pas cet animal, j’aurais pu faire un article pour dénoncer cette supercherie. Cette histoire est incroyable. Votre travail est bien documenté.
Miquel Molina - "La Vanguardia" a Barcelone

 

J’ignorais tout de cette supercherie concernant les faux aurochs et vous remercie très vivement de m’avoir informée. En ce temps de négationismes fréquents et de négation de la réalité, il est bon que des organismes comme le vôtre rétablisse des vérités.

Corinne Lepage Ancien Ministre de l’Environnement.

 

Merci d’avoir bien voulu me faire parvenir votre ouvrage. J’ignorais tout de cette histoire d’aurochs, laquelle s’apparente à tant d’autres fables pseudo-scientifiques nazies, inventées ou, comme dans le cas de l’Atantide par exemple, adaptées à la cause brune. Je vous remercie aussi de votre vigilance. Il faut traquer la bête, bien réelle celle-là, partout où elle se terre. Croyez bien, Messieurs à mes sentiments très cordiaux.

Elie Barnavie - Ambassadeur d’Israël en France.

 

Je vous accuse bonne réception du livre : Aurochs le retour.... d’une supercherie nazie, dont je viens de terminer la lecture, ainsi que des documents annexés. Je vous remercie de me l’avoir adressé. Comme beaucoup de biologistes et paléontologues, j’avais entendu parler de la tentative de « reconstitution » des aurochs, du caractère à bien des égards « sulfureux » de cette tentative et de son contexte, mais n’étant pas du tout spécialiste de ces questions, je n’y avais pas attaché grande importance et croyais l’affaire terminée depuis longtemps. A cet égard, votre travail m’a éclairé. Il cite une bibliographie pratiquement inconnue en Europe occidentale (sauf peut être de quelques rares spécialistes) et dévoile la poursuite actuelle d’une tentative bien discutable à divers point de vue....  Tel qui est, je crois qu’il constitue une tentative de démystification fondée sur un effort de probité intellectuelle qu’il faut saluer....

A.  de Ricqlès - Professeur au Collège de France, Chaire de Biologie historique et Evolutionnisme

 

  

Suite à votre courrier concernant l'"auroch", j'ai procédé derechef à la modification dans notre site sur le papier concernant le domaine du Ciran. Comme vous pourrez le lire en vous rendant sur le site, j'ai donc remplacé le terme "auroch" par "une vache issue d'un croisement de quelques races bovines".

Je vous remercie pour votre courrier qui m'a permis d'apprendre une chose que j'ignorais concernant cette supercherie et qui m'a fort intéressé.

En espérant avoir ainsi répondu votre attente.

 Marc Vassal, Conseil Général du Loiret

 

Vous avez eu l’obligeance d’informer Luc Ferry de l’action conduite par l’association H.S.T.E.S pour démystifier l’escroquerie scientifique que constitue la re-création par le criminel de guerre nazi Heck de l’espèce disparue des aurochs et pour dénoncer l’utilisation qui en est faite aujourd’hui dans le domaine éducatif, laquelle s’avère d’autant plus regrettable qu’elle contribue à valoriser le concepteur de cette supercherie.

Monsieur le Ministre me charge de vous remercier de l’envoi de ce dossier qui a retenu toute son attention, il en a prescrit l’examen approfondi et l’étude des mesures qui s’avèrent nécessaires….

Agnès Evren - Chef de Cabinet, Ministère de la Jeunesse – Education Recherche

 

Jallon, Emmanuelle, 2002, Aurochs, l'éternel retour... Patrimoine, tourisme et controverse à la Ferme de l'Aurochs, Université de Besançon, mémoire de maîtrise.

 

Merci pour cette lecture fort instructive. Un petit tour sur le Net montre qu'il y a encore du chemin à faire mais que vous avez bien avancé depuis la publication du livre. Bien cordialement,
 Georges Métailié  Directeur de Rcherches au CNRS.

 

Actuellement au monde il n'y a plus d'aurochs et une espèce disparue ne peut pas être reconstituée même par des croisements aléatoires...L'aurochs reconstitué est une simple vache …

C'est un Bos taurus et non primigenius. Ils ne possèdent pas les critères de différenciation: taille, morphologie des cornes, dimorphisme sexuel... J'ai fouillé pas mal de grottes avec de vrais aurochs....

 Ces aurochs dit reconstitués proviennent de croisements d'espèces domestiques dans les années 30  par les frères Heck, criminels de guerre nazi Après avoir lu plusieurs articles sur les néo-aurochs et suite aux doc que vous m'avez parvenir (vous constaterez que je n'ai rien inventé et que je me suis fortement inspiré de vos textes), j'ai réagi par les 2 textes en doc. attaché. Théoriquement je dois intervenir  en juin prochain aux journées de la préhistoire de Valflaunès... les faunes anciennes qui existent encore....bref Merci encore pour votre doc et très cordialement vôtre

Jean-Yves Crochet - Université de Montpellier 2 - Gestionnaire de RNR

Paléontologue et membre de la Commission Patrimoine Géologique de RNF...

  

l’ouvrage est référencé dans de nombreux catalogues universitaires notamment par :

- le catalogue on line du British Museum

- ISIS (importante revue américaine consacrée à l’histoire des sciences)

- persoonlijke mededelingen P.63   

- par la prestigieuse revue de la Station Zoologique de Naples : History and Philosophy of the Life Science (vol 22 nr 1 - 2000).) - Cet ouvrage est également mis à la disposition des chercheurs,
- par The Natural History Museum

- la Bibliothèque de l'Institut d'ethnologie et du Musée d'ethnographie de Neuchâtel (Suisse) etc.

- Database – 2951436408 - http://www.pitbossannie.com/rps-s-national-socialism-and-science.html

Cattle Breeding Europe /Urus Reintroduction Europe./ Fraud in science./ National socialism and science.

 

Nos premiers résultats ... !

- malgré les pressions exercées par l’organisme falsificateur, la médiatisation de cette supercherie a pu se faire avec le concours de nombreux médias, tant professionnels que grand public. 

- Après avoir eu connaissance de notre travail :

le Ministère de la Protection de la Nature et des Ressources Naturelles de la République Polonaise a jugé ridicule le projet d’introduction du faux aurochs  (souligné par P.D et J.A) en Pologne,. Le Conseil National de la Protection de la Nature de la République Polonaise dans un communiqué signé de son président M. le professeur Zbigniew Glowacinski, qui s’est appuyé sur les opinions de ses experts dont parmi eux M. le professeur Z. Pucek de l'Institut des Etudes de Mammifères de l'Académie Polonaise des Sciences et Président du Bison Specialist Group SCC/IUCN et du Dr. J. Raczynski de l'Université de Bialystok a donné un avis défavorable sur le :

"projet d'élevage et croisement de bovins au nord-est de la Pologne sous la dénomination malhonnête de  réintroduction d'aurochs" (souligné par P.D. et J.A.).  Pour justifier les raisons de sa décision la commission a souligné :

- Le caractère malhonnête de cette opération, puisqu’au regard de nos connaissances actuelles de la génétique, il est  impossible de reconstituer une espèce disparue, dans ce cas de figure, il s’agit bien évidemment d'une nouvelle race bovine et non d'aurochs.

- La Commission  a également évoqué les dangers  que comportaient ce projet dans une zone de restitution de bisons (parmi ceux-ci, la possibilité de transmission des épizooties bovines vers la faune sauvage ne peut être écartée P.D. et J.A), l'incompétence professionnelle des institutions qui ont été désignées pour exécuter ce projet, l’absence d'un programme scientifique et le risque écologique que peuvent présenter des introductions irresponsables d’animaux dans la nature. Les experts ont souligné également que  les buts et les moyens de ces élevages demeurent obscurs (souligné par P.D. et J.A.).

Ce projet malhonnête et irresponsable, et nous ne pouvons que nous en féliciter a échoué en Pologne en partie grâce à notre travail. Nous sommes particulièrement étonnés, qu’aucune sanction à notre connaissance, n’ait encore été prise à l’encontre des fonctionnaires qui ont montés et couvrent encore cette supercherie. Nous trouvons également scandaleux, que malgré notre mise en garde une chaîne de télévision telle que M.6, se soit associée en toute connaissance de cause à la médiatisation de cette sulfureuse arnaque. 

En conclusion, nous pouvons dire que :

le faux aurochs de Heck est un bovin ordinaire. Il est porteur d’une maladie virale grave, transmissible. Les objectifs recherchés par les actuels « reconstructeurs » bien qu’ils s’en défendent consistent à promouvoir une supercherie scientifique destinée à réhabiliter le nazi Heck ».

 

 

L’ensemble du dossier est consultable sur demande.

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:35

           Quelles auraient été  les peines encourues par Heck, s’il avait été jugé ?

 

Afin de répondre à cette question, nous avons consulté deux spécialistes :

- un professeur de droit pénal à l'Université de Poznan, auteur de plusieurs ouvrages sur la responsabilité juridique des criminels nazis ;

- un  professeur de droit pénal de l'Institut de Droit de PAN, l’Académie Polonaise des Sciences.

     Pour ces juristes, cette question doit être analysée en fonction  de trois actes législatifs différents, ceci en raison  de la situation compliquée dans laquelle se trouvait la Pologne après la guerre.

 

1.) au regard  du code pénal de la République Polonaise de 1932 ;

2.) au regard des décrets du Président de la République Polonaise en exil ;

3.) au regard de la loi de la République Populaire de Pologne, particulièrement à partir du décret de 1944 sur la responsabilité des criminels, qui pendant l'occupation hitlérienne de  Pologne, ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

    

 

     La peine qu’aurait encourue  Heck pour ses crimes, en se référant au  code pénal de 1932 (article 259), vu le décret présidentiel spécifique à l'état de guerre (Décret du 1/09/1939) et vu le décret présidentiel du 19/03/1928 était la peine capitale en l’absence de circonstances atténuantes. Cette peine pour être appliquée aurait dû être prononcée à l'unanimité.

 

     En se référant aux  décrets du Président de la République Polonaise en exil (et plus particulièrement au décret du 31/03/1943 art. 6) Heck était passible de   la peine capitale ou de la peine de prison à perpétuité.

 

     En se référant au décret du 31/08/1944 (Art. 2) Heck pour ses agissements était passible d’une   peine qui ne pouvait être inférieure à trois ans de prison ferme et pouvait aller  jusqu’à la peine capitale en passant par la peine de prison à perpétuité.

 

Les crimes commis en Pologne par  Heck ne sont pas ses seuls agissements criminels. Son engagement nazi, dans les  plus hautes sphères de la propagande et son rôle clé dans l'appareil administratif, n’ont jamais fait l'objet d'une quelconque enquête ou instruction judiciaire. L’exemple du physicien Philippe Lenard, chantre de la physique aryenne, auteur du Deutsche Physik (livre qui tente de démontrer la conception raciste de la science), condamné à quatre ans de travaux forcés est significatif. Lenard, contrairement à Heck n’était qu’un simple théoricien et n’a à aucun moment participé à la concrétisation de ses projets. Malheureusement, le rôle des intellectuels dans les crimes de crimes de guerre et contre l’humanité sont toujours occultés. Les rares ouvrages sur ce sujet restent pratiquement inconnus en Europe[1].

Heck, pour seule conséquence de ses crimes, a été après guerre   écarté de toutes fonctions dans les organismes internationaux de protection de la nature,  et  n’a plus jamais occupé de poste important dans la fonction publique dans l’Allemagne dénazifiée.

 

                                                     Chapitre 7

                 L'affaire du "faux-aurochs" face à l'éthique scientifique

 

On le sait assez, l'intérêt des savants n'est pas toujours d’accord avec l'intérêt des sciences.

 

Lamarck

 

La vérité, en effet, ne transige pas : celui qui la recherche doit faire preuve de la plus grande probité morale ; s'il n'en est pas ainsi, il est vite démasqué.

 

François Prevet[2]

 

 

L’éthique dans les recherches scientifiques est, l’une des préoccupations  de la communauté scientifique, mais est aussi celle des médias. Les fraudes semblent être plus fréquentes qu’on ne le pensait auparavant[3]. Quelques pays ont créé des organismes pour surveiller les dérives éventuelles au niveau des recherches et des pratiques scientifiques[4]. A ce titre l'affaire du "faux-aurochs" est particulièrement intéressante. Rarement dans l'histoire des sciences, il n’a été possible de rencontrer  une telle  situation dans laquelle tant de principes de l’éthique scientifique ont été bafoués.

 

Nomenclature naturaliste et éthique

 

Mme Aline Raynal-Roques, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle fait remarquer[5] que  le nom d'une espèce "doit être utilisé pour l'espèce à laquelle il s'applique, quelles que soient la nature et la signification de ce nom. On ne peut que conseiller d'éviter à tout prix la mode passagère, le bizarre et le ridicule lorsque l'on a à nommer une plante"[6]. Comme exemple  de "nom bizarre" l'auteur de ce livre mentionne le  nom d'une plante (Kalanchoë salazari) dédié au dictateur portugais. Certes dans le cas du "faux-aurochs" il ne s'agit pas du nom d'une espèce mais seulement de la dénomination d'une race bovine. Dans ce cas précis, il existe des règles de  bonnes moeurs scientifiques à respecter. En baptisant sa vache  "aurochs de Heck", le SIERDAH a enfreint trois de ces principes essentiels.

 

Manipulation de données historiques

 

Dans la présentation de ce "faux-aurochs" les auteurs du SIERDAH, font  souvent appel à des données historiques. Fort curieusement, leurs textes contiennent des  informations sur les (vrais) aurochs, par ailleurs très intéressantes et bien connues, comme celle de la protection des aurochs par l'administration royale  de Pologne, ou aux notes prises par des voyageurs naturalistes sur les derniers aurochs ou bien encore donnent un aperçu de textes anciens.  Le seul problème est qu’aucune de  ces données n’a de près ou de loin, de rapport réel avec l'histoire de la "vache de Heck". Le rapprochement n’est fait,  bien évidemment que pour  crédibiliser cette supercherie, ce qui constitue manifestement une manipulation de données historiques.

Ce qui est encore plus frappant, c’est la façon dont est faite la présentation des informations qui sont abondantes sur les vrais aurochs. En revanche, nous ne trouvons rien  qui se rapporte aux  faux-aurochs, cette histoire n’existe pas pour ces auteurs ! Il est impossible  dans ces publications d’en trouver trace, malgré la profusion de sources bibliographiques qui sont disponibles  sur la supercherie du "faux-aurochs". Le premier que nous pouvons prendre et qui est significatif : dans les articles publiés et cités par le SIERDAH nous ne trouvons nulle part d’informations qui rappellent le contexte dans lequel se sont déroulées les "expériences de Heck". Pas une seule parmi toutes les abondantes citations à "la gloire du 3ème  Reich" présentes dans les travaux originaux de Heck, ne figure dans le travail du SIERDAH. Le nom du Reichmarechal Goering personnage clé, n’apparaît nulle part. Pourtant sans sa participation active, l'introduction de ce "faux-aurochs" dans la nature aurait été totalement impossible. Comment ne pas mentionner  (occulter) un personnage aussi célèbre ? C’est au Reichmarechal Goering que revient tout le mérite de cette introduction, puisque cette opération a été considérée comme une affaire d’état et a fait l’objet d'un décret spécial qu’il a signé personnellement[7]. Sans ce concours providentiel, la vache de Heck serait restée ce qu’elle est réellement un bovin ordinaire, et sans lui aujourd’hui, cette vache serait à sa juste place dans les poubelles de l’histoire[8].

Heck était très reconnaissant au Reichmarechal Goering pour tout l'intérêt que celui-ci portait aux "faux-aurochs". Il le considérait  comme un "grand protecteur de la nature". Nous ne savons pas pourquoi dans les bibliographies sur les "faux-aurochs" n'apparaît jamais une publication fondamentale de Heck. Il s’agit d’un article crucial qui décrit  la pseudo-reconstruction de l’aurochs, intitulé "Hermann Goering, der Schützer des deutschen Urwildes" publié par Heck en 1943 à Munich dans Wild und Hund. Cette  revue nazie destinée aux  chasseurs a fait paraître dans ses colonnes  plusieurs articles sur les "faux-aurochs". Toutes ces références bibliographiques sont également absentes dans les publications du SIERDAH.

La manipulation des sources historiques ne s'arrête pas à l’association abusive entre la "vache de Goering" et l’aurochs, ni même à occulter les circonstances et les sources historiques qui démontrent la relation étroite entre le nazisme et cette supercherie. Dans les articles qui accompagnent la commercialisation du "faux-aurochs" nous ne trouvons jamais non plus les moindres traces de la discussion des naturalistes au sujet du statut de cet animal.  Depuis les années trente le statut du "faux-aurochs" ne fait plus aucun doute pour les spécialistes.

Le verdict ne laissait planer aucun doute, l’animal en question était une race bovine récente. Mais chose curieuse, ces travaux ne figurent pas non plus dans les publications que nous proposent le SIERDAH.

Mieux encore parfois les textes sont utilisés, mais les passages  qui ne vont pas dans le sens qu’en attendent les vendeurs du "faux-aurochs" sont censurés. A titre d’exemple nous pouvons citer le travail de M. Karol Lukaszewicz. A plusieurs reprises dans les publications faites par les auteurs du SIERDAH, les informations sur les circonstances de la disparition des derniers spécimens d'aurochs dans la forêt de Jakotorow en Pologne en 1627, sont relatées. Ces informations ont pour origine les travaux de K. Lukaszewicz. Ce naturaliste prépara une thèse sur la disparition des derniers spécimens d'aurochs. Cette thèse a été publiée[9] et jusqu'à ce jour,  c'est la principale source qui traite de  ce sujet, elle fait office de référence. Depuis le travail de K Lukaszewicz a été cité plusieurs centaines de fois, par quasiment la totalité des auteurs qui ont travaillé sur la disparition de l'aurochs. Le SIERDAH a repris et cite les faits établis dans la thèse de cet auteur. La thèse de K Lukaszewicz se termine par quelques phrases au sujet de la "pseudo reconstruction d'aurochs". Cet éminent spécialiste écrit que l'animal dont il est question n'a rien à voir avec l'aurochs, qu'il s'agit d'une nouvelle race bovine. C'est d’ailleurs M. Karol Lukaszewicz qui est l'auteur de cette excellente métaphore,  ou il explique que le "faux-aurochs est à l’aurochs ce que le berger allemand est au loup". Il est étonnant que cette partie très intéressante de sa thèse (pourtant par ailleurs largement utilisée et citée) n'est jamais prise en considération ni même mentionnée dans les publications qui accompagnent  la commercialisation  de ce  "faux-aurochs". Citer une source historique et reprendre  uniquement la partie qui "convient à l'auteur" et occulter le reste est considéré être une manipulation de l'information. D’une manière générale, toutes les instances s’accordent à dire, que ce type de démarche disqualifie un chercheur.

 

Un cas flagrant de  falsification d’une donnée scientifique.

 

Parfois, hélas très rarement, il arrive que des naturalistes retrouvent une espèce considérée comme disparue. Ces informations sont particulièrement importantes et relèvent pratiquement toujours du sensationnel. Cela a été dernièrement le cas pour le faisan d'Edwards retrouvé au Vietnam grâce à l'action de WWF et, il y a quelques dizaines d'années pour celle du kangourou Parnaba wallaby[10], retrouvé dans une des îles australiennes. Ces deux espèces étaient considérées éteintes depuis longtemps. Dans des situations semblables, la simple déclaration des naturalistes sur leurs observations est suffisante, jusqu'à la confirmation des données pour publier l'information sur l'espèce "disparue", retrouvée. Bien évidemment une photo est une preuve qui confirme l'observation, et en plus elle est considérée être d’une  grande valeur scientifique.

Si quelqu'un arrivait à retrouver un aurochs (espèce éteinte en 1627) ou mieux  encore si il était possible de voir des spécimens en captivité, cela  serait sans aucun doute l’une des plus sensationnelles communication scientifique du vingtième siècle. Même la simple publication de la photo d'un aurochs serait un événement historique sans précédent. Malheureusement ceci n'est plus possible cette espèce a totalement disparue.

Nous avons constaté avec  étonnement que durant ces quelques dernières années plusieurs photos d'un animal ont été publiées[11]avec comme description aurochs. Bien évidemment l'animal représenté sur la photo ne saurait être un aurochs. Nous nous trouvons donc devant un cas flagrant de falsification d'une donnée scientifique!!!

Nous avons voulu savoir ce qui se passe habituellement dans une falsification de ce type. Pour répondre à cette question nous avons consulté des documents, qui touchent à la fraude scientifique, publiés par des institutions considérées par la communauté scientifique internationale comme des références. "Procedure in case of suspected scientific misconduct", règles adoptées par le Sénat de Max-Planck-Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften en novembre 1997, rapporte que  la manipulation d'une représentation ou d'une illustration (un trucage ou la manipulation d’une photo ou une fausse description qui accompagne un document ou une photo) est citée comme un exemple de  falsification de données scientifiques. La découverte de ce type de comportement de la part d'un chercheur donne obligatoirement lieu à une enquête officielle destinée à démasquer la manipulation  scientifique.

A toutes fins utiles, nous signalons que la réglementation "anti-fraude" de cette prestigieuse société savante prévoit des sanctions contre les auteurs de  fraude et  contre les personnes qui ont participé  d’une façon active dans  ce qui est défini comme une  mauvaise conduite scientifique[12]. Sont compris  dans cette catégorie, les tentatives faites par des supérieurs pour couvrir les fraudes d'un chercheur. La participation passive est également repréhensible.

Plusieurs sanctions sont prévues pour l’utilisation  de données falsifiées[13], ou la publication de ce type d’information. Elles consistent en premier lieu  à destituer les fraudeurs  de leurs diplômes ou à les priver de leurs  licences professionnelles jusqu'à ce que l’instruction des plaintes fassent l’objet d’une poursuite pénale.

Nous avons consulté la réglementation et les pratiques de l’Office of Reserach Integrity, cette institution  surveille du point de vue de l’éthique les scientifiques américains. Dans des cas semblables (description fausse d'une photo) la sentence prononcée interdit pratiquement toujours aux  chercheurs qui ont truqué des données de travailler pour des institutions publiques américaines.   D’autres sanctions disciplinaires accompagnent habituellement cette interdiction, elles sont très variables, mais généralement plus sévères que les mesures qui frappent les chercheurs européens indélicats.

 

Le révisionnisme historique et la réhabilitation du nazisme

 

Dédier le  nom d'un animal à la mémoire d'un naturaliste est considéré dans le monde scientifique comme l’un des plus grands honneurs que l’on puisse lui décerner. Vouloir honorer ainsi une personne responsable de crimes commis, tant en Allemagne que  dans les pays occupés est révoltant et inexcusable. Nous avions tout d’abord pensé que les personnes qui font l’éloge de Heck et le "sortent des poubelles de l'histoire" en accréditant ses supercheries  ignoraient tout de ses "activités" en Pologne et en Biélorussie sous l'occupation. Nous pensions que le fait que ce criminel avait été l’un des plus proches conseillers d'Hitler, leur avait échappé. Pourtant, nous avons vite été convaincus du contraire. Les institutions et les personnes qui commercialisent  les "faux-aurochs" sont indiscutablement des professionnels et ils citent les travaux de Heck très souvent dans leurs publications. Ce dernier n'a jamais caché ses "sympathies" ni la fierté qu’il éprouvait, parce que "le Reichmarechal s’était personnellement impliqué dans l'introduction de ces vaches dans la Pologne occupée". Il n’a jamais dissimulé que l’un de ses principaux buts était "la gloire et la pérennité du 3ème Reich". Dans les travaux des naturalistes originaires des pays occupés on retrouve de nombreuses notes sur Heck, qui rapportent notamment le vol des collections et la description de "sa brillante carrière" au sein de l'appareil administratif nazi. Comment des spécialistes qui, par la force des choses ont été obligés de lire ces travaux, auraient-ils pu  ignorer ces  faits ? Nous leur laissions le bénéfice du doute. Mais leurs courriers adressés au Courrier de l'environnement de l'INRA ont bien confirmé   que ces "admirateurs de Heck", connaissaient ces faits. Dans les réponses qu’ils formulent,  ils écrivent que notre article n'apporte aucun fait nouveau. Ceci est exact, puisque nous avions alors travaillé sur des données connues[14]. Par cette déclaration ils reconnaissent implicitement, qu’ils avaient connaissance des pratiques de Heck en Pologne entre 1941 et 1944 et de son comportement en Allemagne nazie.

L’éloge de Heck dépasse largement le cadre "d'un révisionnisme ordinaire". Les révisionnistes déclarent que les atrocités des nazis et l’Holocauste n’ont jamais existé. Dans le cas de la "vache de Heck", les auteurs par leur réponse laissent entendre qu’ils savent que Heck est responsable de crimes commis dans les pays occupés et en Allemagne,  et que l’hommage qu’ils lui rendent ne doit pas tenir compte de  son passé de criminel, mais a uniquement pour but de valoriser une supercherie scientifique élaborée dans une des périodes les plus sombres de l’histoire humaine.

Traditionnellement dans certains corps de métiers,  il existe une règle de solidarité professionnelle entre ceux qui vivent  dans des pays démocratiques et jouissent de liberté et ceux qui n’ont pas cette chance et qui vivent  dans des systèmes totalitaires. Ainsi les journalistes occidentaux s'organisent et défendent leurs confrères persécutés pour des raisons politiques dans diverses parties du monde. Dans le monde scientifique cette solidarité est considérée être une partie particulièrement importante de l'éthique professionnelle. Dans tous les pays occidentaux, la liberté est une condition de bon fonctionnement de la science, les scientifiques ont devoir non seulement de rechercher la vérité mais aussi de la défendre. C’est pour cette raison que des chercheurs du monde entier ont fait pression sur les autorités soviétiques pour obtenir la libération  d’Andrei Sachkarov. Tout ceux  qui portent un intérêt à l'histoire des sciences naturelles des années trente et quarante connaissent le sort tragique qu’ont subi les naturalistes et chercheurs des pays occupés[15].

Il suffit de lire quelques publications de cette époque[16] pour savoir que plusieurs grands naturalistes ont été victimes du nazisme. Les professeurs de l'Université de Cracovie ont tous été déportés dans le camp de concentration de Sachsenhausen. Parmi eux se trouvait M. Siedlecki,  grand zoologiste et pionnier de la protection de la nature. Les professeurs de l'Université de Lvov ont été exécutés juste après la prise de cette ville par l'armée allemande. Joseph Paczoski, pionnier de la phytosociologie, directeur de la réserve d'Ascania Nova[17] qui a été  le premier directeur du Parc National de Bialowieza est mort des suites "d’un interrogatoire" de la gestapo. Roman Kuntze, spécialiste de renommée internationale dans le domaine de la zoologie forestière a été fusillé avec sa femme, les premiers jours de l'Insurrection de Varsovie en août 1944. Plusieurs zoologistes connus pour leurs travaux sur les aurochs (les véritables) ont courageusement combattu le nazisme, il suffit de citer Karol Lukaszewicz, membre actif de la résistance et organisateur de l'enseignement clandestin. Jan Zabinski[18], spécialiste du bison d'Europe, officier de la résistance  six fois médaillé pour son courage[19]. Il est pour nous incompréhensible que l’on puisse aujourd’hui choisir de faire  l’éloge au criminel nazi Heck et non à ces naturalistes importants, qui ont été ses victimes. Ceci est contradictoire à la tradition de solidarité professionnelle (mais aussi de solidarité humaine tout simplement)[20].

     Il nous est difficile d’accepter cette version de l'histoire qui fait que Heck est présenté en tant que victime de guerre[21]. Dans  la publication de M. Guintard[22] on peut lire que "l'expérience de remise en liberté (des faux-aurochs PD et J.A) fut par la suite stoppée par la seconde guerre mondiale". Nous allons presque plaindre ce "pauvre Heck" de n’avoir pu continuer de travailler à Bialowieza à cause de  ...la fin des hostilités.

Voilà encore une façon  pour le moins très étrange "d’interpréter l’histoire".

La seconde guerre mondiale a plutôt "offert" à Heck des opportunités inespérées. Non seulement celles de voler les collections naturalistes, de s’approprier les résultats de travaux d’autres scientifiques, mais également celle de relâcher ses faux-aurochs dans la Forêt de Bialowieza. Cela aurait été irréalisable en temps de paix  du fait que cette forêt était protégée par l'administration polonaise (une grande partie avait déjà le statut de Parc National).  Cela aurait été impossible également, parce que les naturalistes polonais étaient très réservés quant aux  introductions de nouvelles espèces dans la nature. La dernière des raisons est que pour tous les naturalistes qualifiés, cet animal n’a jamais été un aurochs et que cette vache ordinaire  ne présentait  aucun intérêt particulier.

Il est invraisemblable de croire que Heck aurait eu la possibilité de relâcher ses "faux-aurochs" dans un site aussi prestigieux que celui de la Forêt de Bialowieza, sans  l'envahissement de ce pays par l'armée allemande (ni même ailleurs en Pologne, les relations avec l'Allemagne étaient très tendues longtemps avant la guerre). La guerre n'a donc pas stoppée "ces expériences" mais bien au contraire,  elle les a rendues possibles. Certes l’histoire peut se prêter à  diverses interprétations. Il y a toutefois des limites que nous impose la vérité historique. Considérer que de telles circonstances soient responsables de la  "fin d'une remise en liberté " (sic!) ne mérite aucun  commentaire.

 

Quelques autres questions éthiques

 

L'affaire de ce "faux-aurochs" est intéressante également pour d’autres raisons. C’est  l'éthique professionnelle des "gestionnaires des espaces naturels" qui se trouve en cause. La gestion écologique est un métier difficile qui justifie une responsabilité spécifique. Une action irresponsable ou l'usage de fausses données peut avoir des conséquences tragiques et aller jusqu'à provoquer une catastrophe écologique irréversible.

"Les spécialistes ont ainsi montré que les actions de réintroduction (sensu stricto) et de translocations étaient des opérations coûteuses et qu’elles ne devraient être mises en place que lorsqu’elles constituaient la seule solution possible pour le maintien ou le retour de l’espèce concernée. Ces actions doivent de toute façon être soigneusement raisonnées et préparées en s’inspirant de directives techniques et déontologiques élaborées par les instances compétentes : recommandations du Conseil de l’Europe, Guideline de l’UICN, Chartres déontologiques  nationales à l’image de celles qui ont été proposées en France pour la loutre et pour la flore etc. D’une manière générale ces opérations devraient être limitées au cas des espèces les plus rares et les plus menacées dont on ne connaît qu’un petit nombre de populations naturelles et dont l’habitat est lui-même menacé. Il faut noter cependant qu’il peut parfois y avoir une opportunité à réintroduire une espèce qui n’est pas forcément très rare ou menacée, mais qui peut être considéré comme un "phare", car porteuse localement d’une symbolique particulière".[23]

Quelle place faut-il accorder au projet de l’introduction  du faux aurochs ? Il ne s’agit pas de réintroduction, ni de retour d’un animal dans son habitat naturel. Le bœuf domestique n’est nullement menacé de disparition. Le seul symbole qui s’attache à ce faux aurochs, est celui du 3ème Reich.

Le  métier  "d’écologue gestionnaire" est relativement récent et son code professionnel n'est pas encore bien défini. Il a des similitudes avec celui des médecins,l’une des premières règles que se doivent d’observer les professionnels est  primum non nocere. Leur premier devoir est d’évaluer quelles peuvent être les conséquences de la  publicité faite autour de ce "faux-aurochs", qui visent à  l'usage de ces animaux sans aucune nécessité réelle (entre autre dans le projet de son introduction en Pologne) et sans études préliminaires. En agissant ainsi, on court le risque d'endommager  irrémédiablement des  zones de grandes valeurs naturalistes, qu’il est impératif de protéger.

Il nous faut examiner la responsabilité qui découle de la vulgarisation des connaissances scientifiques. Dans  le monde des spécialistes l'accord est unanime, cet  animal n'est pas un  aurochs, mais bien un bovin ordinaire. En revanche, personne à notre connaissance jusqu'à ce jour ne s’est offusqué de voir  le  terme "aurochs" utilisé en tant que nom vernaculaire, dans les publications destinées au grand public. Doit-on considérer que les  auteurs qui sciemment utilisent le nom d’aurochs pour désigner  la "vache de Goering" divisent la population en deux catégories: les spécialistes (qui connaissent le statut réel de l'animal) et les autres qui ne disposent pas de connaissance suffisantes. Ceux-ci s’en remettent à des professionnels qui les  trompent, et qui les font payer pour voir un aurochs, alors qu’ils sont en présence de vaches ordinaires, qu’ils pourraient  voir gratuitement dans n’importe quel pré. L’une des premières règles qu’un chercheur qui désire vulgariser des connaissances scientifiques se doit d’observer est un minimum de principes éthiques et ne pas véhiculer de fausses connaissances. Cette supercherie est proposée à des écoliers dans le cadre d’excursions éducatives. Est-on en droit d’enseigner à des jeunes comme "une réussite scientifique" ce qui n’est qu’une supercherie nazie, et de leur faire croire  qu’une "vache" est un  "aurochs" ? Comment comprendre et admettre, que   la réhabilitation d’un criminel de guerre entre dans un  programme d'éducation destiné à  la jeunesse d’un pays démocratique ?

 

"L'Aurochs reconstitué

aujourd'hui : quel statut, quelles perspectives ?".

Le SIERDAH, dans la lettre qu’il adressait au Courrier de l’Environnement de L’INRA, proposait ce titre en réponse à notre article. Ainsi que nous l’avons démontré, ce titre est à lui seul un non sens : Il n’y a pas d’aurochs, il ne peut y avoir de reconstitution. Cet animal ne peut avoir le statut (celui d’aurochs) sur lequel lorgnent ses actuels "reconstructeurs", et parler de perspectives relève de la fantaisie. Tout discours de ce type, crédibilise une supercherie nazie et participe à la réhabilitation d’un criminel de guerre.  Cet animal est un bovin, qui n’offre aucune particularité, il concurrence les races rustiques et les projets écologiques sérieux. Il  est le symbole de la pureté raciale nazie et de la gloire du 3ème Reich, la seule place qui est la sienne et qui lui revienne de droit est de retourner ainsi que son créateur dans les poubelles de l’histoire.

 

Abstract

 

 

The story of the false aurochs is undoubtedly one of the greatest examples of scientific misinformation in the twentieth century. In some European countries the products of recent inter-breeding of fully domesticated cattle are presented and sold as aurochs, regenerated aurochs, or Heck's aurochs. An ordinary artificial selection is presented as the reconstruction of an extinct species. The introduction of these bovines is presented as the reintroduction of the auroch in Europe. This work analyses the history of this scientific skulduggery. The authors recount the story of the Heck brothers' experiments with bovine breeding and their announcement that they had reconstituted aurochs, a species that became extinct in the seventeenth century. They exame the debate caused by the Heck brothers' declaration in the 1930s.

The concept of the reconstituted auroch was initially invented and exploited to the full by the Nazi propaganda machine. Heck was a high-ranking officer in the Third Reich, a member of the SS and one of Hitler's most trusted advisors. The ideological purpose of the reconstituted auroch was to prove the superiority of Nazi science and to herald the return of ancient German and Aryan values. Hermann Göering was personally in charge of organising the "auroch return to nature". The authors of this work had access to little-known documents concerning Heck's experiments, but also to the fact that he organised the pillaging of naturalist collections in German-occupied countries: he personally commanded and supervised the theft of herds of small primitive horses from the Bialowieza National Park in Poland, and repeated this act by stealing the European bison from various zoological gardens in Poland, and the herds of Przewalski horses from Askania Nova in the Ukraine. The authors devote a special chapter to the Nazi idea of environmental protection, the lamentable results of which are evident for all in Bialowieza National Park. They go on to analyse the second life of this example of Nazi propaganda: the falsification of the biological and ecological status of "Heck's cattle", as they are known today, and the manipulation of historical sources. The publication by the INRA of an article on the "true story of the false aurochs" gave rise to a scientific debate in France on the question of ethics in zoological research. The authors provide a summary of this debate and comment on the issues at stake.



[1]Weinreich M. 1946,  Hitler's professors. The Part of Scholarship In Germany's Crimes Against The Jewish People. New York,

[2]dont Morale et  métier. La Recherche scientifique Ed. du Recueil,  Sirey Paris

[3]voir le dossier Science comes to terms with the lessons of fraud publié par Nature (vol. 398/ 4 mars 1999)

[4]comme  l’Office of Research Integrity aux Etats-Unis ou Committee on Scientific Dishonesty au Dannemark

[5]La botanique redécouverte Ed. Belin et INRA Editions

[6]ceci est bien évidemment valable pour les animaux (P.D. et J.A)

[7] cité par Heck

[8] le nom de "vache de Goering" convient parfaitement à cet animal, bien  plus que "aurochs" "aurochs reconstitué" ou même "aurochs de Heck", puisqu’il est évident que Goering joua dans cette fumisterie un rôle aussi important que Heck.

[9]Ochrona Przyrody n°20/1954

[10] Fleming C. et Bull P.1988 Kazimierz Antoni z Granowa Wodzicki 1900-1987 Proceedings of the royal society of New Zeland 116.

[11]Voir les photos sur la page 184- dans Aurochs le Retour , aurochs, vaches et autres bovins de la préhistoire à nos jours.

[12] "scientific misconduct"

[13]comme par exemple la photo d'une vache avec comme  inscription "aurochs"

[14] en revanche, pour la réalisation ce cet ouvrage, nous avons consulté des travaux peu connus.

[15]Il est intéressant de rappeler que le monde scientifique se mobilisa déjà avant la guerre pour défendre les chercheurs victimes du nazisme et condamner les nazis. Le microbiologiste américain, prix  Nobel, Selman Waksman retira son nom de la rédaction des périodiques scientifiques allemands et refusa d'organiser un congrès international des sciences du sol, en Allemagne. Ce scientifique s’exprimait ainsi  "Je condamnais en termes non équivoques, non seulement le gouvernement nazi et tous ceux qui le servent, mais aussi ceux qui sont disposés à accepter ses faveurs, comme par exemple, l'invitation en question, et à servir ainsi d'instruments de propagande nazie. Réunir le congrès en Allemagne, dans les conditions actuelles, ce serait porter atteinte à la science elle-même et rabaisser sa renommée dans le monde" (Selman A. Waksman Ma vie avec les microbes Ed. française Albin Michel 1964)

[16] pour les spécialistes du bison d'Europe et de l’aurochs c'est une nécessité professionnelle en raison de  l'importance qu’ont encore aujourd'hui ces travaux.

[17]les travaux faits dans cette réserve sont considérés comme "classiques" pour l'écologie mais aussi pour la biologie de grands herbivores.

[18] ces travaux on été également publiés en anglais, font mention des activités "politiques" de Heck

[19]indépendamment  de diverses médailles militaires polonaises,  il a été distingué également par Akdal Yad Washem (l’une des distinctions suprêmes israélienne accordée aux justes parmi les nations).

[20]le SIERDAH n'est pas unique à faire ce type de  démarche. Le "révisionnisme historique" et l'insulte à la mémoire des victimes figurent parfois dans certains titres de la presse naturaliste. Dans  un article d'Auguste Francotte "Ernst Jünger ou l'entomologiste écrivain (Lambillionea N° spécial 1998); consacré à un  naturaliste allemand, vous pouvez trouver des révélations du genre ce naturaliste "refusa aux facilités de l'exil" (nous n'avons jamais pensé que Thomas Mann qui a fui les bourreaux nazi a choisi "la facilité de l'exil" sic!) ou encore "il a vu sa patrie  (l’Allemagne)..., à partir de 1943, livrée à la fureur aveugle d'ennemis, qui on le sait aujourd'hui , étaient à peine moins criminels" . Puis le texte est suivi par un éloge aux soldats nazi "victimes des alliés". Nous pouvons apprendre également que ce naturaliste était  en 1942 "en mission d'inspection sur le front du Caucase". Nous apprenons également que les officiers alliés chargés de la dénazification  n'étaient que des "imbéciles moins perspicaces que leurs homologues  nationaux-socialistes" (sic!). L'auteur nous apprend aussi que "Churchil et Roosvelt ont prolongé la guerre d'un an et demi, sinon d'avantage"!. Toutes ces révélations sont publiées dans un journal naturaliste, censé ne s'occuper que de coléoptères, apparemment publié dans le seul souci d'instruire  de "jeunes lecteurs qui n’ont connaissance de l'histoire que par quelques films de cinéma". Nous signalons ces cas graves de falsifications historiques, car contrairement aux publications littéraires, ou politiques ces revues naturalistes ne font l’objet d'aucune  sanction.  Pourtant elles sont lues par plusieurs milliers personnes. Il est facile ainsi de promouvoir des idées révisionnistes dans des revues qui apparemment ne sont pas censées  de s'occuper d’histoire ou de politique.

[21]Présenter les scientifiques allemands responsables de crimes comme "des victimes" n'est pas un démarche nouvelle. La thèse d'après laquelle le régime nazi était anti-intellectuel et persécutait "tous les scientifiques" même si  ce type de discours est contraire à la vérité est souvent utilisé par des  auteurs qui veulent  réhabiliter ou minimiser l'importance de l'engagement volontaire de nombreux scientifiques allemands dans les crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Dernièrement la célèbre revue scientifique Nature signale ce type de pratique et polémique avec cette "vision de l'histoire" (voir Quirin Schiermeier Dispute erupts over Nazi research claims Nature vol 398 de 25 mars 1999

[22] Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest de la France, nouvelle serie tome 18 (1) 1996)

[23] Maurin H et Olivier L. 96 - Aspects historiques  Naturopa 82

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:20

"L’aurochs de Heck" ou comment est réhabilité et couvert d’éloges un criminel de guerre nazi.

                            

 

Lorsque SIERDAH, affuble sa vache du nom "aurochs de Heck", cet organisme falsifie non seulement le statut de l'animal, mais rend également hommage à Heck[1]. Nous pensons que les activités criminelles de Heck durant cette période, auraient dû faire l’objet d’un procès et que lui faire un quelconque éloge constitue une insulte à la mémoire de ses victimes. Aujourd’hui, il est trop tard pour que justice soit rendue aux victimes du nazisme et de Heck. Nous pensons que relater les circonstances qui ont permis l’élaboration de cette sombre supercherie, est le seul moyen de ne pas oublier la véritable histoire de ce "faux-aurochs", c’est aussi notre devoir de mémoire. Contrairement à Monsieur le Président du SIERDAH, nous ne pensons pas que relater les crimes perpétrés par les nazis est un "débat d'un autre âge"[2]. Ici, n'est pas la seule divergence entre nous et le SIERDAH. La pratique qui consiste à crédibiliser une supercherie scientifique nazie quel qu’en soit l’objectif ne peut avoir notre assentiment, et ceci un demi-siècle après l’Holocauste.

Heck a bénéficié au cours de son existence, d’une chance peu commune qui perdure jusqu'à aujourd’hui, puisque certains en affublant cette vache du nom d’aurochs de Heck, considèrent devoir faire ainsi son éloge. 

Haut fonctionnaire de l'appareil administratif et politique nazi, il a exercé des fonctions criminelles dans une région où la résistance était très forte. Tout au long des hostilités, plusieurs de "ses acolytes" responsables de crimes furent exécutés par les partisans, lui échappa à toutes les actions de la résistance. Des concours exceptionnels de circonstances lui ont permis de jouir tout au long de "sa carrière" de ses crimes et de ses forfaits  :

- Lors de la défaite de l’armée allemande, tant en Ukraine qu’en Pologne il a pu fuir et éviter de tomber dans les mains des soldats de l'armée soviétique. Ces derniers étaient sans pitié pour les fonctionnaires nazis même d’un rang inférieur à celui de Heck.

- Il n’a jamais été arrêté et confronté à la justice des pays dont les citoyens ont été victimes de ses agissements. Le rideau de fer et les dissensions entre l’est et l’ouest ont servi pleinement ses intérêts et de plus l’ont mis à l’abri de représailles.

- Il a joui d'une impunité totale et a profité des fruits de ses crimes, sans être le moins du monde inquiété et ce jusqu'à fin de sa vie, qui s’est achevée à Wiesbaden en 1983.

Il a eu la chance de commettre ses actes délictueux dans un système où le nombre de responsables de crimes était trop important. Il a échappé à la justice, par le fait qu’après la victoire des alliés, les instances internationales submergées, étaient dans l’incapacité de récupérer tous les dossiers et de les instruire. Les pièces compromettantes avaient disparu ou avaient été détruites avant la libération des territoires occupés.

Ce concours exceptionnel de circonstances que nous avons évoqué, lui épargnèrent comme à tant d’autres toutes poursuites judiciaires. Aujourd’hui, après avoir fait le rapprochement entre les différents témoignages, nous pouvons affirmer que ses crimes ne sont connus que partiellement[3]. Nous ne saurons probablement jamais qu’elles étaient ses responsabilités exactes dans les exécutions massives qui eurent lieu dans la région de Bialowieza et quels étaient leurs liens avec les introductions des faux-aurochs.

Ce qui est certain, c’est que sans son concours actif, cette introduction n’aurait pu avoir lieu. Il en a été l’organisateur, le promoteur et son implication criminelle était totale. Cette supercherie d’Etat par les retombées qu’elle devait avoir, était de "première importance pour les intérêts du 3ème Reich" et placée sous la haute protection et surveillance de la Wermacht et des SS.

La situation politique de l’après-guerre était si paradoxale, que les victimes spoliées par Heck eurent des difficultés à récupérer les biens volés. Cela a été le cas du professeur Tadeusz Vetulani qui n'a pu obtenir les autorisations nécessaires[4] pour se rendre dans la zone allemande placée sous contrôle américain. Il ne lui a pas été possible de faire de déposition devant les tribunaux, ni de participer de façon effective à la recherche des chevaux d'élevage "konik Polski" volés à Bialowieza (cette expérience avait été organisée et dirigée avant la guerre par Vetulani). Il n’a pu effectuer des recherches pour récupérer toute la documentation scientifique utilisée impunément après la guerre par Heck.

Une partie des agissements criminels de Heck, sont bien connus et ont fait l’objet de travaux. Les "activités" de ce sombre personnage, haut fonctionnaire du Reich et proche conseiller d'Adolphe Hitler, ami et protégé de Goering sont décrites  dans de nombreuses publications naturalistes publiées après la seconde guerre. C'est entre autre, l’une des raisons pour laquelle nous ne pouvons admettre que le SIERDAH[5], qui ne peut ignorer ces faits, en affublant sa vache du nom "d’aurochs de Heck" considère que ce criminel est digne d’éloge. Nous sommes scandalisés qu’il soit possible de dissimuler des crimes de guerre sous l’euphémisme d’une "polémique sur les frères Heck"[6].

Heck pendant la seconde guerre ne s’est pas limité à organiser des chasses ou des orgies avec ses "parteigenoses" (ses acolytes du NSDAP). Lorsque l’on examine les responsabilités qui lui étaient confiées, il est facile de comprendre comment a pu évoluer "la brillante carrière" de ce "führer de la protection de la nature". Les dirigeants nazis étaient obnubilés par la justification de leurs théories raciales. Leurs "recherches" sur la pureté et l’origine des races, étaient fondamentales, elles devaient légitimer "scientifiquement" le bien fondé de leur politique raciste. Heck avait donc pour charge de crédibiliser cette théorie, c’est ce qui a influencé de manière décisive, sa position au sein de l'appareil de propagande et d'administration du Reich. "Le national-socialisme, c'est la biologie appliquée à la politique" se plaisait à dire Hans Schemm, ministre bavarois national-socialiste[7]. On comprend mieux ainsi, la logique dans laquelle s’inscrivaient les nazis, et le rôle-clé des "recherches" de Heck qui allaient justifier le génocide. Sa carrière exceptionnelle, n’a pu avoir une telle ascension, que parce que ce personnage était corps et âme dévoué au Führer et au Reich, de plus, il bénéficiait de l'amitié et de la protection personnelle du Reichmarechal Goering.

 

                                                     Chapitre 6

Faits et méfaits ou :

l’irrésistible ascension de Lutz Heick

 

1. Les étroites relations de Heck avec les nationalistes et l’extrême droite allemande ont débuté bien avant l’arrivée d'Hitler au pouvoir. Il était d'ailleurs très fier de son "engagement politique"[8]. Ces appuis lui ont facilité grandement la tâche, à tel point que pendant les années économiquement très difficiles pour l'Allemagne, Heck trouvera toujours facilement d’énormes moyens pour mener à bien "ses travaux". Dans les années trente, il évince ses concurrents éventuels et devient l'un des plus importants fonctionnaires du 3ème Reich. Avant le début des hostilités, il organise des répressions contre les autres naturalistes allemands. Ces répressions avaient plusieurs objectifs, tout d’abord écarter de leurs fonctions les naturalistes qui ne jouissaient pas de la confiance du NSDAP, de ne pas gêner son ascension, et lui assurer l'exclusivité des "recherches" dans des domaines considérés cruciaux par les idéologues nazis. Parmi les victimes se trouvaient des naturalistes de renommée internationale comme le Dr Kurt Priemel, qui fut obligé de démissionner de son poste de Président de l’International Society for the Protection of the European bison. Grâce à l'intervention personnelle d'Herman Goering, Heck fut imposé à un poste important dans ce prestigieux organisme international. Mme Erna Mohr dont les travaux servent jusqu'à nos jours de référence dans le domaine de la biologie et de l'histoire du Bison d'Europe fut écartée de ses fonctions à la direction du the Pedigree Books. Heck confia cette tâche importante et prestigieuse à l'un de ses jeunes assistants, peu qualifié mais, contrairement à Mme Mohr, qui lui était dévoué et était un nazi bon teint.

 

2. Les nazis étaient dans une position critique au niveau international, leur politique ne trouvait guère d’ouverture à l’extérieur et l’armée allemande n’était pas encore prête pour entreprendre une guerre et "partir à la conquête" du monde. L'opinion publique internationale, qui a connaissance des menaces qu’ils font peser sur les pays voisins, des répressions antisémites et de l’assassinat des opposants politiques en Allemagne leur est profondément hostile. Plusieurs scientifiques et hommes de lettres, combattent ouvertement le système nazi et appellent au boycott de l’Allemagne, parmi eux se trouvent Albert Einstein, Salomon Waksman et Thomas Mann. Les idéologues et les politiciens nazis comprennent le danger que représente l'isolement politique de l'Allemagne qui va de pair avec la consolidation du mouvement antifasciste à l'étranger. Il leur faut à tout prix, mobiliser tous les moyens pour minimiser la "mauvaise image" du Reich et crédibiliser sa politique. Heck, est l’homme providentiel, puisqu’il est capable par "ses travaux" de cautionner ses collègues du NSDAP. Démontrer le savoir faire et les mérites de l'Allemagne nazie dans le domaine de la protection de la nature est un atout indispensable pour légitimer ce régime. Mais Heck, dans l'orchestration de la propagande pro nazie destinée à l'étranger va encore beaucoup plus loin. Il tentera de "prouver" que grâce à Hitler la protection de la nature n’est plus un vain mot et que dorénavant, elle est effective. Il s'engage dans une série de campagnes de manipulations sans précédent, qui ont pour premier objectif la désinformation et la falsification de données scientifiques et historiques. Il préparera le Nazi Pedigree Book[9] des Bisons d'Europe ou tout le mérite de la sauvegarde du bison d'Europe, contrairement à la réalité historique, doit être attribué à l'Allemagne et plus précisément à Hitler[10]. C'est le début de guerre qui va retarder l’élaboration de ce livre. Les dirigeants du Reich se souciaient alors peu de leur image et ils attribuaient beaucoup moins d'importance à ce travail. La victoire des alliés mettra définitivement fin au Nazi Pedigree Book contrairement aux autres supercheries de Heck, comme celle du faux-aurochs qui perdure.

 

3. Redorer le blason des nazis  à l'étranger n'était pas la seule préoccupation de Heck. Il rendra d’importants services à la propagande qui voulait justifier auprès du peuple  allemand sa politique de répressions. Le pangermanisme et surtout l'idéologie du "retour vers les sources" en ont été la clé de voûte. Le pouvoir totalitaire nazi,  avait besoin de l’assentiment de la population. Ce n'étaient évidemment pas la liberté d’expression,  les élections,  ou les droits de l'homme qui étaient à même de justifier le nouvel ordre établi. Les théories raciales justifiaient l’élimination des "races inférieures" ou "des races dégénérées". Seuls quelques individus devaient être épargnés et réduits en esclavage au service de  "la race supérieure".

Heck a travaillé de façon intensive sur les deux aspects qui concourraient à démontrer la "supériorité germanique". Comme zoologiste, c’est l’un des plus importants scientifiques nazis qui s’impliqua dans la justification des théories racistes (voir ses préoccupations sur la conception de la dégénérescence des races et des espèces). Son autre scoop, a été de ressusciter une espèce disparue, omniprésente dans la mythologie et dans l'histoire germanique. "Modestement", à plusieurs reprises, il déclarera que ressusciter ce "descendant au sang pur des antiques habitants des forêts germaniques" n'a été possible que grâce à la bienveillance et à l’intérêt que portait personnellement à son travail, le führer Adolphe Hitler et le Reichmarechal Herman Goering. 

Les activités de Heck durant cette période, étaient bien connues des spécialistes et elles furent vivement critiquées après la guerre. Une seule phrase publiée (en anglais) de Jan Zabinski [11] est significative, "l'intention de Heck a été de convaincre  la nation, que sous la tutelle  du Führer, toutes les anciennes valeurs germaniques y compris celles qui englobent la nature vont être régénérées".

 

4.   Après l'invasion de la Pologne par la Wermacht,  Heck, se rendit immédiatement dans ce pays pour  imposer  "l’ordre nouveau" et  "les anciennes valeurs germaniques". Sa vache, avait pour mission de jouer le rôle de l'aurochs qui "ressuscite" à Bialowieza, grâce à la victoire de la Wermacht et à la "politique éclairée du Führer". Accompagné de l'appareil de propagande, protégé par unités de SS en raison du risque que faisait courir les "polnische banditen"[12] sur "le retour de l'aurochs", Heck  introduisit  quelques unes de ses vaches dans la nature[13]. La mascarade idéologique que constituait la  supercherie de la réintroduction de ces faux-aurochs, n'était pas la seule raison de sa "venue" en Pologne. Il préparera soigneusement, organisera et surveillera le pillage des prestigieuses collections naturalistes, d’animaux rares en provenance des élevages et des résultats de recherches scientifiques. Il connaissait bien les travaux des zoologistes polonais faits avant la seconde guerre, sur l’élevage des chevaux primitifs[14], des bisons d'Europe, ainsi que les recherches sur les véritables  aurochs. Dans ces domaines, les chercheurs polonais jouissaient d’une renommée internationale. Sans le moindre scrupule, il s’appropriera  leurs collections et leurs travaux. Ces vols programmés et  organisés ne peuvent être considérés comme un pillage ordinaire de biens, ni même comme  un simple de vol de recherches scientifiques. Dans le programme politique des nazis, la  Pologne devait cesser  d’exister. Heinrich Himmler demandera à un groupe de "scientifiques" allemands de préparer un plan   d'occupation de l'espace situé à l'Est du "Stabshauptamt Planung und Boden". Cet objectif  passait par l’élimination systématique des slaves, cette extermination était programmée avec précision et devait intervenir immédiatement  après celle de la population juive. L’élimination physique des habitants du territoire polonais était indispensable, pour assurer le lebensraum "espace vital" nécessaire à la "race supérieure". La destruction de toutes  traces de la culture polonaise et l’élimination de l'intelligentsia étaient le premier pas, qui devait mener à bien,  la réalisation de cette politique. Les prémices commencèrent en septembre 1939, à la  suite de (l’) operatzionen sonderkommando A,  les professeurs de l'Université de Cracovie furent déportés à Sachsenchausen, les professeurs de l'Université de Lvov, exécutés juste après la prise de la ville par l'armée allemande. La destruction des institutions scientifiques (y compris des collections naturalistes) et la falsification des sources historiques faisaient partie de ce même programme. Tous ces éléments doivent être pris en compte pour  avoir un aperçu de l’étendue des activités criminelles du nazi  Heck[15].

 

Le point de la recherche allemande sur le passé nazi de Heck et sur  l'histoire du "faux-aurochs"

 

     Le passé nazi de Heck n’a  jamais été un mystère. Tout ceux qui  s’intéressent à l'histoire de la zoologie de cette période connaissent le véritable caractère de ses "recherches". Il existe un travail remarquable, publié dans Der Bär von Berlin, revue berlinoise, consacré au travail de ce personnage au sein du parti  nazi. L'article de M. Kai Artingen s’intitule : Lutz Heck: Der "Vater der Rominter Ure" Einige Bemerkungen zum wissenschaftlichen Leiter des Berliner Zoos im Nationalsozialismus et est paru dans le n°43 en 1994. Il est répertorié sur différentes bases de données et figure également dans des bibliographies scientifiques (dont celle de la prestigieuse revue ISIS). Cette revue, est facilement accessible en France. Le travail fait par M. Kai Artingen est connu des spécialistes. L'auteur a pris soin d'analyser les publications de Heck dans la presse nazie. Il a également effectué des recherches dans les archives allemandes. Nous sommes surpris que cette étude ait échappée aux spécialistes qui travaillent aujourd’hui sur "l’aurochs de Heck". Ce travail fourmille d’indications très utiles, ainsi M. Kai Artingen a enquêté auprès des zoologistes et des institutions qui furent les victimes des vols organisés par Heck. L'article est accompagné d’une  photo de Heck en compagnie de son ami et collègue du  NSDAP, le reichmarechal Hermann Goering, ce cliché a été  pris au cours d’une rencontre de hauts fonctionnaires nazis sur le terrain. L'autre photo représente la page d'une revue nazie Völkischer Beobachter (du 13 mars 1940) ou dans un article Nationalparks für Grossdeutschland,  Heck explique son credo politique sur le nazisme et la protection de la nature.

                       Qu'apprenons-nous de l'étude de M. Kai Artingen?

1. Les relations des frères Heck ainsi que celles de leur  père Ludwig Heck avec les nazis étaient très étroites et de longue date. Dans la recommandation qu’il fait, Ludwig Heck, souligne que son fils est un "jeune nazi exemplaire". A plusieurs reprises les hautes autorités nazies décernèrent des distinctions aux trois membres de la famille Heck. Plusieurs documents des archives nazies montrent que les frères Heck, Hermann Goering et même Adolphe Hitler entretenaient des liens d’amitié étroits. Ces documents apportent la preuve  que ces relations sont à l'origine de la "carrière scientifique fulgurante" de Heck.

 

2. Lutz Heck était membre des SS depuis au moins 1933, (avant cette date  l’organisation était semi-secrète,  on ne peut que supposer  sa présence au sein des SS avant cette date)[16].  Il était membre de diverses organisations nazies comme "Deutschen Arbeitsfront",  "NS-Volkswolhart", "Volksbundes f.d. Deutschtum i. Ausland", "Reichskulturkammer "Reichsluftschutzes" et "Kolonialbund(es)", dans cette dernière, il était très actif, et fervent partisan du  "retour" à l'Allemagne des colonies. Son appartenance à cette organisation remet en question le  but officiel de ses voyages en Afrique : celui d’effectuer  des observations faunistiques. Nous avons tout lieu de supposer que ces voyages dissimulaient des missions de renseignements destinés aux services secrets nazis (P.D. et J.A.). Le voyage qu’il a effectué dans les années trente au Canada avait été organisé sur ordre personnel de Hermann Goering. Heck était également proche collaborateur de H. Himmler. Il était son conseiller politique  pour les pays d’Europe Centrale et Orientale occupés par l’Allemagne nazie.

 

3. Une partie des "recherches de Heck" (dont celles sur le "faux-aurochs")  ont été  organisées à la demande des SS et financées par les fonds spéciaux.

 

4. Le faux-aurochs  était l’animal symbolique du 3ème  Reich. Il était  lié au culte nazi qui prônait le retour des anciennes valeurs germaniques. Là, était la principale raison de la création de cette nouvelle race et de son introduction dans la nature[17].

 

5. Heck a travaillé pour des périodiques de  propagande nazie et pour des journaux   SS comme "Freude am Leben-Bilderzeitschrift des Reichsbundes für Biologie", "Das Schwarze Kops" . A plusieurs reprises, il publiera ses "articles scientifiques" dans les revues destinées à la formation des cadres des S.S. 

 

6. L’objectif de Heck était de valoriser par la propagande les idées nazies. Le parc zoologique était également utilisé à ces fins, les installations pour   animaux servaient de support aux croix gammées et aux insignes nazis. Plusieurs manifestations nazies, notamment  pendant les jeux olympiques de Berlin ont été organisées dans ce parc zoologique. Celui-ci était devenu non seulement "un parc zoologique nazi  modèle" mais également l’un des plus importants centres de propagande de "la guerre idéologique". La présentation des animaux devait également entrer dans la logique "germanique nationale soxialiste", et sortir du cadre de la "zoologie classique".

 

 

8. Heck programma et organisa des vols d’animaux et de collections non seulement à Bialowieza et dans les Parcs Polonais, mais également dans divers autres pays occupés. Il fit main basse sur la  réserve  d’Askania-Nova en Ukraine où il vola une grande partie des animaux dont le troupeau de chevaux de Przewalski. Le Parc Zoologique de Kiev n’échappa pas lui non plus à ses pillages.

 

9. Heck était un personnage d’une telle importance,  qu'au moment de la  défaite de l'armée allemande, il fut  évacué en priorité afin de ne pas être fait  prisonnier par l'armée russe.



[1]Par ailleurs, il faut signaler que l'usage de ce nom est même illégal en France car le nom "aurochs de Heck" n’a pas été fort heureusement  retenu par la Commission Nationale d'Amélioration Génétique (CNAG) pour la dénomination de cette race bovine récente. Nous avons tout lieu de supposer,  que le nom aurochs de Heick a été écarté à la suite d’un courrier que nous avions adressé au Ministère de l’Agriculture.

[2]voir Guintard C. "L'aurochs-reconstitué ; réflexions, travaux, actions, perspectives" dans On en parle encore Courrier de l'environnement de l'INRA n°34 -1998

[3]même aujourd'hui il est très difficile d’avoir accès aux archives sur les scientifiques criminels nazis. Victor Farias dans son excellent ouvrage Heidegger et le nazisme (Ed. Verdier 1987) rend compte de ces difficultés. Il ne lui a pas été possible de   consulter les manuscrits qui se trouvaient à la Deutsche Literatur Archiv de Marbourg. L'usage de ces manuscrits à des fins scientifiques n'est pas autorisé. Cet auteur n'a également pas réussi à consulter les documents relatant les interrogatoires de Heideger par les militaires français juste après la guerre. De nombreux documents qui concernent  les activités de Heck ne commencent seulement maintenant à être connus voir Deichmann U. 1994. Biology under National Socialism: Archives in Germany and Poland.Mendel. Newslett /4

[4]voir par exemple Vetulani T., 1948 O regeneracji tarpana lesnego w Puszczy Bialowskiej (Sur la régénération du tarpan forestier dans la forêt de Bialowieza). Roczniki Nauk Rolniczych i Lesnych (Annales des sciences agronomiques et forestières) Poznan.

[5]  Rappelons que cet organisme utilise toujours le nom "aurochs de Heck" dans diverses publications, dans les plaquettes distribuées et sur son site Web et que son sigle est l’abréviation de Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck.

[6]voir Guintard C. L'aurochs en Pologne : disparition et "réintroduction" dans Animaux perdus, animaux retrouvés: réapparition ou réintroduction en Europe occidentale d'espèces disparues de leur milieu d'origine, Colloques d'histoire des connaissances zoologiques n°10, Liège 1999

[7]Cité d'après Biologie et "doctrine de la race" dans Science et politique sous le Troisième Reich Serge Guérot ed. Ellipses. Voir également Stein, G. 1988 Biological Science and the roots of the nazism. Amer. Scient. N°76;  Bäumer-Schleinkofer, A. 1995 Nazi biology and schools. Frankfurt.; Bütner M. 1992 Wissenschaft und Musik unter dem Einfluss einer sich änderen Geisteshaltung.  Brockmeyer. Macrakis K. 1993 The survival of Basic Biological Research in National Socialist Germany. Journal of the History of Biology 26/3 et  Deichmann, U. 1992 Biologen unter Hitler, Vertreibung, Karrieren Forschung. Campis Verlag Francfort/ New York

[8]voir Falz-Fein Waldemar von 1930 Askania Nova, Ed. J. Neumann-Neudamm Berlin. Heck est valorisé non seulement dans  les pages de ce livre, mais il est également l’auteur de la  préface de cet ouvrage qui se préoccupe plus de la  gloire de l'armée allemande que de  la réserve d'Ascania Nova.

[9]le faux-aurochs et le faux-tarpan ne sont pas les seules fraudes scientifiques de Heck

[10]Bien que l'action de restauration de la population des bisons a été d’ampleur internationale, elle se déroula en Pologne grâce à l'initiative de naturalistes polonais, qui se sont servis de  l'expérience américaine dans le domaine d'élevage de bisons.  Les naturalistes allemands ont joué  un rôle très important dans la restauration de la population des bisons d'Europe,  rappelons que cette opération s’est déroulée  longtemps avant que les nazis ne prennent le pouvoir. De plus les personnages clés dans la participation allemande ont été  comme Kurt Priemel et Erna Mohr persécutés par Heck et écartés de leurs fonctions.

[11]Heck's purpose was to persuade the nation that under the Führer all ancient Germanic features regenerate, including nature. Zabinski Jan 1960 The European bison. Stade Council for Conservation of Nature, Poland, Varsovie.

[12]c’est ainsi que les organes de propagande  allemande décrivait la résistance

[13]Nous n'avons pas réussi comprendre comment ces faits peuvent être ainsi décrits: "Lutz Heck envoya des représentants de son troupeau dans les forêts  de l'Est de l'Allemagne, en Pologne" (Guintard C. Aurochs reconstitué, un descendant du Bos primegenius ? dans Aurochs, Le retour, aurochs, vaches et autres bovins de la préhistoire à nos jours Ouvrage collectif Lons-le-Saunier, 1994

[14]L'équipe du professeur Vetulani a réussi avant la guerre à sélectionner parmi les chevaux primitifs des individus qui mutent et avec des pelages qui blanchissent en hiver. Ce caractère était considéré comme atavique et comme une qualité "sauvage". Heck n’est jamais parvenu  à obtenir ce résultat. Il les donc volés en abusant de sa position dans le système nazi lors de l’occupation de la Pologne.

[15] Il règne chez des auteurs  une "amnésie" qui touche à certaines des activités dérangeantes de Heck. Ce phénomène est caractéristique chez plusieurs d’entre eux. Dans les biographies et les notes élogieuses  qui sont consacrées à ce nazi,  il existe systématiquement un "étrange" trou au sujet de ses activités  pendant la deuxième guerre mondiale (voir Zoll Alfred Lutz Heck sen. 75 jahre in Nachrichten aus des saugetierforschung 1967). Plusieurs auteurs préfèrent "oublier" le nom de Heck, qui fut directeur du parc zoologique de Berlin. Il est totalement absent  dans la grande monographie consacrée à l'histoire du Parc Zoologique du Berlin Der Grosse Tiergarten in Berlin: Folkwin Wendland seine Geschichte und Entwickling in fünf Jahrehunderten 1993 Berlin Gebr. Mann 1993. Les autres auteurs nous informent : Dathé (dans son Manuel d'élevage de l'aurochs) nous indique, qu'après la dernière guerre, l'influence des frères Heck sur les zoos allemands diminua et que nombre d'entre eux ne produisirent plus de "nouveaux aurochs", allant même jusqu'à retirer leurs effectifs. " (Guintard C. Aurochs reconstitué, un descendant du Bos primegenius ? dans Aurochs, Le retour, aurochs, vaches et autres bovins de la préhistoire à nos jours Ouvrage collectif Lons-le-Saunier, 1994).Ce n'est que tout récemment que les activités de Heck commencent a intéresser les historiens voir,  Artingen K., Heck Lutz: Der "Vater der Rominter Ure": Einige Bemerkungen zum wissenschaftlichen Leiter des Berliner Zoos im Nationalsozialismus. Bär von Berlin 43/1994.

[16]Heinz Heck était également l'homme de confiance des hautes autorités des SS.

[17] M. Kai Artigen est coauteur de l'ouvrage Tierdarstellung im Imperialismus.

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 14:16

Chapitre 5

Jurassic Heck !

Le faux aurochs, un ramassis d’absurdités génétiques

 

Entre les deux guerres, ont savait déjà que les expériences de Heck étaient un "non-sens génétique". Heck était totalement conscient de l'absurdité de ses expériences du point de vue de la génétique. Il écrivait même que "ses plus farouches adversaires étaient justement les spécialistes qui s'occupaient des questions de l'hérédité"[1]. Pourtant, il fit l’impossible pour tenter de "rallier" à cette supercherie Eugen Fischer. Ce dernier, qui était "généticien" au service des SS et tout comme lui appartenait au NSDAP, déclina l’offre de Heck, il trouvait ses supercheries trop grossières même pour les besoins des "conceptions biologiques" du 3ème Reich. Fisher dans un communiqué, dira que "même si l'animal a plus de qualités que l’aurochs, il ne sera jamais pour autant un aurochs". Heck tenta donc de "convaincre" un autre généticien nazi Erwin Baur, qui lui non plus ne trouva pas nécessaire de "crédibiliser" les expériences de Heck, sa réponse est une fin de non-recevoir : "il a fallu plus de six mille ans pour arriver au boeuf d'aujourd'hui, vous devrez attendre le même laps de temps pour avoir un résultat. Si vous procédez de cette façon, j'approuverai votre projet!". 

 Depuis, nos connaissances ont fait d’énormes progrès dans des domaines tels que la génétique des populations, la cytogénétique, les mécanismes tels que le crossing-over, l'hérédité des qualités quantitatives. La génétique moléculaire mettra définitivement fin à des propos aussi désuets que la pseudo-reconstruction de l'aurochs. Aujourd'hui, à l’aide de nos connaissances de la structure de l'ADN, des méthodes et des mécanismes de la transcription de l'information, du code génétique, les expériences similaires à celles de Heck ne peuvent que faire sourire n’importe quel étudiant, qui à quelques notions de base de génétique moléculaire.

Le bovin Bos taurus est un descendant de l'aurochs Bos primigenius. Même s'il reste beaucoup de zones d’ombre quant à l’origine de l'histoire de la domestication de nos bovins. Il est incompréhensible que l’on puisse encore s’interroger pour savoir si le "faux-aurochs" est un descendant de l'aurochs Bos primigenius. Bien évidemment, nul ne le contestera, il l'est, au même titre que toutes les races bovines. Une partie du patrimoine génétique de l'aurochs est présent dans le génome des bovins Bos taurus, ceci est évident pour toutes les races bovines.

Nous sommes convaincus de longue date de la nécessité indispensable de   sauvegarder  les ressources génétiques, non seulement celles des espèces sauvages mais aussi celles des animaux et des plantes domestiques. Pour ce qui concerne plus spécifiquement les bovins, il en va de même, sauvegarder le patrimoine génétique des diverses races et plus particulièrement des races traditionnelles, souvent menacées de disparition pour des raisons de manque de rentabilité[2]. Nous ne comprenons pas quelle relation il peut y avoir, avec le "faux-aurochs", métissage très récent de quelques races bovines et qui ne peut prétendre à aucun titre être une race traditionnelle. Nous sommes étonnés par l'absurdité de certains arguments dits "phylogénétiques" épicés à l’aide d’ingrédients "écologiques". Nous lisons dans l'article de Monsieur le Président du SIERDAH[3] "il faut probablement s'attacher à la sauvegarde des gènes sauvages". Ceci doit-il être un argument pour justifier l'introduction de ce "faux-aurochs" ? A qui peut profiter et jusqu'où peut-on pousser ce type de raisonnement ? Peut-on dire, par exemple, lorsque nous achetons un chien, que nous participons à la "sauvegarde des gènes primitifs" du loup ? Tous les spécialistes de phylogénie le savent, les dinosaures sont de très proches parents des oiseaux[4],  ceci signifie-t-il pour autant qu'un éleveur de poulets, peut justifier une demande de subvention pour son élevage en évoquant qu’il participe à la "sauvegarde de gènes de dinosaures" ?

Quel intérêt, peut-il y avoir à comparer l'analyse génétique de l'ADN du "faux-aurochs"[5],  race récente de bovin Bos taurus à celle de l’aurochs Bos primigenius ?

Les différentes faiblesses d'une telle analyse[6] ne sont pas les seules raisons du manque d'intérêt de l'expertise comparative de l'ADN entre le faux-aurochs Bos taurus et le véritable aurochs Bos primigenius. Ces études sont inutiles, parce que tout simplement plus aucun spécialiste ne doute, ni sur le statut de cet animal, ni sur son origine. Cet animal est sans conteste possible un bovin. Diverses analyses de l'ADN de l'aurochs Bos primigenius et des bovin Bos taurus ont déjà été faites et publiées[7]. Ces analyses très intéressantes du point de   vue de l'histoire de la domestication, montrent entre autre la proche parenté génétique de l'aurochs et du bovin domestique. Pour souligner cette parenté au niveau moléculaire les auteurs de l'analyse n'utilisent jamais de "faux-aurochs" mais diverses races bovines véritablement anciennes.

 

Introduction et non réintroduction

 

Employer le terme de réintroduction s’inscrit dans la logique de la justification de la supercherie pour accréditer la thèse de la reconstruction. La réintroduction d’une espèce n’est possible, que lorsque celle-ci a déjà vécu dans la nature, ce qui n’est pas le cas de ce faux-aurochs. On ne peut non plus parler d'une réintroduction en le considérant en tant qu’animal d’élevage (comme la réhabilitation et l’encouragement à l'élevage d'une race traditionnelle), puisque ce "faux-aurochs" n'est pas une race traditionnelle. Cette race n’est reconnue que depuis un an seulement. Pour accréditer notre thèse, nous signalons qu'après la publication de notre article le président du SIERDAH reconnaissait que :

"Je suis le premier fautif pour avoir parlé de réintroduction alors qu'il s'agit en fait d'une introduction (...).  On considère que le Bos primigenius qui a disparu n'a pas eu de descendant et que l'on a introduit un autre animal issu d'élevage. Effectivement, l'aurochs reconstitué n'a rien , si ce n'est l'image qu'il en donne avec l'ancêtre aurochs."[8]

Si nous nous référons à la phrase suivante, nous nous apercevons que la confusion est savamment entretenue, en nous proposant un amalgame rapide :

"car c'est avant  tout la place du grand herbivore sauvage dans la chaîne écologique qui est envisagé"[9].

En se référant à la même logique et rigueur linguistique, nous pouvons parler de réintroduction d'aurochs en réintroduisant des éléphants en Afrique (l’éléphant est également un grand herbivore)!!

Toutes comparaisons faites avec les actions de réintroduction du bison d'Europe, du bison d'Amérique ou du cheval de Przewalski tendent à accréditer cette manipulation. Dans les cas du bison d'Europe et pour les deux autres espèces citées, il s'agit bien du vrai bison d'Europe et non d'un autre animal!! Comparer le "relâchement d’un vulgaire troupeau de vaches" à des actions telles que la réintroduction des bisons ou du cheval de Przewalski, opérations uniques en leur genre et menées par des spécialistes avec une extrême  rigueur scientifique, ne peut que dévaloriser le travail des naturalistes qui participent depuis des années à la sauvegarde d’espèces[10].

 

Animal domestique et non animal sauvage

 

     Il est évident qu'une race de bovin domestique Bos taurus (et plus encore un métissage récent de quelques races) est un animal domestique et non un animal sauvage. Nous désirons souligner cette évidence, présenter le "faux-aurochs" comme un animal sauvage est un autre moyen qui vise à la désinformation du grand public et à crédibiliser cette supercherie. Cette situation devient si grotesque que le "caractère sauvage" du "faux-aurochs" a besoin d’une confirmation administrative. Nous ne sommes pas les premiers à remarquer cette absurdité. M. Van Wijngaarden-Bakker[11] de l'Université d'Amsterdam écrit :

     Le "bovin de Heck" est souvent décrit dans la presse populaire comme "bovin sauvage". Le fait qu'il est le résultat d’un croisement de bovins domestiques est souvent ignoré. Parfois, ceci est admis même par les législateurs. La loi hollandaise considère le bovin de Heck comme un animal sauvage, il peut être chassé, et il est régit par la loi de la chasse. Le contrôle vétérinaire n'est pas obligatoire et ni la loi locale ni européenne sur l'élevage des bovins n’est applicable.

     Il est évident qu’il n’est pas du ressort de l’administration de décider si un animal est sauvage ou domestique. L'administration peut seulement définir et appliquer la loi sur les traitements à donner aux diverses espèces animales. Mais ni le statut taxinomique, ni le statut écologique ne dépendent d’une décision humaine. Il est particulièrement amusant de constater qu’en fonction des législations, un animal est "sauvage" au Pays-Bas, devient "domestique" en franchissant la frontière française ou vice versa. 

Présenter le "faux-aurochs" en tant qu’animal sauvage ou au moins qui redevient  sauvage était primordial pour Heck. Son imagination était telle qu’il prétendait même qu’au "centre de l'Afrique, des pionniers aventureux ont créé une ferme et importé des boeufs domestiques allemands. En raison d’un accident, la ferme dut être abandonnée. Le cheptel se dispersa, sans maître, dans la brousse et vivra la vie des animaux sauvages. Quelques années plus tard, on en retrouva la descendance; mais elle se serait muée en Aurochs, tant dans la forme que dans la cérébralité de l'ancêtre européen"[12]. Cette citation souligne une totale incohérence et un manque de logique dans les démarches de Heck. S'il suffit de laisser les vaches en liberté pour qu'elles "deviennent des aurochs",   le croisement entre différentes races devient de ce fait totalement superflu. Heck déclarera que les "faux-aurochs" relâchés dans la nature commençaient à avoir le comportement des animaux sauvages, un seul auteur semble croire aux affirmations de Heck, le professeur d'archéologie, spécialiste de l'histoire de la domestication des bovins F. E. Zeuner[13].

     Cet auteur répète les "informations" que donne Heck sur le troupeau de Bialowieza. Toujours selon Heck, ce troupeau, sur lequel il n'existe aucune information crédible devait même avoir "certaines caractéristiques de l’animal sauvage" notamment redevenir "méfiants" vis-à-vis de l'homme (sic).

 

La prétendue Méthode révolutionnaire de Heck, n’est qu’une sélection artificielle banale.

 

     Le procédé  de Heck n’a été rien d'autre qu'une banale sélection artificielle. Cette pratique consiste à croiser diverses races animales afin d'obtenir une race nouvelle avec certaines qualités qui sont prédéterminées. C’est une façon de procéder totalement banale, bien connue, qui n'a aucun caractère exceptionnel ni révolutionnaire. Utiliser d’autres dénominations pour ce type de sélection artificielle effectuée par les frères Heck n'est qu'une manipulation linguistique. Cette manipulation a bien évidemment pour but de faire croire qu'il s'agit d'une procédure exceptionnelle, nouvelle et que c’est une grande réussite scientifique. Cette manipulation a commencé avec le discours de Heck qui parla de méthode régressive "du retour à l'ancêtre". Après les déclarations de Heck quelques naturalistes, particulièrement naïfs crurent en de tels propos. Ils proposèrent de chercher une dénomination afin de nommer cette nouvelle pratique du "retour vers l'ancêtre". Ainsi, Paul Cordier-Goni[14] écrivait: l'essai palinbiogénésique a été commencé dans les Jardins Zoologiques de Berlin et de Munich. Le palingénésique reste une philosophie, l'expérience actuelle est un essai pratique vivant; nous devions marquer cette idée par un mot nouveau. Certains parlèrent même de la "sélection reverse". Il est bien évident que ces dénominations n'ont aucun sens, autant que parler de "reconstruction" ou "restitution". Il s'agit tout simplement d'une sélection artificielle ordinaire, le résultat est une nouvelle race de boeuf domestique. Ne cherchez pas ces dénominations farfelues, elles ne se trouvent dans aucun dictionnaire de génétique.

 

Non-sens linguistique et nomenclatural ou comment crédibiliser une supercherie à l’aide d’une manipulation linguistique

 

Il est évident que si cet animal est présenté sous son statut réel, ce est-à-dire comme une race bovine récente, il ne présente ni intérêt médiatique, ni commercial. La seule valorisation possible de cette vache, consiste obligatoirement à crédibiliser les supercheries expérimentales de Heck et à faire la "démonstration" du rapport (abusif et faux) entre cette race et l'aurochs. L’utilisation par les auteurs qui commercialisent cet animal, de noms tels que "aurochs de Heck", ou bien "aurochs reconstitué" (avec ou sans trait d’union) etc. va dans ce sens. Nous nous trouvons là, devant une évidente manipulation linguistique, qui est une transgression des règles admises par la communauté scientifique. Les objectifs recherchés sont évidents, susciter un impact médiatique en premier lieu et obtenir ensuite des répercussions.

Dans les diverses publications faites par les auteurs du SIERDAH, nous avons trouvé les dénominations suivantes utilisées à dessein pour entretenir la confusion sur ce faux-aurochs :

 

. aurochs (sans guillemets)

. aurochs (avec guillemets)

. aurochs reconstitué (sans trait d'union)

. aurochs-reconstitué (avec trait d'union)

. aurochs de Heck

. nouvel aurochs

. neoaurochs

. "aurochs" même reconstitué

.ferme de l’aurochs

. cousin du Bison (sic!) nous sommes émerveillés par ce type de dénomination digne d’un conte pour enfant, trouver ce qualificatif dans une publication qui a la prétention d’avoir un caractère scientifique, ne peut que laisser rêveur.

 

Par contre, nous n'avons trouvé nulle part les noms dont l'usage seraient convenables et qui sont justifiés par le statut réel de cet animal et qui font référence à sa véritable histoire par exemple:

 

. bovin ou vache de Heck ;

. métissage récent de quelques races bovines ;

. race bovine très récente et récemment reconnue ;

. bovin ou vache de Goering ;

. faux aurochs de Heck etc.

 

 

Cette manipulation linguistique n'a pour but que de valoriser la supercherie de Heck et attribuer à l'animal(surtout aux yeux du grand public) un statut d'aurochs et non son statut réel de race bovine récente. Cette vache, ne peut être la reconstruction de l'aurochs, elle n’est pas non plus une nouvelle espèce d'aurochs, dédiée à Heck .

Nous avons constaté que lorsque les auteurs publient en anglais ils prennent quelques distances en appelant leur vache cattle (bovin) et non aurochs (aurochs). Cette distinction figure dans les publications citées par les auteurs du SIERDAH (comme par exemple: Wijngaarden-Bakker L.H., van Aurochs and Heck cattle, dans Anthropozoologica 25-26 (1997). Mais mieux encore, nous avons constaté que dans certaines publications, l'article de Monsieur le Président du SIERDAH (Guintard Claude La remise en liberté de l'aurochs de Heck dans Bull. Soc. Nat. Ouest de la France, nouvelle série, tome 18 (1) 1996) la traduction du français vers l'anglais, l'animal se transforme miraculeusement de l'aurochs de Heck en bovin de Heck (Heck cattle). Nous sommes émerveillés par cette souplesse dans la traduction qui modifie ainsi le sens du texte (voir la crédibilisation de la phrase de Heck sur les "aurochs" qui survécurent à la guerre à Bialowieza). Nous laissons aux linguistes et aux sociologues qui travaillent sur les sciences de chercher l'explication de cet étrange phénomène.

 

1. Il est pour le moins "choquant, scandaleux et inadmissible", que l’on puisse encore de nos jours dédier le nom d'un animal à un criminel nazi et participer ainsi à sa réhabilitation. 

 

2. Le SIERDAH, ne peut utiliser le nom d'aurochs, puisque ce nom désigne une espèce : l’aurochs (Bos primigenius) et n’est de ce fait plus disponible et ne peut être attribué à un autre animal.

 

3. Cet animal est une race bovine. Pourtant le nom « aurochs de Heck » suggère et entretient volontairement la confusion, pour nous faire croire qu’il s’agit de la description "d’une véritable espèce", et non simplement de l’enregistrement d’un métissage récent de quelques races bovines (Bos taurus).

     Il est regrettable, que toutes ces manipulations trompeuses soient difficiles à modifier par le fait que la Commission de Nomenclature Zoologique par définition ne s'occupe ni de noms vernaculaires ni de nomenclature de races bovines. Ainsi, le choix d’un nom n'est limité que par l'honnêteté des auteurs et le respect des bonnes moeurs scientifiques, ce qui, pour cette affaire est loin d’être le cas.

 

 

Loup de Daszkiewicz, Loup d'Aikhenbaum, Loup reconstitué, Loup-reconstitué, Nouveau loup, Neo loup,

 

A partir de la logique du SIERDAH, nous avons réfléchi au statut à attribuer aux chiens qui vivent avec les membres de notre famille. Pourquoi ne pas considérer le chien issu du croisement du husky et du berger allemand de l'une de vos tantes comme "un loup reconstitué" (il suffit d’ajouter un tiret entre loup et reconstitué). Les toutous qui partagent notre vie sont-ils uniquement des chiens ? est-ce que nous sommes en droit de les considérer comme des "loups de Daszkiewicz" et des "loups d'Aikhenbaum" ? Cette question peut faire sourire notre lecteur...et pourtant, nous pouvons dire sans être dans l’obligation d’effectuer de grandes recherches, que n’importe quel spécialiste est à même de confirmer que le "loup-reconstitué" (c’est-à-dire le chien de votre tante, issu du croisement d’un husky et d’un berger allemand) est du point de vue de l'anatomie comparée et même de la génétique plus proche du véritable loup que le "faux-aurochs", ne l’est de l’aurochs. Comme Heck et le SIERDAH, nous pouvons affirmer que le loup ainsi reconstitué a retrouvé "ses qualités sauvages", non seulement il est devenu méfiant à l’approche des intrus, mais de plus, il a mordu la voisine !

Enfin pourquoi, se limite-t-on à utiliser les mots chiens errants et pour quelles raisons n'utiliserait-on pas les termes de "réintroduction, de loup reconstitué", pour désigner ce type de phénomène ? Nous serait-il possible de bénéficier de subventions et de soutiens pour mener à bien ces recherches importantes sur le "loup-reconstitué" ? Nous sommes tout disposé à effectuer avec les produits issus de notre travail de recherche, des comparaisons avec des loups, des loups de Mackenzie, ou encore avec ceux du Pléistocène ou de l’Holocène.[15] Nous pouvons faire des études sur les préférences alimentaires de ce "loup-reconstitué" (cette étude pourrait être parrainée par des producteurs de boites pour chiens). Le grand avantage que présente le "loup-reconstitué" est qu’il est particulièrement rustique et contrairement aux "faux-aurochs", une fois réintroduit dans la nature, il se débrouille très bien seul, il n’a besoin d’aucun soin extérieur pour survivre. Il se caractérise également par une grande "plasticité écologique" et peut vivre dans des milieux très variés (voir les chiens errants).

 



[1]Heck, L. 1942 Mes bêtes sauvages. (édition française 1955 Ed. Pierre Horay)

[2]A titre d'exemple Les vaches nantaises appartiennent à l’une des races locales de bovins parmi les plus menacées en France (110 reproductices seulement) d'après Bedel S. et Beaulieu F. de 1999 dans Avec nos sabots...Penn ar bed n°168

[3]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[4]voir par exemple Thomas A.R. Are birds dinosaurs? dans Tree vol. 13 n 4 de avril 1998 et Benton M. Dinosaur fossils with soft parts dans Tree vol 13 de 8 avril 1998

[5]la question concernant cette  analyse a été  soulevée au cours de la discussion qui accompagne la présentation du projet de l'introduction du "faux-aurochs" en Pologne Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[6]voir Hoss M. O. Handt et S. Pääbo 1994 "Recreating the Past by PCR" in The Polymerase Chain Reaction K.B. Mullis, F. Ferré, R.A Gibbs. Ed. Birkhauser Boston

[7]voir Bailey J. et autres 1996 "Ancient DNA suggest a recent expansion of European cattle from a diverse wild progenitor species" dans Proc. R. Soc. Lond. n°263

[8]Cultivar les Enjeux n°4 - 1998 souligner par P.D. et J.A.

[9]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[10] voir Boyd L.and Houpt K.  1994 Przewalski's Horse The history and biology of endangered species. State University of New York Press et Pucek Z. 1991, History of the European bison and problems of its protection and management dans B. Bobek, Perzanowski K., Regelin W. Global trends in wildlife management, Trans. 18th IUGB Congres Krakow  

[11]Van Wijngaarden-Bakker  1997 Aurochs and Heck cattle Anthropozoologica, 1997 n°25,26

[12]cité in extenso d'après  Cordier-Goni P. 1953. Essai de reconstitution des espèces animales éteintes. La methode regressive du retour à l'ancêtre. Riviera Scientifique, Bulletin de l'association des naturalistes de Nice et des Alpes-Maritimes.

[13]Zeuner  F. E. 1956 Domestic cattle and aurochs Oryx n°3. Ce auteur a utilisé les affabulations   de Heck comme  seule et unique source d’information sur le sujet du faux aurochs.

[14] Cordier-Goni P. 1938 Auroch de Germanie d'après le dr Lutz Heck Terre et Vie

[15]Nous trouvons particulièrement amusantes  des divagations telles que le "faux-aurochs" est plus proche de l’aurochs de l’Holocène ou du Pléistocène (voir par exemple l'article d’Alain Zecchini Vie et mort des espèces. Des animaux reconstitués Le courrier de la Nature n° 177 Mars-Avril 1999)

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:51

Chapitre 4

                      

Le "faux-aurochs" un non sens biologique

 

La recherche de la vérité est le premier devoir de la science. Nous sommes  particulièrement attachés au respect des principes de logique dont les bases furent édictées par Aristote. Nous sommes également particulièrement attachés aux travaux de l'Ecole de Vienne et de la célèbre école de logique de Varsovie et de Lvov. Nous nous référons souvent aux travaux de Karl Popper et nous sommes partisans de la nécessité absolue de la rigueur linguistique dans la démarche scientifique. Ce sont les raisons qui font que les manipulations du langage et les "acrobaties verbales faites pour tenter d’accommoder la logique" qui accompagnent  la promotion de ce faux-aurochs sont intolérables.

Les expressions employées par les auteurs sont à tel point caricaturales que nous avons quelques difficultés à comprendre certaines formulations. Comment expliquer ce que peut être la "sauvegarde des espèces (...) dans le cas d'un animal disparu"[1] ou encore comment comprendre cette phrase "Lors de la dernière assemblée du SIERDAH nos adhérents ont voté une motion indiquant que nous étions une association apolitique, que le but n'était pas de faire de la publicité pour les frères Heck. (...) Notre mission n'est définitivement pas de prôner le nazisme"[2] ?

Nous avons pris pour habitude d’examiner des faits et non de prendre pour argent comptant les diverses déclarations qui peuvent être émises, lors de congrès, symposium, colloques.... Comment devons nous comprendre cette phrase ? Signifie-t-elle qu'avant d’avoir voté cette motion le SIERDAH avait un autre dessein et un autre but ? Comment comprendre que dans le site de présentation du SIERDAH sur le WEB parmi les objectifs que s’est fixé ce Syndicat figure celle "(d’)établir les bases d'une réelle sélection de l'Aurochs de Heck". Faut-il comprendre que, jusqu'à présent cette sélection n’est pas réelle, c'est-à-dire qu'elle n'existe pas effectivement[3], mais seulement dans l'imagination de certains ?

Ce qui surprend encore davantage, c'est la pensée quasi magique qui accompagne une telle formulation. Un vote est-il susceptible de modifier la tangibilité des choses ? Suffit-il de voter ou de décider avec une motion accompagnée d’un vote à la majorité, qu'une vache est un aurochs et pourquoi pas un dinosaure ? Suffit-il d’affubler un chien du complémentaire loup pour que le chien se transforme immanquablement en loup ?

Nous avons trouvé particulièrement amusante cette affirmation, "Un dossier présenté par le SIERDAH à la CNAG bovine a permis d'attribuer le code race n°30 à l'aurochs-reconstitué, ce qui le range au sein de races bovines. Deux arguments majeurs ont présidé à ce choix. L'un est scientifique: l'aurochs-reconstitué émanant de diverses races bovines domestiques, ne peut, dans un premier temps[4], avoir d'autre statut que celui d'animal domestique (Bos taurus, Linné 1758). Il n'existe pas de populations sauvages d'aurochs-reconstitués à l'heure actuelle, même si des essais contrôlés de remise en semi-liberté existent (...) Le second vise à promouvoir le développement de l'animal: dans un contexte d'élevage bovin, troublé par des problèmes sanitaires[5] (cf. BSE...), l'existence d'un bovin de "type sauvage" non soumis à une prophylaxie annuelle obligatoire aurait, probablement à terme, été néfaste à son élevage"[6].

Malgré de longues années d’études et d’expérience professionnelle en biologie des espèces, nous n'avons jamais osé penser, que c'est le contenu d'un dossier, fut-il même déposé par le SIERDAH qui décide du statut taxonomique d'un animal. Nous sommes particulièrement heureux de savoir qu'au moins l'un des "arguments majeurs" est "scientifique". L'idée que ce "faux-aurochs" n'a pas le statut d'une espèce différente que celle du Bos taurus, uniquement pour des raisons pratiques d'élevage et pour quelques contraintes administratives (voir deuxième argument) par contre, nous a attristés. Nous sommes ravis toutefois d’apprendre que ce statut n'est que temporaire (valable "dans un premier temps"). Nous avons également appris que c'est l'existence de "populations sauvages à l'heure actuelle" qui détermine le statut spécifique de l'animal". Nous pensions jusqu’alors naïvement, qu’un chien domestique qui devient errant restait toujours un chien Canis familiaris. Nous n'avons jamais entendu parler du changement de statut taxonomique du bison d'Europe Bison bonasus ni du pigeon migrateur Ectopistes migratorius, lorsqu'il n'existait plus de populations sauvages de ces espèces. Nous avons décidé de traduire ces illustres propos de M. le Président de SIERDAH, maître de conférence à l'Ecole Vétérinaire de Nantes, en anglais et les adresser à Ernst Mayr, l’un des plus grands spécialistes de la théorie synthétique de l'évolution. Cet éminent spécialiste de la biologie des espèces pourra apprendre beaucoup de choses ou pour le moins rire un peu.

Il est intéressant de rappeler que ce "faux-aurochs" est habituellement présenté pour sa grande résistance aux maladies. Cette "résistance imaginaire" fait partie de sa légende. Heck a bien compris l’enjeu de présenter cet animal plus résistant aux maladies que les autres races bovines domestiques: Baur, maître en science héréditaire, a constaté que le sanglier montrait, plus que le cochon domestique, une grande capacité de résistance à certaines maladies ; de même, les Aurochs réélevés, qui pourtant descendent d'animaux domestiques, sont quasi insensibles à la fièvre aphteuse et à la fièvre catarrhale. Au cours de la guerre, ces fièvres ont cruellement sévi en Bavière. Les Aurochs (sic) ne furent pas exempts de ces épidémies ; pendant trois jours, ils en subirent de légères atteintes, sans conséquence[7]. Mais apparemment, d’après M. le Président du SIERDAH, le défaut de contrôle sanitaire obligatoire aurait pu être néfaste au faux aurochs.

Nous ne nous préoccupons aucunement de la vie interne du SIERDAH et de ses problèmes psychologiques (ni de ses motivations) qui découlent de son interprétation particulière de l’histoire. Pour nous, les adhérents de ce syndicat peuvent voter s'ils le désirent que la terre est plate ou même abolir la loi de la gravitation. Le seul souhait que nous formulons, c’est que tels propos ne soient pas véhiculés sous le couvert d’une institution publique.

Après la publication de notre article, nous avons été confrontés à des réactions surprenantes. Personne n'a contredit ni contesté le bien fondé de notre thèse, l'animal n'est pas un aurochs et ne saurait l’être sous aucune forme que ce soit. Nous n’avons pas de contradicteur, lorsque nous mettons en avant l'origine nazie de cette supercherie. Il n’y a, ni ne peut y avoir sur ce sujet de polémique puisqu’il n’y a pas de controverse. Pour remettre à sa place cette véritable campagne de désinformation et de liberté prise avec la vérité historique, nous rappelions seulement que le débat était clos depuis fort longtemps, cette histoire avait fait l’objet de discussion à laquelle avait participé quelques-uns des plus éminents naturalistes de notre siècle. Leur conclusion était sans appel, ne laissait planer aucun doute. Comment peut-on donc alors considérer que notre texte est polémique ? Il ne saurait l’être puisque nous nous sommes contentés, de rassembler des publications bien connues dont les conclusions sont admises par tous, en y apportant uniquement quelques commentaires.

Paradoxalement, les choses les plus évidentes sont parfois les plus difficiles à expliquer. Si un étudiant, en première année de zoologie rendait une copie en affirmant qu'un croisement récent de quelques races bovines est un aurochs, ou un aurochs reconstitué, il se verrait très certainement prié de choisir d’autres orientations. Il en irait de même lors d'un examen sur la génétique si un étudiant osait prétendre que quelques hybridations peuvent être ou contribuer à "la reconstitution ou à la reconstruction" d'une espèce.

Malheureusement, malgré ces évidences, nous sommes obligés de revenir à des propos élémentaires bien connus de tous les professionnels.

 

 

Il n'y a pas et il n’y a jamais eu de reconstruction d'aurochs

 

Si les déclarations faites par Heck sur la "reconstruction de l'aurochs" avaient rapporté des faits réels, nous aurions été devant une véritable révolution en matière de biologie. Non seulement par le fait de la "reconstruction d'une espèce disparue", mais aussi parce que nous aurions assisté à la remise en cause des principes de base de la génétique, de la sélection naturelle et de ceux de la théorie de l'évolution. Nous savons, et ceci avait déjà été admis à l'époque par la grande majorité de la communauté scientifique, que la sélection naturelle fait perdre au cours de l'évolution une partie du patrimoine génétique et que l'évolution est un processus irréversible. Les scientifiques savaient que les mécanismes héréditaires sont très complexes et qu’il était impossible de "bricoler les gènes" et de "remonter génétiquement le temps" c'est à dire de reconstruire génétiquement un ancêtre par la sélection artificielle. Le progrès des connaissances génétiques ainsi que l'établissement de la théorie synthétique de l’évolution ridiculise encore davantage la démarche de Heck. Ses prétentions étaient vides de toute base scientifique et contraire au savoir, propre à ce domaine.

La période pendant laquelle Heck effectua son métissage à l’aide de quelques races bovines est particulièrement intéressante du point de vue de l'histoire de la biologie. C’est une époque de grandes discussions sur les relations entre la théorie de l'évolution et la génétique[8]. Les chercheurs allemands étaient parmi les meilleurs spécialistes. Leurs travaux étaient bien connus, suivis, discutés par l’ensemble de la communauté scientifique internationale. De plus les généticiens de ce pays s'intéressaient tout particulièrement à la théorie de l'évolution.[9]. Les généticiens et les évolutionnistes portaient un intérêt tout particulier à la domestication, celle-ci était utilisée comme "modèle" de sélection. Les biologistes considéraient que la sélection artificielle était beaucoup plus rapide que la sélection naturelle et indirectement, que la perte d'une partie des caractères génétiques (non sélectionnés) était en général plus rapide que celle qui se produisait dans la nature.

Il est étonnant que dans les publications qui touchent aux domaines telles que la génétique, la théorie de l'évolution, les bases théoriques de la biologie, on ne trouve nulle part, une seule mention qui ait trait aux expériences de Heck, et ce, ni en Allemagne, ni à l'étranger[10]. Aujourd’hui, il est toujours impossible d’en trouver trace dans les travaux qui se rapportent à l'histoire de la biologie[11] de cette période, même dans des monographies très détaillées sur l'histoire de la génétique allemande[12], pas plus que dans l'histoire qui relate les efforts des biologistes pour établir une conception qui permettrait de faire la synthèse entre le savoir évolutionniste et la connaissance génétique[13].

Heck, est-il un génie injustement oublié et méconnu et fallait-il la venue du SIERDAH pour le réhabiliter et remettre à leur juste place ses travaux ? Hélas non, déjà tout le monde savait qu'il ne s'agissait pas d'une "reconstruction". Ceci était d’une telle évidence, que personne n'a jamais considéré devoir traiter cette pseudo-reconstruction même digne de figurer résumée en quelques lignes dans un travail scientifique sérieux. L’accord était unanime, nous étions simplement devant un métissage de quelques races bovines. Pour quelles raisons des biologistes, auraient-ils dû s’intéresser plus à ce métissage qu’à n'importe quel autre ? Cette mystification est tellement ridicule du point de vue de la biologie, qu’aucun scientifique ne prendrait la peine d’en discuter. Cette même situation existe pour cet animal qui est absent de tous les ouvrages de références taxonomiques sur les mammifères.

Si l’on consulte le Zoological Records de cette période et même les volumes d'après-guerre, on constate que cette race bovine ne suscite guère d’intérêt particulier.

Le monde des spécialistes restait très lucide et les informations sur "l’aurochs reconstitué" ou sur la "réversion de l'évolution" sont publiées plutôt par une presse spécialisée en informations sensationnelles. Dans ce type de presse, il est habituel de trouver des articles sur les "abominables hommes de neige" ou "le monstre du Loch Ness". Ces informations sont généralement absentes des revues scientifiquement crédibles[14]. Les rares articles mentionnés par le Zoological Records qui traite de cette race bovine et de l'expérience de Heck, le font en tant que curiosité sans valeur scientifique. Encore aujourd'hui, les travaux qui traitent de l'histoire de la zoologie et des parcs zoologiques et qui mentionnent Heck, ne jugent pas nécessaire de citer "l'histoire des faux-aurochs".[15]

 Cet animal n’est qu’un métissage banal de quelques races bovines Bos taurus, il n'existe pas la moindre raison pour qu’il soit traité différemment qu'une autre race bovine. De plus, contrairement aux races traditionnelles, cette race n’est que très récente. Il n'y a donc jamais eu aucune reconstruction d'espèce ! Lorsque Heck déclare, qu'il s'agit d'une reconstruction d'aurochs, il fait seulement une falsification ordinaire. Cette manipulation était si grossière que personne n'a cru devoir la prendre au sérieux. Ce n’est que la position de Heck, au sein de l'appareil politico-administratif du Reich qui "authentifiera" cette supercherie. Pourtant, même parmi les biologistes dont les travaux et les idées intéressaient les idéologues nazis, les attitudes falsificatrices étaient loin d’être la règle. Paul Weindling[16], spécialiste de l'histoire de la biologie de l’Allemagne nazie, écrit "Hans Spemann, seul embryologiste à avoir reçu un prix Nobel, dont la conception de l'organisation était sous bien des aspects compatible avec les valeurs nationalistes, mit en garde la nouvelle génération de zoologistes, afin qu’ils restent fidèles aux valeurs solides de la vérité scientifique". Il est intéressant de souligner que dans ses moments de lucidité Heck lui-même déclarait, que son expérience ne débouchait que sur un élevage de bovins, qui, dans certaines mesures "correspond à l’image que nous nous faisons de l'aurochs" (et non à un aurochs)[17].

 

 

Le faux-aurochs n'est pas et n’a jamais été à l'image de l'aurochs

 

Le "faux-aurochs" n'est qu'une race récente de bovin Bos taurus et il n'y a pas reconstruction d'une espèce. Ces deux affirmations, pourtant si banales et évidentes mettent dans une situation très délicate les institutions et les personnes qui commercialisent cet animal et même simplement son image, en tant qu'aurochs ou aurochs reconstitué ou aurochs de Heck. Heck était déjà confronté à cette situation embarrassante, lorsqu’il dit que cet animal "correspond à l’image que nous nous faisons de l’aurochs" (et non à un aurochs),  il reconnaît que l’animal qu’il présente n’est pas un aurochs. Ceci est encore une autre évidence.

Comme référence principale pour son travail, Heck s’est servi d’anciennes illustrations et de quelques données paléontologiques très incomplètes et contradictoires. C’est là, l’ensemble de ses sources d’informations. Les derniers spécimens d'aurochs ont disparu plus d'un siècle avant l'établissement des principes de la nomenclature linéenne. Ces principes exigent que la description d'une espèce soit accompagnée d’un diagnostic, c'est-à-dire d’une description détaillée qui permet la détermination. Les descriptions et les illustrations des aurochs viennent d’une époque ou les relations naturalistes étaient la plupart du temps floues et imprécises. Elles se caractérisaient par des croyances en des légendes, ou il était difficile de faire la part des choses entre le réel et l’imaginaire. Il n’était pas rare de croire en l’existence de sirènes, ainsi qu’en celle d’humains (ou semi-humains) vivants dans les océans. Des ouvrages naturalistes, affirmaient non seulement l'existence de l’Homo marinus, mais aussi celui d'un archevêque sous-marin Episcopus marinus. Les illustrations qui accompagnent ces descriptions sont souvent de sources inconnues. Même le célèbre tableau d'Augsburg retrouvé en 1820 par Hamilton Smith chez un antiquaire à Augsburg doit être traité avec la plus grande réserve. Non seulement, nul ne sait ce qu’est devenu l’original, de plus on est dans l’incapacité d’identifier son auteur. On ne connaît pas plus les circonstances de sa création, la date et le lieu de son exécution. Il est impossible de dire avec certitude si ce tableau représente des aurochs, une partie des spécialistes pense plutôt qu'il s'agit d’une race bovine.

L'ouvrage de Gessner est sans aucun doute l’un des meilleurs et des plus crédibles pour cette période. C'est l’une des principales sources anciennes sur l'aurochs. Dans cet ouvrage, on trouve une gravure sur laquelle figure un hippopotame (ou plutôt cheval fluvial Equus fluviatilis) qui dévore...un crocodile.  Les informations qu’on y trouve sur l'aurochs sont de cet acabit : "Ils dépassent de beaucoup les taureaux et les autres bovidés sauvages, se rapprochant plus de la stature de l'éléphant (...). Quand ils sentent leurs blessures et que leur sang coule, ils deviennent fous furieux, et ne pouvant se venger sur le chasseur qui s'abrite  derrière quelque gros arbre, ils se tuent eux-mêmes en se jetant de toute leur force contre cet arbre. Ils ont le front si large, dit-on, que deux hommes tiennent facilement entre leurs cornes."[18] Nous avons cité l'un des ouvrages naturaliste qui est considéré comme l’un des plus sérieux. Les autres descriptions qui figurent dans différents ouvrages, sont tellement fantaisistes que les historiens des sciences identifient parfois les aurochs aux... légendaires licornes.[19]  Nous ne savons pas si actuellement un quelconque organisme fait des tentatives pour reconstruire (ou commercialiser) les...licornes.

Les anciennes illustrations qui auraient pu être plus crédibles ne sont pas non plus d’une grande utilité, puisqu’à ce jour elles n’ont pas été retrouvées. C'est le cas de peintures commandées en Pologne par le grand naturaliste italien de la Renaissance Ulysse Aldrovandi. Ce qui accrédite encore la thèse de la confusion, c’est que la détermination exacte entre bovin, aurochs et bison était pour le moins sujette à caution. A tel point que l'illustration originaire du seizième siècle publiée par A. Brückner dans sa célèbre Encyclopédie de l'Ancienne Pologne (Encyklopedia Staropolska) représente un bison et non un aurochs[20]. Il en va de même pour les illustrations qui proviennent de l'ouvrage de Herberstein. Pendant très longtemps elles furent interprétées très différemment par divers auteurs (aurochs, bison, bovin domestique, croisement entre aurochs et bovin domestique)[21]. La confusion était telle, que pendant tout le XIX° siècle une partie des naturalistes rejetèrent même l'existence de l'aurochs. Ainsi que nous l’avons écrit dans notre article : "Encore aujourd'hui, les spécialistes avouent qu'ils ne savent que peu de choses sur la biologie de cette espèce. Entre les deux guerres, au moment ou Heck effectuait ses travaux, les vues des scientifiques étaient très variées et souvent contradictoires sur des points essentiels comme la variation, l'apparence, la génétique et l'écologie de l'aurochs. Même sa couleur, la position taxinomique des petits spécimens (femelles ? espèces différentes ? premières formes domestiquées?) restaient une énigme".

 

Quelle est la position de Heck dans cette situation. La première chose qu’il fait a été d’écarter les données qui lui ne convenaient pas. Il s'appuie en partie sur des références, qu’il considère comme preuves et qui sont sans aucune valeur, entre autres les dessins d'aurochs de Kändler faits sur la porcelaine de Meissen en 1730, soit un siècle après la disparition des derniers spécimens. Ainsi de manière totalement arbitraire, il créera une image "idéale" qui, en fonction des circonstances, des besoins et des exigences du 3° Reich, correspondait de manière on ne peut plus opportune, à la pure race aryenne. Pour faire admettre cette manipulation, Heck attribuera de manière arbitraire à sa vache les "qualités primitives", indispensables à la justification de sa supercherie. Prisonnier de sa logique, il n’a pu faire autrement que de sélectionner un nombre très restreint de qualités "sauvages", ceci est d’autant plus ridicule qu’en comparaison, il est possible de trouver un nombre plus important de qualités communes entre un loup et un chien berger allemand.

La création totalement arbitraire d'un type "idéal", afin de reconstruire par divers croisements un animal sauvage primitif n'est pas une idée originale de Heck. On retrouve ce même type de recherche quelques dizaines d'années auparavant dans l'ouvrage de J. E. Cornay, "De la reconstruction du cheval sauvage primitif par la réunion, chez un type idéal, de ses caractères spéciaux et spécifiques, qui se trouvent épars, chez ses propres races domestiques, à effet d'obtenir une race française de cavalerie et ses embranchements qui pût, par ses marques originelles et légales, constituer la race sacrée, c'est-à-dire la race naturelle domestiquée et de la restauration par l'omaimogamie de nos races chevalines régionales altérées par la sélection et le croisement"[22] . Cette proposition  qui consistait à "reconstruire le cheval primitif dans un cheval domestique, pour en former ensuite la tête de colonne des autres races qui auraient dû en dériver",  restera en France uniquement une curiosité marginale qui n'intéressera personne. Cet auteur était particulièrement prolixe et éclectique. Nous lui devons des ouvrages tels que la "Cosmogonie légale, la mémoire sur la genèse animale, la loi de l'hermaphrodisme, la loi des sexes et la loi de la fécondité, l’exposition des principes de la physiologie cosmogonique" et "Eléments de morphologie humaine : pour servir à l'étude des races".

Heck établit l’image fantaisiste d’un animal qui, d'après lui (et non d'après les données paléontologiques ou historiques), correspondait à l'aurochs. Il déclarera avoir obtenu en quelques années un animal semblable au modèle qu’il avait établi préalablement et avoir effacé les répercussions de quelques milliers d’années de domestication et de sélection accélérée chez cet animal. Hélas pour Heck, la  réalité fut tout autre, il ne réussit même pas à reproduire le modèle qu’il avait lui-même établi (il ne réussira pas à reproduire, la taille de l'animal, ni les dimensions de ses cornes, ni son dimorphisme sexuel).

Heck n'obtiendra donc pas un animal qui, par son apparence correspond à l’aurochs, pas plus qu’il n'arrivera à obtenir un animal similaire à l'image du modèle d’aurochs qu’il avait fixé arbitrairement. Cette évidence a été, dernièrement encore, soulignée par les recherches : Les données ostéométriques d'un individu mâle mort en 1987 ont été comparées avec les données de l'aurochs danois rassemblées par Degerbol et Fredskild (1970). A l'exception des largeurs proximale et distale de l'humérus, aucune des mesures prises sur les bovins de Heck n'atteint la taille des plus petits aurochs danois. Des écarts nets ont été trouvés dans l'estimation des hauteurs au garrot en fonction de l'élément squelettique utilisé.[23]



[1]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[2]Voir Guintard Claude dans "Le vrai-faux aurochs" Cultivar les Enjeux n°4 décembre 98(article de Area Yamina).

[3] définition prise dans le Robert

[4]souligner par P.D et J.A

[5]voir chapitre sur la prétendue efficacité du "faux-aurochs"

[6]Guintard C. et Rewerski J.  1999 Disparition de l'aurochs en Pologne au XVII siècle, et projet de "réintroduction" de l'aurochs-reconstitué en Mazurie dans Colloques d'histoire des connaissances zoologiques. Liège

[7] cité d'après Cordier-Goni P. 1953 Essai de reconstitution des espèces animales éteintes. La méthode régressive du retour à l'ancêtre Riviera Scientifique. Bulletin de l'association des naturalistes de Nice et des Alpes-Maritimes.

[8]Ce sujet intéresse toujours très vivement les biologistes à voir par exemple Almaça C Evolutionisme and Mendelism Ed. Museu Nacional De Historia Natural (Museu Bocage) Lisboa 1994

[9]voir Harwood J. Geneticists and the Evolutionary Synthesis in Interwar Germany dans Annals of Science 42 (1985)

[10] voir par exemple Dobzhansky T. Genetics and The origin of species Columbia University Press 1937

[11] Mayr E. The growth of biological thought diversity, evolution, and inheritance, The Bellknap Press of Harvard University Press 1982 ou M.J. Sirks Conway Zirkle The evoution of biology The Ronald Press Company New York 1964. Bäumer A., 1997.  Bibliographie zur Geschichte der Biologie   Ed. P. Lang Frankfurt am Main, Berlin, Bern, New York, Paris, Wien  et Tembrock G. 1959 Zur Geschichte der Zoologie in Berlin  Wissen schaftliche Zeitschrift der Humoldt-Universität N°2

[12]Harwood J. 1997 Styles of Scientific thought. The german genetics community 1900-1933. The University of Chicago Press. Chicago and London

[13] Bowler P., 1989 The Mendelian Revolution  The emergence of Hereditarian Concepts in Modern Science and Society The John Hopkins University Press Baltimore

[14]voir 21/4/1949  London News Evolution in reverse; extinct animals brought back to life at the Munich Zoo. ou Whitehead G.K et Whitlock R 1953,  A beast from the past. The Field  201 .

[15] Strehlow H., Zoos and Aquariums of Berlin dans Hoage R. et Deiss W. 1996 New worlds New Animals From Menagerie to Zoological Park in the Nineteenth Century The Smithsonian Institution

[16]Weindling P. 1990. Les biologistes de l'Allemagne nazie: Idéologues ou Technocrates ? dans Histoire de la Génétique  Pratique, Techniques et Théories sous la Direction de Fischer J-L et Schneider W.- A.R. P. E. M  Editions Sciences en Situation

[17] cité d'après Lukaszewicz K.1953, Tur The Ure-ox Ochrona Przyrody R. XX

[18]traduit en français par Topsell d'après Ley W., 1972 Ces bêtes qui firent nos légende. Editions France-Empire Paris

[19]Ley W. 1938 La légende de l'unicorne Terre et Vie 1938 p.177-185

[20]cité d'après Lukaszewicz K.1953, Tur The Ure-ox Ochrona Przyrody R. XX

[21]pour une analyse plus approfondie de ces images voir Nehring A.Die Herberstain'schen Abbildungen des Ur und des Bison. Berlin (édition du début de notre siècle sans mention de date exacte)

[22]Ed. P. Asselin Librairie de la Faculté de Médecine Paris, 1861

[23]Van Wijngaarden-Bakker, 1997. Aurochs and Heck cattle Anthropozoologica, , souligné par  P.D. et J.A

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:49

Le projet de l'introduction du "faux-aurochs" en Pologne

"Ade Pollen"[1]

 

Le SIERDAH se propose d’introduire cet animal en Pologne dans la région de Mazury. Nous comprenons bien les enjeux médiatiques et commerciaux que représentent la concrétisation de ce programme pour les vendeurs de ce "faux-aurochs".

L’aurochs (le véritable), est fortement imbriqué dans l’histoire polonaise[2]. C’est dans ce pays que cette espèce a survécu, quelques siècles de plus que dans toutes les autres parties de l'Europe. Ceci n’a été possible que parce que cet animal bénéficiait  d’une protection royale spécifique. C'est dans ce pays que sont morts les derniers spécimens de cette espèce. La grande majorité des documents connus des naturalistes au sujet des aurochs et qui font références sont d'origine polonaise. Nous pouvons citer entre autres :

- ceux du diplomate autrichien, le baron Herberstein en mission en Pologne,

- les chapitres sur l’aurochs d'Historia animalium de Conrad Gesner,

- les illustrations qui représentent l'animal dans les ouvrages des naturalistes de la Renaissance (comme celles d'Ulysse Aldrovandi qui commandait des tableaux qui représentaient les aurochs à Cracovie),

- les documents découverts dernièrement, dans les archives du Vatican par Norma Pyle de l'Université de New York[3],

- le chapitre sur l'aurochs, dans le travail de Buffon,

- les travaux parfois très récents comme la monographie de Karol Lukaszewicz [4], tous ces documents trouvent leur origine en Pologne. Ceci est le cas pour le célèbre tableau d'Augsburg[5]. La Pologne est le pays de la reconstitution réussie de la population des bisons sauvages d'Europe, opération unique dans l'histoire mondiale de l'écologie. C'est également le pays qui possède une partie importante de la Forêt de Bialowieza, dernière forêt primaire d'Europe, cet endroit est un lieu culte pour les naturalistes du monde entier. L'introduction des "faux-aurochs" dans ce pays et le fait de présenter cette opération comme "un retour historique", est un argument symbolique susceptible d’avoir un impact considérable auprès d’un public sensibilisé et peu au fait, des véritables circonstances des pseudo-reconstructions. C’est aussi, un atout commercial valorisant pour "crédibiliser" cette supercherie. L'enjeu d’un  tel dessein était par ailleurs bien compris et pris en compte par Heck et par l'administration nazie, d'où tout l’intérêt médiatique que peut présenter la présence de ces vaches dans la forêt de Bialowieza.

     Ce projet mérite autre chose qu’une analyse superficielle. Malheureusement, nous ne disposons que de peu  de données sur l’introduction irresponsable de cette race bovine en Pologne.[6]

Qu’en est-il réellement, de l'aspect écologique de cette introduction ? Nous n’avons pas de détails sur le relâchement éventuel de ces vaches dans la région de Mazury. Ce projet prévoit au départ la création d'un parc "show" destiné à un public de touristes et à terme, de l’introduction dans la nature de ce "faux-aurochs".

D’un point de vue des valeurs naturalistes, cette région possède de grands complexes lacustres et forestiers, une flore et une faune d’une richesse exceptionnelle, de nombreuses reliques postglaciaires et endémites. Par toutes ces richesses, la Mazury constitue l’un des plus importants sites de Pologne et même d'Europe. Les naturalistes de ces régions, nous ont dit qu'il n'existe aucune étude scientifique qui démontre la nécessité d'y introduire de grands herbivores. Ils évoquent parfois la pression trop importante d’herbivores sauvages présents sur le terrain. Les naturalistes polonais interrogés, considèrent que la présence de troupeaux de vaches dans cette région serait écologiquement très nuisible et dangereuse pour la stabilité de l’écosystème. Ils redoutent notamment la destruction partielle de la flore et de la faune régionale, (il s'agit souvent de population à faible effectif et très localisée) et la disparition d’habitats souvent uniques. Ils insistent sur le fait que cette démarche (relâcher des vaches dans une région d'une valeur naturaliste exceptionnelle) est non seulement irresponsable et dangereuse d’un point de vue écologique, mais également contraire à la loi polonaise sur la protection de la nature et contradictoire aux principes communautaires de politique environnementale.

Même s’il s’agit uniquement de la création d’un "show parc", où des touristes auraient la possibilité de contempler, comme dans de nombreux parcs français et européens, ces vaches transformées miraculeusement en "aurochs", ce projet est incompatible avec une protection de la nature raisonnée. La forte pression touristique est l’une des plus importantes menaces pour le futur Parc National de Mazury et de ses environs. L'administration polonaise chargée de la protection de cette région ainsi que les associations naturalistes, qui ont conscience du risque que fait courir à l’environnement un afflux de visiteurs incontrôlé mettent en œuvre toute une série de mesures pour diminuer cette pression et orienter le flux de touristes vers d’autres lieux. La création d'un "show touristique" est contraire à la politique de protection de cette région unique et menace les efforts et le travail faits au cours de ces dernières années par ces organisations.

Le projet de l’introduction du "faux-aurochs" en Pologne a été présenté au cours d’une journée d'étude intitulée "Colloques d'histoire des connaissances zoologiques" qui s’est tenue à l'Université de Liège en 1998, nous avons été pour plusieurs raisons particulièrement surpris. Tout d'abord, aucun organisme polonais scientifique n’a été cité, pas plus que l’on ne trouvait de représentant chargé de la protection de la nature. De plus, ce projet comportait des erreurs fondamentales sur la présence de faune (on y trouve notamment mentionnées des espèces absentes de Pologne ou de la région indiquée et même des espèces dont l’identification est impossible). Plus surprenant encore, les auteurs n'ont même pas pris la peine de réfléchir, sur les conséquences écologiques éventuelles de telles introductions.

Nous pensions qu’avec les différentes remarques que nous avions fait,  la présentation de ce projet "aurait été améliorée" du moins partiellement. Après sa publication, nous sommes surpris, de voir apparaître dans la version finale deux institutions polonaises[7] censées apporter leur concours. Ce qui nous a particulièrement étonnés, c’est de ne trouver aucun spécialiste de la faune et de la flore de cette région, ni la moindre trace de consultation d’une quelconque institution scientifique et (surtout) administrative chargée des problèmes de protection de l'environnement. Ceci est d’autant plus invraisemblable, que la Mazury sera prochainement protégée par un statut de Parc National.

Cette affaire a pour la Pologne, un aspect historique et politique. Les souvenirs de la dernière guerre sont toujours très présents dans les mémoires. Rien d'étonnant à cela, car uniquement dans la région où Heck et ses complices "opéraient", les allemands brûlèrent  de nombreux villages et les victimes se comptèrent par plusieurs centaines de milliers[8].

Aujourd'hui, revient à l’ordre du jour la question de la propriété des biens culturels et matériels, volés pendant la dernière guerre[9]. Les estimations faites sur les pillages de biens culturels orchestrés par les allemands en Pologne comprennent les collections de 74 châteaux, 96 manoirs, 102 bibliothèques, 28 musées et 3 galeries nationales ainsi qu’un nombre incalculable de biens privés et religieux. En Pologne, contrairement aux autres pays occupés, les allemands pillèrent les églises et les monastères. Plus de huit mille objets ont été ainsi volés, uniquement dans la collection du Palais Royal de Varsovie. Le vol des collections scientifiques (dont les prestigieuses collections naturalistes) n'ont malheureusement jamais jusqu'à ce jour, fait l'objet d'une enquête sérieuse, judiciaire ou scientifique ni en Pologne, ni ailleurs[10]. Ces actes de pillage étaient tous prémédités et faisaient partie d’un plan mûrement réfléchi, conçu par la politique des nazis. L’objectif nazi était de s’accaparer les biens des pays occupés. Heck participa de manière active à ces pillages, il était l'un des principaux organisateurs et supervisa personnellement les vols de collections polonaises tant privées que publiques. Par ironie de l'histoire, il échappa à la justice et plus scandaleux encore, il jouira du produit de ses crimes jusqu'à fin de sa vie[11]. Quelques objets, parmi ceux volés par Heck en Pologne et en Biélorussie, ont été restitués après la guerre à leurs propriétaires (parmi lesquels se trouvent une partie des bisons d'Europe et des chevaux "konik Polski"). Il nous est impossible de faire un état qui consisterait à savoir dans quelle mesure ces vols ont participé à l’enrichissement personnel de Heck. 

L’histoire de ce criminel ne s’arrête pas là : non satisfait de voler des collections privées et publiques, Heck s’est approprié les résultats de travaux scientifiques (dont les notes et les observations de l'équipe de chercheurs faites sur le "konik polski" ainsi que les travaux polonais sur le bison d'Europe). Le vol et l'usage de ces résultats et la présentation comme "sien" de ces travaux, ont permis, en grande partie à ce triste personnage d’usurper  une renommée internationale dont il jouira (et jouit parfois encore) en zoologie.

 Il n'est pas étonnant que réhabiliter  ce haut fonctionnaire de l'Allemagne nazie, responsable de crimes commis en Pologne soit choquant, incompréhensible et inexcusable pour les habitants de ce pays[12] (et pour les rescapés du nazisme). La France jouit traditionnellement d’une très bonne image en Pologne. Actuellement, le marché polonais est particulièrement attractif, il compte 38 millions d'habitants et sa croissance économique est  l’une des plus fortes au monde. Les entreprises françaises y sont actuellement bien représentées. Sur ce marché, s’exerce une concurrence que se disputent des entreprises américaines et asiatiques, il est  donc indispensable de ne pas ternir la   bonne image de la France dans cette région. L’honorabilité et la probité doivent être indiscutables, ils constituent un facteur important, dans  l’argumentation commerciale. Une affaire telle que celle des "vaches de Heck" et la réhabilitation (accompagnée de l’éloge) de ce criminel de guerre responsable de crimes commis en Pologne, risquent d’être considérées dans ce pays, comme un geste hostile et  antipolonais et d’être perçu comme une insulte à la  mémoire des victimes de Heck et du nazisme. "La propagande, faite autour de cette supercherie nazie" par un organisme français peut gravement nuire à l'image de la France et indirectement aux intérêts politiques et économiques français dans cette région.

Les projets, qui visent à l’implantation de cette supercherie nazie en Pologne peuvent prendre une  dimension européenne. La Pologne (ainsi que la Hongrie et la République Tchèque) négocie actuellement son entrée dans la communauté européenne. La grande majorité des Polonais est favorable à une intégration rapide dans les structures de la Communauté Européenne. Cette intégration est l'un des objectifs  politique de l’Union Européenne. Toutefois,  il existe en Pologne des groupes politiques qui s’opposent à cette intégration. La "menace de l'impérialisme allemand" est l’un des arguments principaux des opposants. Ces groupes minoritaires très  actifs, présentent la politique de l'élargissement de l'Union Européenne comme une version moderne de la "Drang nach osten"[13]. Il leur sera aisé de démontrer que l'introduction du "faux-aurochs", la réhabilitation de Heck trouve "origine dans l'union européenne" et qu’elle fait partie de la politique européenne pour cette région.  Il est indiscutable que de tels actes crédibiliseront les propos des extrémistes aux  yeux de la population polonaise. L’aspect de ce problème ne doit pas être sous-estimé,  parce qu’il  constitue ipso facto un argument de poids dont se serviront les opposants polonais à la politique d’intégration de la Pologne au sein de la communauté européenne.

 

Les juristes polonais, spécialisés en relations internationales que nous avons consulté,  ont attiré notre attention sur un autre aspect de ce programme. L'introduction d’animaux de ce type est au regard de la législation polonaise illégale, et ne peut se faire, sans accord du Ministère de la Protection de l'Environnement. C'est probablement la première fois dans l'histoire des relations internationales, que des fonctionnaires d'un Etat (la France) préparent une action qui doit être menée sur le territoire d'un autre Etat (La Pologne)  qui est illégale au regard de la législation de ce pays. Ce type de démarche est un événement, pour le moins curieux  dans l'histoire des échanges entre pays amis. Si ce projet arrivait à terme, il déboucherait immanquablement sur des problèmes qui risqueraient de mettre à mal les bons rapports entre ces deux pays.

Bien que nous soyons totalement certains du bien fondé de notre réflexion et de notre travail, nous avons décidé de demander l’avis de Monsieur le Professeur Zdzislaw Pucek du  Mammal Research Institute  of Polish Academy of Sciences. A cet effet  nous avons formulé quelques questions que nous lui avons adressées.  Cet éminent scientifique est une autorité incontestable dans le domaine de la faune des mammifères de  Pologne ; il est Président de la section de la protection du Bison d'Europe de l’IUCN et expert dans le domaine de la protection de l'environnement :

 

1. S'il avait été consulté sur ce projet ou si du moins il est au courant de son existence ;

 

2. s’il était en possession  d’informations sur les "vaches de Heck" qui, d'après les publications du SIERDAH " auraient survécues pendant plusieurs années après la guerre" dans la forêt de Bialowieza (cette question a été posée afin d’apporter un démenti formel aux affirmations fantaisistes de cet organisme).

 

Voici les réponses de Monsieur le Professeur Zdzislaw Pucek :

 

     "Je n'ai jamais  entendu parler  d’un projet d'introduction des "vaches de Heck" dans la forêt Puszcza Borecka. Une population libre de bisons d'Europe y vit. Je désire recevoir cet article, publié en Belgique.  C'est un projet très bizarre. Il a peut-être pour origine les Pays-Bas ? Je sais qu’il existe là-bas un écosystème artificiel avec ces bovins et des petits chevaux, il semble qu’à l’heure actuelle ces animaux sont sur ce territoire en surnombre.  Ce projet vise peut-être à  vendre ces animaux. Pour la Pologne ce type d’introduction  dans la nature doit être fait en accord avec le Ministère de la Protection de la Nature, des Ressources Naturelles et de la Forêt, et  avec le concours du Conseil d'Etat chargé de la Protection de la Nature, ainsi que de la  Commission de Protection des Animaux Sauvages dont je suis membre. J'ai demandé au Département  de la Protection de la Nature, ce qu’il en était, à propos de cette affaire, mais de toute manière j’aurais du être au courant. Je confirme donc, qu’il n’y a jamais eu de consultation avec notre Institut de Bialowieza.

Je n'ai jamais entendu dire, que des "bovins de Heck" auraient survécu  à Bialowieza. (...)

Je vous signale que j’ai protesté à maintes reprises, sur le fait que l’on ne peut utiliser le nom aurochs pour ces bovins. C’est peut-être  une bonne race,  mais on ne peut pas en procédant de la sorte recréer l’aurochs disparu. Aujourd'hui,  nous savons grâce au progrès de  la génétique que la sélection « dite de remplacement[14] » est incapable de mener  au retour vers l’ancêtre. Ceci est l'opinion des généticiens. Entre les deux guerres, cette technique a été utilisée par Heck et par Vetulani dans son expérience sur le "konik Polski de type  tarpan".  Jamais ce type de solution ne peut permettre d’obtenir des tarpans. Plus tard, les Russes ont libéré dans le Caucase des bisons d'Europe hybridés avec des bisons d'Amérique. Ils désiraient ainsi reconstruire une sous-espèce de bisons caucasien. Vous pourrez trouver les détails de ces expériences dans mes publications."

Cette réponse concorde en tous points avec notre analyse.



[1]"Pologne méfie toi", ces paroles font partie d'une chanson que chantaient les soldats de la Wermacht, lors de l'agression de la Pologne en 1939.

[2]L’autre pays cible pour le SIERDAH,  est la  Hongrie, réputée pour sa race traditionnelle de boeuf des steppes.  Ce pays possède ce que l’on appelle une "puszta",  dernière steppe primaire de ce type en Europe. Cette région est également célèbre  pour les nombreuses découvertes archéologiques d’aurochs. On comprend ainsi mieux l’intérêt du SIERDAH pour cette région.

[3]Pyle,  M. Cynthia "Some late sixteenth-century depictions of the aurochs (Bos primigenius Bojanus, extinct 1627): new evidence from Vatican MS Urb. lat 276" Archives of Natural History 3/21 1994.

 [4] Cet auteur a découvert, mis en évidence et soigneusement analysé les documents de l'administration royale qui relate l'histoire de la disparition des derniers spécimens d’aurochs vivants.

[5]Le tableau retrouvé en 1820 chez un antiquaire par Hamilton Smith à Augsburg en Allemagne qui portait une inscription polonaise "Thur" (Tur, désigne  un aurochs en polonais).

[6]Curieusement ce projet reste totalement inconnu (fort heureusement) des fonctionnaires du Ministère de la Protection de l'Environnement de Pologne, de l'administration forestière de la région concernée, ainsi que des diverses associations de  protection de la nature et des chercheurs  naturalistes (de l'Académie des Sciences Polonaise et des diverses universités et écoles supérieures) qui travaillent sur la faune et flore régionale. Parmi ceux interrogés se trouvent les responsables des inventaires naturalistes  (d'après les informations que nous avons obtenues au cours de notre récent voyage en Pologne). La section polonaise de IUCN semble également de ne pas être au courant de ce projet. Dans cette situation pour le moins bizarre, ou l’on trouve des  intéressés qui ne sont pas informés, il est bien compréhensible que nous avons eu des difficultés à obtenir plus de détails sur l’introduction de  ce "faux-auroch" en Pologne.

[7] nous espérons que ces institutions ne sont pas au courant du caractère frauduleux ni du contexte historique de cette affaire.

[8]L'histoire de l'occupation allemande dans cette région a fait objet de nombreuses études historiques (voir Monkiewicz "Bialowieza w cieniu swastyki" KAW 1984). On ne retrouve pratiquement pas de survivant de la population juive qui vivait dans cette région, cette population a été déportée dans sa  quasi totalité. Dès le  début de l'occupation,  Bialowieza opposa une très forte résistance à l’occupant (dans cette région opéraient conjointement les forces de AK et BCh une des formations de la résistance polonaise, se sont jointes également  diverses organisations de  résistance biélorusses et plus tard les parachutistes et les sentinelles de l'armée soviétique. Pour se venger des opérations effectuées par les partisans et "pour protéger les intérêts du Reich", uniquement entre 1941 et 1943 les allemands brûlèrent 200 villages et  déportèrent dans les camps de concentrations environ 40000 de personnes, firent des exécutions sommaires collectives qui coûtèrent  la vie à environ  5000 personnes, assassinées sur 135 sites de la région.  Même si elles demeurent incomplètes, ces données montrent bien  quelles conditions et quelles répressions féroces accompagnèrent "l'introduction des faux-aurochs" à Bialowieza. Cette introduction était placée sous la "protection" de la Wermacht et des unités spéciales  SS. Il est impossible de  chiffrer le nombre  d’exécutions destinées à assurer  de l'introduction du "faux-aurochs", "primordiale pour les intérêts du Reich éternel".

[9]Il est possible de consulter plusieurs excellents articles sur les vols des objets d’arts par l'administration, l'armée mais également "par des citoyens ordinaires" du 3ème  Reich, ceux-ci ont été dernièrement publiés notamment par le professeur Jan Pruszynski, chercheur de l'Institut de Droit de l'Académie Polonaise des Sciences, à lire "Oddac kazdemu co mu sie nalezy. Niemcy i wojenne straty kultury polskiej : Marna pamiec historyczna i kipska znajomosc prawa" Rzeczpospolita n°244 17-18 octobre 1988 (Rendre à tout un chacun ce qui lui appartient, Les Allemands et les pertes de la culture polonaise au cours de la guerre:  mauvaise mémoire historique et méconnaissance de la loi). voir également Lynn H. N.  1994. The Rape of Europe: The Fate of Euroupe's Tresaures in the Third Reich and the Second World War. Ed. London Macmillan.

[10]Et ceci bien qu’il existe une documentation relativement riche sur cette activité criminelle. Parmi les autres sources nous trouvons les informations relatives aux vols des collections naturalistes de l'Institut de Botanique  de Cracovie dans les publications de Wladyslaw Szafer (Szafer W. Wspomnienia przyrodnika, Wydawnictwo Ossolineum 1973) . Diverses autres publications parlent également des vols organisés par Heck (voir les diverses publications du  professeur Tadeusz Vetulani).

[11]Il est intéressant de souligner que le vol d’animaux, notamment celui des konik polski ainsi que les résultats du travail des chercheurs polonais fait avant la guerre, font l’objet de nombreuses documentations et descriptions (voir Vetulani T., 1948 O regeneracji tarpana lesnego w Puszczy Bialowskiej (Sur la régénération du tarpan forestier dans la forêt de Bialowieza). Roczniki Nauk Rolniczych i Lesnych (Annales des sciences agronomiques et forestières) Poznan. Pologne. Pourtant ces résultats spoliés apparaissent sans que soient cités les véritables auteurs. On ne trouve nulle part dans les travaux de Heck l'information qu'une partie de "ses résultats" trouvent leur origine dans les pillages qu’il a fait   à Bialowieza (voir The Breeding-Back of the Tarpan Oryx vol 1 p. 338-342).

[12]ce sentiment est  partagé à l’unanimité par tous nos correspondants polonais naturalistes, journalistes et les représentants de divers partis politiques

[13]il suffit signaler le grand intérêt médiatique qui accompagna la publication du livre de John Laughland sociologue et spécialiste de la culture allemande The tainted source : the undemocratic origins of the European idea et. Little Brown 1997, sur les "racines totalitaires de la conception de l'unification européenne".

[14] En original selekcja wypierajaca

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:47

De la protection de la nature aux théories racistes 

 

Afin de mieux percevoir les "niveaux scientifiques" de ces travaux, nous avons choisi de citer quelques-unes des théories qui émanent du docteur en sciences Arnold Splettstösser[1]. Ce "chercheur" n’était pas n’importe qui, puisqu’il était chargé du département de la protection de la nature dans l'administration allemande de la Pologne occupée. Il s'intéressait surtout à ce qu'il appelait "la construction de paysages". (...) Il exposa même ses brillantes "idées écologiques" dans un article où il présentait l'environnement de cette région comme le terrain de combat où s’affrontait le monde asiatique et européen. Pour que "ces terrains" fassent partie de l'Allemagne, il était indispensable de combattre à tout prix les influences asiatiques (y compris les vents orientaux).La formation du paysage ne sera réussie que si l’on tient compte des relations géographiques, floristiques et écologiques de cette région. Ici, passent les frontières des aires de répartition, non seulement des espèces, mais également des races végétales. Ces races doivent être évaluées dans leurs moindres détails, puisqu’elles peuvent être appelées au combat contre l'Asie (traduction littérale) sic!! (...) La formation du paysage est la clé qui apportera la paix à ce pays et la fraternité entre les hommes. Les Germains ne pourront se sentir heureux sur cette terre uniquement lorsque toutes les influences asiatiques seront éliminées (...). Ici Germain et forêt combattent côte à côte contre l'Asie. Nous pourrons gagner si notre unité "Forêt et Race", sont bien visibles dans le paysage." Ajoutons que la fin de la guerre n'a pas, heureusement, permis de réaliser ce "vaste programme de pureté raciale de la couverture végétale".

Nous pensons que le meilleur commentaire sur ces différents sujets est celui proposé par le grand spécialiste des falsifications scientifiques, James Randi[2] "Le nazisme avait besoin d'une montagne de mensonges et de banalités pour asseoir la plus grande des fumisteries pseudoscientifiques - une légende aryenne raciste; ce mythe ne pouvait être accepté que chez des personnes "préparées" à croire aux plus grands non-sens comme à la théorie du globe terrestre creux etc."

 

Des bisons aryens

Il est intéressant de voir quelle était l'attitude de Heck, vis-à-vis de ces conceptions et comment il les appliquait. Ses "activités" dans le domaine de la protection du bison d'Europe en sont une bonne illustration. Heck, était considéré comme l’un des plus importants biologistes du système nazi. Il n’y a donc rien d’étonnant qu'il fût un fervent partisan de la théorie de la dégénérescence des races. Au dix-neuvième et au début du vingtième siècle des naturalistes (surtout des zoologistes russes), émettaient l’hypothèse que la cause principale de la diminution de la population des bisons d'Europe était la dégénérescence de cette espèce. Cette théorie n’a guère tenu, puisque dans les années trente, elle fut réfutée par les observations faites sur le terrain et les succès spectaculaires obtenus dans la reproduction des bisons.

Les naturalistes constatèrent  l’évidence : la disparition du bison avait pour origine les nuisances humaines, une mauvaise gestion des forêts et n’était nullement liée à une quelconque dégénérescence.

Autre observation des naturalistes. Ils remarquèrent également que lorsque ces animaux vivaient en captivité et en semi-liberté avec des soins convenables, ils se portaient bien et se reproduisaient d'une saison à l'autre sans démontrer un quelconque signe de la "fameuse dégénérescence". Bien qu’il fût au courant de ces observations Heck, pour des raisons plutôt idéologiques que scientifiques, s'accrocha à la conception de la dégénérescence de cette espèce. Ce génial reconstructeur, décida alors d’hybrider le bison d'Europe avec le bison d'Amérique afin de le sauver.

Dès, les débuts de la restitution de la population du bison d'Europe une "attention particulière accompagnait les soins. Les chercheurs veillaient à la pureté génétique des bisons, notamment dans les jardins zoologiques ou vivaient des hybrides de bisons d'Amérique et de bisons d'Europe[3]. (...) Un mérite incontestable revient à  J. Zabinski et à E Mohr, qui dès 1945 se sont attachés à sauvegarder  la pureté génétique[4] de la population mondiale de bisons en introduisant  dans le Pedigree Book uniquement des bisons d'Europe pur sang"[5].

Quels furent les résultats de la protection des bisons d'Europe par Heck ?

 Pour répondre à cette question nous avons décidé de citer les fragments de l'article consacré à l'histoire de Pedigree Book of European Bison [6].

     "En 1938, pendant la réunion de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, qui se déroula sous le haut patronage de Goering, un membre du NSDAP, directeur du Zoo de Berlin Lutz Heck remplaça le Dr Kurt Priemel, connu et respecté pour son objectivité et son honnêteté au poste de président. Son assistant le Dr Steinbacher, fut chargé de la rédaction du Pedigree Book of the European Bison. Ces deux personnages s’étaient fixés pour objectif d’émerveiller le monde par le succès de l'élevage germanique des bisons d'Europe, sous les tutelles du régime hitlérien. Ils placèrent dans une réserve forestière à Schorfeide un peu plus d’une dizaine de bisons d'Europe et libérèrent en même temps un nombre important d’hybrides de bisons d'Europe et de  bisons d'Amérique. Le troupeau dépassa rapidement le nombre de deux cents individus. Fort heureusement, ces manipulations ne sont pas entrées dans le Pedigree Book, elles servaient seulement à la presse allemande à affirmer qu’avec seulement trente bisons d'Europe qui vivaient préalablement dans tout le pays, dix ans plus tard les allemands disposaient de deux cents individus de "cette espèce". Si les deux leaders de cette "opération" étaient arrivés à faire entrer même partiellement  ces fausses données dans le Pedigree Book, quelques années plus tard la rectification de ces informations aurait été quasi impossible[7]".

     Cette étrange pratique, était contraire aux décisions[8] prises par la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe qui a toujours veillé avec le plus grand  soin à séparer les bisons d'Europe des différents hybrides de cette espèce[9].

     "A quelque chose malheur est bon, comme dit le proverbe, le troupeau "progermanique" de Schorfheide fut  entièrement décimé pendant la bataille de Berlin en 1945. Il est vrai que des bisons d'Europe furent également tués lors de ces affrontements, mais il s'agissait principalement d’individus âgés sans grande valeur reproductrice.(...) ".  Après les hostilités, il fallut résoudre les problèmes et éditer un nouveau volume du Pedigree Book of the European Bison. Les allemands membres de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, étaient durant la guerre étaient affectés à d’autres tâches et avaient abandonné leurs recherches sur la protection et l'origine des bisons. Après-guerre, ils ne manifestèrent guère d’enthousiasme pour entreprendre ou participer à des actions publiques. Quant au Dr Lutz Heck, qui s’était suffisamment déshonoré et discrédité aux yeux du monde scientifique, qu’il ne proposa même pas sa candidature pour préparer les matériels nécessaires à l'édition du volume suivant du Pedigree Book.

Le Dr Jan Zabinski[10], vice-président de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe, était vivant, son attitude exemplaire durant la guerre le porta d’emblée à la direction de cette institution[11]. Il accomplit une tache très difficile, rassembla toutes les informations sur les bisons d'Europe (pur sang) qui avaient survécu à la guerre. Ce travail énorme a demandé énormément de patience. L’une des difficultés principales qu’a rencontré cette nouvelle équipe, a été de trouver des collaborateurs motivés et valables. Ceci était d’autant plus difficile, qu’en Allemagne la possibilité d'erreur et de fraude préméditée étaient très importantes. L’acharnement à cette tâche du Dr Jan Zabinski, fut récompensée, en 1947 le quatrième volume du Pedigree Book" fut édité.

Pour souligner l'importance de ces problèmes, quelques citations originaires des divers volumes du Pedigree Book of the European Bison, nous permettrons de mieux les évaluer :

"Il faudrait ajouter la somme de bisons survivants encore environ 10 à 11 spécimens de ces animaux qui se trouvent au parc zoologique de Hellabrun (Allemagne). Malheureusement, on ne peut inclure ces individus en raison des doutes qui planent sur l'exactitude des données livrées par la direction de ce parc. Après vérification, ces animaux seront mentionnés dans les volumes suivants du Pedigree Book" (01 janvier 1947).

Pendant ces deux dernières années, nous n’avons pas réussi à élucider l'énigme des bisons de Hellabrun "Cette information fut répétée dans tous les volumes suivants, jusqu’en 1955 date à laquelle cette histoire fut élucidée définitivement".

Heck, l’homme providentiel de la propagande nazie

La façon dont Heck, concevait la "protection" des bisons d'Europe, démontre de manière significative, les conséquences désastreuses du travail "naturaliste" de ce "scientifique". L’intérêt de la propagande nazie a toujours pris le pas sur toute démarche scientifique et sur la protection de la nature. La création de troupeaux d’animaux hybridés, démontrait, par l’augmentation du nombre des individus de "cette espèce", le succès du 3ème Reich. La deuxième démarche, consistait à privilégier et à donner une place prépondérante à l'idéologie quitte à occulter l’aspect scientifique. Pour cette raison, il était impératif que le bison d'Europe "dégénère". Selon les théoriciens nazis, "les races sans surveillance étroite devaient dégénérer". Heck soutint cette "théorie" malgré les résultats issus des années de recherches qui contredisaient la "conception de la dégénérescence" du bison d'Europe. C'est également pour cette raison, qu’il prit la décision d’hybrider les bisons d'Europe Bison bonasus avec les bisons d'Amérique Bison bison. Ces pratiques scientifiquement malhonnêtes s’accompagnèrent d’un choix judicieux de cadres dévoués au Führer. En premier lieu, Heck écarta les spécialistes et le personnel compétents, et les remplaça par des membres fidèles au NSDAP. Comme tout système clos, les nazis s’appuyèrent, non sur les connaissances et les compétences des individus ou des équipes, mais sur leur dévouement idéologique.

Les bouleversements qu’imposèrent ces types de pratiques rendirent possibles et indispensables les falsifications scientifiques. Celles-ci étaient inacceptables pour les naturalistes honnêtes, ce qui fit que Kurt Priemel[12] et Erna Mohr furent  écartés de leurs fonctions. Les pratiques de Heck étaient accompagnées du mépris des décisions prises par les instances internationales de protection de la nature. L'hybridation, entre les bisons d'Europe et les bisons d'Amérique, était en totale contradiction avec les décisions de la Société Internationale pour la Protection du Bison d'Europe. Avant la prise de pouvoir par les nazis, les institutions scientifiques allemandes dans le domaine de la zoologie étaient parmi les meilleures. Heck, participa considérablement à la chute de ces institutions. Non seulement, les professionnels furent remplacés par des idéologues, de plus, les activités habituelles jugées caduques furent abandonnées. Ce qui fit dire à Erna Mohr[13] après la guerre, "qu’entre 1939 et 1945 les Stoodbook étaient dans d’autres mains, que pendant cette période les listes (des animaux P.D. et J.A.) ne furent jamais préparées ni imprimées et les cartes de pedigree ne furent également jamais rédigées". 

Les effets pernicieux du travail de Heck, ont contribué à mettre gravement en péril, l'existence de l'espèce du bison d'Europe. Si la victoire des alliés n'avait pas mis fin à "cette protection particulière", aujourd'hui, nous n’aurions que des hybrides de bison d'Europe et d'Amérique et nous n’aurions pas une population importante et en pleine vitalité, comme c’est le cas actuellement de Bison d'Europe[14]. L’excellent travail fait après-guerre par M. Jan Zabinski et  de Mme Erna Mohr ont permis de retrouver et d’éliminer tous les documents falsifiés par Heck et de séparer les populations hybrides, de celles du Bison d'Europe.

                                                     Chapitre 3

Comment l’aide internationale risque d’être bernée par une supercherie ?

L'affaire du « faux aurochs », doit être examinée en tenant compte de l'aide occidentale apportée aux ex-pays communistes, dans le domaine de l'écologie. D'après les données du SIERDAH, cet animal a été introduit en Hongrie et un projet équivalent existe pour la Pologne. Les pays de l'ex-bloc soviétique se trouvent dans une situation de crise écologique et économique précaires. Les pays occidentaux, leur apportent une aide matérielle substantielle qui entre dans le cadre de la coopération internationale. Parmi ceux qui y contribuent, nous trouvons l’Union Européenne, les Etats-Unis etc. Plusieurs spécialistes[15] émettent des réserves quant à certaines de ces dépenses, qui servent trop souvent les intérêts de consultants occidentaux privés, dont ils mettent la compétence en cause. Quelques-unes d’entre elles, sont également attribuées à des activités qui n’ont rien à voir avec la protection de l’environnement. Ce qui fait que divers projets "d’un intérêt discutable", concurrencent des projets efficaces et bien préparés par des professionnels hautement qualifiés. Le cas précis de l'introduction de ce "faux-aurochs" en Europe Centrale et Orientale est un cas d’école. La supercherie pseudoscientifique, étayée à l’aide d’un discours médiatiquement habile, se substitue à une véritable aide réellement efficace indispensable à ces pays.

 



[1]cité d'après Kulczynska  Wanda Ochrona Przyrody w czasie wojny  Chronmy przyrode ojczysta N°1 1945

[2] Randi James 1994, Flim-Flam Psychics, ESP, Unicorns and other Delusions Editions Pandora

[3]en prenant soin également de séparer la race de plaine de celle de montagne (originaire du Caucase).

[4]afin d’éviter des hybridations

[5]Pucek Zdzislaw  1994 Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1)

[6]Wernerowa Jadwiga Dlaczego ksiegi rodowodowe zubrow Problemy 25, 1969. L'auteur de cet article était zoologiste, il a travaillé également sur les bisons, il était  l’un des proches collaborateurs de J. Zabinski. Il fut couronné par un prix prestigieux pour son travail de  vulgarisation scientifique.

[7]Nous savons que c'est uniquement par  manque de temps que la création du Nazi Pedigree Book du Bison d'Europe ne put aboutir.

[8]la gestion de l'autre troupeau de bison d'Europe de Pszczyna (nom allemand Plessen) était également contraire aux décisions et pratiques de la SIPBE. Cette population l’une des plus anciennes en captivité et en semi-liberté a été isolée afin de d’évaluer l’éventuelle dégénérescence des suites de consanguinité. Les autorités de la SIPBE se sont opposés à l’importation de nouveaux  spécimens et à leur intégration dans le troupeau afin d'obtenir des résultats viables. C’est pendant la guerre que des mâles qui n’appartenaient pas à cette population furent importés à Pszczyna. (voir  Zabinski J.  1950 Prace nad restytucja zubra. Ochrona Przyrody 19.), fait d'autant surprenant que Heck, grand partisan de la théorie de dégénérescence devait logiquement  disposer d'une telle population pour confirmer ces conceptions sur les bisons. Il est probable que, les  résultats obtenus à Pszczyna,  soient à l’inverse de ceux qu’il attendait et qu’ils mettaient en causes ses "pratiques scientifiques" d’élevage de bisons.

[9]Zabinski J. The European Bison (Bison bonasus) Cracovie 1960

[10]voir note de bas de page n°160

[11]contrairement à Heck (P.D. et J.A.)

[12] Priemel Kurt dr (1880-1959), directeur du Parc Zoologique du Francfort fut l'un de fondateur et le premier président de la Société Internationale pour la Protection de Bison d'Europe, considéré par Heck et ses acolytes comme "personna non grata" il fut obligé non seulement de démissionner du poste de président de cette société et dû céder en 1938, son poste de président de Société Internationale des Directeurs des Parcs Zoologiques.

[13]Mohr E. 1967 The studbook of the European bison Bison bonasus. International  Zoo Yearbook 7 Zoological Society of London

[14]Krasinski A. Z. 1994, Restytucja zubrow w Bialowiezy w latach 1929-1952 Parki Narodowe i Rezerwaty Przyrody N.4; Krasinski A. Z., 1978 Dynamics and Structure of the European Bison Population in the Bialowieza Primeval Forest. Acta Theriologica Vol. 23/1. Pucek Z. 1994Postepy i zagrozenia restytucji zubra Kosmos 43 (1) Pucek Z. 1991. History of the European bison and problems of its protection and management. in B. Bobek, K. Perzanowski, and W. Regelin (eds). Trans. 18 th IUCN Congress Krakow 1987, Swiat Press Krakow-Warszawa

[15]voir Newsnet-21 International Environmental Collaboration Russia: A case study ou Environmental Aid to Eastern Europe Ragnar E. Löfstedt et Gunnar Sj¨stedt Ambio Vol. 24 n°6 Sept 1995, Wendel J.   1998 Collusion and Collision: The strange  Case of Western Aid to Eastern Europe 1989-1998 Ed. St. Martin's Press New York

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:56

   Chapitre 2

 

Le "Faux-aurochs" et la protection de la nature

 

Dans les campagnes d’information et de propagande pour valoriser cet animal, l’accent est mis sur un aspect bien particulier auquel le grand public est à juste raison extrêmement sensible, celui de la préservation et de l’amélioration de nos espaces naturels. L'élevage, la commercialisation et les opérations qui visent à relâcher ces vaches dans la nature, sont des actions qui ont un impact "écologique" particulièrement bénéfique puisqu’elles s'inscrivent de manière logique dans une politique de protection de la nature (dixit SIERDAH).

Qu’en est-il réellement, de l’introduction de cet animal dans l’environnement ?

Le "faux-aurochs" est un métissage très récent de diverses races réputées anciennes. Cet animal, n'a jamais vécu dans la nature. Il est impossible de prétendre sérieusement qu'il faisait (ou fait) partie de la faune sauvage. Nous venons de dire, qu’il s’agit d’une race très récente, elle n’a jamais été élevée par des paysans, dans quelque région que ce soit. Ce faux aurochs, ne peut prétendre faire partie du patrimoine qui accompagne à juste titre les races traditionnelles. Plusieurs motivations animent habituellement les promoteurs d’actions, de gestion et de conservation, qui se rapportent aux races bovines, aux différentes espèces animales et végétales. Celles-ci sont souvent accompagnées de la recherche et de la valorisation d’une identité culturelle régionale spécifique. 

Or, la seule identité culturelle qui se rapporte à cet animal, correspond à l’une des images les plus sombres de toute l’histoire humaine, celle de l'Allemagne nazie.

Cette race, est médiatiquement associée de façon totalement abusive à l'aurochs, ou "à un animal disparu que le savoir humain serait parvenu à ressusciter". Par cette association, contraire à toute vérité, les "faux-aurochs" jouissent d'un grand engouement médiatique. De toute évidence, les projets liés à cette race bovine récente, se trouvent dans une position privilégiée dans la recherche de financement par rapport aux projets écologiques sérieux, honnête, qui tente avec beaucoup de courage et souvent de difficultés de protéger un réel patrimoine faunistique. Cette exploitation est savamment entretenue, ne serait-ce qu’au travers des informations distribuées dans les parcs où cet animal est présent (voir annexe 4).

Une seule phrase, sur le "faux-aurochs" est significative : Enfin, face aux résultats obtenus par les frères Heck, il convient de rester humble et de bien entrevoir les limites d'une telle reconstruction : en effet, que l'Homme soit capable de "ressusciter" une espèce disparue ne doit pas cacher le fait que les différentes civilisations ont sonné et continuent de sonner le glas de nombreuses autres espèces.[1]

Le message du SIERDAH est clair, l'homme a reconstruit une espèce disparue. Demandez à n'importe quelle personne de votre entourage quelle doit être la priorité en matière de  dépenses dans le domaine qui touche à la protection du patrimoine naturel :

- financer les travaux pour favoriser le "retour d'un animal disparu, qui de plus est l’ancêtre de toutes nos races bovines, miraculeusement ressuscité grâce aux efforts et au génie des scientifiques" ;

- financer la sauvegarde d'une race bovine locale[2], l’une parmi plusieurs dizaines menacées de disparition[3] ;

- ou encore financer un inventaire naturaliste d'un groupe faunistique, "peu médiatique" (par exemple les annélides).

La réponse ne fait aucun doute. Un travail nécessaire, peu spectaculaire est incapable de concurrencer un projet digne d’un scénario des films de Steven Spielberg[4]. C'est l’autre aspect immoral de l'affaire du "faux-aurochs". Non seulement, nous avons affaire à une supercherie scientifique nazie, mais dans le contexte actuel, c'est en plus un cas flagrant de concurrence déloyale dont font les frais les éleveurs et gestionnaires de races locales menacées de disparition et d’une manière générale tous les autres projets qui ont pour but, la protection de la nature. Ceci est d'autant plus dramatique que, aujourd'hui, des projets naturalistes de très grande valeur ne peuvent être concrétisés en raison d’un total désintérêt médiatique. De ce fait, ils ne peuvent trouver de financement et par la force des choses sont abandonnés.                                                                         

Il existe, un autre aspect de cette supercherie qui doit être évoqué. Les mouvements (politiques, associatifs, professionnels) de protection de la nature gênent de plus en plus les intérêts économiques et politiques de lobbies très puissants (chasseurs, promoteurs immobiliers, opposants à certains aménagements du territoire, lobby nucléaire etc.). Il est bien connu qu'à plusieurs reprises ces groupes ont de diverses manières tenté de discréditer les mouvements écologistes aux yeux du grand public. Anna Bramwell, dans un excellent ouvrage[5], relate les moyens employés  par ces groupes  contre les partis verts allemands, manoeuvre qui consiste  à démontrer  que les mouvements écologistes trouvent leur origine dans... le nazisme. Dernièrement ce type  d’argumentation a été repris par le lobby des chasseurs français[6] et par des mouvements anti-écologistes  aux Etats-Unis[7].

 Bien évidemment, cette argumentation est entièrement fausse et absurde, même si le mouvement nazi allemand, faisait siennes, certaines idées et organisations de protection de la nature. Ces idées n’étaient pas nouvelles, elles existaient en Allemagne déjà à l'époque de Weimar et même dans l’Allemagne Impériale, bien avant la première guerre mondiale.

Il est aisé de démontrer que les mouvements modernes de protection de la nature, trouvent ailleurs leur origine. Ils sont issus de la réflexion scientifique naturaliste du dix-neuvième et du début du vingtième siècle (comme dans les premiers travaux biocénotiques de K.Mobius ou dans les débuts de la phytosociologie de J.Paczoski). Ils sont ancrés dans les mouvements sociaux, profondément démocratiques, comme le mouvement français contre l'usage de la plume à parure, ou dans la philosophie de la "désobéissance civique", prônée par le philosophe américain Henry Thoreau, ou encore dans la vaste campagne de reconstitution de la population du bison animée par William Hornaday[8].

Les individus (ou les groupes d’intérêts), qui essaient à l’aide d’une "fausse historiographie", de discréditer les écologistes ne prennent guère en compte la vérité historique. L'association éventuelle (par ailleurs entièrement fausse) d’un mouvement de protection de la nature à une telle supercherie nazie qu’est ce "faux-aurochs",  est un argument qui peut être facilement utilisé dans une propagande anti-écologiste de mauvaise foi. Bien entendu, par avance, nous nous opposons fortement à la reprise de nos propos pour véhiculer de telles idées, qui sont à l’opposé des nôtres et nous espérons que les associations qui oeuvrent pour la protection de la nature ne seront pas les futures victimes (heureusement, uniquement médiatiques) de cette supercherie.

 

La protection de la nature selon les conceptions de Heck

 

Bien avant la guerre, Heck s’était intéressé à la forêt de Bialowieza, aux chevaux primitifs "konik Polski" et aux troupeaux de bisons d'Europe reconstitués par les naturalistes polonais. Dans l’Allemagne nazie, Heck était considéré comme le "führer de la protection de la nature". Hitler, personnellement s’est impliqué non seulement dans l’histoire des "faux-aurochs", mais également dans celle des bisons d'Europe[9]. Cette période a été à tel point pour lui marquante, que dans les rares publications qu’il a publié après la seconde guerre mondiale, c’est avec nostalgie qu’il en parle. A partir de ses propos, nous pouvons déduire que Bialowieza a connu "grâce au génie du führer" et à l'occupation allemande, "une période privilégiée". Le "professeur Heck" avait prévu pour la Forêt de Bialowieza un destin bien particulier. Il expliquait dans un article intitulé "Les Nouveaux devoirs pour la Protection de la Nature - Parcs Nationaux pour la Grande Allemagne" publié en mars 1940 dans le Voelkischer Beobachter[10] : que cette forêt appartenait désormais à jamais au Reich Millénaire et doit tout d'abord être au service de la grandeur et de la victoire de l'Allemagne nazie.[11]De quelle façon, Heck concevait-il la "protection de la nature", quels moyens employait-il pour parvenir à ses fins, et quel a été son rôle lorsque Bialowieza était placé sous ses auspices ? Ses agissements étaient à tel point préoccupants, que pendant la guerre et l'occupation allemande de Bialowieza, les naturalistes des pays libres, faisaient part de leur inquiétude, quant à la survie des troupeaux de bisons sous "la bienveillante protection allemande"[12].

Afin de rétablir la vérité historique, sur la participation de Heck dans les crimes nazis, nous avons décidé de traduire quelques fragments d’articles de la presse naturaliste polonaise parus tout juste après-guerre. Ces textes peu connus en occident, ont une valeur exceptionnelle du point de vue de l'histoire des sciences naturelles. Ils proviennent des rapports d’experts reconnus pour leur indépendance et leurs hautes compétences professionnelles. Ces derniers avaient pour mission, d’examiner scrupuleusement sur le terrain, les répercussions des "travaux scientifiques" de Heck et de ses acolytes. Ces naturalistes ont réussi depuis, grâce à des efforts considérables, à réparer - du moins en partie - les déprédations commises par Heck.

 

La protection de la forêt de Bialowieza et les nazis

articles parus dans la presse naturaliste après la guerre.

 

La publication de ces textes devrait suffire à mettre fin aux contre vérités que l’on trouve dans les campagnes de désinformation destinées  à la promotion des   "faux-aurochs" sur :

 

. les compétences professionnelles de Heck en tant que naturaliste et sur ses activités "écologiques" ;

 

. l’efficacité des nazis dans le domaine de la protection de la nature ;

 

. les conséquences réelles des interventions de Heck dans la protection du bison d'Europe et dans celles des troupeaux de "konik Polski" ;

 

. les événements qui se sont déroulés dans la Forêt de Bialowieza sous l'occupation allemande ;

 

Les occupants faisaient régner à Bialowieza de façon constante, un climat de terreur particulier. Une potence avait été dressée à proximité du palais du parc, pour les exécutions capitales qui se déroulaient en public. Un peu plus loin, dans le quartier de la poste les prisonniers étaient déchiquetés, jusqu'à ce que mort s’ensuive, par des chiens spécialement dressés à l’attaque. On peut trouver les témoignages qui relatent les activités de la résistance, les tombes des partisans et des victimes civiles assassinées par les allemands, qui seront par la suite conservées dans le mémorial du Parc National.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p. 16

 

Les installations destinées à l'élevage des ours n'existent plus. Leur reconstruction n'est pas pour le moment possible. (...) D'après des sources non confirmées, il existerait encore dans la Forêt de Bialowieza quatre spécimens, un mâle, une femelle et deux petits. Ces ours seraient les seuls animaux encore vivants de l'élevage qui avait débuté dans les années qui ont précédé la guerre.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.17

 

Les environs du palais ont été (lors de l’occupation P.D et J.A) considérablement endommagés. Plusieurs dizaines d’arbres ont été abattus. Le palais du Président de la République a été brûlé et l’incendie a détruit en grande partie les collections réquisitionnées par les allemands. Parmi celles-ci se trouvait, une collection unique d’objets rares qui retraçaient le savoir faire traditionnel des apiculteurs de la Forêt de Bialowieza. Tous ces outils et objets avaient été retrouvés, restaurés et réunis avant la guerre grâce à l’énorme travail du Dr ingénieur J.J. Karpinski. Parmi les collections brûlées, se trouvaient une collection botanique et phytosociologique[13] et une collection entomologique de très grande valeur. La bibliothèque et les archives photographiques ont été également partiellement détruites.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.17

 

 En 1942, le troupeau de bisons a subi des pertes importantes qui soulignent bien " les soins, on ne peut plus spécifiques" que les allemands se glorifiaient de donner à ces animaux.  Trois spécimens sont morts, des suites d’infection ou par épuisement. La même année, un mâle dénommé "Milis", originaire du Parc Zoologique de Kowno a été abattu au mois de décembre.  (...) L'année suivante, en 1943, quatre autres bisons ont succombé. Parmi les pertes de cette même année, il faut souligner la mort de "Biserta", l’une des femelles du troupeau réintroduite avant la guerre, abattue "probablement" par Goering au cours d’une chasse.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.18

 

Avant-guerre, il existait dans la Forêt de Bialowieza une réserve d’élans, qui comptait en 1939, dix animaux. Avec les bisons d'Europe, les "konik Polski", les ours, l'élevage d’élans était l’un des constituants de la politique environnementale de la Pologne de cette période. Elle avait pour objectif principal, le retour dans leur habitat naturel de ces espèces. Les allemands mirent un point final aux efforts de l'administration polonaise et le résultat est qu’actuellement, il n'y plus aucun élan dans la forêt de Bialowieza.

 

Tadeusz Szczesny Ochrona Przyrody w Puszczy Bialowskiej Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946 p.19

 

Lorsqu'au mois de juillet 1939, j'ai effectué le dernier contrôle, juste avant la guerre de la réserve, afin de dénombrer les "konik Polski", j’ai pu recenser 39 chevaux. Après mon départ, une jument accoucha d’un poulain. Ce qui fait qu’au début de la guerre, le nombre d’individus qui composait le troupeau se chiffrait à quarante. Parmi les chevaux tués par les nazis, se trouvait l’étalon Liliput abattu en 1940 pour son squelette, cet animal représente une perte immense. En 1944, la jument Liliputka II, soi-disant malade, a été abattue par un certain Schultze, garde forestier allemand, qui récupéra la viande de l’animal pour sa consommation personnelle. (...) Les Allemands volèrent tout d'abord 20 spécimens, puis en février 1942 sept autres[14]. (...).  Le premier, le plus important "envoi" de 27 de nos plus précieux chevaux "konik Polski" en Allemagne, a été effectué avec la participation (ce fait est prouvé) et probablement sur l'initiative du Dr Lutz Heck, directeur du Jardin Zoologique de Berlin, qui était l’autorité dans le domaine de la protection de la nature en Allemagne nazie, ce vol a été perpétré avec la complicité de son frère Heinz Heck qui était directeur du Jardin Zoologique de Munich.

Cet envoi a été fait, dans des wagons aménagés, vers les parcs zoologiques de Berlin Krolewiec (Koenigsberg) et de Munich.

Indépendamment de cet "envoi", en 1943, les allemands expédièrent vers l’Allemagne, sur un site indéterminé, deux autres chevaux et au mois de mai 1944, trois autres chevaux furent acheminés vers une propriété privée appartenant à un certain Frevert, major de la Luftwaffe et commandant de la garnison allemande de Bialowieza. Ce qui fait que les allemands volèrent au total  32 spécimens du konik Polski.

Voici de quelle manière, s’est effectuée réellement la protection de la réserve des chevaux "konik Polski" dans la forêt de Bialowieza[15]. L'image de cette "protection allemande", bien spécifique, doit être complétée par l'abattage de chevaux malades (vraisemblablement malades pour les besoins de la cause) dont la viande était consommée. Les peaux rayées des animaux étaient particulièrement recherchées du fait de leur rareté par les musées et les collectionneurs. Malgré leur grande valeur, elles servaient à la confection des vêtements des gardes forestiers allemands.

Il ne fait aucun doute que les allemands volèrent ainsi, tout notre plus précieux matériel d'élevage de "konik Polski" (...). Avant tout, il faut de façon impérative, qu’entre dans la demande de revendication sur les biens volés par l’Allemagne nazie, soit pris en compte la restitution des animaux volés dans les années 1942-1944.

Le pillage, par les nazis du troupeau "konik Polski", dans la forêt de Bialowieza est un exemple classique, non seulement de la rapacité allemande[16] qui a accompagné ces pillages qui avaient pour finalité de s’approprier le bien d’autrui, il soulignait la malhonnêteté de la science allemande dépravée par les théories nazies. Cette science chercha à tout prix, en parasitant le travail des autres, à usurper un succès non mérité. Certes, il est indispensable de condamner ce type de pratique, ce qui est encore plus important c’est de s’y opposer à tout prix, et de revendiquer le retour des biens volés.

 

Tadeusz Vetulani Korespondencje "Jakie koniki polskie typu tarpana lesnego przetrwaly wojne w Puszczy Bialowieskiej" Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

En janvier, le Parc National de Bialowieza a subi une perte importante. Le bison mâle "Purkul", âgé de deux ans et demi (il était né 15 mai 1943) a succombé. L'autopsie a démontré que le foie, le conduit cholédoque, les reins contenaient un grand nombre de parasites (notamment des douves). Il est à craindre que les autres bisons soient parasités. (...). Il faut souligner que, déjà en 1932, le Dr. Feliksiak mettait en évidence l’éventualité de ce danger, après la découverte de la présence dans la réserve d'un mollusque Glabra trunculata, un hôte intermédiaire de la douve du foie Fasciola hepatica. A partir des suggestions faites par ce spécialiste, des barrières isolant la réserve de bison furent déplacées et le terrain amélioré. De plus, il avait été programmé le déplacement de la réserve de bisons dans un lieu plus sec. Malheureusement la guerre a anéanti tout ces efforts et aujourd'hui nous sommes confrontés à une tache difficile pour sauver le troupeau.

 

Ochrona zwierzat, anonimowy komunikat "Nowy ubytek w stanie zubrow bialowieskich" Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

Une commission d’experts déléguée par le Ministère des Forêts a été chargée à Bialowieza d'examiner l'état de la réserve de bisons et de faire un rapport sur les causes de la mort du bison "Purkul".  En se basant sur les résultats des examens des organes internes, la commission a fait savoir, qu’indépendamment de la présence de parasites (parmi lesquels la douve Fasciola hepatica),  la cause directe de la mort peut être attribuée à des changements pathologiques dans les organes digestifs. Ce décès est directement lié à une alimentation insuffisante et défectueuse pendant la période cruciale du développement de l'animal né en 1943.

Les autres spécimens, nés en 1943-1944 montrent des symptômes de cachexie. Ceci concorde avec les témoignages des gardiens, qui confirment que pendant cette période l'état des soins et de l'alimentation des bisons laissaient particulièrement à désirer. Les moyens nécessaires seront pris pour tenter de remédier à cette situation avec pour tâche, celle de sauver les bisons (...).

 

Komisja rzeczoznawcow w rezerwacie zubrow bialowieskich Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°1/2 1946

 

Les allemands ont prélevé et "envoyé" en Allemagne trois bisons de Niepolomnice, un bison mâle de Smardzewice et un bison mâle du Parc Zoologique de Varsovie [17]. (...)

La déplorable orientation de la politique allemande, sur la protection des bisons a eu des répercussions sur la totalité du troupeau. Les allemands étaient dans l’incapacité d’exercer une surveillance adéquate et la nourriture des animaux était considérablement réduite. Ceci a eu comme conséquence d’occasionner des faiblesses et des retards de croissance sur les jeunes sujets, ceci porte à penser qu’adultes, ils seront peu féconds. Les nazis prirent des libertés avec les règles de fécondation établies à partir des livres généalogiques, ce qui ne manqua pas d’entraîner des problèmes et des retards de reproduction.

 

 

Jan Zabinski "Z historii zubra w Polsce "Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°5/6 1946

 

Sur le territoire du Parc National de Bialowieza a été retrouvé dernièrement 15 lieux qui servaient aux exécutions massives de citoyens polonais, pour le moment le chiffre avancé est de 200 personnes environ assassinées par les allemands[18]. La direction du Parc National a dressé un mémorial sur ces sites et érigé des pierres tombales.

 

Z Bialowieskiego Parku Narodowego "Chronmy Przyrode Ojczysta, Tymczasowy Organ Panstwowej Rady Ochrony Przyrody n°5/6 1946

 

Voici le témoignage d’un spécialiste américain de la Division of Forest Influences, U.S. Forest Service, Washington, qui visita la forêt de Bialowieza juste après la guerre.

 

La chancellerie du Reich à Berlin se tenait constamment informée à tout ce qui touchait aux bisons. Hitler, demanda qu'une partie des animaux soit capturée et envoyée à Berlin. Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre d’animaux qui furent expédiés en Allemagne. Les chiffres les plus souvent cités sont variables ce sont peut être cinq et probablement plus, une dizaine qui partirent en un seul envoi. Les polonais pensent quant à eux, qu’il faut retenir le chiffre de vingt-cinq animaux[19], qui au total furent expédiés en Allemagne durant l'occupation.

 

E.N. Muns 1948 Further note on the European Wisent Journal of Mammalogy Vol. 29, No 3

 

                  Quelles ont été les conséquences des mesures nazies sur l’environnement ?

 

Quel était donc l'impact réel des mesures prises par les nazis ?  Quelles ont été les répercussions de cette protection totalitaire de la nature sur la forêt de Bialowieza ?  Les premières conséquences, quasi immédiates mesurables, ont été de mettre en péril une opération unique dans l'histoire, celle de la reconstitution d’une population de bisons. Une partie des animaux a été volée, ceux qui demeurèrent sur le terrain étaient sous-alimentés, malades, atteints de parasitose. La première responsabilité en incombe notamment, au rejet de la politique mise en place avant-guerre par les Instances Polonaises de protection et de revalorisation des milieux naturels.

 

L'importance des pertes de données scientifiques[20], est une autre des conséquences des pratiques de Heck. Les désastres occasionnés par cette "protection" ne se sont pas limités aux bisons. Le troupeau de "konik Polski" a été presque entièrement volé par Heck. L’une des pratiques de l’administration nazie consistait, à offrir ces animaux souvent uniques, en tant que cadeau personnel destiné à récompenser les hauts fonctionnaires du NSDAP, les "konik Polski" ont été également décimés par le braconnage des gardes forestiers allemands. Ce qui est d’un point de vue naturaliste regrettable dans cette affaire, c'est qu’elle s’est déroulée à une époque, où l’on commençait à mesurer de façon significative les premiers résultats de la politique polonaise, mise en place avant-guerre, qui portait sur la réintroduction des ours et des élans dans la forêt de Bialowieza. Ces efforts, furent totalement anéantis par la machine administrative nazie. Heck et ses acolytes, réussirent à détruire cet immense travail de plusieurs décennies, en trois années de "savoir faire écologique nazi".

 

Une étrange conception de "la protection de la nature"

 

"La biologie et la médecine nazies sont souvent citées comme l’exemple typique des pires exactions de la science moderne ; il est cependant étonnant de constater que jusqu'à présent très peu de recherches ont été effectuées sur les dérives de la biologie dans l’Allemagne sous le national-socialiste"[21]. Nous trouvons intéressante et juste cette remarque d’un spécialiste de l’histoire des sciences. Pour diverses raisons, les historiens des sciences et les biologistes ont quelques réticences à traiter cette période noire de la science allemande[22]. Ceci est d’autant plus curieux, que les expérimentations criminelles des médecins nazis, ainsi que l'eugénisme sont relativement bien étudiés. En revanche, les autres aspects de la "théorie des races" et de la conception de la "dégénérescence des races", n'ont pas fait malheureusement l'objet de recherches. Il n'existe que peu de travaux, consacrés aux conceptions raciales nazies qui ont un rapport avec la protection de la nature[23], l'histoire de la domestication des animaux,  celles    des théories explicatives de l’extinction des espèces ou même celles qui touchent aux conceptions nazies de la biogéographie n’ont jusqu'à présent, fait l’objet d’aucune recherche. Pourtant, parmi ces théories "scientifiques" prônées par le 3ème Reich, certaines mériteraient d’être étudiées, comme celle de "la disparition des ours de caverne, des suites de la dégénérescence raciale provoquée par l'autodomestication" (sic).

Les conceptions absurdes et dépourvues de toute logique, n’étaient pas hélas uniquement des théories d’école. Elles généraient des conséquences tragiques, lors  de leurs applications pratiques. Trois mois après le début de l'occupation de la Pologne, "les experts" nazis de la "protection de la nature" dévoilèrent lors d’une conférence à Poznan, leur plan d'aménagement du territoire. Celui-ci prévoyait que "le paysage", devait être dans un proche avenir "nettoyé" des éléments "étrangers à la race supérieure".  Il ne fut réalisé que  dans un seul district de la Pologne occupée, celui de la  région de Zamosc. 

Cent mille personnes furent déportées et les enfants enlevés à leurs parents. Les enfants sélectionnés devaient répondre à des critères raciaux précis et être très jeunes afin de ne plus se souvenir de leurs origines et de leurs parents. Les autres, étaient assassinés à l’aide d’injections de phénol dans le cœur faites par des "médecins" allemands. Pour les historiens,[24] ce plan était l’une des composantes de la politique de "protection de la nature". Il est faux de penser que le rôle de Heck, dans le mouvement nazi n’a été que subalterne, et que celui-ci s’est limité à élaborer une supercherie scientifique et à piller les collections des pays occupés. Il est plus qu’évident qu’il a été l'un des auteurs du plan d'Ostpolitk nazi.[25]

 

 



[1] Guintard Claude,  Aurochs reconstitué, un descendant du Bos primegenius ? dans Aurochs, Le retour, aurochs, vaches et autres bovins de la préhistoire à nos jours Ouvrage collectif Lons-le-Saunier, 1994 p.194

[2]En Hongrie, l'introduction du "faux-aurochs" est en concurrence avec trois brouteurs traditionnels, notamment le boeuf des steppes hongroises, l'une des races utilisées par Heck pour faire ses "faux-aurochs",  ce projet d’introduction pour ce pseudo-aurochs existe par exemple pour le Parc National de Hortobagy. Ce qu’il est intéressant de souligner, c’est que pour la sauvegarde des races autotochtones rustiques, ce pays est dans  l’obligation de faire appel à l'aide internationale, et de demander que ces animaux fassent partie du  quota prévu par l’Union Européenne "nature conservation boeuf", (voir l’article Mihaly  Végh Wetland conservation in Hortobagy National Park, Hungary in The Ramsar Library "Towards the Wise Use of Wetlands. Edited by T.J. Davis (Ramsar, 1993) file 14: case study, Hungary).

[3]World Watch List for Domestic Animal Diversity FAO United Nations (édition de 1993 par Ronan Loftus et Beate Scherf) cite 80 races bovines menacées de  disparition.

Inventaire des animaux domestiques en France (Alain Raveneau, Editions Nathan 1993) cite 24 races françaises disparues ou très rares. Aucune de ces races ne jouit pas d’un intérêt médiatique  comparable à celle du "faux-aurochs".

[4] Nous espérons que monsieur Spielberg, ne nous en voudra pas de comparer son travail  sérieux et honnête, sans prétention scientifique à cette supercherie.

[5] Bramwell Anna, Ecology in the 20 century A history Yale University Press New Haven and London, 1989

[6]voir l’article Brune ou verte, elle court, elle court, l'idée de nature dans le numéro de  St. Hubert de mai et juin 1998

[7]Pour discréditer l'activité du National Biological Survey à plusieurs reprises, les opposants à ce courant écologiste ont usés de comparaisons sans aucun fondement pour tenter des les assimiler aux  mouvements nazis comme à celui de "l’eco-Gestapo" ( voir The political education of a biologist  H. Ronald Pulliam in Wildlife Society Bulletin 1998 26 (3)

[8] Hornaday W. 1914 Wild life conservation in theory and practice New Haven, Yale University Press London Humprey Milford, Oxford University Press,  et  Our Vanishing Wild Life et The American Natural History

[9] Muns E.N.  1948 Further note on the European Wisent Journal of Mammalogy Vol. 29, No 3

[10] journal du parti nazi, spécialisé dans l’antisémitisme et dans la dénonciation des mouvements anti nazis

[11]Pour plus de détails sur ces "étranges conceptions de la protection de la nature" voir chapitre Nazi nature protection? ? dans l'article de Weiner D. 1992 Demythologizing Environmentalism.  Journal of the History of Biology vol. 25/3

[12]Ley W. Will the wisent survive the war? Philadelphia 2 1940 ou Kenig R. Has the wisent survived the second world war?  Natural History mars 1946

[13]collection particulièrement précieuse, son initiateur était le   professeur Joseph Paczoski, l’un des plus importants fondateurs de la phytosociologie.

[14]dans sa version originale ce résultat est présenté à l’aide d’un tableau

[15] placée sous "tutelle allemande" et sous la haute direction de Heck (P.D-J.A)

[16]Nous avons traduit littéralement "niemiecka zachlannoscc" mais cette formulation est pour nous trop généraliste et injuste envers une partie de la population allemande. Ces propos  soulignent bien les ressentiments des victimes;  Roger Heim, grand naturaliste français, professeur et directeur de MNHN, déporté à Mathausen écrivait que les allemands "restent bien primitifs sous le rapport de l'esprit". Il considérait même que les allemands "restent marqués, dans leur essence par un instinct qui les porte vers la souffrance, vers la destruction, vers la mort". (R. Heim La sombre route, Librairie José Corti, Paris 1947

[17]Plusieurs centres scientifiques ont participé en Pologne avant la guerre à  la restitution de la population sauvage de bison. A cet effet,  une nouvelle  réserve de bisons a été créée  à Niepolomnice en 1936. Les allemands ont pillé non seulement les biens du Parc National de Bialowieza notamment les konik polski, mais  pratiquement la totalité de tous les centres d'élevage de bison d'Europe. Ces pillages  sans précédents dans l'histoire ont été confirmés par les autorités alliées,  mais également dans les publications d'après  guerre de naturalistes allemands comme Mohr E. 1949 Development of the European Bison During Recent Years and Present State in Journal of the Society for Preservation of the Fauna of the Empire. New Series LIX

[18] Ce chiffre ne fait état que des premières découvertes dans les premiers mois d’après guerre et uniquement sur une surface d’environ 15% de la forêt de Bialowecza. Bien évidemment ce chiffre a considérablement augmenté au fur et à mesure des découvertes faites sur l’étendue du site.

[19] En réalité c’est surtout les konik polski, qui faisaient l’objet de vols à Bialowieza, les bisons étaient surtout volés dans les autres centres d’élevage (P.D -J.A).

[20]Zabinski J. Conclusions obtained from twenty years of bison breeding in Poland in Journal of the Society for Preservation of the Fauna of the Empire. New Series LIX

[21]Weindling P., 1990. Les biologistes de l'Allemagne Nazi: Idéologues ou Technocrates? dans Histoire de la Génétique  Pratique, Techniques et Théoriessous la Direction de J-L Fischer et W Schneider A.R. P. E. M  Editions Sciences en Situation

[22]voir aussi Thuiller P. Darwin and C°. Editions Complexe 1981

[23] Voir Dominick Raymond ,1987 The Nazis and the Nature Conservationist. Historian 49 et Groening G. et Wolschke-Bulmahn 1987 Politics, Planning and the Protection of Nature: Political Abuse of Early Ecological Ideas in Germany 1933-45. Plann. Perspect, 2 et Biehl J. 1994 Ecology and the modernization of fascism in the Germany ultra-right. Society and Nature n.5

[24]Weiner D. 1992 Demythologizing Environmentalism.  Journal of the History of Biology vol. 25/3

[25]voir Heck L., 1942 Behördiche Landschaftsgesaltung im Osten, dans Neues Bauerntum mit Landbaumeister 34 Belin (cité d'après Artingen K., Lutz Heck: Der "Vater der Rominter Ure": Einige Bemerkungen zum wissenschaftlichen Leiter des Berliner Zoos im Nationalsozialismus. Bär von Berlin 43/1994)

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 18:41

L’aurochs de Heck, un sujet tabou !

 

Les  réactions des institutions qui commercialisent les "faux aurochs" ne sont guère étonnantes. Pourtant la lettre de Monsieur le Président de SIERDAH nous a surpris, d’autant qu’il en avait eu connaissance de notre article quelques mois avant sa parution. Il nous avait même remercié de lui en avoir transmis une copie. Dans la lettre qu’il nous adressait alors, il ne trouvait celui-ci ni très « polémique », ni « fort peu scientifique », il ne nous parlait pas de « la vérité (...) facilement travestie par les auteurs », avec, pour appuyer ses dires, signalé que nous avions omis de reproduire un point d’interrogation en le citant dans une note en bas de page.

Nous avons eu quelques difficultés à comprendre plusieurs de ses propos dans la lettre qu’il adresse au rédacteur en chef du Courrier de l’Environnement de l’INRA. Pour quelles raisons dans un pays où la liberté de la presse et celles des recherches scientifiques sont reconnues comme une valeur fondamentale, la rédaction d'une revue devrait-elle se sentir obligée  d'informer un organisme mis en cause,  avant la publication d’un article ? Cette "obligation" concerne-t-elle uniquement les articles sur les "faux-aurochs", ou existe-t-il  une liste de sujets à ne publier qu’avec  l’accord des parties prenantes ou mises en cause ?

De quelle autorité le Président du Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck,  dispose-t-il pour se permettre de juger si un article est "scientifique", "peu scientifique" ou "non scientifique" ? Comment mesure-t-il le degré de scientificité d'un travail ? Peut être que bientôt cet organisme après avoir brillamment réussi la "reconstruction d'une espèce disparue" et la réintroduction des "aurochs" nous proposera une nouvelle conception de l'épistémologie des sciences exactes ? Espérons qu'au moins cette "théorie révolutionnaire" de la science ne trouvera pas  origine comme la précédente chez les mentors  du 3ème Reich.

Pour quelles raisons un organe d’informations devrait-il  s’abstenir de publier un article qui est "fort polémique"? Alors que la polémique  est à l’origine de toutes démarches scientifiques. Est-ce que cette remarque concerne  tous les articles qui sont "très polémiques", ou ceux qui le sont uniquement  au regard de ce Syndicat ou de Heck ?

Une autre phrase est curieuse  "La question était d'ailleurs, dès 1994, de discuter du statut de cet animal". Pourtant,  nous sommes de l’avis de  M. Moutou qui s’exprime ainsi "Personne ne prétend sérieusement que les animaux "reconstitués" sont des aurochs". De plus nous ne voyons aucun intérêt à ce que de nos jours  un scientifique puisse encore discuter du statut de cet animal,  après l’excellente et très complète discussion des naturalistes qui a eu lieu à l'époque de Heck. Il suffit de se référer à leur conclusion qui est sans appel.

     M. le Président du SIERDAH, justifie ainsi son droit de réponse dans le Courrier de l’Environnement de l’INRA (qu’) "Etant donné le préjudice moral que l’article que vous avez publié porte à l’Aurochs de Heck, vous comprendrez (..)"Nous savions qu'au Moyen Age et même plus tard les animaux pouvaient être accusés et parfois accusateurs[1]. Nous  espérons que l'auteur de cette réponse n'est pas partisan d’une telle logique.

Le papier en-tête de  lettre qu’utilise Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, est associé à une  grande école publique et à un ministère. A quel titre, ces organismes officiels interviennent-ils ? à cette question nous ne pouvons apporter de réponse. En revanche, ce qui est certain, c’est qu’ils participent à "l’authentification de cette supercherie".  Sous ce couvert, des animaux sont vendus, nous ignorons s’ils bénéficient de subventions,  nous ne connaissons pas le prix pratiqué pour ce genre de transaction, mais il est probable qu’il soit supérieur à celui d’une race traditionnelle menacée de disparition. Nous  avons souligné le caractère fallacieux de cette pseudo-reconstruction (puisque nous avons employé le terme de supercherie) et  politique (puisqu’il s’agit d’une fraude qui trouve son origine dans les propagandes nazies). Comment est-il possible que, dans un cas semblable, la correspondance soit faite en utilisant des références (des moyens ?) publiques  et non privées. La direction de l'Ecole Vétérinaire  de Nantes et son Conseil Scientifique sont-ils au courant de ces pratiques et des origines de cette supercherie ? Comment est-il possible que sur le même papier à en-tête se trouve regroupé le logo du SIERDAH, celui du Ministère de l'Agriculture de la Pèche et de l'Alimentation associé au nom d’un criminel de guerre nazi  ? A ces  questions nous n’avons à notre niveau aucune réponse, notre étude se borne à exposer le contexte réel dans lequel s’est déroulée cette pseudo-reconstruction.

 

 

   

Voici notre réponse publiée dans le Courrier de l’Environnement de l’INRA n° 34[2]

 

Il faut vraiment avoir de l'imagination pour voir dans une simple coquille (absence d’un point d'interrogation dans une note en bas de page) une volonté de "travestir la vérité". Dans notre texte nous avons écrit que M. Guintard  doute du statut de cet animal. Nous avons signalé ces "doutes":

 

. bien qu’il parle de réintroduction et non d'introduction, il reconnaît qu'il s'agit d'un aurochs et que, de ce fait il est possible de   le réintroduire ;

 

. bien qu’il  accompagne ces photos avec l'inscription aurochs (sans guillemets) ;

 

. bien qu’il utilise le nom aurochs reconstitué ;

 

. bien qu’il parle de reconstitution d'aurochs et non de création d’une race nouvelle

 

Nous rappelons que cet animal n'est pas présenté en tant que "bovin rustique".  L’appellation abusive d’aurochs fait  qu’il jouit d’un grand intérêt médiatique, ce qui évidemment le place en position privilégiée par rapport aux autres brouteurs et aux divers projets écologiques dans la course aux  subventions. Dans ce contexte nous sommes très heureux  que M. F. Moutou, confirme que "personne ne prétend sérieusement que les animaux "reconstitués" sont des aurochs". Cette  remarque ainsi que celles sur la convention sur la nomenclature devraient être adressées au SIERDAH et non au Courrier de l’INRA. Nous sommes également d'accord "qu'animal préhistorique" ne signifie pas  grand chose, Heck utilisait  cette formule actuellement reprise par une partie des médias.

Nous  n'avons jamais  eu la prétention de présenter des données nouvelles. En revanche, nous sommes scandalisés qu’une telle  supercherie perdure   depuis plusieurs années, alors que tous ces faits et circonstances historiques sont connus de tous les professionnels. La transformation abusive de cette vache en "aurochs" a trouvé origine dans une  démarche pseudo-scientifique nazie. Les "recherches de Heck" n’ont été  possibles que  parce qu’elles se sont déroulées dans ce type de  système totalitaire. Pour nous, la politique est indissociable de l’éthique, le premier devoir de la science est la recherche de la vérité,  c'est le  seul "grief politique" que l’on puisse  nous attribuer.

 

Comment on élude le problème

 

     Nous n’avons obtenu, à la suite de la publication de notre article, aucun élément qui puisse susciter un débat. Les activités criminelles de Heck sont bien connues et bien décrites. Cependant certains points de la réponse publiée dans le n°34 nous ont surpris. Les deux "nouveaux éléments" apportés par M. C. Guintard, sont les suivants[3] : "Le trait d'union entre Aurochs et reconstitué en fait donc un nom composé, de sorte que l'Aurochs-reconstitué n'est ni un Aurochs (Bos primigenius), ni un reconstitué, pas plus qu'un Rouge-gorge n'est un rouge ou une gorge". Le second c'est "Il me semble qu'à l'heure où la France et l'Allemagne vont se doter d'une monnaie commune, ce débat est d'un autre âge".

     Notre article a intéressé des journalistes et des scientifiques. Nous avons donc  commenté les propos de Monsieur le Président du SIERDAH, publié dans le Courrier de l'Environnement n°34.  Cette réponse a été adressée à toutes les personnes qui en ont fait la demande.

 

 

 

                            L'affaire du faux-aurochs une insulte à la mémoire ?

 

Dans "Actualités Juives", en juillet 1997,  nous avions publié un court article, afin d’alerter les lecteurs de journaux grand public, sur le scandale lié à la présentation officielle de cet animal.

Nous disions que toute l'histoire de la prétendue "reconstruction" de l’aurochs n'était qu'une fumisterie ordinaire montée de toutes pièces, par la propagande nazie. Nous rappelions  que ce type de falsification était habituel chez les nazis,  et servait de  base idéologique à l’Holocauste. Parallèlement, nous avions préparé un dossier plus documenté destiné aux spécialistes et qui a été publié par le courrier de l’Environnement de l’INRA. D’une certaine manière notre préoccupation  a porté ses fruits. Les "successeurs reconstructeurs", de cette supercherie nazie n'ont pu nous contredire,  ni d’un point de vue scientifique, ni historique (puisqu’ils admettent implicitement  la responsabilité de Heck dans les crimes nazis), ce qui ne les a nullement empêché  de critiquer et de dénigrer notre travail.

Les chercheurs britanniques, qui "osèrent" replacer dans leur contexte exact, les travaux allemands en rapport avec les  V1 et V2, eurent face à eux ce type de détracteurs. Ce fut également le cas des chercheurs qui s’étaient mobilisés  contre la réhabilitation scientifique des expériences nazies faites dans les camps de concentration. Quelles sont  les accusations formulées contre notre travail ? Voici ce que les admirateurs de Heck nous reprochent :  que notre dossier est "peu scientifique",  et que nous n’apportons dans cette affaire aucun  élément nouveau. Ensuite, ils nous expliquent que le nom aurochs-reconstitué signifie que l'animal n’est ni aurochs ni reconstitué, du fait  qu’un trait d’union[4] sépare les deux mots.

Si nous suivons cette logique, il serait possible de commercialiser un Vin-Bordeaux (avec trait d’union)  qui ne serait ni un  vin,  ni d'appellation bordelaise. Mais laissons de côté cet aspect linguistico-humoristique car cette affaire est très grave du fait que :

 

1.                   Dédier  le nom d'un animal à une personne est, pour les naturalistes, le plus grand honneur, qu’on puisse  décerner. Ainsi ces gens qui présentent cet animal sous l’appellation "Aurochs de Heck",

  Rendent, de façon incontestable, hommage à un criminel de guerre nazi. Ceci est d'autant plus critiquable,  que dans sa réponse le SIERDAH[5] déclare ouvertement connaître ces faits, puisque notre article - selon eux - n'apporte rien de nouveau. Il s'agit donc, de révisionnisme scientifique, accompagné  d'un éloge sans précédent, rendu aux agissements criminels d’un scientifique nazi.

 

2. Cette réhabilitation du nazisme se fait au grand jour, (en utilisant des fonds publics ?) et avec la participation d’organismes publics, puisque cet  animal est présenté  dans des parcs gérés ou appartenant à  l’Etat, dont celui de Rambouillet.  Dans le fascicule de présentation  proposé aux visiteurs, aucune  explication n’est donnée, sur la  véritable histoire de cette pseudo-reconstruction.

Le  Président de cet organisme  dans sa réponse souligne dans son alinéa 1 : ... "Il me semble qu’à l’heure actuelle où la France et l’Allemagne vont se doter d’une monnaie commune, que ce débat est d’un autre âge ...." ces termes associent abusivement l’Allemagne et les allemands d’aujourd’hui  à ceux des années 30 et donc au nazisme. Nous ne comprenons pas à quoi correspond ce type d’insinuation. Quant à “ débat d’un autre âge ”, nous pensons que le Président du Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, n’a aucune compétence, ni droit moral pour en décider.

3. Les lieux de présentation de cet animal, sont visités par de  nombreux groupes scolaires. Ces visites entrent, dans le cadre des cours  de l'enseignement des sciences naturelles. Elles  font, de ce fait,  partie de l'éducation naturaliste des enfants. Peut-on accepter de présenter à des jeunes écoliers une supercherie  scientifique comme "l’une des réussites de la science" ? Peut-on, lors de ces présentations réhabiliter  un criminel nazi, et occulter ce qui s’est réellement passé  en Pologne occupée et de quelles manières  "a travaillé" Heck ? Nous pouvons dire qu’il s’agit de mensonges par omission.

 

4. L'affaire peut être vue sous  l’aspect d'une vulgaire  tromperie sur la dénomination de la marchandise vendue. Il ne s'agit pas uniquement d’obtenir des subventions ( ?) pour reconstituer ces pseudo-aurochs,  mais également de la vente de l’image de cet animal. Dans  plusieurs parcs naturels, les visiteurs paient pour voir un aurochs,  présenté dans  les publicités. Or, ce qui est présenté dans les parcs,  n’est autre qu’un vulgaire bovin. Ce type d’appellation est malhonnête, d’un point de vue commercial, c’est un délit qui  est du ressort et de la compétence des tribunaux (art.44 de la loi n° 73-1193 du 27 décembre 1973).

 

Cette supercherie malgré tous  nos efforts perdure toujours. Le 06/11/98[6] nous avons fait des recherches sur Internet. Nous avons constaté que le SIERDAH[7] utilise toujours le nom d'aurochs et d'aurochs de Heck. Pour cet  organisme l’aurochs a été  reconstruit, puisque cette information figure toujours sur son site.  On peut trouver ce type d’affirmation dans une  publicité de La ferme de l'Aurochs et celle de la Réserve d'Animaux de la Grotte de Hahn. Nous ne disposons ni de crédits ni de laboratoire pour contrecarrer l’énorme médiatique qui tourne autour de cette odieuse fumisterie. Les promoteurs de la pseudo-reconstruction de l’aurochs,  disposent quant à eux de moyens incomparables dont l’origine pour certains de nos correspondants pourrait être douteuse.

 

L’aurochs...une vache honorable

 

Différents médias, ont utilisé fréquemment des qualificatifs qui n’ont dans cette affaire, nullement lieu d’être a été fréquent. Ainsi, dans un  article publié par Science et Vie, n° 975 décembre 1998, le journaliste fait son titre avec  L'honneur de l'aurochs. A cette date,  les journalistes de cette publication avaient lu notre article publié par le Courrier de l’Environnement de l’INRA et savaient que cet animal n'était qu'une vache et non un aurochs.  Pour quelles raisons utiliser ce nom abusif,  accompagné d’un tel qualificatif ? Que veut dire "l’honneur" qui apparaît  dans le titre ? Nous aurions espéré que l'usage de cette expression suscitât le  même type de réaction,  que celle par exemple qui s’était manifestée, sur la formule de Heck que nous avions reprise  "animal préhistorique". D'autant plus, que, présenté de cette façon "l'honneur de l'aurochs" fait inévitablement penser à la "loi pour la préservation du sang et de l'honneur allemand", (loi de Nuremberg de 1935).

 

La prétendue efficacité du "faux-aurochs" dans la gestion écologique.

 

Faire un  parallèle, entre l’utilisation  des différents résultats et applications des sciences et techniques de l'Allemagne nazie, avec ceux qui ont  trait   au  "faux-aurochs de Heck", n’est guère sérieux. Toute comparaison ne peut être qu’arbitraire. La polémique sur les résultats et l’utilisation des découvertes faites par la "science nazie" et leur récupération par les différents pays après la guerre ont fait l’objet de très nombreuses études. Depuis la chute du mur de Berlin, de nouveaux documents en provenance d'une partie des archives soviétiques ont pu être étudiés par les  historiens.  Il est impossible de nier l'évidente efficacité, des matériels dont a fait usage la machine de guerre nazie. Les missiles V1 et V2 ont bombardé avec la précision meurtrière que l’on connaît Londres et menacé l'Angleterre ; le zyklon B est une toxine effroyable, qui a pris une part active dans le génocide de millions d’êtres humains. Que l’utilisation de telles techniques soit condamnable et indignes d’hommes ne fait aucun doute. Les avions, les chars, l’armement et les automobiles du 3ème Reich fonctionnaient bel et bien et étaient d'une qualité équivalente et parfois même supérieure à ceux dont se servaient les alliés. L’efficacité technique de la science allemande était comparable en tous points à celles qu’avaient à leur disposition les forces alliées.

Extrapoler, à partir de ces résultats et vouloir se référer de ces techniques pour tenter de  justifier le "faux-aurochs" de Heck ne peut être un argument convaincant. Cet amalgame relève non de la réalité, mais est utilisé uniquement pour tenter de crédibiliser une supercherie. Ce qu’il y a lieu de dénoncer, c’est une fraude scientifique montée de toutes pièces à des fins idéologiques et propagandistes. Au regard de la science, la valeur de cette "pseudo-reconstruction" est du même acabit que "les recherches" faites par les nazis pour tenter de justifier leurs théories raciales, ou encore les expéditions qu’ils organisèrent pour retrouver le Saint-Graal, censé assurer la victoire du 3ème Reich. Rien de commun avec la Wolkswagen "coccinelle" citée par le Président du SIERDAH[8] dans sa réponse. Il est indéniable que la "coccinelle", est une automobile qui a pendant des années donné satisfaction à ses utilisateurs et transporté des millions de passagers[9].

 

Fort heureusement, "le sens de l'histoire",  n’a pas permis que les espérances du 3ème Reich se concrétisent. La victoire écrasante des alliés sur l'Allemagne nazie, a fait tomber en désuétude, les buts que s’étaient fixés Heck.  Aujourd’hui,  plus personne ne souhaite  démontrer par la présence de cette nouvelle race, "la gloire, la supériorité et la puissance du Reich", l’un des objectifs principaux que poursuivait Heck, à travers ces pseudo-reconstructions. Pierre Thuiller[10], caractérisera ainsi la science nazie : "la première urgence était d'éliminer le "matérialisme" qui avait tout envahi et faire revivre cette conviction: c'est l'Esprit qui anime la nature." Les affirmations de Heck se placent parfaitement dans cette définition ; en dépit des connaissances génétique et naturaliste, Heck prétendait  ressusciter "l'aurochs" et faire ainsi revivre "un animal mythique" après avoir croisé quelques bovins. Il "affirmera avoir atteint son objectif" en comparant les "faux-aurochs" à ceux  représentés dans des documents anciens dont les descriptions sont imprécises, floues, contradictoires  et très souvent totalement légendaires. 

Dans l’importante documentation, destinée à des  campagnes médiatiques, les libertés que les auteurs prennent avec les vérités historiques, sont pour le moins surprenantes. Ainsi, on y trouve des informations, qui font état de la rusticité de ce  "faux-aurochs", cet animal est, pour le SIERDAH, d’une  grande utilité dans la gestion des milieux écologiques difficiles. Il est utile de rappeler qu’au moins depuis le  début du vingtième siècle[11], il est reconnu  que la présence de grands herbivores est nécessaire, qu’elle participe judicieusement de manière active,  à l’équilibre et au maintien de certains types de milieux naturels. Bien évidemment, depuis le début de l'utilisation de ces grands herbivores dans la gestion de milieux difficiles, les spécialistes optent pratiquement toujours, soit pour des réintroductions d’espèces d’herbivores de la faune sauvage présentes autrefois sur les terrains,  soit encore au maintien de techniques pastorales qui reposent sur des races bovines rustiques (parfois sur des ovins ou des équidés) traditionnellement utilisés.

 

Pour résumer cette situation, nous constatons que si l'animal n'est pas "un aurochs" miraculeusement ressuscité et, si personne ne songe " à honorer aujourd’hui  le  3ème Reich",  pour quelle  raison vouloir introduire cette race nouvelle à la place de races rustiques traditionnelles ou d’espèces sauvages présentes autrefois sur les terrains à gérer ? Faire "la démonstration" de la rusticité et de l'utilité de ce "faux-aurochs" dans la gestion des espaces naturels est une nécessité vitale pour les institutions qui  commercialisent cet animal.  Pour justifier l'usage de ce "faux-aurochs", il faut donc à tout prix mettre en avant sa rusticité et démontrer que son utilité écologique est bien supérieure à celle des autres races bovines. Nous ne disposons d’aucuns moyens techniques,  ni de moyens financiers pour pouvoir vérifier les affirmations du SIERDAH sur le terrain. Plusieurs données nous permettent de mettre en doute la valeur  des informations que donne cet organisme,  quant à la rusticité et à l'usage écologique possibles de ce "faux-aurochs". 

Ceci pour les raisons suivantes :

1. Par les informations  qui proviennent directement des expériences de Heck. Dans son livre,  celui-ci nous pouvons lire que c’est sur ordre personnel du Reichmarechal Goering[12] que les vaches issues de ses expériences, ont été  relâchées dans la forêt de la Région de Mazury et  dans la forêt de Bialowieza. Malgré, les affirmations de Heck, aucune de ces vaches n’a pu  survivre dans la nature (contrairement aux bisons d'Europe) et ceci en dépit de plusieurs précautions bien particulières qui avaient été prises. "La loi" nazie, appliquée dans la Pologne occupée par les Allemands, prévoyait qu’un paysan qui oserait abattre ou seulement  tenterait d’abattre l'un de ces "aurochs" serait  immédiatement exécuté, sans autre forme de procès. Les affirmations de Heck, qui prétendait que quelques ("faux-aurochs") survécurent pendant de longues années dans la forêt de Bialowieza, mais en nombre insuffisant pour reconstituer la souche est une affabulation grotesque[13]. En effet, il n'existe aucune observation ni même de données indirectes qui démontreraient que l’un de ces animaux aurait été aperçu après la guerre, ceci, ainsi que nous l’avons  dit précédemment, malgré les très nombreux inventaires faunistiques et plusieurs centaines de publications très sérieuses, qui traitent de la faune de Bialowieza (y compris, celles qui ont trait à la période qui se situe juste après la guerre).

 

2. Après la publication de notre article, nous avons reçu un courrier de M. Thierry Lecomte, qui est l’un des spécialistes européens de la faune des herbivores et de l'usage de ces animaux dans la gestion écologique. Sa lettre était accompagnée d’une étude, faite sur le terrain sur cet animal. Cette dernière n’a à ce jour pas encore été publiée, nous nous abstiendrons donc d’en reproduire  des extraits. Avec l’aimable permission de M. Lecomte,  nous signalons que cette étude émet des doutes quant à la rusticité de cet animal et à son aptitude à gérer des espaces biogéographiquement variés.

 

3. Le SIERDAH, met en avant,  dans ses matériaux publicitaires, la grande rusticité de ces animaux et leur grande "plasticité écologique". Sur ce sujet, une fiche technique est à la disposition du public, sur le site WEB du SIERDAH. Il y est fait état, que   "l'animal (est) très rustique pouvant vivre toute l'année dehors sans bâtiment d'élevage" et est d’une "adaptation facile à des milieux différents (montagne, plaine, zone côtière[14]...)". Mais malgré les recherches bibliographiques que nous avons effectuées sur les diverses bases de données (dont Zoological Records) nous n'avons pu trouver une seule publication, faite par un auteur indépendant, qui confirmerait ces données. Etrange, pour un animal qui possède de "telles qualités et une telle histoire". Notre suspicion est d’autant renforcée, que dans ses "fiches techniques" le SIERDAH reste toujours très général sur les caractéristiques  de ces animaux[15].

Si nous voulons résumer la situation, quant à l’utilité du faux aurochs, nous pouvons nous exprimer ainsi :

Les données historiques (l'histoire des vaches relâchées sur ordre de Goering) montrent, que l'animal était dans l’incapacité de se maintenir dans la nature, même pendant une période relativement courte. Il existe une étude faite, par l’un des plus grands spécialistes dans ce domaine, qui met en doute la "prétendue rusticité" du faux aurochs. Les seules études que l’on nous propose, sont celles  du SIERDAH, qui est partie prenante. Il n’existe aucune étude faite par des équipes indépendantes, il n’y a de ce fait, aucune étude scientifiquement crédible, qui confirmerait  la rusticité et l'utilité particulière de ce "faux-aurochs" dans la gestion écologique. Nous laissons à nos lecteurs le soin de conclure  !!!

 



[1]Vartier J. 1970 Les procès d'animaux du Moyen Age à nos jours. Hachette et Rousseau M. 1964 Les procès d'animaux. Ed Wesmarel-Charlier.

[2]Si nous avons été bref, sur la réponse que nous avons apporté aux lettres de Messieurs Moutou et Guintard, c’est que pour des raisons éditoriales, nous étions limité par la place.

[3] Nous n’avons pas eu connaissance de la version finale de ce texte avant sa publication

[4] Le trait d’union comme son nom l’indique, est destiné à réunir les parties d’un mot composé (Larousse). Il y a dans cet argument une contradiction flagrante entre l’interprétation qu’en fait le Sierdah, et la linguistique.

[5] Le sigle ne laisse également planer aucune ambiguïté sur les intentions véritables des auteurs : Syndicat International pour l’Elevage, la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck.

[6] En mai 99, le site n’a pas été modifié et contient les mêmes informations..

[7] Syndicat International pour l’Elevage et la Réintroduction et le Développement de l’Aurochs de Heck, l’intitulé de ce syndicat est,  on ne peut plus clair.

[8] Voir n°34 du Courrier de l’Environnement de l’INRA

[9]L’aspect "miraculeux" des travaux de Heck l'accompagna même après la guerre. Dans les publications des années cinquante, le Reichemarechal Goering n’est plus cité, pas plus qu’il n’est  fait d’allusion à l’éternel 3ème  Reich, ni aux animaux "originaires de chant germanique".  Pourtant l'idée "Gott mit uns" reste sous-jacente dans ces travaux "scientifiques"; Ainsi nous pouvons lire "It was like a miracle. The first Aurochs for 300 years could be seen alive" (Heck H. The Breeding-back of the Aurochs Oryx vol 1 page 120).

[10] Les Passions du Savoir,  Essai sur les dimensions culturelles de la science. Editions Fayard

[11]Les réflexions sur le rôle des grands herbivores dans le maintien de certains milieux écologiques ont été publiées  probablement pour la première fois, avec   les travaux de naturalistes polonais. Joseph Paczoski, fondateur de la phytosociologie, constata que "les associations végétales, qui faisaient partie de la steppe protégée où le pâturage était  interdit, se transformaient en formes anormales". Cette observation a marqué le début de plusieurs études sur le rôle des herbivores dans le maintien de la stabilité floristique de la steppe. Toujours d'après Paczoski les animaux domestiques (pâturage) ont remplacé en Ukraine les grands herbivores éliminés par l'homme,  dans ce cas bien précis les tarpans et les antilopes saiga. Dans une série d’observations et d’expériences Paczoski étudia l'influence de l'intensité du pâturage sur les successions végétales. Nous rappelons que ces travaux qui présentent le rôle  des herbivores et du pâturage dans le maintien de la biodiversité datent du début du siècle,  et non des années 70, comme  date souvent retenue par certains auteurs.

[12]Ceci montre bien d'un côté l'importance de Heck dans l'appareil administratif et politique du 3ème Reich et l'intérêt que portaient  les idéologues nazis à ses recherches. Malgré les préparations des agressions contre la Pologne, la France, l’Angleterre et plusieurs pays d'Europe,  et  les préoccupations que lui causaient l'Union Soviétique, le Maréchal Goëring (le plus haut dignitaire militaire de l’Allemagne nazie) trouvait toujours du temps à consacrer (et ceci par décret spécial) pour libérer  les vaches de Heck dans les pays occupés.

[13]Heck dans son texte précède cette affirmation par la phrase "j'ai entendu dire que". Il est évident qu'il ne disposait d’aucune information au sujet de la présence de "faux-aurochs" qui auraient survécus "de nombreuses années" après la seconde guerre.  Curieusement cette phrase dans la traduction française (voir C. Guintard « La remise en liberté de l’aurochs de Heck », Bull. Soc. Sc. Nat. Ouest de la France, nouvelle série tome 18 (1) 1996) se transforme en "Heck (1954) rapporte que".  Ainsi elle perd son sens réel et "miraculeusement se crédibilise" . Dans l'original Heck prétend seulement "avoir entendu parler" (on ne sait ni où, ni de qui, ni comment, Heck  a  put obtenir cette information). Dans   la traduction qui nous est proposée, il est dit que : Heck rapporte que les animaux ont survécu, ce qui laisse supposer qu'il aurait disposer d’informations crédibles ou de données naturalistes, (ce qui dans la version originale n’est nullement le cas).

[14] Heck était beaucoup plus prudent que le SIERDAH sur  "la plasticité écologique" de cet animal et ne  prévoyait son introduction uniquement dans un milieu bien déterminé, celui  des forets de Mazury et de Bialowieza. Il  n’a jamais été dans les intentions du 3ème Reich ni de celles de Heck,  comme c’est le cas du SIERDAH, de commercialiser les "faux-aurochs" (sa position dans l'appareil nazi garantissait d'avance l'intérêt pour cet animal "mythique").

[15]Cet organisme conseille cet animal dans la gestion de différents environnements, sans préciser ni même connaître, ni les préférences alimentaires de cet animal, ni la composition floristique des milieux qu’ils prétendent être aptes à gérer, ni même l’existence du besoin de l’introduction de grands herbivores dans le milieu donné.

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Published by hstes1 - dans Aurochs
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